‹ Les Merveilles Divines dans la Sainte EucharistieChapitre 12 sur 35 · IB SAOVID& JÉSUS TROUVÉ PAR QUI NE LE CHERCHAIT PAS · texte numérisé non relu

IB SAOVID& JÉSUS TROUVÉ PAR QUI NE LE CHERCHAIT PAS

IwotmuM tum a nùn qwgrtntilma me.

« J'*al été trouvé par eeux qui ne me cherchaient pas.» (Rom. z, 20).

La bonté du Sauveur est si grande que souvent il va à la rencontre de ceux qui le fuient et offre ses grâces 4 ceux qui ne songent même pas à les demander. Le père Luc Pinelli, de la compagnie de Jésus, en rapporte, somme témoin oculaire, un exemple remarquable dans îon livre des Exercices spirituels. Le fait arriva à Rome en Tannée 1567.

Un jeune Turc d'une vingtaine d'années, après avoir trécu jusque là à Ancône, avec son père, qui était un

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riche marchand, s'enfuit de la maison paternelle, et, semblable à l'enfant prodigue, se mit à dissiper dan» une vie de désordres Targent qu'il avait dérobé à son pëif^. Mais bientôt réduit à Tindigenee, il vint à Rome, où il ne put trouver d autre moyen d'existence que de se mettre an service d'un gentilhomme. Il se garda bien d'avouer sa qualité de musulman. Son maître qui l'ignorait, s'en faisait accompagner quand il se rendait à Téglise ou qu'il voulait entendre la messe, de sorte que tous le croyaient sincèrement attaché à la religion chrétienne.

Au bout de quelques mois, il tomba dans une longue et dangereuse maladie ; sou maître le plaça à l'hôpital de Sa^nt-Jean de Latran, en le recommandant aux bons soins des directeurs, qui le reçurent avec cette grande charité qu'on admire dans tous les hospices de la ville de Rome. Peu de temps après, oli l'avertit de se disposer à se confesser et à communier, conformément aux règles suivies exactement dans ces maisons. Cet avisjeta le malade dans une anxiété difficile à dépeindre ; car il n'avait nullement le désir de renoncer au Coran ; mais il sentait que refuser de faire ce qu'on lui disait, c'était 6'exposer à se faire chasser de l'hôpital et à mouxir comme un vil animal sur la place publique. Il se trouvait donc dans une grande perplexité, et ne savait à quoi se résoudre, lorsque le diable qui se réjouit d'une joie infernale de la profanation des sacrements, lui suggéra la pensée que, sans renoncer à la religion de Mahomet, il pouvait bien confesser à un prêtre quelque péché vrai ou faux, puis recevoir et manger ce morceau de pain des chrétiens; son prophète ne pourrait le trouver mauvais, attendu l'absolue nécessité à laquelle

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il se trouvait réduit. 11 s'arrêta à ce parti et fit appeler OD prêtre , auquel il eonfessa quelques fautes ordinaires. U.se frappait la poitrine en signe de douleur el donnait tous les signes d'une véritable contrition, pitû il reçut Tabsolution. Le prêtre vint ensuite lui apporter le très-saint Sacrement, qu'il reçut les mains jointes avec tons les dehors d'une sincère dévotion.

Ce malheureux était digne de la mort da traître Judas : cependant à certains égards il était moins coupable, il avait abusé de moins de grâces; aussi TinfiniQ miséricorde du Sauveur, non-seulement ne le traita p9? avec tant de sévérité, mais au contraire l'attira paternellement à lui. En effet, dès que Judas eut reçu indicernent le corps de son divin maître, le diable entra dans son âme : Post biiccellam intravit ineum Sûtanas, Ce musulman au contraire, à peine eut-il dans sa bouche le pain des vivants, qu'il se trouva tout changé et comme rempli du Saint-Esprit. La droite du Très-Haut avait opéré cette merveille : Hœc mutatio dexlerœ Excdsù II sentit son esprit éclairé d'une lumière céleste et son cœur fortifié parla divine grâce. Ne pouvant plus contenir les sentiments qui l'animaient, il se mit à crier d'une voix forte et pénétrante: Je ne suis plus musulman, je veux ^tre chrétien; je renonce à Mahomet, je choisis le Christ, je le reconnais maintenant pour vrai Dieu. De grâce donnez-moi le saint baptême, ^ue j'ai refusé jusqu'à présent pour suivre la loi impie d'un faux prophète. Hâtez- vous de me purifier dans les eaux du salut, car je suis consumé par un feu intérieur qui QB s'éteindra que dans la fontaine du baptême. » Les infirmiers, entendant de telles paroles, s'imaginent que la violence du mal lui a fait perdre le sens et qu'il est

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dans le délire. Ils lui présentent de Teaa et d'autres rafraîchissements pour le calmer; mais le malade, voyant qu'il n'était ni cru ni compris^ n'en criait que plus fort qu'il renonçait à Mahomet et qu'il voulait être baptisé. Dieu permit que le père Plnelli se trouvât pour lors dans l'hôpital, y exerçant, comme à son ordinaire, envers les malades l'humilité et la charité. Prévenu de ce qui se passait, il comprend aussitôt, à ces demandes répétées et instantes, que ce malade était véritablement musulman et qu'il avait vécu jusque là ennemi de la foi et de la loi chrétienne; qu'en recevant la sainte Eucharistie il s'était senti inspiré de se faire chrétien, et que depuis ce moment il ne pouvait trouver de reposa

Ayant donc reconnu que le malade jouissait de tout son bon sen9> il en donna avis à l'aumônier. Celui-ci ayant examiné lui-même le jeune homme , reconnut la vérité de ce qu'on lui avait rapporté. Ils l'instruisirent brièvement des principaux mystères de la foi, et lui conférèrent le saint baptême. Ce pauvre malade en éprouva une telle consolation qu'il ne se sentait pas de joie; le lendemain il mourut paisiblemant^ en invoquant le saint nom de Jésus, avec tous les signes d'une heureuse prédestination. C'est ainsi que notre bon San* veur sut tirer le bien du mal, et donner une admirable preuve ^u prodigieux amour dont il poursuit les âmes dans son adorable Sacrement. On voit aussi que dans la personne de ce musulman se réalisa cet oracle du prophète Isaîe : Invenerunt me qui nonquœsierant me;dùn: Ecce ego, ecce ego ad gentem quœ non invocabat nomen meum, c Tai été trouvé par ceux qui ne me cherchaient pas. J'ai dit : Me voici, me voici, à cette nation qui ne m'invoquait pas. t (Is, lxv, i).

(Luc PiRELLi, De EœercU. fptrt'<. 13).

XXXIX* MERVEILLE. ftr3

XXXÏX» MERVEILLE.

ON PBINCE IDOLATRE œNVERTI PAR UNE APPARITION EUCHARISTIQUE.

Chrittu» ad destitttttonem percati per hot- Uam $uam apparaît.

«Jésns-Cbrist est apparu eomrae vleiiiM pour détraire le péché. » (IlKBa. ix, to).

Nous Venons de voir Tinfînie miséricorde du Sauveur dans la conversion d'un musulman obstiné dans ses erreurs ; il n'est pas moins admirable dans l'apparition par laquelle il amena à la vraie foi Witikind, chef des Saxons. Ce prince avait été vaincis dans plusieurs batailles par le pieux et puissant empereur Charlemagne. Après un de ces combats ils firent la paix, ou du moins une trêve assez longue. Cependant les deux armées étaient toujours en présence. Durant cette suspension •ftrmes, Witikind eut la curiosité de visiter, le camp ite l'empereur pour en examiner Tordre et les exercices militaires ; mais il le fit incognito et déguisé en mendiant. On céli^brait alors les grands jours lugubres de la semaine sainte ; Charles avec toute son armée suivait religieusement les diverses fonctions qui rappellent si énergiquement les douloureux mystères de la passion du Sauveur; ils se préparaient ainsi à la réception de la très-sainte Eucharistie. Arriva le grand jour de Pâques, oft devait avoir lieu la communion générale. Witikind

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se tenail à la porbs de Téglise confondu avec les mendiants, et observait de là avec une extrême curiosité les cérémonies et les rites sacrés, lorsqu'il fut reconnu à ùsctains indices par TaumOnier de Tempereur. « Saxon, » lui dit-il, c comment osez-vous approcher notre puissant el noble prince dans un si piteux accoutrement? i Et le duc, sans lui ré|K)ndre directement, demanda seulement d'être conduit à Tempereur. 11 en fut accueilli avec beaucoup de courtoisie. Mais Charles lui réitéra la question de Taumônier. • Pourquoi, lui dit-il, êtes- Tops venu ici dans ce méchant déguisement? il y a paix entre nous, vous pouviez traiter d'égal à égal, et vous présenter avec pompe et entouré d'un cortège convenable. — Noble empereur, repartit Wilikind, si je m'étais présenté ici tel que je dois être, je tf eusse pu observer à mon aise la magnificence de votre cour, la belle ordonnance de votre armée, ni les saintes cérémonies de votre religion ; c'était là ce qui m'attirait en ces lieux; sous mon habit d'emprunt, j'ai tout vu, tout admiré ce que je voulais. » Charles, souriant, lui demanda ce qui l'avait le plus frappé. Witikind lui répondit, c J'ai vu des merveilles bien suprenantes : ces deux derniers jours, j'ai remarqué dans vos traits une profonde tristesse qui me faisait soupçonner que quelque fâcheux accident vous était survenu; je vous voyais pensif et anxieux, comme un homme qui est fortement impressionné : aujourd'hui, au contraire, quand vous vous êtes approché pour recevoir ce morceau de pain de la main du prêtre, votre visage respirait la sérénité et l'allégresse, et je ne pouvais m'expliquer la cause d'un êi subit changement, i»

Le Dieux empereur entendant ce discours en prit

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occasion de faire connaître au dac^ Saxon les mystères de notre foi : c Prlnee> lai dit-il , ne vous étonnez point de ces vicissitodes : ces joars derniers je repassais dans ma mémoire les tristes souvenirs de la passion et de la mort de notre Dieu, qui s'est fait homme pour le salut du monde ; il était trop juste de lui payer ce tribut de larmes et de compassion. Je pensais aussi à mes propres péchés^ pour en demander pardon à Dieu et purifier mon àme par le sacrement de la confession. Aujourd'hui c'est la solennité de la glorieuse résurrectioa de notre même Rédempteur, je me suis nourri du pain des anges qui console, éclaire et fortifie ^ comment ne serais-je pas dans Tallégresse et la jubilation ? » A ce mot de pain des anges Witikind, reprit : « Pendant que le prêtre, magniOq^ement yétu, distribuait ce pain si blanc, je me trouvai saisi d'une plus grande admiration, parce que je voyais sur ce léger morceau de pain un très-bel enfant, qui entrait avec empressement et une vive joie dans votre bouche et dans celle de beaucoup de vos soldats, tandis qu'à Tégard de quelques antres il entrait triste et comme à conire-cœur, et se tournait pour ne point se placer sur leurs lèvres. » Etonné de ite miracle et reconnaissant en ce trait les dispositions si différentes que les uns et les autres apportaient à la communion, l'empereur dit à Witikind : c Duc, ai)ercevoir le Sauveur dans son Sacrement est une grande faveur que le Seigneur a daigné vous départir, et dont nous ne jouissons pas nous autres; Dieu attend que vous sachiez reconnaître comme vous devez de tels bienfaits. » Après lui avoir fait donner un vêtement de prince, il l'entraîna dans son cabinet et lui fit connaître le mystère du très-saint Sacrement et les principaux

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articles de notre foi. « Je veux être chrétien, • dit alors le chef des Saxons subitement éclairé de la lumière d'en haut. Puis il demanda un prêtre qui allât avec loi dans son pays renouveler les mêmes merveilles au moyen des sacrements. Charles lui accorda le saint évêque Érimbert. Le prélat commença sa mission par Ile baptême solennel de Witikind, dont Gharlemagne voulut être le parrain. H partit ensuite pour la Saxe. Il à'y livra avec tant de zèle à Tœuvre de la conversion •des habitants de ces contrées qu'ea peu de temps le peuple abandonna,, le culte des idoles pour adorer le vrai Dieu. C'est ainsi que Dieu par une mystérieuse apparition du Seigneur dans TEucharistie retira des ténèbres et appela à son admirable lumière et dans la voie du saJut le duc de Çaxe et tout le peuple qui était sous sa dépendance.

(Alb. Grarzius, Saxon, I. ii, c. 23).

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