LE TRÈS-SAINT SACREMENT
Cor meum et earo mea exiuUaveruntin Deum vivw».
« Mon coor et ma ehalr ont tresuilli Ters le Diea vivant. » (Ps. lxxxiii).
La sainte Eglise témoigne, à la gloire de «saint Philippe de Néri, que son cœur était si embrasé de Tamour de Dieu qu*il ne pouvait le contenir en luimême :. ce viscère s'élargit et augmenta tellement de volume que deux de ses côtes en fussent allongées et recourbées. Tanto cor ejus œstuabat ardore, ut quum inter fines suos contineri non possety illius sinum, cori' fractis atque elatis costulis, mirabiliter Dominus ampliaverit» On ne saurait guère imaginer de prodige pins surprenant : il s'est renouvelé en partie dans le vénérable Mathieu de Saint-Paulin , augustin déchaussé. Ce bon religieux brûlait de si vives flammes d'amour envers le très-saint Sacrement, qu'il souffrait dans tout son être de violentes agitations et des battements de cœur très-vifs, particulièrement lorsqu'il se préparait à célébrer la messe et pendant toute Toctave do très- saint Sacrement. Il était contraint de tenhr continuellement sa main droite fortement appuyée sur le côté gauche de sa poitrine^ pour calmer les mouvez
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ments du cœur, Tinterpellant et lui disant à demi-voix : f Assez d^amour, mon cœur, assez d*amour. » Si Dieu ne lui fit pas la même faveur qu'à saint Philippe en élargissant sa poitrine, il voulut du moins par nn insigne prodige manifester après sa mort le violent amour dont il brûlait. Car, comme il avait été inhumé les mains jointes selon sa coutume, son sépulcre ayant été ouvert plusieurs années après, il fut trouvé les mains séparées, la droite placée sur la poitrine, qui était demeurée sans corruption dans la région du cœur. Et c'est ainsi qu'il manifestait jusque dans le tombeau les ardeurs dont son cœur avait été embrasé pour la sainte Eucharistie. On peut certes appliquer, en toute vérité à ce vénérable religieux, ces paroles du Psalmiste : Cor meum et caro meo exsultavnunt in Deum vivum, t Mon cœur et ma chair se sont réjouis dans le Dieu vivant, t On le vit simple clerc, lorsqu'au milieu de ses frères en religion, il s'approchait de la sainte table, merveilleusement soulevé de terre et transporté en l'air devant l'autel. Lorsqu'il eut été promu au sacerdoce, souvent au moment de la consécration on le voyait élevé de plusieurs pieds au-dessus du marche-pied de l'autel. D'autrefois, lorsqu'il tenait) la sainte hostie dans ses mains pour communier, tan-^ dis qu'il redoublait les ardeurs de sa dévotion, l'hostie s'échappait subitement de ses mains et pénétrait dans sa bouche, comme si Notre-Seigneur voulût se h&ter de rassasier la faim eucharistique dont était dévoré son bien-aimé serviteur. 11 lui suffisait d'entendre nommer le très-saint Sacrement pour que son visage s'enflamm&t d'une séraphique ardeur, et qu'une douce extase vint le surprendre, quelquefois même dans les places
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publiques, à son grand regret. Un jour qu'il voyageait avec deux compagnons, ceux-ci, pour charmer les fatiguas du chemin et en même temps pour observer les effets de la dévotion du père Mathieu, ayant amené la conversation sur le mystère de rEucharistie, aperçurent aussitôt le visage du serviteur de Dieu s'enflammer et les premiers signes de Textase apparaître : mais rhumble religieux, pour cacher la faveur céleste, dont il était prévenu se sépara de ses compagnons, et pour faire diversion à Timpétuosité surnaturelle qui le saisissait, il se mit à cueillir des herbes et des fleurs dans la prairie voisine, en répétant au fond de son cœur : f Non, Seigneur; non, Seigneur, mon souverain bien! i Pour entretenir sa dévotion et la satisfaire en même temps, il avait fabriqué de ses propres mains un joli petit tabernacle qu'il portait avec lui partout où il allait afin de se rappeler sans cesse le lieu où résidait l'objet de son plus tendre amour. Ce tabernacle s'ouvrait de deux côtés, et présentait d'une part l'image de la très-sainte Vierge, pour laquelle il avait la plus tendre dévotion; de l'autre, un cœur enflammé au milieu duquel il avait peint le très-saint Sacrement, pour exprimer que son cœur devait être éclairé et embrasé par ce divin soleil des bienheureuses et célestes lumières. Il allait souvent se prosterner devant ce tabernacle et y répandre de ferventes prières : il aimait à le montrer à ses amis pour esciter leur dévotion. Dieu lui-même daigna manifester combien cette dévotion lui était agréable, car ce tabernacle opéra diverses guérisons merveilleuses, et plus d'une fois il rendit soudain la santé à des malades. Ce bon et saint religieux avait aussi coutume d'orner de flenrs
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Tautel da très-saint Sacrement, et ces fleurs consacrées par là d'une certaine façon, furent pareillement Toccaslon de plusieurs miracles. C'est ainsi qu'un jour étant prié par sa pénitente Arménie Migliore d'aller bénir son jeune enfant près d'expirer, il prit sur l'autel un œillet dans un vase de fleurs placé devant le très-saint Sacre* ment, le posa sur le visage de l'enfant aprj^ avoir fait une courte prière, et au même moment le malade recouvra une'parfaite santé.
Sa dévotion envers la sainte Eucharistie n'éprouvait aucune interruption ; mais elle éclatait surtout à la Fête-Dieu et durant toute son octave : à cette époque de l'année il était jour et nuit dans une jubilation extraordinaire. Il disait que cette solennité était la fête propre des prêtres, aussi la célébrait-il avec une ferveur merveilleuse. Lorsqu'il était lecteur de théologie au couvent de Vienne il éleva, dans sa cellule, pour cette octave, un petit autel qu'il orna de son mieux, et y plaça une image du très-saint Sacrement. Non content d y faire ses dévotions particulières, il aurait voulu y pratiquer tout ce qui se fait dans les églises : il y allumait un grand nombre de cierges et y chantait des cantiques et des hymnes avec une dévotion et une allégresse vraiment admirables.
Tout ce que nous venons de rapporter, et nous aurions pu y ajouter une foule de traits non moins surprenants, démontre surabondamment de quel respect et de quel amour ce bon religieux était animé envers l'auguste mystère de nos autels. Aussi est-il dépeint ayant devant les yeux le très-saint Sacrement avec cette inscription : Venerabilis P. Matlheus à 5. Paulino amores suos in êonclisHmam Eucharistiam transcnpsissevidetur,eoquod
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ad ffrœsenliam Christi in pane velati, aut sola ejus recordatione corde pariter et corpore jucundaretur, « Le vénérable père Mathieu de Saint-Paulin semble avoir placé son amour dans la très-sainte Euchariatiei car la présence de Jésus-Christ caché sous Tespèce du pain, ou môme le simple souvepir de ce mystère, suffisait pour faire tressaillir de joie son cœur et son. corps.
(P. J. Batbel. a S. Claud. Ltut. HUt, xi, n. il).
LA VICTOIRE I^BMK)RTBB SOB LE RESPECT HUMAIN ITTIRE DES GBÀCES SIGNALÉES.
BttmWqmini i» rouspeetu Oom/m, et txQltabit vos.
Hamilfpi-Tous en Ia présence do Selgnenr, et il vous gloriOera. » (Jac. iv, 40).
Un acte héroïque d'humilité a souvent été le principe des plus grandes grâces du ciel et comme le germe dès vertus les plus admirables. Le vénérable César dç ^Bas, fondateur de la congrégation de la Doctrine chrétienne, été avait d'abord un chevalier de grande distinction : il avait longtemps porté les armes sous le roi Charles IX. Comme il avait le goût des armes> toute son ambitioti était de parvenir aux honneurs et aux dignités de Tëtat militaire. Cependant tout en acicomplissant le servitt que cet état exigeait, il n'avait jamais oublié les eze^ cices de la piété chrétienne.
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Un joar qa'il faisait sa prière dans i*ég1ise de CavailloD, sa patrie, retiré dans un coin, craignant, par respect humain, d'être aperçu, il arriva que le prêtre, qui était son confesseur, se préparait à porter le Saint- Sacrement à un malade ; mais il n'avait ni clei^ ni enfant de chœur pour l'accompagner et porter le flambeau,.et il était à craindre qu'un trop long retard priv&t le malade du saint viatique. Le prêtre, après avoir attendu quelque temps inutilement, apercevant César de Bus qui priait dans l'église, alla sans façon lui présenter on cierge allumé, et lui dit : c Prends ce cierge. César, et marche devant moi ; il faut qu'aujourd'hui tu sois au service du roi de gloire caché dans son tabernacle. » César fut d'abord étonné d'une semblable proposition : il avait mis ce jour-là son plus bel uniforme, il avait la âafnberge au côté, un superbe baudrier à la ceinture, le chapeau orné de magnifiques panaches, t Faire l'of- Hce de derc serait messéant à ma dignité, se disaitil en lui-même; que va-t-on dire dans la ville? Les membres de ma famille vont s'indigner de me voir réduit à faire les fonctions d'un enfant de chœur ; je vais passer sur la place publique tout près du [quartier générai de mon bataillon : que va penser de moi le comte de Tende smon général ? Si je fais cela, je deviendrai la fable et la risée de tout le monde, tous me traiteront de bigot, de bedeau; ils fuiront ma compagnie. » Toutes ces pensées excitèrétit en lui une grande révolte de l'amour-propre, car il n'avait pas encore appris à dompter couraguusameni ses passions, bien qu'il fût un modèle de valeur militaire. H était sur \& point de se jaisser gagner par ces pénibles réflexions et de refuser an prêtre le service qu'il lui demandait , car il 11. s. E.
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éprouvait une répugnance qui lui paraissait iasormontable. Mais en même temps la grâce divine le sol* licitait puissamment d'une autre façon et lui faisait comprendre que, pour honorer le roi des deux, il ne devait pas craindre que sa réputation en souffrit ; qu'il ne pouvait trouver une plus belle occasion d'honorer Dieu et de réparer ainsi en partie les outrages qa'il avait faits à sa divine majesté par ses péchés, et qu'enfin son bonheur ou son malheur éternel pourrait bien être attaché à cet acte héroïque de vertu, le Seigneur Jésus, qui était ici présent, ayant solennellement déclaré que celui qui rougira de lui devant les hommes, il rougira de lui devant son Père : Qui me erubuerit, et fdnc Filius hominis erubescet eum quum venerit in majestate sua. (Luc. IX, 26.) Enfin, réfléchissant que beaucoup de princes et de rois se sont fait gloire et honneur de remplir un semblable ministère pour servir le suprôme monarque de l'univers, il éleva son cœur et ses yeux vers le ciel, et Dieu vainquant en lui, et lui en Dieu, il triompha de ses répugnances et de tout respect humain. 11 prend le cierge et la sonnette, fait une profonde révérence au très-saint Sacrement, et tenant les yeux modestement baissés, il marche résolument devant le prêtre jusqu'à la maison du malade. Tout ce qu'il avait prévu arriva : la ville fut tout étonnée et comme ébahie de ce spectacle si nouveau, les officiers du régiment et les soldats qui l'aperçurent se moquèrent de loi et le tournèrent en dérision. Mais rien ne fut capable de le déconcerter, il n*ea devint même que plus décidé et plus intrépide.
11 faudrait maintenant raconter les grâces dont le ciel récompensa une piété si humble et si généreuse;
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mais les bornes de cet opuscule ne le periûettent pas. Nous dirons seulement q'tle le divin Rédempteur ne cessa de remplir son cœur des bénédictions célestes pendant tout le reste de sa vie : il l'éprouva principalement dans ses communions, où il goûtait, disait-il^ un avant-goût de Téternelle possession de Dieu. Ces faveurs furent en rapport avec le généreux mépris qu*i] avait fait des humiliations : si son visage avait un peu rougi lorsqu'il traversait les rues et la place publique à la vue de ses compagnons d'armes, maintenant, dans ses oraisons. Dieu illumine son front d'une lumière surnaturelle et lui donne des vues et des connaissances admirables que les yeux charnels ne sauraient apercevoir. 11 n'avait pas craint d'être tenu pour un homme simple et même un pep fou en faisant une action réputée niaise aux yeux des mondains, et Dieu lui donna une telle sagesse qu'il passa pour l'un des hommes les plus prudents et les mieux avisés de son temps et comme l'ange du bon conseil. Enfin, au lieu de perdre l'estime et l'affection dont il jouissait, il s'éleva si haut dans l'estime des hommes que les princes et les évoques se faisaient gloire" d'entretenir des relations avec lui. En résumé les bénédictions que le ciel répandit sur lui à cause de ces l^umbles services rendus à la sainte Eucharistie furent si abondantes, que, tout soldat et homme du monde qu'il était, il commença dès lors à mener une vie si parfaite qu'elle égalait la sainteté des hommes du cloître. Plus tard il devint religieux lui-même et fonda un nouvel ordre pour l'instruction de la jeuuQfse : et non-seulement Dieu le glorifia dans sa vie mais aussi dans sa mort et après sa mort : dans sa mort, car i^ «liiourut en odeur de sainteté, le
te
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saint joar de Pâques, Notre-Seigneur voulant lui faire goûter au ciel les joies de 88 résurrection ; après sa mort, car son corps fut longtemps conservé, dans la ville d*Avignon, exempt de toute corruption ; son tombeau fut longtemps visité par la piété des fidèles : la renommée de ses vertus lui a conservé le titre de véné» rable, qui a été confirmé par le Saint-Siège dans le procès de sa béatification.
(P. Marsbui, Vita Cœr.deBta).
IS CORPS DE JÉSUS-CHRIST MÉRITE PLUS O'hONNEDR QUE SES IMAGES.
Ego $um panit vivtu ^qnidt eato deseendi; «c Je suis le pain vivant qai suis de»* ' eendu du eiel. » (Joar. vi, 51).
La merveille que nous allons raconter doit «ervir d'instruction pour ceux qui mettent toute leur dévotion à vénérer les saintes images, les reliques des saints, et ne songent que peu ou point au très-saint Sacrement, qui mérite cependant un culte tout spécial qu'on appelle de latrie, puisqu'il a pour objet Dieu lui-même dans sa personne vivante.
La vénérable servante de Dieu sœur Thérèse Mexia, lie Tordre de saint Dominique, en Espagne, portait une très-grande dévotion à Tenfanl Jésus ; elle ne pouvait en voir quelque image sans que son cœur na s'en-
fiammât d^amour, et quo cette affection ne se trahit ^ aa dehors par les traits de son visage et les prières (
aixlentes qui s^échappaient de sa bouche. 11 y avait dans i
le chœur de son monastère une belle statue de la très- ^
sainte Vierge tenant son saint enfant entre ses bras : ^
toutes les sœurs, Thérèse surtout, avaient une grande vénération pour celte statue. Non contente d'aller fré* quemment la visiter, elle faisait au divin enfant de petites robes. Le nombre s'en éleva jusqu'à douze, une pour chaque mois, et toutes en rapport avec les diverses saisons. Un jour qu'elle allait le vêtir d'une de ces robes qu'elle avait travaillée avec un soin particulier, elle l'aborda avec ces paroles de tendresse : a Venez, mon bien-aimé, recevez cette petite robe que vous offre votre indigne servante; elle n'a pas grande valeur par elle-même, mais elle est riche de toutes les affections de mon cœur. • Ck)mme elle parlait ainsi, le saint •enfant lui répondit par un prodige d'amour : il quitta Ses bras de sa divine mère et se plaça sur l'autel pour '
Tenir à la rencontre de sa fidèle servante. Celle-ci, ivre / de booheur, s'approche respectueusement et le presse f snr son cœur avec toute l'affection dont elle était capa- ^, ble. Elle le revêt ensuite de sa nouvelle robe, sans s'oc- '
cnper aucunement des ornements de l'autel et du \
tabernacle, ni de celui qui y résidait personnellement en corps et en âme avec sa divinité. Aussi reçut-elle dn ciel au même instant, un avertissement qui lui profita ; elle entendit distinctement une voix qui lui disait : t Sœur Thérèse, tu es tout occupée de l'image et de la r&ssemblance; d'oà vient que tu oublies le* vivant et le réel? » Elle comprit aussitôt que cela voulait dire qu'elle devait s'appliquer surtout à procurer de
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rhonneur et de la gloire extécieare au très-saint Sacrement, dans lequel on adore le Dieu vivant réellement présent sous les espèces du pain et do vin. Depuis ce momnt, sans abandonner le culte du divin enfant, elle employa aussi une partie de ses toisirs et de ses veilles à parer Tautel de yases de prix , de fleurs et de garnitures ouvragées; elle parvint même à recueillir assez d*Qr et assez d'argent pour en faire confectionner un des plus riches et des plus beaui^ tabernacles qui soient en Espagne.
Hais si ellç fut si généreusement i^écompensée par Jésus, enfant pour les ornements dont elle embellissait sa statue, le même Seigneur lui départit des faveurs non moins précieuses pour le culte qu'elle lui rendait dans son auguste Sacrement. Il lui apparaissait souvent, soit au chœur, soit dans l'église , sous la forme humaine et avec cette souveraine beauté qui ravissait tous les cœurs pendant qu'il était sur là terre. D'autres fois, pendant qu'elle lavait ou faisait sécher les coiporaux et les autres, linges dont on se sert pour le saint sacriûce (travaux qu'elle avait pris pour son œuvre ordinaire par humilité et par dévotion), il se montrait à elle sous l'apparence d'un gracieux enfant et se posait sur ces mêmes corporaux, faisant connaître combien le travail de sa servante lui était agréable. Si quelquefois, elle osait alors jeter ses regards sur lui, il sortait àes yeux de l'enfant des traits lumineux qui pénétraient suavement jusqu'au fond de son cœur.
Hais cette bonne religieuse qui prenait tant de soin des ornements des autels matériels avait encore une bien plus grande, sollicitude pour purifler et embellir l'autel de son propre cœur quand elle devait comma*
L« MSRVBILLE. ilJS
nier. Elle aurait voulu jouir tous les jours de ce bonheur, mais son confesseur ne le lui permettait pas, parce que la communion quotidienne n^était pas en osage dans ce couvent. Un matin qui n'était pas jour de communion, elle éprouvait le plus vif désir de s'unir à son Dieu par la réception de TEucharistie. Le Saint- Esprit lui inspira la pensée de se tenir bien disposée, comme si elle devait recevoir la faveur qu'elle demandait. Elle espérait si bien en cette promesse qu'elle l'avoua à une de ses sœuFs, qui lui offrait je ne sais quel fruit pour son déjeuner. Celle-ci fort étonnée et cherchant à la désabuser» parce que ce n'était pas jour de communion générale, elle lui répondit que trèscertainement elle communierait ce jour-là. Et la chose arriva comme eUe l'avait annoncé. Le confesseur de la communauté, après avoir célébré la première messe, s'aperçut qu'une petite hostie était restée sur le corporal : il ne pouvait s'expliquer coâament cette particule se trouvait là. Ne pouvant la prendre lui-même à cause des ablutions qui suivent la communion du prêtre, il fit demander à la supérieure s'il n'y aurait point quelque religieuse qui pût commuQier et recevoir cette hostie. Thérèse entendant cela, se présenta aussitôt à la sainte table ; et c'est ainsi qu'elle obtint ce qu'elle avait prédit. Toute la communauté sut bientôt ce qui s'était passé, et * admira le merveilleux esprit de prophétie de cette sainte
religieuse.
(Marchlsius. Diar. Dominic. S9 juin}.
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CODRAGE 1IÂ6NAN111B POUR DÉFENDRE l'EÛNNEUB DU TRÉS-SAINT SACREMENT.
Zelo telatussum pro Domino Deo txerei^ tuum, f tff'a «{(aria (tta destruxerurU.
« Je sois dévoré de cèle pour le Seigneur Dlea des armées, parce qu^ils oat renversé^ Tos autels. » (III Reg. xti, f 0).
Noos avons déjà entretenu le lecteur de la dévotion singulière de plusieurs princes de la maison d^Autrlche- «nvers la sainte Eucharistie ; nous pouvons y ajouter ntt fait très-glorieux pour cette illustre famille, et raconter sommairement comment deux princes d* Autriche sarent défendre avec un zèle admirable Thonneur da très-saint Sacrement.
L'impératrice Marie d'Autriche, épouse de Mazimilien II, avait pris à tâche dMnspirer à ses enfants un grand amour et dévouement pour le sacrement de nos autels. Ces dispositions ne firent que s*accroltre en eux avec Tâge et produisirent des effets merveilleux dans ces temps déplorables où le protestantisme avait par-^ tout un si grand nombre de partisans. Nous nous con-* tenterons de rappeler une glorieuse action de deux de ces princes. L'historien n*a point donné leurs noms, en €orte que nous ignorons s*il s'agit ici de Mathias et de Rodolphe, qui plus tard devinrent successivement etnpereurSf ou bien de quelques-uns de leurs frères. Uo^
jour qu'ils traversaient un pays où le peuple était en grande partie hérétique, ils Grent Theureuse rencontre d'un prêtre qui portait le très-saint Sacrement, mais accompagné de peu de monde. Nos deux princes l'eurent à peine aperçu qu'ils se joignirent incontinent à ce cortège du roi de gloire, avec toute leur suite, chevaliers, gentilshommes et serviteurs. Les catholiques furent vivement touchés de cette démonstration de la piété des princes ; mais les hérétiques regardèrent avec des yeux de haine et de fureur ces hommages rendus au roi du ciel par des princes de la terre. Leur exaspération monta à un tel point qu'ils cherchèrent querelle aux catholiques. Ils firent d'abord entendre des crb tumultueux, puis se répandirent en injures et en outrages : quelques-uns même leur lancèrent des pierres , d'autres faisaient briller leurs épées et préparaient leurs arquebuses. Ces indignes provocations enflammèrent lo zèle de nos généreux princes; sans se mettre en peine du danger qui les menaçait : < Quoi donc ? dirent-ils à leur suite et aux catholiques, souffrirons-nous qu'on insulte ainsi notre Dieu? On nous provoque injustement, du courage 1 sachons nous défendre et venger notre foi. > Aussitôt dit, aussitôt fait. Les princes tirent Tépée etmarchant résolument à la tête des cathoUques, désarmés il est vrai, mais animés d'un zèle ardent, tons se précipitent avec une telle impétuosité sur la foule perverse qu'ils en tuèrent quelques-uns, en blessèrent un grand nombre, et mirent le reste en fuite.
Les généreux vainqueurs revinrent aussitôt auprès du prêtre et se jetèrent à genoux pour adorer le trèssaint Sacrement, lui faire réparation des outrages qu'il venait de recevoir, et le remercier de la victoire qu'il
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leur avait accordée. Victoire, en effet, digne d*acclavatioDs triomphales et qui rappelle les paroles prophétiques de Moïse ; Duo fugenî iecem millia. i Deux d'entre vous mettront en fuite dix mille ennemis. » (Dedt. xxxii, 28). Si les hérétiques qu'il venait do mettre en déroute^ n'atteignaient pas le nombre de dix mille, ils étaient cependant beaucoup plus nombreux et mieux armés qu'eux. On peut dire aussi que lears forces étaient accrues d'un grand nombre de démons qui les avaient poussés à cette attaque sacrilège et qui combattaient dans leurs rangs.
La cour de Vienne, tout le pays autrichien, relenti- ' rent bientôt du bruit de cette victoire. La nouvelle en vint premièrement aux oreilles de Timpératrice mère de ces deux princes. Cette &me aussi grande que généreuse surabondait du plus sublime zèle pour la gloire de pieu : tout en se réjouissant de ce haut fait d armes, elle osa s'élever plus haut, et laisser échapper ces paroles : « Je rends de vives actions de grâces à la miséricorde de Dieu pour l'heureuse réussite de cette affaire; mais je serais encore plus satisfaite si mes fils avaient trouvé la mort et le martyre de la main des hérétiques en prenant ainsi la défense et sauvant Thonneur du trèssaint Sacrement. » Paroles et sentiments dignes d'une éternelle louange. Cette mère comprenait la dignité du mystère de nos autels ; elle savait apprécier le mérite et la gloire du martyre enduré pour une telle cause. Qui jious donnera de retrouver une pareille force d'âme dans les mères et les reines de nos temps ! Faites, ô mon Dieu, qu'un dévouement aussi généreux, une foi aussi vive, anime nos soldats, nos généraux et nos princes. (Db PALUi, vie de Marguerite delà Croix , 1. viii, c. 3).
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LÏI» MERVEILLE.
BÉCOMPENSE DE l'aUMÔNB FAITE POOB BONORER LA SAINTE EUCHARISTIE.
Elremn^yna a peceato et n marie tihern', ft fionTpaiilnr animan ire in tenrbra*.
« L^aumène délivre da pécbé et de li»
mort, et n<i laisse pas une éme descendre dans le lieu des ténèbres.» (Tob. it, H).
La vertu de TaumAne est grande, elle produit les plus heureux fruits de salut. Mais, entre tous ses effets merveilleux, il en est peu d'aussi reiDarqua})le que la conversion d'un béi'étiqiie obstiné, qui se trouve changé en un instant, 'bien qu'il eût fait Taumône plus par point d'honneur que par esprit de charité.
Il y avait à Naples, à la fin du xvi« siècle, un noble citoyen nommé Horace Grannopoli, avocat non tantdes causes civiles que des œuvres pies, et qui s'employait de toutes ses forces à procurer des hommages au divin Sacrement. Après avoir dépensé une bonne partie de sa fortune pour ftiire élever de beaux autels et enrichir les saints tabernacles , voyant avec douleur que dans quelques paroisses le roi du ciel n'avait encore qu'une demeure peu convenable, et que souvent il était porté aux malades sans la pompe extérieure si justement exigée, il ne craignit pas d'aller mendier de porte en porte afin de recueillir l'argent nécessaire pour former un capital au moyen duquel il serait facile de pourvoir
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ces pauvres églises de cierges, dlnstrumenls de musique, d'oraements, etc. Il parcourut ainsi toute la villa de Naples; oubliant sa haute naissance et foulant aux pieds le respect humain. Grands seigneurs, banquiers» marchands, tous reçurent sa visite : il les abordait avec ce salut : • Loué soit le très-saint Sacrement! • et leur demandait Faumûne pour Jésus-Christ pr^nt sur U03 autels et en faveur des églises pauvres. Il reçut d'un grand nombre des sommes assez considérables. Un matin qu'il était près de Téglise de Saint-Joseph, il vit sortir d'un palais voisin un seigneur magniQquement vêtu» dont la figure lui était inconnue. Lorsqu'il sortit do l'église, il s'avance vers lui, lui demande humblement l'aumône pour faire honorer le très-saint Sacrement^ comme il faisait à toute autre personne. Le gentilhomme s'arrête étonné, et le regardant avec un sourire qui frisait le mépris, il lui dit : « Monsieur, vous vous trompez sans doute sur ma personne : je suis anglais, citoyen de la ville de Londres ; mon npm est Thomas Acton : je suis venu à Naples avec un sauf-conduit pour veiller à mes intérêts. Du reste, la religion que je professe est assez différente de la vôtre : je ne crois pas à votre sacrement, je me garderai bien de contribuer à faire honorer comme Dieu ce qui n'est que du pain. > A ces paroles Grannopoli, ému de conrgpassion, lui fit uo simple salut et se retourna pour s'en aller ailleurs. Mais l'anglais le rappelle aussitôt, et lui dit de ne point s'offenser de la réponse qu'il a faite selon sa conscience, et ajouta que du reste il admirait volontiers comme an beau spectable le magnifique cortège que formait la procession, mais il ne saurait croire que Diea fût dans une hostie. 11 le pria ensuite de l'attendre an instant.
I LU* mbuteille. 481
ffl revint effectivement peo après, portant une bourse qui contenait quinze écus ; et en la lui présentant il lui dit qu*il loi donnait cette somme, non an sacrement de l'Eucharistie, mais à lui*mêrae eb propre et qu*il en pouvait disposer à sa guise. GrannopoU reçut cet argent avec reconnaissance : mais il demeura incertain s'il pou* vait remployer à faire honorer le très>saiut Sacrement. 41 alla donc consulter le cardinal Cantelmi, archevêque de Naples, qui lui répondit aussitôt qu*il le pouvait sans diôiculté, et ajouta : c Prions le Seigneur qu'il veuille, en retour de cette aumône, éclairer ce pauvre hérétique et lui procurer la grâce de la conversion, p
Une année ne s'était pas écoulée depuis cet événement que ce noble Anglais fut saisi d'une fièvre vlo« lente qai le mit bientôt en danger de mort : GrannopoU en reçut la nouvelle un matin après avoir accompagné le très-saint Sacrement qu'on portait à QD malade. 11 se rappela aussitôt la libéralité de cet hérétique et l'emploi qu'il en avait fait lui-même pour honorer la sainte Eucharistie. Dès lors, plein de confiance dans la miséricorde du Seigneur, il va trouver le curé de Saint-Joseph, sur la paroisse duquel résidait le malade, et l'engage à tenter la conversion de cette pauvre ^e. Le curé voolut, avant de rien entreprendre, recourir à son archevêque. Celui-ci non-seulement loi permit mais lui ordonna d'aller visiter le malade et d'employer tous les moyens de l'amener à la foi catholiqoe. U fallait d'abord pénétrer jusqu'au lit du moulant, et ce n'était pas chose facile, la foule d'amis et de «erviteurs qui l'entouraient étaient tous dans les liens de la même hérésie et devaient naturellement faire tootce qu'ils pourraient pour empêcher 8on abjuratioa.
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Le prêtre fut en effet repoussé plusieurs fois. Eafin, sur un ordre formel du gouverneur de la ville, la porte de la maison fut ouverte au ministre de Jésus«Christy et il put pasler liSrement an malade. Gdui-oi commença par reyeter toute proposition de changement de culte; il ne voulait pas entendre parler d'abjuration, il se contentait de répondre au curé : c Je sais bien que vous voulez avoir mon corps , si je meurs , afin de l'enterrer et d'en retirer de bon argent ; mais vous vous trompez dans votre calcul, vous ne gagnerez rien avec moi : j'ai toujours vécu dans la religion anglicane, je veux y mourir. » Le bon pasteur repartit : « Je n'ai d'antre intérêt en ceci que le salut éternel de votre âme ; la foi catholique est la seule vraie, elle est nécessaire ponr le salut de votre ftme ; si vous refusez de Pembrasser, vous tomberez infailliblement dans l'enfer. 1 11 lui exposa ensuite brièvement mais clairement les raisons de ce qu'il avançait. Mais l'hérétique paraissait tenir peu de compte de ses raisonnements, il y prêtait même peu d'attention ; d'autres fois il lui témoignait l'ennui qu'il en éprouvait, ou bien, aûn de se débarrasser de sa présence, il lui donnait une fausse espérance de conversion. Déjà bien des visites avaient eu lieu sans résultat satisfaisant. Cependant le malade s'affaiblissait graduellement, la mort s'avançait à pas rapides. Un jour il tomba en défaillance et pendant plusieurs heures il ne donna plus aucun signe de vle:Me prêtre dnt s'en retourner la tristesse dans l'âme, avec la douleur devoir cette âme à jamais perdue. Cependant, contre toute attente, le malade le fait rappeler et lui dit, dès qu'il le voit entrer : t Monsieur le curé, c'en est fait, je me rends à vos sages conseils, je veux abjurer Thérésie et
devenir catholique, et si je meurs, cotDine je m'y attends, je veux être inhumé dans votre église de Saint- Joseph. • Le ministre de Dieu, au comble de la joie, se hâta d'interroger le malade sur les principaux mystères de la foi catholique, et le trouvant suffisamment instruit, il lui fait abjurer son hérésie, avec l'autorisation de l'archevêque'. 11 reçoit aussitôt sa confession sacramentelle, que le malade fit avec bien de la douleur et une vive contrition, et lui donne l'absolution de ses péchés et des censures qu'il avait encourues pour le crime d'hérésie. Le pauvre mourant, après s'être ainsi puriGé, pria instamment le prêtre de lui apporter la sainte communion : • Je crois maintenant, dit-il, de tout mon cœur à la présence réelle de Jésus-Christ dans le Sacrement, je me repens de l'avoir niée avec tant de témérité ; j'ai du moins la consolation de ne lui avoir jamais fait aucun outrage. »
Comme cet Anglais habitait un hôtel tenu par des catholiques, le prêtre put satisfaire à son désir et lui [jorter le saint viatique sans occasionner de murmure, on plutôt' tous les habitants du quartier furent trèsédifiés et du retour à la foi de cet hérétique et de la pompe qui entourât la sainte Eucharistie. Cet heureux converti vécut e**core quelques heures, jouissant de toutes ses facultés. Le curé, pour l'édification cx)mmune, et afin que Dieu en retirât de la gloire, le pria de lui donner quelques détails sur une conversion aussi étonnante et de lui en indiquer les motifs. Son empres- ^ment i demander la sainte communion laissait déjà entrevoir quelle en était la cause première, ce qu'il déclara ne fit que rx)nfîrmer ses pressentiments. 11 répondit donc ce qui suit : c Au moment où je tombai
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en défaillance^ je vis entrer par la fenêtre de ma eham« bre un ange qui portait à la main un papier écrit qui avait Tapparenoe d'un billet de créance qall venait d'acquitter : un autre ange le suivit de près avec un bouquet des plus jolies fleurs qu'il lui offrit en lai disant : t S'il veut goûter le vrai bonheur, qu'il em» brasse la religion catholique, t En même temps je com« phs que cette créance était le paiement de l'aumône de quinze écus que je fis un jour, bien que je n'eusse nullement alors Tintent bn d'honorer le très-saint Sacrement; et que les pièces de monnaie que j'avais données d'assez bon cœur étaient figurées par ces fleurs, qui avaient ensuite produit pour moi des fruits de salut ; ou bien que ces fleurs étaient une aimable invitation à me rendre dans les agréables jardins du paradis. Mon parti fut bientôt pris, et je promis à Dieu de me faire incontinent catholique, i Tel fut le récit de Thomas Acton : il l'entremêlait d'actes très-fervents de repentir, de désir du ciel et d'amour de Dieu. Et ce fut dans ces pieux sentiments qu'il rendit son âme à son créateur, donnant ainsi la plus grande espérance qu'il avait quitté cette terre d'exil pour entrer dans le repos éternel.
Cette conversion fit grand bruit dans la ville de Naples : on parla longtemps de cette aumône et de la récompense qui l'avait suivie; et le très-saint Sacrement en reçut de nouveaux hommages. Les obsèques du nouveau catholique réunirent un grand concours da peuple ; toutes les classes de la société voulurent y être représentées et chacun s'empressa de mettre à profit un tel exemple et de contribuer à la splendeur des autels et à la décoration des églises.
(Jos. SoLiiiuius, df comit. Euchariut. 1. ii. e. 6).
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