‹ Les Merveilles Divines dans la Sainte EucharistieChapitre 15 sur 35 · IV · texte numérisé non relu

IV

Dieu a promis, par la bouche du Sage, d'exaucer tous les bons désirs des âmes justes: Desiderittm suum dabU tur ju$tis. (Prov. x, 24). Nous trouvons de fort beaux exemples de cette vérité dans la vie de la vénérable Catherine de Jésus, Carmélite déchaussée Espagnole, et dans ses ardents désirs de recevoir ;soq Sauveur dans son sCuguste Sacrement. Elle se disposait à cette grande action par une pureté et des actes d'amour dignes d'un séraphin. Mab, si ses désirs de la communion furent grands, plus grandes encore et plus nombreuses furent les grâces qu'elle en recueillit. Lorsqu'elle vivait encore dans le siècle, étant un jour occupée au service du prochain, elle ne put arriver que fort tard à l'église de Sainte-Anne, très-vénérée à Séville : elle en trouva les portes .âflrmées, et se vit ainsi dans l'impossibilité de recevû^ Ce jour-là le pain des anges. Désolée de ce fâcheuat contre-temps, elle se rend à l'église paroissiale et supplie le curé, pour Tamour de Dieu, de lui admi-

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nistrer la sainte Eucharistie. Ce bon prCtre, qui avait une haute estime de la vertu de la sœur, s'eiQpresse d'accéder à ses désirs. Mais en entrant dans Téglise, il fut stupéfaÉ de trouver le tabernacle ouvert et les cierges allumés sur Tautel. 11 eut beau s'informer, personne n'était entré à Téglise depuis plusieurs heures. 11 demeura persuadé que c'était un ange du ciel qui avait voulu montrer par là combien les désirs de cette bonne Hlle étaient agréables à Dieu, et Catherine en eut Tassurance indubitable dans la joie et les délices extraordinaires qu'elle éprouva en recevant la sainte communion, ilne autrefois, comme elle se disposait de grand matin par la prière à recevoir la visite de Notre-Seigneur dans son Sacrement, elle fut ravie en une extase qui se prolongea jusqu'après midi, sans qu'elle s'en aperçût. Dès qu'elle eut repris ses sens, elle s'achemina vers Téglise àj&s Carmes dite Notre-Dame des Remèdes ; mais elle en trouva les portes fermées. Affligée plus qu'on ne le saurait dire de se voir privée de la communion, elle se dirigea vers l'autre couvent connu sous le nom de Notre-Dame de la Victoire, tout en priant Notre- Seigneur de lui faciliter les moyens de satisfaire son extrême désir. Malheureusement elle trouva encore les portes de Téglise fermées. Mais au même moment elle aperçut un prêtre, accompagné de quelques personnes, qui, sans en être prié, ouvrit une des portes. Catherine entra aussitôt dans l'église, et à peine en avait-elle franchi le seuil, qu'elle vit à Tautel trois religieux revêtus des ornements de la messe, et deux acQl|te».^ui tenaient étendue devant Tautel la nappe de laeooimunion, et qui semblaient l'attendre. En effet, Tua des assimilants l'ayant invitée à s'approcher delà table sainte^

elle reçut avec tkne joie non pareille le corps de son bienaimé : il lui dit ensuite qu'elle devait de grands remerciements au divin Sauveur^ parce qu'il lui avait témoigné en cette circonstance une chanté inGnie. Après son action de grâces, elle regagna son logis, Tâme tellement comblée de joie qu'elle semblait vouloir abandonner son corps* Aussi, en arrivant dans sa chambre, elle éprouva une nouvelle extase, dans laquelle il lui fut ré* vêlé que les ministres de l'autel qu'elle avait vus étaient des anges que le Seigneur avait députés pour satisfaire ses ardents désirs.

Mais après qu'elle eut embrassé la vie religieuse du Carmel, les grâces du del lui furent prodiguées avec une nouvelle largesse. Une des plus remarquables fut celle qu'elle reçut une nuit qu'elle était descendue au chœur pour rendre ses hommages au très -saint Sacrement. Comme elle répandait son cœur devant Dieu et se désolait que le roi de gloire demeurât si longtemps sans adorateurs, elle entendit résonner à ses oreilles la plus belle mélodie de chœurs angéliques, qui chantaient à la gloire de l'Agneau immolé : c Bénédiction, gloire, sagesse, action de grâces, honneur, puissance et force à notre Dieu dans les siècles des siècles. » Benedictio, et claritas et sapjentia et gratiarum actio, honor et virlus et fortitudo Deo nostro in sœcula sœculorum. (Apoc. vu, 12). En même temps l'église se remplit de la plus vive /clarté et il fut dit intérieurement à cette sainte âme que \fs anges par ces chants et par ces hommages supjpl^fpl à l'absence et à la négligence des hommes. flljktiiy ^^ ensuite se répandre et se prosterner devant )e pliiirtiacle et donner louanges et bénédictions au très- ^aint Sacrement. Cette vision la remplit de consolation,

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et elle seseBtit inspirée de dire aa Seigneur, aveoYÉglise r ^ • Nous vous supplions de permettre que nous unissions nos voix à celles de ces esprits bienheureux pour chanter humblement avec eux : Saint, Saint, Saint, etc. t Cum quitus et twstras voces, etc. (Prœf. missœ). Le Seigneur, pour marquer combien ces hommages lui étaient agréables, Tcnvironna de célestes sf^endeurs , comme s'il lui eût communiqué la lumière des chéra* bins et les ardeurs des séraphins.

Mais elle reçut, un autre jour, une faveur plus admi* l rable encore. Après qu*e]Ie eut reçu la sainte comma- I nion elle fut visitée par la Vierge mère elle-môme, i tenant Jésus enfant entre ses bras, et en reçut le sceau } du divin amour, comme nous le lisons de plusieurs sain* tes vierges, notamment de sainte Catherine d^ÀIexan- ; drie et de sainte Catherine de Sienne, ses patrones. Et ; voici comment eut lieu cette merveille. Tandis que notre bono^f religieuse s'abandonnait aux sentiments j de Tamour le plus tendre envers le Sauveur, la trèssainte Vierge prit la main de son aimable Fils, la plaça dans la main de Catherine, comme pour la fiancer an Fils de Oleu. Après une faveur aussi insigne, Cathe« rine, se voyant désormais devenue réponse d*un Dleo crucifié, le supplia de lui donner quelque part à ses \ douleurs. Comme il lui avait lui-même inspiré celte } pensée, il ne tarda pas de Texaucer. Un jour qu'elle [ priait devant un autel où était représenté le Sauveur couronné d'épines» elle le pria de lui faire romùkir quelques-unes des douleurs qu*il avait éprouvées à b tète sous ce cruel diadème. Aussitôt le divin Rédeaif^ \ leur baissa la tète et laissa tomber dans les mains de sa \ servante la couronne qui ceignait son front Catherine

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Padora, ti baisé amooreasement et la plaça sur sa tète ; et depuis ce moment, elle ne la quitta plus pendant lea ▼iogt-trois années qu'elle vécut encore. Elle la portait sous son voile pour la dérober à tous les regards ; si ellQ la quitta quelquefois^ ce fut seulement dans la maladie et pour obéir à son confesseur. Elle était plus fière et plus heuroQse sous cette couronne d'épiaes que jamais reiDe soua le diadème le plus oriliant.

(P. François ob sainte Maaib. tJitioirê du Carmel, II, Ub. vu, c. 33 et 34).

LB DUBLB ENSËiGNB LA FOI DUE A LA SAINTE BUCDABISTIB.

Dœmone» rtfdunt et eontremittttmt.

« L(!6 démons croient et tremblent. »

(JiC. lî, 49).

Dieu, pour confondre l'opimâtre incrédulité des héreliques, ne s'est pas seulement prévalu du témoignage des animaux, il a contraint les diables eux-mêmes à loi prêter leur concours, non pas en rendant témoignage, le témoignage du père du mensonge ne saurait jamais mériter créance, mais en les forçant de confesser la vérité, comme parle saint Ambroise : < Je ne regoîs p$»h témoignage du diable, mais j'accepte Taveu qu'il est obligé de faire au milieu des tourments que la justice divine lui fait subir, t {Sermon pour la fêle des saints Gervais et Protais).

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' On aoiena on jour à réfèqoe de Uion, m France, ane femme nommée Nicolle, qui était possédée par un démon des plas féroces. Le sage et pieox prélat, pour plos de sûreté et pour mieux triompher du malin esprit, recourut au trôs-saint Sacrement et présenti rhostie sainte à cette malheureuse qui réclamait son assistance. Le diable ne pouvant supports la présence du Seigneur, se mit à faire des contorsions hc^bles et à tourmenter la possédée d'une manière étrange ; la pauvre femme tremblait de tons ses membres et était toute hors d'haleine. L'évêque, tout en compatissant à ses souffrances, en éprouvait cependant de la consolation ; car il était évident que Tennemi était vaincu et qu'il allait être bientôt contraint d'abandonner la pauvre créature qu'il tourmentait si horriblement. Mais il voulut aussi profiter de la circonstance pour confondre un assez grand nombre d'hérétiques qui étaient présents et ne croyaient point à la présence réelle de Jésus- Christ dans son Sacrement. Il interrogea donc le diable à haute voix : c Pourquoi trembles-tu ainsi, pourquoi ces violentes contorsions en présence de ce petit morceau de pain? — Je ne tremble point, répondit-il alors par la bouche de la possédée et dune voix claire, je ne suis point aussi agité pour un peu de pain, mais pour le vrai corps de Jésus-Christ, par le Hoc est. t Par ce mot il voulait désigner les paroles de la consécration. Et en répétant plusieurs fois : Hoc esty hoc est, il îut contraint, par la présence de l'auguste Sacrement, de sortir du corps de la possédée : en même temps on entendit un grand fracas, l'air fut rempli d'une horrible puanteur et de vapeurs ténébreuses : ce qui jeta une grande terreur dans l'âme des assistants. P^ de dix

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' mille personnes forent témoins de oe spectacle et enten dirent de lenrs propres oreilles cet aveu de Satan. Les catholiqoes en furent confirmés dans leur foi, et beaucoup d'hérétiques, abjurant leurs erreurs, crurent désormais à la divinité du Sacrement.

Ce miracle fut enregistré dans les actes publics. Dieu Tavait opéré sans doute pour confondre et convertir les impies disciples 'de Calvin, qui attaquent la présence réelle de Jésus -Christ dans son Sacrement. C'est ce que nous atteste Florimond, témoin oculaire et rapporteur digne de foi, puisqu'il avoue que ce prodige Fempécha de tomber dans l'hérésie.

Un fait dn même genre et non moins étonnant arriva à Vérone vers la même époque. Il y avait dans cette ville un nécromancien qui entretenait un commerce habituel avec le diable, lequel lui apparaissait sous une forme humaine. Un jour que le démon l'avait ainsi accosté en pleine rue, voilà que vient à passer le saint Sacrement qu'un prêtre portait à un malade. Le sorcier, bien que fort mauvais chrétien, se jette à genoux, à la vue de la sainte hostie, non point par dévotion, mais par respect humain, pour faire comme les autres et ne pas être pris pour hérétique, d'autant qu'il présumait que le diable en un telle rencontre allait s*enfuir d'horreur. Mais il en fut autrement ; le diable retire vite de sa tête l'espèce de chapeau qui la couvrait. et se met aussi à genoux la tête inclinée. Lorsque le saint Sacrement fut passé, le nécromancien, fort surpris que cet esprit superbe et orgueilleux se fût ainsi hamiKé volontairement, lui demanda pourquoi il avait rendu ces hommages au Sacrement des chrétiens. € Wen sois pas étonné, répondit-il, moi et mes pareils

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noas sommes contraints, à notre honte et déplaisir , de rendre des respects % notre ennemi capital ; c'est une loi dont aucune créature ne se peut dispenser; il faut, comme dit ton Paul, que tout genou fléchisse an del, sur la terre et dans les enfers devant Jésus-Christ; il faut que toute langue confesse qu'il est le Seigneur et maître. » (Philip, ir, il). Comme ils étaient restés sur la place publique à s'entretenir de sortilèges et choses semblables, le prêtre passa près d'eux en retournant à l'église avec la custode vide. Le diable fit alors une nouvelle révérence, mais en ne ployant qu'un cenl genou. Le magicien, encore plus étonné, lai dit : c A quoi bon cette nouvelle démonstration de respect puisque le Sacrement n'est plus dans le vase sacré? • Satan lui répondit : c Ce salut ne s'adresse pas à la personne do prêtre, mais à la custode qu'il porte, car le Dieu des chrétiens y était présent il y a quelques instants, et il est dit dans on psaume : c Nous adorerons le lieu où ses pas se sont arrêtés : » Ado'aMmus in loco ubi ne» UTunt pedes ejiis. (Ps. c. xxxt, 7).

Si donc le diable, malgré sa malice infernale, ne peut s'empêcher de rendre hommage an très-saint Sacrement et de confesser la présence réelle, comment excuser tant de mauvais chrétiens qui perdent tout respect dans les saints temples et refusent de rendre le culte convenable à la sainte Eucharistie ? Comment ne pas frémir d'horreur en voyant tant d'irrévérences> de profanations, de sacril^es, envers ce Sacrement d'amour ? Oleu fasse que ces mauvais chrétiens aient au moins la foi des démons, ils croient fermement et sont pénétrés de terreur, tandis que beaucoup de ceux qui ont reçu le baptèmt n'ont plus la foi, ou

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slls Tont encore, elle ne leur inspire pas une eraînte

salutaire.

(P. Puicui, S. J. Exercit. 6, pro or. 40 hor).

IlERVEILLEDX ÉCHANGE d'aHOUB ENTRE lÉSDS ET UHE, PIKUSB VIERGE.

Ego diteeto meOt et ad m« eûwenio eju$.

a Je suis i mon blen-aimé, qui se donnt à moi. » (Cabt. tu, 40).

' Bien des grâces que Fépouse des sacrés cantiques dit avoir reçues de son divin époux furent départies à la bienheureuse Véronique de Binasco , religieuse an monastère de Sainte-Marthe de Milan. Mais elle savait répondre à ces faveurs extraordinaires par un amour sans bornes, en sorte qu'on ne sait lequel le plus admi* rer,ou la libéralité avec laquelle Tépoux divin répandait la rosée de ses grâces sur cette âme, on la Odélité cons* tante avec laquelle elle s'efforçait d'y correspondre et les mettait à proût, pour former une ample moisson de mérites. Gomme il ne nous appartient pas de décider ane si grave question, nous nous bornerons à raconter quelques-unes de ces célestes faveurs dont le Seigneur bonora s^v servante.

Dans l'année i 488 , pendant toute l'octave de la / Fête-Dieu, chaque fois qu'elle assistait au saint sacri- . / fice ou à rofiiGB divin> elle eut le bonheur de voir jour-, \

fieileinent le saint enfant Jésus, vêtu d*une tanique de Un très-éclatante et avec un visage d'une beauté ravissante, tantôt sortir du tabernacle et trôner snr Faute} avec un nombreux cortège de chœurs angéliques, tantôt se cacher au fond du tabernacle, {yiis reparaître de nouveau, pour faire jouir de sa divine présence sa bienaimée , qui ne se lassait pas de le contempler. Le dernier jour de cette octave, pendant que la procession délilait à travers les cloîtres et les jardins, et que les religieuses, tenant des cierges allumés à la main et chantant des hymnes et des cantiques, s'efforçaient de rendre leurs pieux hommages au très-saint Sacrement, la bienheureuse était élevée à une plus haute contemplation, et il lui était donné d'apercevoir un chœnr d'anges qui se tenaient à droite et à gauche dans les airs, faisant cortège au prêtre, rendant leurs hommages au Dieu qu'il tenait dans les mains et célébrant à Tenvi ses louanges et sa gloire. A la un de' la cérémonie elle (ut ravie en esprit jusqa*au ciel et vit une fête solennelle qu*0D y célébrait pour glorifier Tagneau immaculé résidant sur nos autels : elle entendit les concerts des anges qui chantaient en chœur : c Bénédiction, honneur et puissance dans les siècles des siècles à ragneaq immolé. » (Apocal. v, 3.) et un ange lui déclara que les Séraphins, les Chérubins, les Trônes, les Dominations et tous les chœurs des anges 'célébraient dans le ciel par une fête solennelle l'institution de la sainte Eucharistie que l'Eglise de la terriB entoure de tant de pompe et de solennité.

L'année suivante, le samedi matin dans l'octave de 1% même fête, cette sainte amante du Sauveur étant ooeun pée, dans sa cellule, à une pieuse méditation, elle vit

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soadain sa chambre resplendir de la plus brillante clarté, et il en sortit un ange vêtu d'un manteau de la plus éclatante blancheur et tenant dans la main une hostie, qui lançait des rayons de lumière plus éclatants que le soleil. L'ange s'approcha d'elle et déposa sur ses lèvres cette hostie, qui répandit dans son âme une telle abondance de grâces célestes qu'elle fut ravie en une extase qui se prolongea durant plusieurs heures. Le divin époux, non content de se donner à sa sainte amante par la main d'un ange, voulut une autre fois se communiquer à elle d'une manière immédiate. Pendant le silence d^une nuit paisible, comme Véronique s'adonnait à l'oraison, selon sa coutume, un ange lui apparut et lui commanda d'aller à l'église pour adorer le très-saint Sacrement et rendre ses hommages à la sainte Trinité par une triple génuflexion, et il ajouta qu'elle y verra un grand prodige etque le divin Rédempteur lui réserve une faveur très-spéciale. Elle obéit sans retard à cet avis du ciel, se rend à l'église et en entrant elle fait les trois génuflexions. Mais grand fut son étonnement lorsqu'elle aperçut sur l'autel deux flambeaux allumés et un calice recouvert de sa patène, avec une hostie par-dessus. Au même instant un nuage brillant et transparent remplit toute la chapelle, et il s'en échappa des rayons lum^ineux qui se dirigèrent vers elle. Elle aperçoit en même temps le Sauveur du monde, entouré d'anges qui lui rendent leurs hommages, s'avancer lentement vers le lieu où elle s'est retirée, et il lui présente son sacré corps, en lui adressant ces amoureuses paroles : « Reçois mon corps, ma fille. » En recevant la communion d'une manière si prodigieuse elle ressentit dans son cœur d'ineffables suavités spirituelles.

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liais ces faveurs spéciales forent assez rares, les autres forent plus fréquentes. Lorsqu'elle assistait au saint sacrifice, toujours saintetnent avide de loger son époux dans son cœur, mais craignant d'en demander la permission à son confesseur, le Si^iveur daignait; Tenir lui-même la consoler. Ainsi, il arriva plus d*one fols qu'au moment où le prêtre rompait Thostie après le Pater, une parcelle s*eD détachait sans qu'il s'en aperçût, s'élevait dans les airs et pénétrant par l'ouverture de la grille du chœur, venait se placer sur la lan* gue de Véronique. Cet échange de pieuses alTectious entre Tépoux divin et cette bonne religieuse excitait l'envie du malin esprit et le rendait furieux. Il n'épargnait rien pour y mettre obstacle : tous ses efforts ne pouvant jeter le trouble dans l'Ame de Véronique, dans son dépit, il s'acharnait sur son corps et la faisait cruellement soufiPrir, Dien le permettat)t ainsi pour donner à sa servante l'occasion d'acquérir de plus grands mérites. Mais la bienheureuse n'en devint que plus constante dans ses saintes ceuvres et elle remporta toujours de glorieuses victoires, si bien qu'un ange lui apporta du ciel une très-belie palme d'argent pour couronner son triomphe. On la conserve religieusement dans le monastère comme nne précieuse relique, et elle y est l'objet d'une grande vénération.

Au milieu de ces fréquentes visites que la Sagesse incarnée faisait à sa servante dans la sainte communion, elle la remplit d'une science toute céleste. C'est ainsi qu'étant entrée au couvent sachant à peine lire, Notre-Seigneur daigna lui donner l'intelligence de tout le psautier de David. Elle savait par cœur les psaumes et possédait pleinement les divers sens de chacun d'eux.

Elle faisait sa prière habituelle dans le psautier, et soaveut^ quand elle avait communié, un ange récitait alternativement avec elle les versets de ces divins cantiques. Enfin le Seigneur lui donna le talent d'expliquer TEcriture et lui transmit une plume d'or par l'intermédiaire d'un ange, afin qu'elle pût écrire un livre de doctrine spirituelle. Cette plume est enchâssée précieusement dans un beau cristal, ainsi que la palme dont nous avons parlé, aQn de garder éternellement la mémoire des merveilles de Dieu.

En vérité, ne peut-on pas dire que la bienheureuse Véronique, parles faveurs dont elle a joui dans la sainte communion, a réalisé ces paroles du Sage dans le livre de l'Ecclésiastique : « Dieu l'a nourrie du pain qui donne la vie et Tintelligence ; il l'a abreuvée de l'eau de la sagesse du salut. • CAbavit illum pane vitœ et intellectus y ei aqua sapientiœ salularis polavit illum.

{EcolûxVfZ.)

(Isidore Isolarus, Vi« <U Slê Véroni(piê , ï, ii| cb. 7sl.Vif,ch. 3,3, 8J.

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LE SACtlËMliNT DE L'ACTEL ABAISSE LES SUPERCES ET ÉLÈVE LES HUMBLES.

Qui se exaUat hunilMUur^ et qui «e Anmiliat exaliabitur.

« Celai qui sVléve sera abaissé, et celui qui s'abaisse sera élevé. » (Lcc, xviii, 14).

Diea poursuit d'une haine implacable le vice de l'orgueil, dequelque forme qu'il se revête ; mais principalement lorsqu'il voit l'ambition, l'arrogance et l'insolence se glisser jusque dans les choses saintes, et, bien qu'il se réserve le plus souvent de les punir après cette vie, quelquefois dès ici-bas il fait sentir le poids de sa colère à ceux qui se rendent coupables de ce péché. Uq fait de ce genre arriva autrefois dans une paroisse du Tyrol nommée Seveld : on Ta gravé sur le bronze pour en transmettre la mémoire à la postérité.

OsTvald Mulser, seigneur du haut lignage et de puissante fortune, était parvenu à un tel excès d'orgueil, qu'il ne voulait pas être confondu avec le peuple dans la réception des sacrements. Une année, comme la fête de Pâques approchait, solennité dans laquelle tous les fidèles doivent s'asseoir au banquet eucharistique, selon le précepte de l'Eglise, il fit savoir à son curé que loi noble gentilhomme, établi par Dieu même seigneur du lieu, pour ne pas être confondu avec les paysans et les

rosfants, comme il disait, voulait recevoir pour la commuoion non unid petite hostie, ainsi que cela se pratiqne> mais une plus grande, comme celle du prêtre. Le curé fut très-affligé d'une vanité si déplacée et toutefois se montra disposé à condescendre à ce désir insensé, pour ne pas s'attirer la malveillance de cet homme et peut-être des persécutions. Donc, le saint jour de Pâ« ques venu, Oswald se présente fièrement le premier devant Tautel et reçoit de la main du prêtre une grande hostie. Mais à peine a-t-elle touché sa langue que la terre s'entr'ouvre sous ses pieds à la vue de tout le peuple et menace de l'engloutir tout vivant. U avmt déjli la moitié du corps dans rabîme, et vainement cherchaitil à s'accrocher des deux mains à l'angle de l'autel qui devint subitement mou comme de la cire. Mais, heureusement pour lui, un danger aussi imminent lui fit reconnaître aussitôt l'étrange orgueil de sa conduite, il s'humilia devant Dieu, lui demanda pardon, et Dieu fat assez bon pour lui faire miséricorde et le préserver entièrement de ce gouffre qu'il avait ouvert pour le convertir et qu'il ferma au même moment. Toutefois il no put jamais venir à bout d'avaler la sainte hostie, et elle demeurait immobile sur sa langue. Le prêtre dut la recueillir et la mettre dans un ciboire. Mds alors il fat témoin d'une nouvelle merveille : le pain consacré était tout couvert de gouttelettes d*un sang vermeil, Dieu le permettant ainsi pour manifester combien il a en horreur la puérile et sotte vanité dans la réception des sacrements, et enseigner aux fidèles que la vertu de la sainte Eucharistie ne consiste point dans la dimension de rhostie, mais uniquement dans la valeur infinie de celui qui est contenu sous les espèces sacramentelles. Et

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c'est ce que chante TEgllse dans la prose da très-saint Sacrement : t Quand la sainte hostie mi rompue, que votre foi ne ciiancelle point, mais souvenez-vous que le même Dieu est présent dans la moindre parcelle aussi bien que dans le tout, t

Fracto demum sacramento.

Ne vacilles, sed mémento Tantum esse sub fragmente, Quantum toto tegitur.

Eusèbe d*li!mèse nous enseigne la même vérité t c Dans la réception de rEucharistie ne considère point la quantité du pain que tu reçois, mais plutôt la vertu, la puissance de celui qui y est contenu; car elle est aussi bien dans peu que dans beaucoup. • {Hoinïl. 5, de Pasch).

Tilmann Bredenhach raconte le fait dans un de ces ouvrages, et témoigne que cette hostie miraculeuse so conservait encore dans son temps dans l'église de Seveld, qu'elle y était toujours entourée de la vénération des peuples et ne cessait de devenir l'occasion de grâces extraordinaires. 11 parle de tout cela comme U^moîn oculaire ; car en retournant de Rome en Allemagne, i\ voulut s'assurer par ses propres yeux des merveilles qu'on disait avoir été opérées en ce lieu. Il visita donc cette église et vit devant l'autel et entouré d'un grillage de fer l'endroit où le sol s'était entr'ouvert : il y vit et adora l'hostie miraculeuse encore teinte de sang : il y lut l'inscription qui transmet à la postérité le souvenir du prodige que Dieu a fait pour humilier l'orgueil et l'ambition et accomplir sa parole : 4 Celui qui s'élève sera humilié, n

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Haîâ Dieu n*a pas dit sealement : c Celui qui s*élève fiera humilié; » à a ajouté: c Celui qui s*humilie sera exalté, i 11 ne sera donc pas hors de propos de montrer comment cet oracle divin s*est également réalisé par la vertu du même sacrement : les merveilles en ce genre sont fort nombreuses ; mais ici nous ne pouvons qu'indiquer une faveur pour ainsi dire matérielle, qui tombe sous les sens, une faveur accordée dans la communion.

Entre tous les saints qui se présentent à nous, nous ne parlerons que don pauvre frère convers de Tordre do Saint-Benoit, et dont fait mention le docte Guillaume de Paris. Ce bon religieux occupé ans plus humbles travaux du monastère, avait une singulière dévotion au très-saint Sacrement ; il s'en approchait toujours avec une grande humilité; comme le publicain deTEvangile, il n^osait lever les yeux vers le ciel , mais il se frappait la poitrine en disant : c Mon Dieu, soyez propice à moi pauvre pécheur. > Jamais il n'eût osé approcher de la sainte table, si Tamour ardent qu'il avait pour Jésus- Christ ne l'avait encore plus vivement sollicité que la crainte et le respect ne Téloignaient. De son côté, Dieu, qui regarde avec amour les humbles et les comble de ses faveurs, tandis qu'il s'éloigno des superbes, se plaisait à l'exalter et à le glorifier. A peine avait-il reçu la sainte Eucharistie qu'il entrait ordinairement en extase : on le voyait alors élevé de terre de plusieurs pieds et suspendu en l'air par les seules ailes de son séraphique amour, à la grande admiration de tous ceux qui voyaient la gloriGcatioD de ce bon religieux^ lequel o*eD devenait que plus humbles.

(TfUAifii BREDEiiBAca, CoTifér. spirit. liv. i, ch. 85).

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I»'aMOUR DÉCOÇVRE le lieu 00 RÉSIDE L' AUGUSTE SACREMENT.

inverti quem diligit anima mea.

«J'ai trouvé celQi que mon cœur aime.»

(Caiit. III, i).

Il n'y Si pas de tournesol qui se tourne avec tant de précision vers l'astre du jour, pas d'aimant qui s'incline avec tant de régularité vers son pôle, que saint François de Borgia se sentait porté et comme entraîné vers le divin Sacrement. Il ne laissait passer aucun jour sans le visiter au moins sept fois, et chaque visite se prolongeait plus ou moins. Dans ses voyages il souffrait beaucoup d'être privé de la présence de la sainte victime qui réside dans nos églises : et il ne négligeait rien pour remplacer par d'autres hommages les visites qu'il ne pouvait lui rendre corporellement. Se recommander aux anges gardiens des églises et des lieux par où il passait, était sa pratique inviolable. Si l'on faisait quelque halte dans une ville ou dans le plus modeste village, sa première visite était toujours pour l'église, et il la faisait aussi longue qu'il le pouvait. Venait-il à / passer par quelque maison de la compagnie de Jésus, ï il demandait toujours pour sa cellule l'appartement le plus pr6«he du Saint-Sacrement : que ce fût une cham- ^ bre convenable on le plu» triste réduit, il s'y trouvait

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toojoars à son aise, parce qu'il était proche du Dieu qu'il aimait. En un mot, sa vie entière se passait en présence du Irès-saint Sacrement, présence soit réelle, soit virtuelle ; qu'il méditât, qu'il étudiât, ou qu'il fit toute antre chose, il se tenait toujours en présence du divin Jésus résidant sur nos autels.

Que n'aurione-nous pas à dire de la manière dooii] célébrait la messe ? qaelh dévotion il y apportait, de quelles faveurs Notre-Seigneur le comblait I Mais dans une matière aussi abondante il vaut mieux se taire qne de n'en donner qu'un aperçu fort incomplet. Je dirai seulement que ce très-humble serviteur de Dieu, qui avait fort sévèrement défendu à ses compagnons de voyage, de jamais faire aucune allusion, même indirecte, à son SHacienne dignité de duc de Gandie et do vice-roi de Castille, faisait cesser cette défense dans ses voyages quand il n'y avait pas d'autre moyen d'obtenir la permission de célébrer, et il fallait qu'en ces circonstances son humilité cédât à son vil désir d'offrir l'agneao sans tache et de s'en nourrir. Bans ces occa-* siens il avait coutume de dire gracieusement : < Nous voilà bien réduits à recourir au bras séculier, puisque l'autorité ecclésiastique n'y peut rien. « Noos ne pouvons passer ici sous silence une favetir singulière que notre Seigneur fit à ce bon saint, et qui est consignée dans les actes du procès de sa canonisation, où on lit : « Ce fat en loi un insigne et presque continuel miracle ^ disait le pape Clément IX, qu'un instinct divin l'avertissait du lieu où se trouvait la sainte Eucharistie, en sorte qu'en entrant dans une église il sentait aussitôt en quel endroit était conservé le très-saint Sacrement, tors même qu'il n'y avait point de lampe allumée de-

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▼ant Tantel pour indiquer la présence de Jésus, t De môme que rien ne pouvait empêcher son cœur et sa volonté d*aimer Tliûte divin de nos tabernacles, ainsi il n*j avait pas de ténèbres si épaisses ni de retraite $i profonde qu*il ne pénétrât pour y découvrir son bien* aimé. L^amour de saint François pour la sainte Eucharistie était comme ces flambeaux dont la flamme se dirige toujours vers le ciel, quelque effort qae Tod fasse pour la courber vers la terre. SU entrait d'aventure dans quelque ^lise où la lampe brillait devant Faute!, quoique notre Seigneur fût absent du tabernacle, sa douleur se manifestait sur tout son visage et dans tout son maintien, et il s'écriait avec réponse du cantique : f J'ai cherché celui que mon cœur aime, et je ne Tai pas trouvé, p Et il ne manquait pas de faire remarquer aux prêtres et aux sacristains combien leur négligence était coupable.

Saint Stanislas Kostka eut également une très-grande affection pour la sainte Eucharistie, et il en reçut des faveurs singulières ; toutefois il ne lui fut pas donné, comme à saint François de Borgia, de découvrir le lieu ot elle était conservée. Cest ainsi qu'allant un jour do Vienne à Rome, il entra dans une église avec rintention ày communier. Après avoir prié quelque temps avec grande ferveur pour s'y disposer, il n'aperçut dans toate Téglise ni tableaux, ni images de saints, pas même uQ autel, la croix n'y apparaissait même pas; il n'y afait d'autre meuble qu'une table de bois et qudques sièges. H comprit qu'il était entré dans une église qne Iss nié« créants luthériens avaient profanée et changée en prêche. H en était inconsolable et gémissait amèrement au foud du cœur sur le malheur de ces habitants, et

snr la privation qu'il souffrait lui-même, car il ne lui était pas possible de rassasier le désir ardent qu'il avait de recevoir les saints mystères. Mais Dieu, qui voyait les bonnes dispositions de son cœur, prit plaisir à le consoler et à satisfaire ses pieux désirs, et voulut bien faire un miracle pour lui procurer ce bien suprême. En effet, il était sur le point de se retirer lorsque soudain il se voit entouré d'un groupe d'anges, mais visibles à loi seul. Ib étaient si beaux , si brillants de darté, qu'il reconnut aussitôt en eux des habitants du céleste séjour. Stanislas se réjouit délicieusement do cette vision. Mais son bonheur va bientôt s'accroître au centuple : un de ces esprits se détache du groupe angélique, il tient à la main une hostie qu'il adore profondément, puis s'approche du jeune religieux et lui met dans la bouche le don mystérieux que Dieu lui a confié pour lui. Cela fait, toute cette troupe bienheureuse disparait en saluant amoureusement le saint, qui reste seul le cœur inondé de joie et répétant ces paroles de l'épouse fidèle : « J'ai trouvé celui que j'aime, je le tiens et je ne le laisserai point aller. » Inveni quem diligil anima mea, tenui eum, tiec dimiuam, (Gant, m, 4).

(P. Bartoli, Vie de saint FrançotB de Borgia^ 1. iV| cb. 2, et Vie de saint Statiislae Kotika),

206 LVIIl* MERVEILLE.

ilteaS-CHRIST A-PPARAIT SOUS DIVERSES FOMIES DANS LA SAINTE EUCHARISTIE.

Omnibiu omnia fartus sum, ut omnes /bterem salvos.

a Je me suis fait tout à tous poar les sauver tous. » (I Coi. ix, 22).

Le Sauveur du monde semble s'être complu à prendre diverses apparences dans son divin Sacreraenty comme pour nous faire entendre que là se trouve ie trésor de toutes les grâces, le principe de toute vertu, pour les personnes de tout rang, de tout âge et de toute condition. Nous en avons déjà entretenu le lecteur : voici un nouveau fait du même genre.

Il y avait autrefois, dans la ville de Santaren, célèbre ville de Portugal (ainsi nommée en Thonneur de sainte Irène, glorieuse vierge et martyre), une femme de noble extraction, qui sans s^ucun motif en vint à suspecter la ûdélité de son mari ; elle supposait qu'il avait cessé de Taimer, pour se livrer à des amours étrangères : de là une furieuse jalousie, qui n'était point réprimée entraîna cette malheureuse au crime le plus affreux. Elle ne craignit pas de s'adresser à une sorcière juive et de lui demander un moyen pour recouvrer les bonnes grâces de son mari, a J'ai un breuvage qui produira infailliblement cet effet, » lui répondit cette méchante fename. • Je veux bien vous le procurer, mais c'est a condition

qne vons m^appQrterez une de ces hosties que les prêtres chrétiens consacrent et vous donnent, en communion : impossible de composer la potion dont je vous parle sans cet ingrédient. Mais aussi, dès que votre mari l'aura prise, vous verrez qu'il se sentira transporté pour vous d'un amour à toute épreuve. » La dame jalouse eut horreur d*une telle proposition ; mais , aveuglée par sa passion, et comptant sur reCTet du remède, elle promit tout ce qu*on voulut.

Dès le lendemain elle était à Téglise ; elle s*approcha de la sainte table avec de feintes marques de dévotion. Dès qu'elle eut reçu la sainte hostie dans sa bou* che sacrilège, ellePen retira secrètement pour la cacherdans son mouchoir. En sortant de Téglise, comme elle se dirigeait vers la maison de la sorcière, elle s'aperçoit que son mouchoir est tout rouge et qu'il en découle des f>outtes du sang. Atterrée d'une chose si surprenante, die revient sur ses pas, renlre cht>z elle et dépose l'hos* lie dans une petite corbeille, sans rien dire à personne de ce qui lui est arrivé. La nuit suivante, comme elle reposait avec son mari, ils sont subitement réveillé» par l'édat d'une lumière qui illuminait tout l'appartement, et les rayons de lumière semblaient sortir de la corbeille. Il interroge sa femme sur ce fait si étrangef et comme elle tremble et donne d'abord des réponsef évasives, il la presse de nouvelles demandes, et fSniV par en obtenir l'aveu complet de ses détestables manœuvres. Le mari, dès qu'il fit jour, n'eut rien de plus pressé que d'aller trouver le curé de sa paroisse pour l'informer et du sacrilège commis, et du miracle qui s*en était suivi. Celui-ci, après s'être dûment instruit de la réalité des faitSj ordonna des prières publiques pour

208 LVIIi* MBEVEIL^LE.

faire amende honorable des outrage^ faits au divin Sacrement. Tout le peuple se rendit ainsi prôcessionnellement à la maison de la dame et le prêtre rapporta rhostie à Téglise en grande pompe. Elle fut déposée dans un vase de cire très-blanche en forme d'ostensoir, de manièi^ à pouvoir être.vue et révérée par les fidèles. Cent ans après, cette môme hostie devint Tobjet d'un nouveau prodige. En un jour de solennité, ot elle devait être exposée à la vénération publique, elle fut trouvée transportée et renfermée dans une admirable ampoule du cristal le plus pur, de la hauteur de trois bons doigts, mais si étroit d'ouverture que toute Tindustrie humaine n'eut jamais pu venir à bout d'y introduire l'hostie : d'où l'on inféra, et c'est encore de nos jours une opinion incontestable, qde ce fait ne pouvait être attribué qu'à une opération aogéUque.

Mais ce qui fut peut-être le plus digue d'admiration dans cette miraculeuse hostie, c'est que Notre-Seigneur s'y montrait aux yeux des âmes pures sous diverses formes de sa sainte humanité. Aux uns, par exemple À ceux dont la vie avait toujours été innocente et exempte de péché, il apparaissait sous la forme d'un enfant reposant entre les bras de sa divine mère. Ceux qui, après avoir commis des fautes, en avaient fait une sincère pénitence, voyaient dans l'hostie le Seigneur Jésus tantôt déchiré par les cruels fouets de la flagellation, tantôt couronné, de sanglantes épines, taoUit étendu sur l arbre béof de la croix. Ceux qui étaient arrivés à l'union avec Dieu par l'ardeur de la charité, le voyaient ressuscité glorieux et triomphant. Ces merveilles extraordinaires attirèrent une inOnité de spectateurs de toutes les contrées^ et tous se rptiraient

LVIIl* MERVEILLE. 209

î pénétrés des sentiments d'une foi vive , d'une véritable / douleur de leurs péchés et d'une piété fervente. i Entre les autres témoins de cette admirable scène^ nous pouvons mentionner trois pères de la compagnie de Jésus, Louis Azevedo^ Mélcbioz Cotinio et Abraham Georgi qui passaient par le Portugal pour se rendre à la mission des Indes. Le P. Georgi y reçut une faveur toute particulière : au moment où il regardait cette hostie d'un œil très-attentif et l'adorait de tout son cœur, il y vit Notre-Seigneur chargé de sa croix et l'entendit lui dire à l'oreille d'une voix ^nsible aux sens qui pénétra jusqu'au fond de âon âme : c Bon courage, mon fils, vous aurez bientôt à porter votre croix et à verser votre sang pour la défense de la foi. » Cette nouvelle fut si«gréable au père, et le remplit de tant de joie et de consolation, qu'il ne put s'empêcher d'en faire part à ses compagnons. Peu après Notre-Seigneur lui en donna un nouveau témoignage pendant qull célébrait la messe, l'événement ne tarda pas à véhGer cette [irédiction : Georgi tomba entre les mains des Turcs, confessa généreusement la foi et fut condamné à mort. Le bourreau lui donna deux coups de son cimeterre sans réussir à lui ôter la vie, mais au troisième il sépara entièrement la tête du tronc. C*est amsi que ce religieux reçut la couronne du martyre, et Dieu s'est piu à manifester la gloire dont il jouit dans le ciel, en entourant son tombeau d'une éclatante lumière, qui briUe même dans les ténèbres de la nuit.

(P. Philippe Alegahbe, S. J. Morts illustres dé la compagnie de Jésus, — P. Jean Eosèbe Nierembbro, miracles arrivés en Europe, liv. i, c. 25).

2i0 LIX* MEBVIILLI,

LW MERVEILLE.

LA UEl TBA VERSÉE A PIEDS SECS POITR BAPPOBTER I^ TRÉS-SAINT SACREMENT.

Venu et mnre obedinnt tU a Les vents et la mer Jul obéissent »

(^Utti. Tlll, i8.)

Le très-saint pontife Honorius I, marchant sur les traces de saint Grégoire-le«Grand , envoya dans la Grande-Bretagne des hommes apostoliques pour y prêcher la foi : le principal d'entre eux fut saint Birin, qu*il avait honoré de la dignité épiscopale^ et auquel il avait concédé d*amples privilèges pour le bien de la mission. 11 lui donna en même temps un beau corporal de fia lin pour y conserver la sainte Eucharistie dans ses voyages. C'était un usage de la primitive Eglise, que les évèques fissent ainsi tous leurs voyages de terre ^ de mer accompagnés du très*saint Sacrenfent ; et cette pratique était encore assez générale an vu" siècle : de nos jours les souverains pontifes Tout seuls retenue.

Saint Birin, avant de quitter les côtes des Gaules ei démettre à la voile pour FÂngleterre, voulut célébrer la messe pour recommander à Dieu le voyage qu^il avait entrepris et pour obtenir un heureux succès à la sainte mission qu'il méditait Mais, tandis qu'il est occupé à faire son action de grâces, tout à coup un vent favora* ble s'élève et le capitaine du navire ordonne de mettre

t.IX« UEBVEILLB. 2M

à la Toile en toute hâte en faisant embarqner tous les passagers. Le saint évéque tout absorbé en la divine contemplation, monte sur le vaisseau, sans remarquer* qu'il laisse sur Fautel disposé sur le rivage le corporel sur lequel il avait coutume de consacrer le corps du Seigneur, et qu*il portait suspendu à son cou avec la divine Eucharistie. Le navire avait quitté le rivage et fendait les eaux à pleines voiles quand le pieux prélat s^aper^ut de son inadvertance ; son âme en fut profondement affligée. < J'ai perdu, se dit-il, la vraie carte marine pour diriger notre course, le grand mât qui devait raffermir le navire contre les ouragans et les tempêtes, Tancre du salut qui nous aurait préservés des nombreux périls de cette mer si pleine d'écueils. » Ainsi agité par ces pensées il levait vers le ciel des regards suppliants et implorait le secours d'en haut. Pen après, obéissant à une inspiration soudaine, il fait le signe de la croix et s'élance à la mer à la stupéfaction générale des nautonniers , qui cherchaient vainement à le retenir, tls le voient marcher sur Teau comme sur une plaine de porphyre, imitant Tapûtre saint Pierre qui marchait sur la mer de Tibériade pour aller â Jésus. Saint Birin retrouva et reprit avec une joie indidble le prédenz corporal; après l'avoir déposé snr son sein, il se confia à la roer avec une nouvdle assurance, car il portait sur lui le maître delà mer, et regagna le navire^ Ducant cette merveilleuse excursion du saint, le vais* seau était demeuré immobile, il reprit de liai*m6me sa course rapide dès que Févéque y fut rentré. Grande fut l'allégresse de tous ceux qui le fnontai^t, et chacun s'empressait de le féliciter, surtout lorsqu'ils s'aperçurent que ni ses vêtements ni même sa chaussure

?J9 LIX* MfiRVKILLE.

nb portaient aucune trace d'humidité. Ses missionflaires bénissaient Dieu à haute voix ; les nautonniers unissaient leurs voix à ce concert de louanges. Mais il y avait parmi eux an certain nombre d'individos qui étaient encore idolâtres, ou qui n'étaient chrétiens que par le baptême, et du reste ignoraient presque «ntièrement les mystères de la religion chrétienne. Ces pauvres gens frappés de la merveille dont ils étaient témoins, et jugeant par là qu'un simple mortel ne pouvait opérer de semblables prodiges, crurent bonnement que Birin était une divinité descendue dn ciel et se dbposaient à lui rendre les honneurs divins. Mais le saint repoussa énergiquement leurs hommages et tâcha de leur démontrer qu'il n'était pour rien dans ce miracle, que c'était purement et simplement l'œuvre da Dieu tout-puissant dont il était l'indigne serviteur et ministre, et qu'il portait sur sa poitrine. Il prit de là occasion d'instruire ces hommes simples, mais païens, et un grand nombre d'entre eux reçurent le saint baptême dans les jours qui suivirent.

L'homme de Dieu arrivé au terme de son voyage se mit à parcourir le pays en prêchant la parole de Dieu et opérant de nombreux et insignes miracles au moyen du merveilleux corporal. Ginigilse, le roi du pays qu'il évangélisait alors, se fit instruire des mystères de notre sainte foi et reçut le baptême; il eut pour parrain le saint roi Oswaid. Son exemple fut bientôt imité par tous ses sujets. L'apôtre du Seigneur portait son corporal dans tous ses voyages et ne s*en séparait jamais ; il s*y affectionna de telle sorte qu'il voulut le faire met*- Ire dans son tombeau, comme on en eut la preuve quand on fit la translation de ses reliquAft longtemps

LIS* MBRVBILLE. 213

après sa mort ; car on trouva alors le corps portant au CDU l'étole sacerdotale, dans les mains une petite croix, et sar le cœur une bourte d*autel contenant le corporal béni.

L*bistoire nous présente d^autres saints qui par la verta du très-saint Sacrement ont pas^é les eaux à pieds secs. Nous avons déjà mentionné saint Hyacinthe traversant le Dnieper ; saint Ambroise rapporte la même chose de son frère Satyre dans Téloge funèbre qu'il nous a laissé de lui. Se trouvant un jour en pleine mer et craignant avec raisoo , dans une tempête , que le navire ne se brisât contre un rocher peu éloigné, il demanda nne hostie consacrée à an prêtre qui naviguait avec lui. Dès qu*il Ta en sa possession, il la place révérencieusement dans une bourse de prix et la suspend à son cou, selon Tusage de ces temps-là. 11 so recommande à Dieu avec ferveur, et plein de confiance dans Tadorable corps du Sauveur, il se jette à la mer : il parcourt ainsi une longue distance avec un imperturbable sang-froid et parvient heureusement au rivage. Si Jésus-Christ durant sa vie mortelle a eu la puissance de passer les eaux de la mer à pieds secs, pourquoi ne ferait-il pas participant de la même faveur ceux qui portent respectueusement les sacrés mystères de son corps et de son sang?

(SoAiUS, 3 Dec. Vie de S, Birin),

^(i LX* MKRVKILLK.

StfKIE Dl£ MUACLES OPÉBÉS PAB UN DÉVOT SEEVITECR DO TRÉS-SAINT SACREMENT.

Ptenus graiia faeiebat ^odfgi» H tignm

« Comne II était plein 4e gràee, il talnil de gran<fs prodiges et merveilles. » (Acr*

Saint François de Paul opéra dorant sa vie des miracles de tons genres et mérita à juste titre le glorieux nom de thaumaturge. Mais il est remarquable que la plupart de ces prodiges ont eu pour objet Taugnste Saia*ement de nos autels. Nous allons en rapporter sommairement quelques-uns.

Dès la fleur de Tâge, ^yant été offert pour un an par ses parents au couvent des Frères-Mineurs ^ il y prit rhabit religieux, et commmença ce genre de yi^ si admirable par les mirades qu'il opéra dès lors. Ainsi chargé tout à la fois de servir les messes et d'aider au ministère des tables, il se trouvait en même temps dans les deux lieux à la fois, et on le vit simultanément servir une messe à Téglise et la communauté au réfectoire. Or, il arriva un jour qu'après avoir servi plusieurs messes il fut ravi dans une douce extase qui se prolongea jusqu'à rheure do dîner. 11 avait totalement oublié de préparer le repas des frères, et cependant tout se trouva exactement servi à l'heure voulue, sans

LX* MERVEILLK. 9,15

qoe personne y ett rois la main. Tous les rdigieax admirèrent cette merveille vraiment divine.

Un antre Jour 9 au moment où on allait célébrer une messe solennelle, le sacristain lui dit d*aUer vite chercher do feu pour en remplir l'encensoir. Le jeone frèro" obéit promptement et vole an foyeh ; œaia, arrivé là, il ne trouve point de vase pour recueillir les charbons ardents. Gomme il n*y avait pas de temps à perdre, il prend vite son parti et saidt avec ses mains une ou deux poignées de charbons enflammés et les cache dans son sein sons son habit, de peur qu'on ne s'aperçût du prodige. Mab son humilité fut déçue ; comme il les jetait dans Tapcensoir, quelques frères remarquèrent qu'il maniait ces charbons ardents comme si c'étaient des roses fraîches.

Pii» tard, le saint étant sorti pour de justes motifs de.fordre des Frères-Mineurs, et ayant fondé Tordre des liinimes, opéra de plus grandes merveilles encore, à la glpiit du très-saint Sacrement. Tout son être semblait être devenu une fournaise d'amour envers nos augustes mystères et il s'échappait de toutes les parties dé son corps des rayons lumineux et des flammes : ^e sa Imoche, car son souffle, au lien d'éteindre la lumière la ravivait au contraire, et allumait les lampes et les charbons éteints, pour lo service de la messe; de ses mains, car eUes allumaient les cierges de l'autel en apjdiqnant simplement ses doigts sur le lumignon ; de ses vêtements, car son cordon ou ceinture, en touchant la lampe du ^nctuaire, éteinte accidentellement, la rallumait incontinent. Lorsqu'il fut honoré du sacerdoce, comme il était un jonr à Tantel pour commencer la messe, il s'aperçut qi!*on avait oublié d'allumer les

216 LX» MERVEILLB.

cierges. Le derc qui le servait, n'ayant point de lainière sous la main, s'éloigna pour en chercher; et comme il tardait à revenir et que les assistants, ennuyés de ce retard, se déposaient à se retirer, le saiot s'avance vers eux et se met à genoux au milieu de Téglise, tenant à la main an petit cierge. Comme il priait ainsi, le cierge s'alluma de lui-même; aussitôt il l'élève dans la direction de l'autel, et la flamme qui s'en échappe va allumer l'un après l'autre les cierges du sacrifice. Les spectateurs, émerveillés d'un tel prodige, s'écrieot d'une voix unanime : Miracle! miracle 1 Un autre jour, tandis qu'il priait devant le maitre-autelet méditait sor rinfinie bonté du Sauveur qui tous les jours se laisse offrir en sacrifice au Père étemel pour la rédemption du genre humain, beaucoup de ses frères le voient soulevé de terre de six coudées et sus^peudu en l'air, les genoux ployés, les mains jointes et les yeux tourné; vers le ciel. On ne se lassait point d'admirer une chose si merveilleuse, car le saint paraissait entouré d'une céleste clarté, son visage devenait lumineux comme le soleil et son corps transparent et diaphane comme le crbtal. Un peu au-dessus de sa tète on vit trois splendides couronnes superposées^ ornées de perles précieuses, comme de resplendissantes étoiles. Elles signifiaient les récompenses célestes que Dieu lui réservait pour ses trois vertus principales, la pureté virginale, la charité sans bornes et la tendre dévotion envers le très-saint Sacrement.

. Quand notre saint paraissait ainsi glo|ifié aux yeox de ses enfants, c*é^t quelque chose de bien merveilleux. Dieu ne fit pas un moindre miracle en faveurde son serviteur lorsqu'il le rendit invisible à des soldats

qoi étaient envoyés pour ^e saisir de lai. Voici le fait. Ferdinand !•', roi de Naples, s'était imaginé, sur un fanx rapport, que le saint était du nombre de ses enr nemis et qu'il conspirait poFur le Tenverser du trône. Sans se mettre en peine de prendre des informations précises sur une aussi grave imputation infligée à un tel homme, il expédia immédiatement une compagnie de soldats pour se saisir de sa personne et l'amener dans sa capitale chargé de chaînes; l'homme de Dieu était ei> prière devant le très-saint Sacrement lorsque les soldats se présentèrent au monastère. Quand ilsap^ prirent que le saint était à l'église, ils s'y rendirent aussitôt. Le capitaine plaça des sentinelles à toutes les issues; les autres soldats pénétrèrent dans l'enceinte, bien décidés à ne pas laisser échapper leur proie : mais ib eurent beau chercher par toute l'église, ils n'y découvraient personne: plusieurs fois ils passèrent près de lui, ils marchèrent même sur le bord de ses vêtements, sans l'apercevoir. Trompés dans leur attente, ils se disposaient à quitter l'église pour faire ailleurs leurs perquisitions, lorsque le serviteur de Dieu, se levant, leur dit d'un front serein et d'^n air gracieux : « Qui cherchez-vous? » A ces paroles, qui furent pour eux comme un coup de tonnerre, car le miracle était évid^t, ils furent saisis d'épouvante, et, changeant subitement de sentiments, ils se prosternèrent humMement à ses pieds et lui demandèrent pardon. Ils ne pensèrent plus dès lors à exécuter le dessein qui les avait amenés ; mais ils retournèrent aussitôt à Naples, où ils firent au roi une relation de tout ce qui s'était passé. Le monarque, frappé de ce prodige si extraordinaire, reconnut par là qu'on avait odieusement calomnié le M. s. E.

218 LX* MERTBILLE.

saint homme, et 8e8<8oapçons injustes; s« vidente eolèr» M changèrent pour lui en vih sentiments de bieoveitlance et de vénération.

Saint François, non content de professer on sonvaraio respect et one dévotion sans limites pour le très-sain^ Sacrement, ne négligeait rien pour nourrir les mêmes sentiments dans tous ceux qui rapprochaient, religieux on séculiers. Il aurait voulu embraser le monde entier du feu de Tamonr envers Jésus dans rEucharistie et le perpétuer dans toutes les fomilles dirétiennes. Mais, comme il serait peut-être fastidieux pour certains lecteurs de raconter ici tout ce qu'il fit dans ce but, je me contenterai de rapporter dn fait que ses historiens rangent parmi les miracles assez rares, qu'on appelle perpétuels, parce qu'ils ont pour objet une grâce ou une faveur surnaturelle qui se transmet de père en fils, comme un précieux héritage.

, lorsque le saint se rendit en France auprès du roi f .ouis XI , par Tordre du pape Sixte IV , il prit pour guide et pour compagnon de voyage un chevalier napolitain nommé François Caleotta, qui le servit toujours arec beaucoup d'empre^ment et de respect. L'homme de Dieu, pour reconnaître ses services, au moment où ce seigneur allait prendre congé de loi pour retourner i Naples, lui fit présent d'un beau reliquaire, lui recommanda de fréquenter souvent les sacrements, et lui donna Tassuranoe qui] avait obtenu de Dieu par ses prières que ni lui ni aucun membre de sa famille œ passerait de cette vie à l'autre sans être fortifié par le saint viatique. Cette grâce inappréciable s'est constam* ment conservée et perpétoée dans la descendance de ce chevalier, au point que ceux mêmes qui mouraient à ia .

gQ&rre n*en étaient -point privés. Nous en avons pour ] garants le témoignage de deux historiens postérieurs, savoir Isidore de Toscane et Joseph Solimène; le premier écrivait en 4658, le second en i698. Et ils appuient lear récit sur les dépositions authentiques des membres de cette famille. Plaise à Dieu de nous accorder à nous-mêmes une semblable faveur par les mérites de son serviteur François de Paule. Ainsi soit^ii.

(IsiD. ToScAHi'S, Vita S. Franc a Pauîa;\. i,e. 6,14, SKI; 1. III, c. 6).

DES CŒOaS AFFAMÉS DD PAIN DES ANGES S^OUVRENT MIBACU- LEUSEMENT POUB LE RECEVOIR.

Mirabitmr tt «UtafoNfur ewr hmm, «Votre cœur sera dans Tadmiration et se dilatera. » (Is. lx, SI).

Nons avons vu plus haut des exemples d*an cœur qui se dilate et s'agrandit par Texcès de Tamour divin qui le consume. Nous pouvons ajouter d^autres merveilles à peu près du même f^nre : nous croyons en cela édiOer le lecteur et procurer la gloire du Seigneur miséricordieux, qui a mille secrets pour ^ communiquer à sa créature. Si le feu ne peut rester dans une bombe ou dans une grenade, mais s*ouvre impétueusement une issue vers sa circonférence, on peut dire encore plus véritablement que Tamour divin, quand il est allumé dans un ocBor,

220 LX1« MERVEIEIE.

ne saunât demeurer longtemps dans cette étroite enceinte sans éclater et le rompre» pour aller à la reocontre de Tobjet aimé. Ainsi on raconte de rempeieor Othon IV, qui avait été favorisé de gr&ces insignes par Id divine miséricorde, que, se voyant réduit à l'extrémité, désirait vivement s'armer du bouclier du saiot viatique contre les attaques du malin esprit et les périls de la mort. Mais suu tsstomac qui ne pouvait retenir la moindre nourriture, ne lui permettait pas de satisfaire son juste désir. Alors, se retournant vers les prêtres qui entouraient son Ut de douleur, il les supplia, avec autant d'instance que d'humilité, de vouloir bien lui apporter le très-saint Sacrement, aCn que ses yeox pussent au moins le contempler, puisque son cœar avide ne s'en pouvait rassasier. Aucune loi ecclésiastique ne s'opposait, en ce temps-là, à ce qu'on satisfît la piété du monarque. La divine Eucharistie est donc apportée processionnellement dans la chambre du dévot empereur. Dès qu'il aperçoit la sainte hostie, il se soulève sur sa couche pour adorer son Dieu, et étend les bras comme pour le recevoir et le presser sur son cœur. prodige de la bonté divine I Au môme instant l'hostie s'échappe des mains du prêtre, vole vers la poitrine du malade, y pénètre doucement en faisant une ouverture visible au dehors et remplit cette àme d'un torrent de, délices, au milieu desquelles elle se sépare de son corps et s'envole vers les demeures célestes.

Le séraphique saint Bonaventure reçut aussi une semblable faveur. Dès les commencements de sa vie religieuse Notre-Seigneur lui avait envoyé un de ses -anges pour lui donner la sainte communion, dont il se réputait indigne, dans sa profonde humilité et par l'effet de

scrupules mal fondés. Mais, à la fin de sa carrière, le divin Sauveur voulut venir lui-même en personne consoler ce fidèle serviteur «t rassasier les ardents* désirs de son âme.

Le saint cardinal, dans sa dernière maladie, soupirât après la mort qui allait le réunir à son doux Jésus. Mais pour aller plus sûrement à lui, il eût voulu encore une fois le recevoir dans le Sacrement de son amour. U n'osait cependant le demander, de peur d'occasionner quelque irrévérence envers une si haute majesté: son estomac ne pouvait recevoir le plus léger aliment sans éprouver aussitôt de douloureux vomissements. < Dieu ne veut pas que je l'introduise dans mon cœur, dit alors rhumble docteur à ceux qui Tentouraient ; c'est justice, j'en suis trop indigne ; mais au moins qu'on l'apporte dans ma pauvre cellule, afin que je puisse expirer en sa divine présence et remettre mon âme entre ses mains. » On s'empressa d'accéder au désir du mourant et on apporta le ciboire dans la cellule. Le; prêtre, sur la demande du saint, appliqua sur sa poitrine le vase sacré couvert de son voile. Le divin Rédempteur, par ce simple contact, donna au mourant un merveilleux témoignage de sa bonté; car aussitôt l'hostie i^atiqua vis-à-vis du cœur, une ouverture en ibrme d'une belle rose, nar laquelle elle pénétra dans sa poitrine ; le saint en éprouva une joie impossible à décrire et qui rendit son visage resplendissant. II pouvait alors s'écrier, avec l'épouse des sacrés cantiques : Pesstdum ostii mei aperui dilecto meo, anima mea liquefacta est. < J'ai ouvert la porte de mon cœur à moa bien-aimé : mon âme en a été inondée d'ailé-, gresse, elle était comme liquéfiée, i (Cant. v, 6). Nul

222 LXl* MERVEILLE.

donte qae dans ce fait extraordinaire ne se vérifièrent à la lettre ces paroles de Foraison que le séraphiqueLdoctear avait composée ponr se préparer à la messe et qa*il répéta tant de fob: Transfige, dulcissime Domine JeiUf m£dullas et viscera animœ meœ suavissinw ac saluber* rimo amoris tui vulnere, « Très-doux Jésus, ti^ansperora le plus intime de mon âme de la suave et salutaire blés* sure de votre amour. »

Le sexe féminin n*a point été entièrement privé d'une faveur aussi insigne: qu'il nous suffise d'apporter ici en preuve l'exemple de la bienheureuse Julienne de Falconieri, de l'ordre des servîtes de la vierge Marie. Nous ne saurions fournir d'exemple mieux autorisé, puisque la sainte Eglise glorifie Dieu de cette merveille dans l'ofiice de cette sainte, au i 9 juin.

Cette sainte âme , arrivée au dernier terme d'une carrière aussi longue que pleine de mérites et de bonnes œuvres, ayant vécu d'une manière plus angélique qu'humaine, comme porte sa légende, supportait avec la plus admirable patience les douleurs de la maladie qui devait la retirer de cet exil pour l'unir à son bienaimé: une seule chose l'affligeait, c'était de se voir privée de ce bien-aimé Jésus après lequel elle soupirait uniquement, car il lui était impossible de le recevoir dans son Sacrement, son estomac ne pouvait supporter le moindre aliment. « Par pitié, dit-elle à son confesseur, soyez au moins assez bon pour apporter le corps du Seigneur dans cette cellule, aGn que je le contem* pie de mes yeux. > Et quand on eut satisfait à cette demande, et que le saint Sacrement fut déposé dans sa cellule, son amour fit une nouvelle instance : c Ne pourriez- vous pas approcher Jésus de mon cœur7pol9-

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que ma boucbe ne peut le prendre et te transmettre à ce même cœur. > Le ministre du Seigneur se prêta volontiers aux désirs de cette &me pleine d'amour; mais an même moment la sainte hostie s'échappa de ses mains et disparut. Aussitôt le visage de la sainte devient brillant et lumineux comme celui d*un séraphin , son cœur brûlant d'une vive ardeur, bat avec violence, et rame, hors d'état de supporter un tel incendie d^amour, s'envole dans les régions éthérées avec son divin époux. Grand fut i'étonnement du prêtre et de toutes les sœurs qui entouraient le lit et avaient suivi pieusement cette scène digne du ciel ; personne ne doutait que le Sauveur ne se fût introduit dans le cœur d» son épouse bien-aimée, pour répondre à son ardent amour. La preuve irrécusable de ce fait apparut manifestement lorsqu'on ensevelit le corps : l'ouverture par où rhostie avait pénétré dans son cœur était visible à tous les yeux, et portait l'image du Christ attaché à la croix.

Seigneur Jésus, c'est avec cette bonté que vous agissez envers nous, qui le méritons si peu 1 Ne permettez pas qae nous abusions de vos grâces. Hostie divine, hostie du salut, qui ouvrez à tous les hommes de bonne volonté Ja porte du ciel, défendez- nous contre nos ennemis visibles et invisibles, donnez-nous d'en triompher toujours, et d'arriver heureusement au port de l'éternité tûenheureuse.

O saTiitaris bostia, Quas cœli pandis bostium, Bella premuDt hostiliu, Pa robur, fer auxilium.

Amen.

(Bitfiv. RosAiR. ^9 juio).

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