‹ Les Merveilles Divines dans la Sainte EucharistieChapitre 18 sur 35 · DANS ON NAUFRAGE · texte numérisé non relu

DANS ON NAUFRAGE

ipsi v.'derunt opéra Det et miroHliA e/tO tn profundo.

ails ont va les œuvres de Diea et ses merveilles tu sein des eaax. » (Ps. cvt. II).

Saint Grégoire le Grand , dans plusieurs passages de ses savants Dialogues^ démontre Tinappréciable valeur du saint sacriûce de Tautei. À. la fin du i\^ livre il rapporte le merveilleux événement qui suit.

c Agathon, évêque de Palerme, se rendant à Rome, où il était appelé par mon prédécesseur, de bien heureuse mémoire (Pelage II),^courut dans la traversée le plus grand danger d'un terrible naufrage : car il s'éleva tout à coup une furieuse tempête qui battait le fMlire avec tant de violence que bientôt elle ne lui laâvi fi^s ni voiles ni mâts, et menaçait de le submerger, il n'y avait plus d'espoir d'écbapper au naufrage que par la miséricorde du Dieu ^out-puissant : aussi tous ceux qui montaient le navire, matelots et passagers , se mirent à prier avec larmes et à faire des vœux et des promesses pour leur salut. Tandis qu'ils priaient, un des matelots, nommé Baraca, qui est présentement élève de relise de Palerme, était occupé à diriger un esquif vers le navire lorsque le câble qui Vy tenait attaché

Tint à se rompre, et ce malheureux disparuUmmédiatement, entraîné a^ec sa barbue par llmpétaosité des flots en fureur. Néanmoins Dieu n'abandonna pas ceux qui rayaient invoqué .: le pauvre navire tout démâté vint, après de terribles secousses, .aborder à la petite Ile d'Ustica. Mais le malheureux matelot n'avait point reparu ; tous crurent qu'il avsût été englouti par les flots. L*évêque Âgathon le recommanda à Oieu, et fit célébra une messe de Requiem pour le repos de son âtne. Qd^nd le navire eut été un peu réparé, il ^e rembarqua et arriva assez péniblement au port de Rome. Quel fut son étonnement quand, contre son attente, il aperçut sur le rivage le naufragé Baraca 1 11 fut extrêmement consolé de le revoir et se hâta de lui demander comment il avait pu échapper à tant de périls imminents. Le matelot lui raconta icomment vingt fois son frêle esquif avait été renversé par la fureur des flots et se redressait ensuite; alors il s'asseyait sur la carène élevée au-dessus des eaux. Il ajouta qu'il passait ainsi les jours et les nuits à lutter contre les vagues déchaînées : ce qui, joint an manque absolu de nourriture, l'avait tellenfl affaibli et abattu qu'il aurait infailliblement sueco!rftiè''8ans un secours inespéré qui lui survint; ce qn'il lui raconta en ces termes, comme il le fait encore présentement à tous ceux qui vont le visiter : « Ainsi fatigué, accablé et défaillant au miMeu des flots écumants, je me sentis soudain l'esprit tellement appesanti et hors de moi, que je ne savais bonnement si je dormais ou si j'étais éveillé, lorsque, presque ad même, moment, je vois devant moi un personnage qui me présente un pain pour ma réfection. A peine l'eus-jei mangé que les forces me revinrent. Peu après ua

252 LXTX" MERVEILLE.

navire vint à passer, me délivra des périls de la mer en coorroux et me conduisit heureusement au port où vous me voyez.^i L'évêque voulut savoir le jour où cela lui était arrivé, et il se trouva que c'était justement le jour où on offrit pour lui au Dieu tout-puissant Thostic de la sainte oblation dans File d'Ustica. v.

Saint Grégoire termine sa narration par ces mémorables paroles : « Apprenons de là quel est pour noas cet adorable sacriGce qui représente perpétuellement pour notre salut la passion du fils unique de Dieu. Car quel est le fidèle qui pourrait douter qu*au moment de l'immolation, à la voix du prêtre les cieux s'ouvrent, le pain se change au corps du Sauveur et le vin en son sang ; que les chœurs des anges sont présents à ce profond mystère de Jésus-Christ fait victime; qu'alors aussi notre bassesse et^ notre néant s'associent à la suprême grandeur et que la terre s'unit au ciel, i

(S. GnÉGOiRE, Dial 1. iv, c. 57, 58}.

LXX* MEftTElLLC* 1153

LE CâDAVRE d'un SAINT ADORE LA SAINTE EUCHABISHB

A l'élévation de la messe.

Sive vivimus^ »ive mormitr, Domini iutnui.

«Soit que nous vltions, soit que nous mourions , nous sommes au Seigneur. »

(Rom. XIV, 8).

Saint Paschal Baylon, simple frère lai de Tordre de Saint-François au royaume de Valence, en Espagne, pauvre et bien méprisé du monde, fut grand pendant sa vie aux yeux de Dieu par la sainteté de ses œuvres et est devenu Tune des gloires de son ordre : le saintsiège lui a décerné les honneurs de la canonisation ; bien plus, il a étendu son culte à TEglise universelle. Entre toutes les vertus qui ont brillé en lui, TEglise propose surtout à notre admiration comme à notre imitation sa grande piété envers le sacriOce et le Sacrement de nos autels. Cette dévotion a été le principe de toutes les grâces dont le ciel le comblait, et elle a merveilleusement éclaté, non-seulement pendant sa vie mais même après sa mort.

Etant encore simple berger, chargé d'un petit troupeau qu'il menait aux pâturages, dès le matin il se rendait à l'église des frères Mineurs pour y entendre la messe. Pendant toute la durée du saint sacrifice,' il demeurait les deux genoux sur la terra Aue. les main^ M. s. £-

jointes et les yeux pieusement tournés vers Tantel; ou Teût pris pour une statue : de douces larmes coulaient de ses yeux, son cœur tout embrasé d^amour laissait échapper de tendres soupirs et son visage rayonnait souvent d*une lumière toute céleste. On ne pouvait le considérée sans se sentir pénétré de dévotion. Si parfois il se voyait contraint de se priver de Tassistance au saint sacrifice, il était très^attentif à écouter si on n'en sonnait point quelqu*une; et dès qu'il entendait le son de la cloche, il se tournait vers Féglise et suppléait à sa présence corporelle dans le lieu saint en s'unissant d'intention avec le prêtre et les fidèles, se tenant dans un recueillement profond, faisant force prières mentales on vocales. Mais, lorsqu'il entendait sonner Télévation, ses hommages redoublaient d'intensité ; U se mettait aussitôt à genoux et adorait profondément son Seigneur qui descendait dii del sur Tautel. La dïm» bonté avait pour agréables ces hommages de soa humble serviteur et Ten récompensait par les plus admirables faveurs. Souvent il voyait le ciel s'ouvrir et des esprits bienheureux en descendre tenant à la main uo vase sacré renfermant la sainte Eucharistie qu'ils loi donnaient à contempler. 'Cette vue le mettait hors de lui et remplissait son âme d'une ferveur inexpriooable, qui se manifestait par des paroles toutes de feu. C'est aussi par là qu'il mérita la grâce de la vocation religieuse, et qu'il vit s'aplanir toutes les difficultés qui devaient lui en fermer l'entrée.

Devenu religieux de l'ordre, séraphique, il resta toute sa vie dans la simple condition de frère convers, sans jamais aspirer à l'honneur du sacerdoce. Mais, s'il n'avait pas l'honneur insigne et le bonhe^r suprême

LXX» MERVEILLE. Î2l5^

d'offrir Tanguste sacrifice de dos autels, il y participait chaque jour régulièrement dans la sainte communion, et cela lui suffisait pour contracter avec son bien-aimë une union intime et durable et pour en savourer les heureux fruits : joies spirituelles, vivons, extases et autres faveurs que le Seigneur a coutume de départir aux âmes d'élite et aux fervents. Mais, comme toutes ces choses lui sont communes avec beaucoup d'autres saints, nous les passons sous silence, pour en venir à eu qui est particulier à ce saint frère.

Dans sa dernière maladie, connaissant par révélation le jour et l'heure de son trépas, il demanda et reçut le saint viatique avec la plus tendre dévotion. Un motnent après il s'informa si c'était bientôt l'heure de la grand' messe de ce jour-là qui était un dimanche ; et comme on lui répondit qu'on allait la sonner, il en manifesta une joie extraordinaire, donnant à entendre que c'était le moment où il devait expirer. En effet, lorsque la docbe sonna pour l'élévation, le saint religieux 'répéta deux fois d'une voix claire : c Jésus. Jésus I > et rendit paisiblement son âme à ce Seigneur Jésus qu'il avait servi si fidèlement. Le Sauveur voulut l'appeler à lui en 08 moment pour le récompenser de la grande et constante dévotion qu'il avait eue pour le très-saint Sacrement et pour le sacrifice de la messe, et en môme temps poar donner un salutaire avertissement aux fidèles, qui trop souvent négligent ce grand moyen de salut. Son corps vénérable fut porté à l'église au milieu d'un grand concours de peuple et déposé devant l'autel, puis on commença la messe des morts. Au moment oti le prêtre éleva la sainte hostie, le défunt se remua sur son lit funèbre et ouvrit les yeux comme pour adorer. Ceux

qui étaient placés les plus proches du corps et qui avaient déjà remarqué le mouvement qu*il avait fait^ voyant ses yeux ouverts, s^écnèrent : c Miracle! miracle 1 » Tous les autres assistants dirigèrent aussitôt leois regards vers le cercueil et virent, à leur tour, les yeux du défunt se rouvrir à l'élévation du calice et ne se fer mer qu'après que lé vase sacré fut abaissé sur le corporal. Ce double prodige, dont on n'avait point d'exemple, excita dans la foule des exclamations diverses, de surprise, d'allégresse, de componction ; les larmes, les sanglots inondaient bien des visages ; en sorte que la célébration du saint sacrifice fut suspendue pendant an long espace de temps. Quelques-uns disaient tout haut que Dieu avait voulu par ce miracle si étonnant faire admirer et faire imiter la vive foi et l'ardente piété que le serviteur de Dieu avait toujours eues pour l'adorable Sacrement.

Mais d'autres merveilles succédèrent aux premières. Le corps sacré et vénérable fut déposé dans un tombeau creusé dans une des chapelles de l'église du couvent. Depuis ce moment, chaque fois qu'on célébrait la messe, lorsque le prêtre faisait l'élévation de l'hostie, on entendait frapper des coups redoublés dans le sépulcre. C'était le saint qui par là voulait encore exciter le peuple fidèle à vénérer profondément les mystères sacrés de l'anteL La vérité de ce prodige sans précédent dans l'histoire a été attestée sous la foi du serment par un grand nombre de témoins tant prêtres que laïques de toute condition. En outre, le P. Diego Mazen, homme de grande verto et d'une autorité irréfragable, a assuré qu'en célébrant la messe à un autel où l'on avait placé une image do bienheureux Pascal, au moment où il prononçait let

LXX« MERVEILLE. *i57

paroles de la consécration, le tableau faisait entendre un bruit clair et distinct, et la sainte hostie qu*il tenait dans les mains y répondait par autant de petits coups. Cet échange de mutuelles affections entre Jésus immolé et limage de son serviteur répandait tant de stupeur et d*allégresse dans Tâme de ce bon prêtre, qu'il entrait dans une sorte d'extase et se voyait obligé d'interrompre le saint sacrifice.

Non-seulement cette dévotion singulière envers la sainte Eucharistie a persévéré dans ce bienheureux après sa mort, il Ta même excitée dans les autres par d'évidents miracles. Alphonse d'Almazpra était atteint d'un mal très-dangereux à l'un et à l'autre genoux; il ne pouvait ni les ployer ni même les remuer. Plein de confiance dans les mérites du bienheureux Pascal, il se fit porter dans la chapelle érigée en son honneur, pour y communier. Il lui adressa aussitôt avec une vive foi cette prière : t bienheureux Pascal , au nom de cet amour si respectueux que vous portiez à l'adorable Eucharistie, je vouff supplie de m'obtenir la grâce de pouvoir me mettre à genoux, afin de la recevoir avec l'humilité et la révérence convenables. » Il avait à peine acheté sa prière qu'il sentit qu'elle était exaucée : toutes ses douleurs avaient disparu, il pouvait se mettre à genoux, marcher et agir comme un homme qui jouit de Tusage complet de tous ses membres.

(BOLLAHD. 17 mai. VU. S. Pasch. Baylon,)

1260 LXXl* MERVEILLE.

•continaa, donc les jours suivants, d'offrir la messe pour , le repos <le cette chère sœar, jasqu*à ce qae un joar ili Taperçat couverte d'une robe blanchâtre et d*ane couleur plus claire que la seconde fois ; elle avait pénétré dans réglise, mais elle ne pouvait s'approcher de Faute! : tous ses désirs et tons ses efforts pour Tatteludre - demeuraient sans résultat. Le saint évèque, heureux du soulagement que sa sœur éprotvait, offrit encore plusieurs messes, dans la ferme espérance qu'iliinirait par obtenir ce que sa sœur désirait si ardemment. En effet, elle lui apparut enfin le visage serein et joyeux, revêtue d'un manteau blanc, tout éclatant de lumière; elle se tenait enfin près de Fautel, qu'elle entourait avec plusieurs autres âmes bienheureuses toutes resplendissantes d'une céleste clarté, qui, comme elle, avaient achevé le temps de leur expiation. Elles étaient venues ici avant de monter au ciel pour rendre leurs hommages et leurs actions de grâces à leur divin libérateur renfermé dans le Sacrement de son amour.

Saint Bernard, qui raconte ce fait, le conclut par ces paroles à la gloire du Sacrement de l'Eucharistie : t Ce Sacrement a donc la vertu de détruire et d'effacer les ^ péchés, de subjuguer les puissances infernales et d'introduire dans le ciel les âmes qui sortent de cette habitation terrestre. »

La valeur incomparable qu'a le saint sacrifice pour délivrer les âmes du purgatoire paraît encore manifestement dans ce qui est rapporté d'un saint" évoque anglais nommé Briston. Il célébrait fréquemment la messe pour les fidèles défunts, et, toutes les fois que les 'lois de TEglise le permettaient, il disait la messe des morts, parce qu'on y prie d'une manière plus expres-

sîve, pour le repos éternel. Lorsqu'à la fin de la messe, il faisait ce souhait avec toute la ferveur de son âme : Hequiescant in pace : « Qu'elles reposent daps la paix, » plusieurs voix furent entendues par la multitude de fidèles, qui semblaient sortir des tombeaux de l'église et qui répondaient : Amen, amen ; comme pour attester le rafraîchissement qu'elles recevaient de l'oblation du saiqt sacrifice.

(S. BERifARo, Vit. s, Malachiœ, c. 3. Gdill. db Mamelsbort, Oeêt, Pont. Angl. I. ii).

LES MESSES DITES POUR LES DÉFUNTS PROCURENT DB GRANDS AVANTAGES A CEUX QUI LES FONT CÉLÉBRER.

Fttciat Dominu* vobitewn mittricordiamy sicut ftcittis cum mortuit.

«Que le Seigneur voas fasse miséricorde ainsi que vous avei fait & Tégard des défunts. » (Rdtb. I, 8).

On a VU, dans le chapitre précédent, combien le sacrifice de la messe aide puissamment les âmes du purgatoire : il n'y a pas d'œuvre de miséricorde dont l'eflicacité soit aussi grande, et le concile de Trente (Sess. 25) déclare que les âmes détenues dans le lieu d'expiation sont secourues principalement par l'auguste sacrifice de l'autel : Animas in purgatorio detentas potissimum acceptabili altaris sacrificio juvari. Nous nô saurions donc trop souvent recourir à ce moyen pour

2G2 LXXIl* MBBVEILLE.

soulager les pauvres âmes des trépassés qui souffrent encore pour leurs péchés. Notre propre intérêt môme semble Texiger^ car nous savons qu'elles ne sont point ingrates envers leurs libérateurs, et qu'elles sauront rendre généreusement bienfaits pour bienfaits. On en peut voir de nombreuses preuves dans le livre dos Merveilles de Dieu dans les âmes du purgatoire. En voici une nouvelle qui ne sera peut-être pas dépourvue d'intérêt pour le lecteur.

Ostorgius, comte de Sicile, et Eusèbe, seignetir de Sardaigne, se faisaient une cruelle guerre. Le premier possédait de grands trésors d'or et d'argent et comp^ tait beaucoup d'hommes armés sous ses étendards, qui •le rendaient le plus puissant ; le second n'était pas en état de se mesurer avec son rival sous le rapport des forces matérielles, mais en revanche il était riche en vertus et très-adonné aux œuvres de piété et de charité. Il avait fondé plusieurs chapelles et collégiales ; le grand but qu'il se préposait en ces fondations était principalement de procurer le soulagement et la délivrance des âmes du purgatoire ; il avait même dans ses Etats une ville qu'on appelait la ville des Trépassés, parce que tous les revenus en étaient consacrés au soulagement des âmes qui souffrent dans les flammes expiatrices. Ce fait paraîtra singulier en notre temps d'égoïsme et d'in. crédulité, mais il n'y avait rien d'impossible dans les siècles de foi. Or, il arriva qu'Ostorgius, l'enuemi de notre bon prince, cédant sans doute aux instigations de Satan, vint mettre le siège devant cette ville et s'en empara. Eusèbe fut au désespoir de la perte de cette cité ; il eût sacriflé volontiers, en sa place, toute autre de ses principales ville's. Mais quel parti prendre? Il coD-

SMI

LXXII* MERVEtLLE. 263

voqae aussitôt son conseil de guerre pour aviser aux moyens de reprendre la cité des Trépassés : tous furent d'avis de ne rien entreprendre, car ses forces étaient de beaucoup inférieures à celles de son ennemi. Dans sa détresse, il reqpurut par dés messes et des prières au Dieu des armées et supplia les âmes qu*il avait délivrées des flammes du purgatoire, de vouloir bien se souvenir de leur propre cité. Dès ce moment, plein de conGance dans le .secours de Dieu et dans la bonté de sa cause, il réunit ses troupes et marche contre l'ennemi qui se tenait rangé en bataille aux abords de la place. 11 en était encore à une grande distance, lorsque les éclair^urs envoyés pour examiner les positions de Tennemi, viennent annoncer, transis dWroi, qu'ils ont vu venir de loin une grande armée tout habillée de blanc. A cette nouvelle, Eusèbe fut d'abord yn peu ému ; mais, reprenant aussitôt courage, il expédie quatre hérauts d'armes pour reconnaître ces soldats et lui en donner avis. Gomme ils approchaient de cette nouvelle armée quatre soldats s'en détachèrent et vinrent à la rencontre des députés d'Eusèbe pour leur déclarer qu'ils étaient une légion d'auxiliaires venus de l'autre monde au secours de leur pieux capitaine ; puis ils les engagèrent à faire reprendre courage à son armée, en l'assurant d'une prompte victoire. Les messagers retournèrent au camp porteurs de cette heureuse nouvelle, qui remplit Eusèbe d'allégresse et de confiance. 11 voulut toutefois, avant d'engager le combat, aller en personne visiter ces soldats extraordinaires. Comme il s'avançait vers le lieu où ils étaient arrêtés, leur chef vint à sa rencontre et il lui répéta ce qu*il avait déjà dit à ses envoyés; puis il loua sa grande piété envers les

264 LXXII^ MEIRVEILLB.

défunts et Fexhorta à livrer bataille sans pins tarder. Il prit donc avec lui un seul escadron de sa cavalerie, parce qu*il comptait avant tout sur l'assistance de ces troupes auxiliaires 9 d'autant qu'elles paraissaient être au nombre de quarante mille soldats, et s'avança hardiment à la rencontre de l'ennemi. Mais, quand Ostorgins aperçut de loin cette nombreuse armée qui venait vers lui bannières déployées, il demeura stupéfait, épouvanté. Sa frayeur ne fit que s'accroître lorsqu'il sut par ses espions que c'étaient des guerriers envoyés par Dieu pour recouvrer la cité des Défunts qu'il occupait injustement. Il vit aussitôt qu'il succomberait infailliblement s'il entreprenait d'en venir aux mains avec une telle armée. Il prit donc immédiatement le sage conseil de ne point hasarder le combat» mais de députer vers Eusèbe des ambassadeurs pçur traiter de la paix et pour offrir la reddition de la ville. Eusèbe, qui n'avait pris les armes que pour recouvrer cette cité, et qui cherchait en toute occasion à éviter l'effusion du sang, ne fut pas difficile à régler les conditions de la paix. Dès qu'elles furent signées, on lui ouvrit les portes de la ville, et il y entra en triomphe. Eusèbe rendit alors de vives actions de grâces au chef des troupes auxiliaires, qui lui dit : c Toute cette armée que vous voyez vous doit aussi de la reconnaissance, car elle est tout entière composée d'âmes qui sont passées du purgatoire en paradis en vertu des messes que vous avez fait célébrer pour elles. Si vous persévérez dans cette charité pour les défunts, vous vous ferez par là autant de nouveaux défenseurs et protecteurs, i Après ces paroles, toutes ces légions célestes disparurent, laissant Eusèbe pénétré 4e la plus douce consolation et plus

LXIIII* MERVEILLE. 265

que jamais décidé à faire offrir le saint sacrifice pour soulager et délivrer d'autres âmes du purgatoire. 11 se rappelait sans doute l'exemple du grand capitaine Juda Machabée, qui lui aussi, fut assisté dans ses batailles par des esprits célestes armés de pied en cap (I Mach. XI, 6 12) et qui envoya ensuite à Jérusalem une somme considérable afin qu'on offrit des sacrifices pour les péchés des défunts : Duodecim millia drachmas argenti misitJerosolpnam offerri pro peccatis mortuormn sacri^ ficium. (Ibid. XII, 43).

(L. PiRELLi, de aU. vila. 1. 1, c. 38)

LXXIIP MERVEILLE.

Page 1