QUEL RESPECT LE SAINT-ESPRIT EXIGE DANS CEOX QUI CÉLÈBRENT LA MESSE
Serviamua placente* Deo cum metu et réverentia.
« Servons Dieu avec crainte et respect, cherchant à lui plaire. » (Bbb». xiiy S8].
Les ministres du saint autel doivent apporter au divin sacrifice une religieuse modestie et un profond respect accompagné de la crainte de Dieu. Nous en avons un exemple remarquable dans la merveille qui arriva sous le pontificat du pape saint Agapit.
Le saint évéque de Rumello, petite ville peu distante de Rome, fut faussement accusé auprès du pape de se servir dans ses repas d'un vase sacré de son église.
Agapit fat fort étonné en apprenant cette noayelle; il loi sembla qoe ce prélat renouvelait la sacrilège impiétâ du roi Balthasa'r, qui dans un festin se servait, aussi bien que ses courtisans et ses femmes, des vases d'or et d'argent du temple de Jérusalem. Pour montrer combien il était outré d'un tel méfait, il envoya aussitôt
' deux dercs de sa cour avec une escorte de gens armés, pour saisir l'évoque et l'amener à Rome, où il fut jeté en prison. L'évoque de Rumello était ainsi déteDU depuis trois jours lorsque arriva le jour du Seigneur. Le pape, qui reposait après matines vers l'aube du jour, vit en songe un personnage qui lui dit : n Aujourd'hui, dimanche, ni vous ni aucun de vos prêtres ne célébrerez la messe ; le saint sacrifice ne sera offert que par l'évêque que vous retenez en prison. > Ces parolçs excitèrent un grand trouble dans Tâme de saint Agapit: c Qu'est-ce que ceci? se. disait-il ;^ il faut que l'on ait porté une accusation bien injuste contre cet évéque, puisqu'on 4e juge seul digne de monter au saint autel. Je me fais peut-être illusion : après tout, un songe n'est qu'un songe. » Le pontife demeurait ainsi dans le doute et dans l'anxiété, et ne savait quel parti prendre. Mais la vision s'étant renouvelée coup sur coup une deuxième, puis une troisième fois, il ne lui fut plus possible de résister à un ordre aussi formel. 11 se lève aussitôt et se bâte de faire comparaître son prisoDoier en sa présence, et lui demande ce qu'il est et ce qu'il a fait pour mériter l'accusation si grave qui pèse sur Iri. c Je suis pécheur, » répondit humblement l'évoque, et on ne put tirer d'autres paroles de sa bouche. Le pape lui dit alors : « Disposez-vous à célébrer ce matin 19
' saint sacriOde. »
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L*évêque se met aussitôt en devoir d'obéir et se prépare à célébrer les saints mystères, dont il avait été privé pendant plosieurs jours. II commence donc la messe avec Içs ministres, et fait toutes les prières et les lectures préparatoires jusqu'à Toblation du pain et du vin. Mais arrivé là, il s'arrête tout à coup ; il lecîommence par quatre fois Toraison de Toblation et ne peut la conclure. Les assistants, ennuyés de la longueur de , Toblation, commençaient à murmurer. Le pape, qui e'en aperçut, lui en demanda la catiee ; il lui répondit : t Pardonnez-moi, saint père, si je n'ai pas terminé l'oblation, c'est que je n'ai pas encore vu descendre le Saint-Esprit, comme il arrive toujours à cet endroit de la messe. Je vous prie donc, ô bienheureux père, d'éloigner de l'autel ce diacre qui se tient là à côté, avec un éventail à la main ; car son indignité connue ne peut s'allier avec la sainteté du sacrifîcej elle est un obstacle à l'effusion des grâces célestes : autrement, je ne saurais poursuivre la messe commencée. » Saint Agapît, étonné et édifié d'une telle nouveauté, Ût aussitôt éloigner le diacre : à l'instant môme le Saint-Esprit descendit sous une forme Viable et radieuse ; mais il ne fui aperçu que du pape et de l'évêque qui célébrait. Un nouveau prodige succéda au premier : le voile qui entoorût l'autel se leva de lui-même dans les airs, et demeura suspendu au-dessus de la tête du pape, du célébrant et des ministres qui les assistaient.
Ge^ merveilles firent connaître au pape la sainteté de révoque de Rumello et la fausseté des accusations qu'on avait portées contre lui. 11 eut depuis lôrs une singulière vénération pour ce prélat et le tint toujours dans la fdus haute estime. Nous dAvons apprendre nous-mêmes
par cet exemple avec qael saint tremblement et quelle
pureté de conscience nous devons assister à Tadorabie
sacrifice.
(BiRosros, Annal, an 536).
IL FADT PRÉFÉRER A TOUTE AUTRE AFFAIRE l'OBLÏGATION
d'entendre la messe.
Quœrite primum regnum Dci, et hae omnia adjicientur vobis.
«Cherchez d^abord le régne de Dieu, et tottlle reste TOUS sera donné parsoreroit,»
(Mattb. VI, 53).
Celui qui cliekhe Dieu de tout spn cœur et qui le met au commencement de toutes ses pensées, ne tombera dans aucun mal et sera comblé de toute espèce de biens. InquirentesDominum non déficient omnihono. (Ps. xxxui, 1 1.) Ainsi parlent, en maints endroits, les saintes Ecritures tant de l'ancien que du nouveau Testament, et Texpérience j.ournalière confirme cette vérité. Nous voyons aussi, bêlas I trop souvent, que ceux qui méprisent Dieu et violent ses commandements sont misérables dès cette vie et font une fin malheureuse. Les annales de TEglise, les Vies des Saints sont pleines de faits de ce genre : il nous serait facile d en présenter un grand nombre qui ont rapport au sujet qui noos occupe présentement, l'obligation d'entendre la sainte
messe les dimanches et fêtes de précepte ; mais nous ne citerons qae deux faits assez connus.
Il y avait dans une ville deux hommes également bien doaés des dons de la fortune et de la naissance^ mais fort différents sous le rapport de la religion : Tnn ne passait aucun jour sans assister dévotement au saint sacrifice de la messe : Tautre n'avait nul souci de ces devoirs de piété. Un dimanche au matin après la messe, que Tun d'eux n*avait point entendue, ces deux hommes partirent ensemble pour aller à la chasse dans une vaste forêt. A peine y étaient-ils entrés que soudain une furieuse tempête éclate, de longs éclairs sillonnent les> nues, le tonnerre gronde avec fracas. En même temps une voix formidable se fait entendre : t Frappe, frappe.» Au même instant la foudre tombe sur Tun des chasseurs, mais si rapidement et si violemment qu'il tombe mort sans avoir pu se reconnaître. On devine aisément qae cet homme ainsi foudroyé est celui-là même qui ce jonr-là n'avait point assisté à la messe ; il lui était plus agréable d'employer son temps à des divertissements plus ou moins licites. Mais la justice de Dieu sait aussi choisir son temps. L'autre chasseur, voyant son compagnon mort à ses pieds, fut saisi de terreur, et pour éviter un malheur semblable, se mit à courir çà et là, tandis que Thorrible voix répétait encore du haut des airs : c Frappe, frappe. * Je vous laisse à penser en quelle désolation, en quels terribles spasmes et angoisses, se trouvait cet homme; il était tellement boulesversé, qu'il allait tomber demi -mort lorsqu'une autre voix retentit qui disait: « Je ne le puis, parce qu'il a aujourd'hui entendu Et Verbum caro factum est, » Ce sont les paroles du dernier évangile qui termine la messe. M. s. E.
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Peu après, Forage étant calmé/le ciel avait repris sa sérénité , et notre Toyagenr se mettait en route vers son logis, en bénissant Dieu et s'affermissant dans sa résolution de ne jamais manquer un seul jour d'assister à la messe, à moins d'impossibilité. Par ce mémorable exemple nous voyons que Tauguste sacrifice a la vertu d'apaiser le juste courroux du Seigneur et d'enlever aox démons leur puissance malfaisante.
L'autre prodige eut pour théâtre l'Italie ; s'il est moins célèbre quç le premier , il n'est pas moins fécond en salutaires enseignements. Trob marchands de Gubbio s'étaient rendus de concert à une foire dans un bourg •nommé Cistejrno et s'étaient logés dans la même au- Vrge. Après avoir vendu leurs marchandises, ils sonigèrent au départ, et comme la distance de ce bourg à •Gubbio était à peu près d une journée de chemin, deux d'entre eux se décidèrent à se mettre en route dès l'aurore du jour suivant, afin d'arriver chez eux ce jour-là, qui était un dimanche. Le troisième marchand ne fut pas de leur avis et leur fît observer avec fermeté que jamais m ne consentirait à se mettre en route avant d'avoir «entendu la messe : croyant les voir ébranlés, il tâcha de leur persuader d'assister eux-mêmes au saint sacrifice avant de partir et leur dit en souriant qu'après a?oir accompli ce devoir et s'être lesté l'estomac d'un boa repas, ils voyageraient bien plus aisément et plus gaiement ; que, du reste, s'ils ne pouvaient absolument arriver à Gubbio ce jour-là, à quoi ils n'étaient nullement tenus, il ne manquait pas d'auberges sur la route |K)ur les recevoir. Ses compagnons méprisèrent de si charitables conseils, qu'ils traitaient de scrupules mal fondés et répondirent que, si pour cette fois^ ils pe^
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daient la mçsse, Dieu était assez bon pour le leur pardonner. En effet, le lendemain dès le point du jour, ils sellaient leurs montures, et s$uis entrer même à Féglise, prenaient le chemin de leur pays. Ils arrivent près de la rivière de Gorfuane, dont les eaux étaient démesurément grossies par la pluie qui était tomt>ée la nuit précédente : il n'y avait pour la traverser qu'un vieux pont de bois que la rapidité du torrent avait déjà fort ébranlé. Nos deux cavaliers s'y hasardent tète baissée et ils étaient parvenus au milieu du pont lorsque, cédant à rimpétuosité des eaux poussées par un vent furieux, il se rompt et s'entr'ouvre, et cavaliers et chevaux sont précipités au milieu du gouffre, où ils furent suffoqués, perdant ainsi le prix de leurs marchandises et la vie. Fasse le Ciel qu'ils n*y aient pas perdu aussi leurs ftmes ! Aux cris effrayants qu'ils poussèrent en tombant dans l'eaa et au craquement du pont, les paysans accoururent à la h&te et avec des crochets ils parvinrent à retirer les corpç de Feau, m^s ce n'étaient plus que des cadavres. Ils les laissèrent sur la rive, aQn qu'on pût les reconnaître et leur donner la sépulture.
Le marchand qui était resté à Cistemo pour remplir le précepte de l'audition de la messe, se mit en route allègrement quelque temps après eux, et eut bientôt atteint les bords de la rivière : il avait déjà remarqué de loin que le miUeu du potit avait été emporté par les eaux débordées, et il avisait en lui-même le moyen de traverser la rivière, lorsque arrivé sur les bords, son inquiétude se changea en une pénible surprise, car il y aperçut les cadavres de ses deux compagnons qui gisaient là abandonnés et déjà en partie décomposés. Il leva les yeux et
les mains au ciel pour rendre grâces à la divine Provi-
dence de Tavoir présenré d*on semblable malheur, et bénit mille fois l'heure qu'il avait passée à Tëglise pour entendre la messe, car il lui devait la conservation de ses jours. Dès qu'il fut rentré dans sa maison, il répandit la triste nouvelle du genre de mort des deux mar chaods et engagea leurs parents à les faire enterrer dans le cimetière de la paroisse. Gomme il jouissait d'un certain crédit dans le pays, il profita de la circonstance pour exhorter tous les habitants à entendre chaque jour la sainte messe, les assurant que par ce moyen tout leur prospérerait dans leurs travaux, leurs voyages et leur commerce.
(L. PiNELLi, de tacrif. nUssœ, 1. ii — Lcweb. Biblioth, t. II, tit. 64).
LA DÉVOTION D^ENTENDRE LA MESSE OIGNE DES PtUS GLORIEUSES RÉCOMPENSES.
Gtorfa et honor operanti bonum.
m Gloire et honneur à celui qui fait le bien. (Roa. ii, SO).
11 est peu de princes qui aient montré autant de dévotion pour la sainte messe que saint Wenceslas roi de Bohême, et les humbles et fervents hommages qu'il rendit au roi du ciel dans le saint sacrifice lui ont acqnb plus de gloire et d'honneur que toutes ses autres magnanimes et nobles entreprises. Nous n'avons pas l'inten-
tioD de rapporter tous les admirables effets de sa haute et tendre piété, les limites de cet opuscule nous per^ mettent seulement d*en donner un court aperçu.
Non content d'assister chaque jour à plusieurs mes-^ ses , demeurant agenouillé sur la terre nue pendant toute la durée du sacriÛce, ou la servant lui-même comme un simple clerc ; non content de consacrer ses plus riches draperies, ses pierres précieuses et ses vases les plus magnifiques à Fornement et au service dea autels, il voulait de ses propres mains confectionner les hosties destinées à Tàuguste sacrifice. Il ne bornait pas là son zèle et sa dévotion; sans égard pour sa dignité, il employait ses royales mains à cultiver un champ, le labourer, y semer du blé, faire la moisson, battre le blé, le choisir grain à grain, le moudre, bluter la farine, la pétrir, la faire cuire selon la forme usitée dans réglise latine ; il présentait ensuite au prêtre, avec le plus humble respect, ces formules ou hosties destinées à être éhangées substantiellement au corps du Fils de Dieu. Le temps qu'il consacrait à cette œuvre était pour ce religieux prince un temps de délices et de joies spirituelles : il répétait alors des psaumes et des prières, son cœur se répandait en effusions d'amour pour le Seigneur Jésus, en méditant ses adorables mystères. Le Seigneur ^récompensa magniGquement une telle humilité : en cette vie il donna à Wenceslas, le diadème de la royauté, et dans le ciel, il voulut orner son front de la couronne du martyre.
L'empereur d'Allemagne, Othon I dit le Grand, dont Wenceslas était feudataire ei^ sa qualité de duc de Bohême, avait convoqué une diète générale de tout l'empire dans la ville de Worms. Le duc de Bohême s'y
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rendit ÛdMement. Mab il arriva qoe le matin de la rénnion, il fat retena longtemps à Téglise par une •messe solennelle qu*on y célébrait. Les seignears assemblés, impatients de ce retard, soupçonnèrent que tout cela n'était qu'un calcul de son ambition et de son orgueil, parce qu'il espérait qu'en arâvant après les autres, eeuz-ci seraient contraints de se le?er à son approche et de lui donner des marques de respect. En conséquence, et pour déjouer son ambition, ils oon- «vinrent entre eux que personne ne bougerait de son . isiége et qu'on ne lui ferait aucune démonstration de (respect, mais qu'on le laisserait s'assecnr à la dernière Iplace ;* ils engagèrent même l'empereur à fHrendre, à ison arrivée, un air de dignité et de fierté, sans lui témoigner la moindre courtoisie, bien mdns encore da respect. Mais la chose se passa tout autrement qu'ils n'avaient souhaité et décrété. Dieu le permettant ainsi pour réc(»npenser son pieux serviteur de son assiduité au saint sacrifice.
A peine l'empereur a-t-il aperçu Wenceslas à la (porte de la salle où se tenait l'assemblée , qu'il se lève ide son trône d'un air grave et respectueux, s'avance à sa Fenoentre, s'incline profondément devant lui et, la (prenant par la main, le conduit à son trône, où il le tfait asseoir à sa droite. Les seigneurs, étonnés de si (grandes marques de vénération de la part de l'empe* irenr, furent contraints de se lever comme lui; mab quelqnc^-nns murmucaieat entre eux, car ils ne pouvaient s'expliquer la conduite de l'emperenr envers un isiB^[yle due. Alors Othon, remarquant l'étonnement de 3a plupart et les chucbottements des murmurateurs» leÙK expliqua pourquoi et comment non-seulement û
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n^avait pas sQi?i leur conseil , mab avait même hoDorô le dac plus que ne comportait Tétiquette. c Lorsque Wenceslas s'est présenté à la porte de la salle, leur ditil , j*at vu son visage resplendir d'une clarté céleste > deux anges radieux lui faisaient édrtége. Maintenant, seigneurs, dites-moi ce que vous eussiez fait, s'il vous eût été donné de jouir d'on pareil spectacle. • Tous les membres de rassemblé reconnurent aussitôt la précipitation et la malignité de leur jugement, en demandèrent pardon à Wenceslas ^ et lui rendirent sincèrement leurs hommages. Depuis ce moment Othon eut pour Wenceslas tant de vénération et de sympathie qu'il le combla d'honneurs et de présents. II Téleva [ même du modeste titre de duc à la dignité de roi de Bohême, et lui permit de graver sur ses armes l'aigle noire de l'empire sur champ blanc, faveur dont ne jouissait aucun autre prince. C'est *ainsi que Dieu récompensa par l'entremise de l'empereur la pieuse assiduité . de son humble serviteur à entendre la messe et ses hommages empressés pour le saint sacrifice. Mais il loi réservait une autre couronne inGniment préféiKable à toutes les couronnes de la terre, la couronne da martyre, Ja couronne de sainteté, de gloire et d'honneur par excellence. Wenceslas reçut cette couronne au pied même des autels, en présence du Dieu qu'il avait si ûdèlement servi ; il y fut immdé par la main de son
propre frère.
(Scnius, Vit, S, WencetUn, S8 septembre).
276 LXXVl» MERVEILLE.
ADMIRABLES FAVBORS QUE SAINT BONET REÇOIT, A LA MESSE, DE LA TRÈS-SAINTE VIERGE ET DES SAINTS ANGES.
Sarérdotet tjui induam salutari.
a Je revêtirai ses prêtres du vêtement du salut. (Ps. cuxi, 1 7).
î.a reine da ciel réserve ses plus précieuses favears pour les prêtres qui célèbrent dignement les saints mystères de son divin fils. La vie de saint Bonet, évoque de Clermont en Auvergne, nous en fournit un exemple étonnant.
Ce grand serviteur de Marie, qui avait aussi nne dévotion non moins remarquable pour la saintt Eucharistie, s'était retiré, la nuit de la veille de rAssomption, dans réglise de Saint-Michel, afin d*y vaquer plus hbrement aux exercices de la contemplation. Il était déjà dans une disposition d*esprit et de cœur qui touche Textase lorsque soudain il entend résonner à ses oreilles une douce et merveilleuse mélodie et voit toute Téglise se remplir d'une clarté si éblouissante qu'on eût dit que toute la lumière du soleil s'y était concentrée. Comme il levait les yeux pour contempler ce spectacle, il voit venir vers lui la glorieuse mère de Dieu accompagnée et suivie par un nombreux cortège d'anges et de bienheureux, qui marchaient en bel ordre comme dans une procession et chantaient à deux chœurs des hymnes et
des cantiques sacrés à la gloire de Jésus-Christ et de sa douce mère. Cette admirable procession monte lentement la nef de Téglise et arrive devant le maitre-autel. Un des saints demande alors qui aura Tbonneur de célébrer la messe dans cette grande solennité. La reine du ciel, qui présidait la cérémonie, répond d*une voix haute et intelligible : c Ce sera Bonet, mon serviteur bien-aimé et Tévèque de cette cité, qui est ici en prière dans un coin de Téglise. » Le saint prélat, entendant ces paroles, se mit à trembler de tous ses membres, dans la pensée de son indignité et à la vue d'une si auguste compagnie : il chercha à se cacher et à se dérober aux honneurs qu'on lui voulait faire ; il esss^a de se blottir derrière une grande pierre de la muraille,, laquelle aussitôt céda et s'amollit comme de la cire et reçut Fimpression et la forme du corps du saint évéque : elle Ta conservée jusqu'à nos jours et est devenue Tobjet de la vénération des fidèles. Mais il eut beau se cacher, son humilité ne servit qu'à le faire paraître plus digne de la sainte fonction qui allait avoir lieu. Les anges n'eurent pas de peine à le découvrir et à le tirer de sa cachette. Obligé de comparaître devant la sainte mère de Dieu, on lui intime Tordre qu'elle avait donné tout d'abord. 11 s'y soumit humblement et se mit aussitôt en devoir de le mettre à exécution. Il fut donc conduit à l'autel et «'evêtu des ornements sacerdotaux par quelques-uns des saints présents, puis il célébra la messe en présence de cette glorieuse multitude, ayant ces mêmes saints pour ministres et servants. Après la messe, la reine du ciel ne voulut pas le quitter sans lui laisser un mémorial éternel de cette nuit mille fois heureuse : elle lui fît présent d'une aube d'une toile si fine et si délicate que u. s. E.
celles d*ici-ba$ n'en approchent pas ; en outre, le travail était d'une perfection sans égale. Ce vêtement sacré, d'un prix inestimable, était encore conservé conime une précieuse relique dans la cathédrale de Clermont avant la révolution française. On ne saurait imaginer avec quel respect, quelle dévotion, quelle charité, saint Bonet a dû célébrer la messe en présence d'une assemblée si auguste. Fasse le Seigneur que telles soient toujours les dispositions de tous les prêtres qui célèbrent les saints mystères I car ils ont toujours autour d'eux des chœurs d'anges qui adorent en tremblant leur Dieu immolé pour nous sur l'autel. C'est là une vérité trop peu coa- Que, que saint Chrysostôme et d'autres écrivains ecclésiastiques établissent par des raisons convaincantes et par des faits incontestables.
(BoLURo. 15 janvier).
LXXVll» MERVEILLE.
le saimt sacrince brise miraculeusement les chainb8 d'un prisonnier.
Dirupisti vinnUa m«a, tibf iotrifieèbé hoitiam Uutdit.
« Voat avet brivé nei liens; Je vooi offrirai une TtcUne de louange. » (Pt, cxv. 7).
Le saint sacrifice de la messe non-seulement rend la santé et la vigueur à nos âmes et nous purifie de nos péchés, il a même souvent des effets merveilleux poux
LÏXVII» MERVEILLE. Î79
la santé des corps et le salut temporel. En voici nn exemple chobi entre mille.
Dans une grande bataille qui s*était livrée en Angleterre, et dans laquelle le roi Ëlbnin fut tué par son rival Ethelrède, il arriva nue chose mémorable qui nous a été conservée par le vénérable Bède. Un valeureux soldat de Tarmée d'Elbuin nommé Imma tomba mortellement frappé au milieu des morts sur le champ de bataille. Après.un jour et une nuit passés au milieu des cadavres, il reprit ses esprits, recueillit son courage, et, autant que ses graves blessures le lui purent permettre, il se mit sur son séant. Les forces lui étant revenues peu à peu, il parvint à se tenir debout; puis, sentant le danger de sa position, il s'efforça de marcher et dirigea ses pas vers un lieu où il espérait trouver des amis qui pussent: lui porter secours. Malheureusement il en arriva tout au contraire de ses désirs : il tomba dans un groupe de soldats ennemis, qui se saisirent de lui et le conduisirent à leur chef. Celui-ci lui ayant demandé qui il était, le pauvre soldat, craignant d'avouer qu'il était soldat d'Elbuin, répondit qu'il était un pauvre vivandier qui était venu apporter des vivres au camp. Le capitaine touché de compassion commença par faire bander ses plaies et recommanda de prendre soin de lui. Quelques jours après, voyant qu'il recopvrait ses forces, il le Gt charger de chaînes, de crainte qu'il n'eût envie de prendre la fuite. Mais à peine les soldats étaient-ils partis, après avoir exécuté cet ordre, que les chaînes se brisèfent d'elles-mêmes ; et ainsi le prisonnier se trouva Ubre, sans qu'il eût rien fait pour rompre ses liens. Le capitaine, qui l'aperçut, ignorant ce qui s'était passé, donna de nouveaux ordres pins formels
280 LXXYII* MBRVEILLK.
et plus sévères. Ils furent exécutés poaetaellement et sous ses yeux. Quelques heures après les liens se rompaient d'eux-mêmes de nouveau , ce qui eut lieu plusieurs autres fois. Evidemment il y. avait du mystère dans cet événement. Le chef ennemi, qui ne pouvait en sonder la cause, fait venir son prisonnier et la demande par quel art magique, par quelle influence diabolique, il a ainsi brisé les chaînes dont il était chargé, c Dieu soit loué, répond Imma , je n'ai ancune connaissance en fait de magie , je n'ai jamais fait de pacte avec le diable : c^est sans aucun doute le Seigneur qui dans sa miséricordieuse bonté daigne briser mes chaînes et me rendre à la liberté. Je ne sais pourquoi il m'accorde une faveur aussi insigne, je n*ai rien fait pour la mériter. Peut-être est-ce à l'un de mes frères nommés Tunné que je la dois après Dieu. C'est un très-saint prêtre, il est abbé d'un monastère. Il me croit mort dans la dernière bataille, et comme il m'aime beaucoup, il doit souvent offrir l'hostie salutaire pour le salut de mon âme. Je ne fais aucun doute que si j'étais présentement en purgatoire, ces messes de mon frère me procureraient du soulagement, sinon ma déUvrance. » Tandis qu'il parlait ainsi, quelques soldats qui l'observaient de près comprirent à son langage, à ses manières et à son air distingué, qu'il n'était pas, comme il le disait d'abord, de basse condition, mais bien plutôt un noble personnage.
Le capitaine, qui n'était pas moins frappé de la noblesse de son maintien, le tira à part etTinterrpgea sur sa qualité et sa condition, lui promettant de ne lui faire aucun mal s'il lui disait sincèrement la vérité. Irama, pressé par des avances si bienveillantes, lui avoua qu'il
I «Tait été ministre du roi Elboin. « J'avais donc raison» J répliqua aussitôt le capitaine, de croire que vous n'étiez ^ point vivandier. Vous avez mérité la mort, convenez-en, pour avoir injustement combattu contre moi dans cette bataille, où j'ai eu grand nombre de mes parents et de mes amb tués, et votre sang devrait me venger de leur sang : mais ne craignez rien, je ne manquerai point à ma parole, je vous laisse la vie. > Il ne voulut même pas le retenir à son service ; mais dès que ses blessures furent cicatrisées, il le vendit à un Frison qui remmena à Londres. Ce nouveau maître, craignant que son esclave n'eût Tintention de s'enfuir, le fit aussi charger de chaînes, et alors on vit se renouveler le prodige que nous avons déjà remarqué. Il n'y avait pas de chaînes si fortes et si variées qu'elles fussent, qui ne se brisassent à un moment donné : quelquefois au bout de trois ou quatre heures elles se rompaient d'elles-mêmes; d'autres fois, elles restaient en place plusieurs jours, puis Tinstant d'après elles tombaient sans l'intervention d^aucune cause apparente. Le Frison, fort surpris de ^shoses si extraordinaires, crut de son intérêt personne de proposer la Uberté à son esclave, moyennant une honne rançon ; ce que celui-ci accepta avec joie et reconnaissance. Et comme il avait gagné la confiance de son patron, celui-ci se contenta du serment qu'il lui fit de lui faire remettre la somme convenue pour son rachat, et le laissa aller. Imma partit aussitôt pour le pays de Kent et obtint facilement du roi Lodéric le prix Je sa rançon, qu'il envoya immédiatement à qui il était dû.
Peu de jours après étant retourné en son pays natal, il raconta en détail à son frère la conduite merveilleuse
dont il avait été Tobjet de la part de la divine Provi* dence. Alors toat le mystère fut pleinement dévoilé, i Je croyais que voos aviez snccombé dans la bataille^ repartit le saint abbé , et dans les premiers jours , moi 00 quelqu'un de nos frères nous offrions quotidiennement la victime de propitiation pour le salut de votre âme ; plus tard je célébrai seulement de temps à autre à votre intention. Béni soit Jésus notre Sauveur et libérateur I béni soit le divin sacrifice que cet agneau sans tache daigne renouveler chaque jour pour nous-tous I Je ne doute nullement que toutes ces merveilles dont vous avez été Tobjet ont eu pour principe et pour cause les messes qu'on a célébrées pour vous. Il résulte de votre récit que les jours et les heures de votre délivrance momentanée correspondent précisément aux jours et aux heures où ces messes se célébraient. Bénissons à jamais Jésus et sa miséricorde. i^ Saint Bède conclut cette histoire en disant que la renommée de ces miracles multipliés se répandit promptement dans tous les alentours et même dans les pays étrangers, et ne fit qu'accroître la dévotion que Ton avait d^à de faira offrir le saint sacrifice pour les vivants et pour les
morts.
(V. BèoE, Hist. d'Angl. l iv, c. 81, 22, 23).
LlVIIl» MERVEILLE. 283
DEDX ENFANTS QUI SERVAIENT LA MESSE SONT COMBLÉS fy DE FAVEURS ET INVITÉS AU PARADIS.
Sinite parvutot vtnire ad m«, fafiwfn e«i «m'm regnutn cmliMrum.
« Laissez les enfanis s^approdier de mof, car & ceux qui leur ressemblent apparlieol le royaume descieuz. » (Mare, x, H.)
Servir la messe est un grand hoDoeur, une fonction sublime, un ministère envié des anges eux-mêmes. Trop souvent, néanmoins, ce ministère n'est pas estimé à sa juste valeur, et bien des personnes croiraient s*avilir, ou déroger, comme on dit, s'ils rendaient àt Dieu un tel service,. tandis qu'ils s'estimeraient beureux et glorieux de remplir les plus bas offices à la cour des rois. Penser et agir ainsi, c'est faire preuve d'une foi faible et languissante, ou d'un grand orgueil et d*una sotte vanité. Ce n'est point ainsi que pensaient lea saints. Saint Bonaventure appelle ce ministère digne des anges. Sainte Mechtilde rapporte qu'elle a vu l'ftmô d'un frère oonvers toute brillante de darté dans les demeures célestes parce qu'il avait eu la dévotion à» servir tous les jours autant de messes qu'il lui était possible ; saint Thomas, cet ange de l'école, ce sublime** Qambeau de la science théelogique, n'aimait rien tant que de servir la messe après l'avoir célébrée lai-mtaie. Telle était aussi la conduite du célèbre chancelier d'An*
284 LXXVîII» MEBVBILLB.
gleterre, Thomas Morus, et de bien d'aatres personnages illustres par leur eitraction, leurs dignités ou leur sainteté. « Saint Vincent de Paul, après sa messe, en entend et souvent en sert une seconde. Il est accablé d^afifairesy il est vieuz^ il a quatre-vingts ans, il ne peut plus marcher sans bâton, ni se omettre à genoux qu*à grande peine : n'importe, le vénérable supérieur avec la simplicité naïve d'un jeune clerc et plus encore de respect et de dévotion, sert à Fautel le moindre de ses prêtres. Il le fait par foi et par amour; il le fait aussi pour donner l'exemple à ses clercs, pour qu'ils ne souffrent jamais qu'un laïque serve la messe devant eux. if C'est un sujet de honte à un ecclésiastique qui ^ le caractère pour le service des autels , leur dit-il avec Bourdoise ,. qu'en sa présence ceux qui ne l'ont pas fassent son office. » (M. Maynard, saint Vincent de Paul t. IV, p. 266.) .
Mais à quoi bon multiplier les exemples? la chose se conçoit assez d'elle-même : celui qui sert la messe approche de plus près de la sainte victime et participe d'une manière plus immédiate au sacriQce, | puisqu'ilen est le ministre d'une certaine façon et est uni plus intimement au prêtre qui sacrifie; précieux avantages dont ce sauraient jouir les autres fidèles qui y assistent simplement. Pour encourager les enfants à servir dévotement la messe, à toutes ces raisons je vais syonter une histoire pleine de charmes et de grandeur dans sa naïveté et sa simplicité. Je l'emprunte aux annales des frères Prêcheurs ou Dominicains.
Le bienheureux Bernard, religieux d'une grande t)iété, qui remplissait l'office de sacristain dans l'élise du couvent de Santarem en Portugal , avait formé deni
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enfants du voisinage' pour servir les messes des religieux et faire d'autres fonctions les jours de fête. Trop jeunes encore pour embrasser la vie religieuse, ils demeuraient 1 chez leurs parents, mais iis n'y passaient guère que la i nuit, car pendant le jour ils ne quittsdent presque point ! le couvent. Le père Bernard avait pour eux la plus tendre affection, et, en récompense, de leur service à Tautel, il leur enseignait le catéchisme et les premiers éléments de la grammaire ; mais il s'appliquait surtout à les former à la vertu, à la piété, et s^'efibrçait de leur inculifuer une tendre dévotion envers le très-saint Sacrement et là très-sainte Vierge. Aussi leur bonheur était de servir la messe ou de demeurer en prières au pied des autels : à voir leur air candide et innocent, leur sîmpUcité, leur aimable modestie, la douce galte répandue sur tous leurs traits, on les eût pris pour deux petits anges. Gomment Jésus, le doux Jésus, n'eût- il pas aimé et singulièrement favorisé ces deux enfants si aimables, lui qui, faisant ses délices d'être au milieu des enfants des hommes, recherche surtout l'enfance simple et innocente I Tous les matins ils apportaient de la maison de leur^ parents un léger goûter consistant en un morceau de pain et quelques fruits, et après le service des messes ils allaient prendre leur repas dans une petite chapelle isolée; il y avait là une belle image de Marie tenant l'enfant Jésus entre ses bras. Nos deux enfants ne manquaient jamais de saluer le petit Jésus en disant leur benedicite ; et le divin enfant qui sa repaît au milieu des lis de l'innocence, qui pascitur inter lilia, ravi par leur angélique pureté et leur candenr, daignait s'écbapper des bras de sa mère pour se. joindre à eux, et leur demandait de partager leur réfec-
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lion : ce qu*i) obtenait facilement de ces gracietix enfants, qui plusieurs fob lui firent part de leur maigre pitance. Mais ensuite , voyant qu'il n'apportait jamais rien pour Taagmenter tant soit peu, ils formèrent le dessein d'en référer au père Bernard. « Père, > lui dirent-ils avec une certaine gravité qui dénotait an* peu de peine et d'embarras , c ce petit enfant qui est là entre les bras de la madone de la chapelle vient tous les matins manger avec pous, mais jamais il ne nous régale de son propre bien : que devons-nous faire? » Lo bienheureux Bernard, entendant raconter cette merveille par ces petits innocents, fut ravi de cet inefiTable échange d'amour entre Dieu et §bl créature; il leur répondit : « Voici ce qu'il faut faire : si demain l'enfant de la statue vient encore vous demander une part de ▼os provisions, dites-lui franchement: Seigneur, vous venez tous les matins prendre part à notre petit repas, et nous ne recevons pas même une miette de votre main : de grâce, répondez à notre bienfaisance par un peu de libéralité, et conviez-nous, une fois au moins, nous et notre maître, à la table de votre Père. • Ces admirables enfants n'oublièrent point la leçon. Le len* demain ils étaient à leur rendez-vous habituel : l'enfant Jésus y vint également et s^assit avec eux pour partager leur goûter. Ceux-ci lui présentèrent alors leur requête, le supplièrent de leur rendre la pareille et de les inviter eux et leur bon maître, au festin de son père. Le doux enfant Jésus agréa leur demande et leur répondit : t Vous ne sauriez me faire plus de plaisir qu'en m'adressant une pareille requête : je vous invite donc an festin que vous souhaitez. Donnez-en avis à votre maître et diteslui de se tenir prêt pour le jour de l'Ascension, qui est
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proche : c'est dans cette belle fête que je veux, comme vous dites^ tous régaler tous les trois dans mon palais. » Les deux enfants, enchantés d^une promesse si agréable, coururent aussitôt, tout joyeux, en informer le bienheureux Bernard et lui rapporter Theureuse invitation qui leur était faite. L'homme de Dieu, bien assuré de la réalité de la révélation, se prépara par les plus pieux sentiments à ce festin dont le Christ disait à ses disciples : < Je vous prépare un royaume, aGn que vous mangiez et buviez à ma table dans mon royaume. » (Luc,,. XXII, 20). Il va trouver son confesseur, lui raconte tout ce qui s'était passé et Tassure positivement qu'il s'agit pour lui de quitter cette vie avec ces enfants, pour aller goûter les joies de la patrie céleste : puis, s'étant confessé, il met en ordre tous les objets de l'église confiés à sa garde.
Le matin du jour de l'Ascension il récita les heures canoniales avec une ferveur qu'il n'avait point encore éprouvée ; après quoi il monta à l'autel et célébra la messe avec une piété plus angétiqne qu'humaine. On devine bien que les deux enfants avaient été fidèles au rendez- vous et servaient la messe fort pieusement, bien qu'an peu impatients de voir arriver leur cher compagnon, qui devait les conduire à la table de son Père céleste. Leur attente ne fut pas longue. Le sacrifice terminé, le bienheureux Bernard se prosterna sur les degrés de l'autel en recommandant aux deux en&ntsde faire comme lui : aussitôt des visions célestes commencèrent à réjouir leurs âmes, puis un doux sommeil, le sommeil des justes, vint fermer leurs paupières, et ils passèrent ainsi au délicieux banquet de la vie éternelle. Lorsque les religieux passèrent par cette chapelle, après
dioer, pour aller terminer les grâces à Téglise, selon Tusage, ils trouvèrent les trois corps étendus sur le marche-pied de Tautel, celui- du prêtre revêtu des ornements sacrés, et ceux des enfants couverts du blanc surplis ; leurs visages rayonnaient d*une céleste beauté. D'abord on les crut endormis, mais après les avoir remués, tous s'assurèrentqu'ils étaient réellement mbrts. Comme on ne pouvait s'expliquer xm décès si extraordinaire, on pensa que le confesseur du bienheureux Bernard en aurait été peut-être préalablement informé. 11 raconta, en effet, à la communauté tout ce qui s'était passé entre Tenfant Jésus et les -enfants de chœur, et la promesse qu'il leur avait faite. Ce récit remplit de joie toute l'assistance ; on rendit mille actions de grftces à la bonté de Notre -Seigneur, on admira la simplicité et l'innocence de ces enfants et la sainteté de leur maître, qui tous trois ensemble avaient mérité une si grande faveur. Leurs corps furent déposés en grande pompe dans un même tombeau, au milieu des cantiques et des hymnes de joie. 11 s'en exhalait la plus suave odeur, et pendant longtemps le cimetière en fut tout enbaumé. Afin de perpétuer la mémoire d'un si admirable prodige, il fut gravé sur la pierre du tombeau avec ses principales circonstances. Qui n'admirerait ici la bonté du Seigneur envers Tinnocence quand elle s'emploie . au ministère angélique de l'autel !
(BoLuno. 8 mal. — ûiario Dominic)»
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SINGULIÈRE Faveur obtenue pour avoir servi la MESfiS.
Qui aHarideserviuni, eum allari poftici" pan t.
a Ceux qui serTent à Pantel ont pirt (^ Toblaiion de Poulel. » (ICor. ix^lS).
Le père François Marcel Mastrilli^ de la compagnie de Jésus, étant à la fleur deTétge, se livrait assidûment aux études dans le collège de Naples. Un jour s'étant rendu à. la maison professe de ladite compagnie, il entra par hasard, ou plutôt par dne disposition du Ciel, dans la sacristie et y trouva le père Evangélistè de Gattis, vénérable vieillard illustre par sa sainteté, déjà revêtu des ornements sacerdotaux et prêt à monter à Tautel : mais il n'avait point de servant, et en attendant qu'il s'en présentât, il priait tout absorbé en Dieu. Ce jour était UD jour de congé, et le père Mastrilli aimait ordinairement à proQter de ces jours de liberté pour se délasser de ses travaux et reprendre une nouvelle vigueur: mais faisant céder cette considération au bonheur de servir la messe, il s'offrit de grand cœur au père de Gattis et prit de suite le missel. Celui-ci fît quelque difficulté. « Vous savez que je suis vieux et infirme, dit-il , il me faut beaucoup de temps pour célébrer les saints mystères ; le temps est magnifique, il faut en profiter pour jouir des agréments de la campagne. » Mais le jeune profèt
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ne se rendit point à cette observation, et ^près une aimable contestation, la charité persévérante de Tétndiant remporta sur les refus réitérés du vieillard. Donc Mastrilli, charmé d'atoir trouvé une si bonne occasion de faire quelque petit sacrifice à Notre-Seij|ieur et de satisfaire en même temps sa dévotion , envers l'adorable mystère de nos sfùtels, servit la messe [ avec une grande ardeur de dévotion et une joie qui se ' manifestait jusque sur son visage, te P. Evangéliste, de son côté, heureux et reconnaissant de rencontrer tant de zèle dans son jeune confrère, le recommanda à Dieu avec beaucoup d'instance au Mémento et conjura la divine bonté de le récompenser par quelque grâce de choix , et il en obtint effectivement une d'un grand prix. Bon nombre d'années après, le pèrt; Mastrilli fat désigné pour la célèbre mission du Japon. 11 s'embarqua sur un navire qui faisait voile pour les Indes orien* taies. Après une longue navigation pleine de dangers^ il arriva heureusement à Goa. Ses premiers pas furent dirigés^ vers le tombeau du glorieux saint François Xavier. Là, après avoir remercié Dieu de l'avoir appdé à la grâce de l'apostolat, il implora l'intercession du saint pour cette mission qu'il avait lui-même entreprise et rendue si féconde et si ^orieuse par ses travaux et ses nombreux miracles, et il s'hunûliait, dans la pensée qd'il avait été choisi pour une telle œuvre préférablement à tant d'autres missionnaires qui en étaient plus digues. Pendant qu'il priait ainsi, le saint lui apparut et lui dit que la grâce de ce choix que Dieu arait fait de lui pour une œuvre si belle et si grande avait pour origine le' service fervent et empressé qu'il avait «ffert au P. de Gattis dans la chapelle de Saint-Charles
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près de Naples. Dieu avait eu ce sacriGce de dévotion si agréable, que, sur la prière que lui en fît alors ce reli* gieux, il avait dès lors résolu d'en faire le fidèle apôtre de la lumière évangélique parmi les nations plongées dans les ténèbres du paganisme. Ce fait est attesté dans une lettre que le père Mastrilli écrivit de Goa même «i père de Gattis : il le remercie de cette faveur signalée qu'il lui avait procurée, lui en attribue tout le mérite et le conjure de continuer à le recommander instamment au Seigneur. Voici un passage de cette lettre : c Me trouvant là, devant le tombeau de nàon ^orieux saint, je faisais quelques réflexions sur ma mauvaise vie et mon peu de mérites après avoir reçu tant de grâces du bon Dieu, lorsque tout à coup je sentis mon esprit s'éclairer d'une vive lumière qui me fit comprendre d'une manière évidente que ces grâces, je les devais aux mérites de votre Révérence, qui un jour dans la chapelle de Saint-Charles de la maison professe, me fit la charité d'offrir pour moi la messe que j'eus la consolation de lof servir. Or si j'ai eu l'avantage de devoir . le principe de mon bonheur et de mes consolations :spirituelles à une messe de votre Révérence , nous avons par là môme contracté tous deux une grande obligation : moi, d'offrir une bonne partie de mes fatigues pour votre Révérence, comme étant l'auteur de tout le bien qui m'est advenu, et votre Révérence, de continuer à me recommander au Dieu trois fois béni, afin que celui qui a commencé cette bonne œuvre la mène à bonne fin : Quicœpit bonum, ipse perfidat, •
Et véritablement, que Dieu ait parfait cette œuvre, c'est ce que démontrent jusqu'à l'évidence les grandes choses que le père Marcel opéra pour la "gloire de Dieu et
le bien des âmes dans la longue navigation ^ à Malaca^ à Mindao^ aux Philippines et aillears. Ce qui le prouve surtout, c^est ce glorieux martyre qu'il endura, étant à peine entré au Japon et après avoir subi d'atroces tortures. Et ce martyre même fut accompagné de prodiges ^ofetants. Le bourreau japonais qui devait trancher la tftte de l'apôtre de Jésus-Christ, armé d'un cimeterre bien affilé, leva le bras de toute sa force et donna un premier coup terrible, qui aurait dû séparer la tête du missionnaire, mais il ne fit qu'une légère blessure presque imperceptible : un second coup encore mieux asséné ne réussit pas mieux. Etonné et confus de ses vains efforts, il jeta son glaive par terre, et il fallut que le généreux martyr invitât l'exécuteur à faire ce que l'impie gouvernement lui avait ordonné. Ce fut alors seulement que le ]:>oorreau put, par un troisième coup de son cimeterre, détacher du tronc la tête du martyr. Au moment où elle tombait, un autre prodige se manifesta : tous les assistants sentirent la terre trembler . sous leurs pieds.
Telles furent les grâces insignes que mérita le père Mastfilli pour avoir servi la messe en une circonstance très-ordinaire, mais à laquelle Dieu avait attaché ces précieuses faveurs.
(Da^tiel Bartoli, t. Il Asis, lib. 3 — T. LoeflES» Biblioth. Man. tit. 64).
LXXX* HSRYEILLK. !^tt3'
UN ANGE VIENT SERVIR LA MESSE d'oN SAINT PRÊTRE.
ângeli acceaterunt et minittrabunt ei.
« Les anges 8*approehèrent et le ser- Talent. » (Matth. iv. il).
Nous avons dit que le service de la messe est un ministère angéliqae. En effets ces esprits bienheureux , à qui il n'est pas donné de célébrer le saint sacrifice et de consacrer le corps du roi de gloire qu'ils adorent au ciel, s'empressent de quitter le séjour céleste an moment où le prêtre prononce les paroles sacrées, et demeurent humblement prosternés autour de nos autels jusqu'à la consommation des saints mystères. Nos yeux mortels ne peuvent les apercevoir, parce que ces bienheureux habitants du del n'ont pas revêtu une forme corporelle, mais l'enseignement des saints docteurs et de notre mère l'Eglise de Jésus-Christ est là pour nous attester leur présence. D*ailleurs, pourquoi n'en serait-il pas ainsi? la victime qui s'immole sur l'autel n'est-elle pas l'agneau de Dieu qui est sacrifié sur l'autel du ciel depuis le commencement du monde et devant lequel les esprits angéliques sont toujours prosternés?
Mais les anges sont toujours invisiblement présents 4u saint sacrifice, ils ambitionnent même quelquefois l'honneur de servir le prêtre à l'autel. Bien que cette faveur soit assez rare, elle fut accordée au vénérable pèr*
François OHmpio, une des grandes lumières de Tordre des clercs réguliers dits Théatins. Un jour qu'il célébrait, à Naples, dans Téglise des Saints- Apôtres, quand il fut arrivé au lavement des mains après rofifertoire, une personne d'une vertu éminente et digne de toute créance aperçut un ange d'une beauté ravissante, et tout éclatant de lumière, qui, avec grand respect, versait Feau sur les mains du prêtre et lui présentait ensuite le manuterge. Une autre fois, durant la messe du père Olimpio, la même servante de Dieu vit le Sauveur avec un air d'une extrême bienveillance lever la main droite et le bénir ; puis il lui dit : c C'est mon serviteur, et je l'aime beaucoup. Ne sois point étonnée de ce que ta vois', car il a toujours soin de se préparer au divin sacrifice par une extrême pureté de conscience et par les sentiments les plus affectueux, i Pour acquérir cette pureté et s'y maintenir, il se confessait régulièrement tous les matins. Il était aussi tellement exact à observer les saintes cérémonies, surtout celles qui prescrivent de toucher la sainte hostie, qu'il en tombait dans le scrupule. Ses anxiétés à ce sujet en vinrent même à an point que le Seigneur, toujours bon surtout envers ceux qui l'aiment, daigna quelquefois pour tranquilliser et consoler son serviteur, changer la matière du, sacrifice, que le saint prêtre trouvait moins convenable, en une autre plus digne de la victime sans tache qui s'immole à Fautel. Lorsqu'il voulait se préparer à dire la messe, il passait plusieurs heures dans la plus fervente oraison et méditation, de sorte qu'en approchant de l'autel, nonseulement son cœur brûlait des plus vives flammes, mais son visage même paraissait enflammé et tout radieux. Bien plus, à mesure qu'il approchait du mo-
ment de la consécration, on voyait, à son air et à son maintien, que le feu divin qui embrasait son cœur allait toujours croissant, si l)ien qu*à Télévation de Thostie et du calice il semblait un séraphin projetant de toute sa personne des rayons lumineux, à la grande admiration des assistants : les princes eux-mêmes s'empressaient d'assister à sa messe et de recevoir de sa main la sainte communion.
Et puisque j'ai parlé de l'Eucharistie, je dois ajo^iter quelque chose sur sa dévotion envers cet adorable Sacrement. Toutes ses délices étaient de se tenir au chœur en présence dn saint tabernacle. Le matin, dès qu'il était levé, il s'empressait d'aller à Féglise pour adorer son divin maître et s'assurer si la lampe du sanctuaire était allumée: si par hasard il la trouvait éteinte, il la rallumait et y mettait de l'huile. A ce propos je ne dois pas omettre une preuve, bien que minutieuse, de sa piété : Je soir à souper il mangeait ordinairement de la salade : mais il n'y mettait point d'autre assaisonnement que du \ sel et du vinaigre ; pour l'huile, qu'on y ajoute d'ordi- i naire, il la réservait pour la lampe du très-saint Sacre- ( ment, et il se trouvait heureux de faire ce léger sacrifice à son bon Sauveur. Il montrait beaucoup de zèle et d'adresse pour décorer l'autel ; il y mettait des fleurs, les plus belles qu'il pût trouver, qu'il distribuait ensuite lux personnes pieuses comme de précieuses reliques lignes de vénération, puisqu'elles avaient servi à orner le très-saint Sacrement. 11 parlait continuellement, avec esprit et ooction, de ce grand mystère, surtout lorsqu'il «'entretenait avec des évoques et autres prélats ; et afin 46 les exciter à une plus grande dévotion envers la /wÎDte Eucharistie, il leur citait des exemples de Jean
Ribero, archevêque de Valence^ en Espagne, lequel a^entendait jamais nommer le Saint-Sacrement sans se découvrir la tête ; et à l'occasion il ne manquait point de dire quelques mots pour exciter le peuple à ranimer sa foi et son amour envers Jésus résidant !»ur nos autds. Afin de lui témoigner encore davantage la charité dout son cœur brûlait pour lui, il fit effacer Pécusson de sa noble famille et mettre en place un calice surmonté d'une hostie rayonnante, placé sur un autel, avec cette devise tirée de la Genèse (xx vu, 37): Frumento et vino stabilivi, et tihi post kœc, fili mi, ultra quid faciam? qu'on peut traduire ainsi : J'ai donné le blé et le vin, symboles de mon corps et de mon sang: après cela, mon fils, que puis-je faire de plus?
(P. J. Silos, Vit, l i, c. 5. U; h ii, c. 5).
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LA YE1\TU DU SACBIHCE DE LA MESSE OPÈRE LA BÉSDBRECTIOCT d'une jeune FILLE.
Sarri/leium juiti aeceptum est, et odor 9uavit«Uiie»ti»eimtp«etuAltiisiwti.
«>Le saeriâee da Juste «st agréé du Trésnaut, et sViéve vers le ciel comme un parfum d^agrëable odeur. » (Eccli. xzzv, 9).
Le sacriGco de la messe a la vertu de nous faire trouver grâce et secours dans le temps de la nécessité) nous dit le concile de Trente. (Sess. xxu,<« .^.) Un admi*
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rabïe prodige arrivé en Bourgogne va conGrmer celte vérité.
Un grand seigneur, riche à la fois des biens de la verta et de la fortune , avait une fille douée d'une excellente beauté, mais mille fois plus estimable à cause de son angélique modestie. Mais cette vertu môme, loin d'en imposer aux yeux lubriques, ne faisait qu'enflammer davantage leur incontinence. Le premier courtisan de son père, entre autres, se sentait transporté pour elle d'une passion violente qu'il voulait à tout prix satisfaire. Pour se concilier ses bonnes grâces, il lui rendait de petits services d'un air lascif, dont la jeune demoiselle s'aperçut tout d'abord. Aussi ne daignait-elle pas môme rhonorer d'un regard, mais dès qu'elle l'apercevait, elle lui tournait le dos. Ces dédains ne servirent qu'à enflammer davantage l'ardeur insensée qui le consumait, et il épiait une occasion, bonne on mauvaise, pour s'introduire près d'elle. Un jour que le maître du logis était allé à la chasse avec toute sa cour, ne laissant an château que sa fille avec deux suivantes, Tinfâme ooartisan, qui s'aperçut qu'elle était entrée seule dans la chapelle, ne tarda pas à l'y suivre. Dans l'aveuglement et la fureur de sa passion, il osa,' d'abord par des paroles doucereuses, puis par des menaces, lui proposer ouvertement le crime, La jeune vierge frémit d'horreur à ces paroles : mais elle ne savait comment échapper aux griffes de ce monstre furieux. Celui-ci, de plus en plus exaspéré, du refus qu'il éprouve, dégaine son épée et, la dirigeant vers le cou de la demoiselle, lui dit que, si die ne consent elle va mourir, a Mourir, volontiers, répondit-elle ; mais consentir, jamais. » Puis elle baisse la tète et présente son cou au glaive. Le malheureux.
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le barbare, loin d'être ému d'une réponse si magnanime, se sent transporté de fureur, et saisissant son épée des deux mains, d'un seul coup il trandie la tête de cette jeune martyre de la chasteté. Mais à peine a-t-il commis cet horrible forfait, qu'il est saisi de la crainte d'être découvert, et court aussitôt se cacher dans la maison d'un prêtre, son oncle, à qui il raconte ce qu'il vient de faire. Le prêtre, stupéfait d'une action si atroce, ne voit point de meilleur parti à prendre que .de recourir à l'infinie miséricorde de Dieu. Comme il se disposait à monter à Tautel, il offre incontinent au Très-Haut la victime de propitiation, suppliant le Dieu très-clément de pardonner à son neveu et de le sauver. Mais, ô prodige de la grande vertu du divin sacrifice I tandis que le prêtre priait ainsi avec grande ferveur, un ange fut envoyé du ciel vers la demeure ensanglantée, et rejoignit la tête de la jeune fille à son corps inanimé : aussitôt après elle revint à la vie, se leva et se mit à marcher et agir comme si rien n'était arrivé, ne conservant du meurtre qu'elle avait subi qu'une légère cicatrice comme un fil d une couleur indécise qu'on apercevait à peine autour de son cou.
La première action de la jeune fille qui avait été l'objet d'un si grand miracle, fut de se rendre à l'église pour remercier Dieu, non pas seulement de lui avoir rendu la vie, mais bien plus«ncore de l'avoir préservée de tout péché dans un danger si pressant. Le prêtre, l'oncle même du coupable, terminait en ce moment la sainte messe : lorsqu'il se tourna vers le peuple pour le Dominus vobiscum, il voit agenouillée devant la balustrade la jeune fille dont il déplorait la mort : il n'en peut croire ses yeux, il se trouble, il croit voir un fan-
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tome. Dès qu'il a quitté les habits sacerdotaux ^ il s'approche en tremblant, fait le signe de la croix etrinterroge. t C'est bien moi^Iui dit-elle, c'est moimême en personne et jouissant de la vie humaine. 11 y a quelques heures j'étais au nombre des morts par le crime de yotre neveu, mab Dieu a eu pitié de moi : j'ai vu un ange descendre du ciel, rejoindre ma tète à mon corps et me rendre ainsi à la vie. i Le prêtre aussitôt la supplia à chaudes larmes et pour l'amour de notre miséricordieui Rédempteur, de vouloir bien user, elle aussi, de miséricorde envers son pauvre neveu et lui pardonner son énorme forfait. Elle répondit tout aussitôt qu'elle était foute disposée à pardonner; que, du reste, elle était bien plus touchée de l'offense de Dieu en eette circonstance que de son injure personnelle. Comme elle parlait ainsi, le coupable sortit de sa cachette et vint se prosterner à ses pieds, la conjurant, la face contre terre et arrosant le pavé de ses larmes, de vouloir bien lui accorder son pardon. La jeune vierge, dont le cœur avait toujours été plein de bienveillance et de générosité, s'empressa de le relever, et lui dit d'un air serein : « Faites en sorte, par une digne pénitence, que Dieu vous accorde la rémission de vos péchés, comme je vous pardonne moi-même de bon cœur tout le mal que vous m'avez fait, i Le meurtrier pénétré de reconnaissance envers la demoiselle se convertit sincèrement. Peu après, redoutant les dangers du monde, il se retira dans un couvent de Franciscains, où il mena jusqu'à la mort une vie très-austère, s'infligeant les plus rudes pénitences et observant toutes les règles de l'ordre séraphique avec la plus ponctuelle eiactitude.
Maintenant, pieux lecteur, je vous laisse à décider quelle fut la plus grande merveille obtenue par la vertu du saint sacrifice, ou la résurrection de la jeune fille, ou sa facilité à pardonner, ou la conversion subite da meurtrier et sa vie pénitente.
{Chroniq, des FF, Min, «. i, c. 19).
CHATIMENT MIRACULEUX D'uN PRÊTRE QUI CÉLÉBRAIT INDIGNEMENT.
Rntt erit eorpori» H 9anffuini$ DomM.
« II sera coupable do corps et du uag da Seigneur. » (I Coi. xi, lOj.
Cest avec raison que Tapôtre nous assure que celui qui célèbre ou communie indignement fait un crime semblable à celui des Juifs déicides qui crucifièrent Jésus-Christ : € Il se rend coupable du corps et du sang du Seigneur, il attache de nouveau le Fils de Dieu à la croix. I Rursum crucifigentes sibimetipsis FiUum Dei. (Hebr. VI, 6.) C'est pourquoi la justice divine exigera de lui un terrible châtiment, elle le punira comme bourreau du Christ : Ac si Christum occideret,punieturt dit la glose de ce texte de saint Paul.
Ainsi en arriva-t-H, dans la ville de Magdebourg, à un évêque nommé Eudes ou Udon, qui sous les dehors d'un pasteur cachait un loup ravissant. 11 avait cependant bien commencé ; car, lorsqu'il étudiait les lettres
humaines dans son enfance, il y faisait peu de progrès à cause de son peu d'intelligence. Désirant néanmoins «oquénr une instruction suffisante, il eut recours à la prière. Il entra dans Téglise de Saint-Maurice et supplia instamment le glorieux martyr de lui obtenir de la mère de la Sagesse incarnée la grâce de faire des progrès dans les sciences : son humble prière fut tellement (l exaucée que, de la dernière (rface qu*il occupait habituellement, il s'éleva aussitôt à la première, dans Fécole qu'il fréquentait. En un mot il devint si instruit qu'il arriva par degrés à la sul^me dignité d'archevêque. Mais il répondit très-mal à tant de bienfaits et, au lieu de se montrer reconnaissant envers la mère de Dieu, il ne s'en servait que pour outrager son divin Ûls.
Il n'entre pas dans notre plan de raconter toute la série de ses énormes scélératesses, il nous suffira de dire qu'il avait l'audace impie de consacrer le corps et le sang de l'agneau sans tache et de le recevoir dans sa poitrine immonde. La justice divine est patiente parce qu'elle est éternelle : cependant, dans des vues de miséricorde sur les hommes, elle s'exerce quelquefois d'une manière patente dès cette vie. Le Seigneur résolut donc de mettre un terme à. tant d'iniquités, et le châtiment futterrible.
Frédéric, chanoine de sainte vie, se trouvait une nuit en prières dans la cathédrale, implorant la miséricorde divine pour la pauvre Eglise de Magdebourg si désolée par tant de désordres, résultat de la mauvaise conduite de l'archevêque. Gomme il priait ainsi, un coup de vent subit éteint toutes les lampes : les ténèbres entourent <»lui qui veillait et le glacent d'effroi. Mais elles firent bientôt place à une clarté céleste qui remplit l'église, et
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le pieux chanoine voit défiler devant loi nne kmguc procession d'anges et de saints qui marchaient deux à deux tenant des flambeaux allumés. Il distingue entre autres Maurice, le glorieux chef de la légion Ibébaine. patron de cette église ; la reine du ciel et le Saureur du monde terminaient cette majestueuse procession. Ib allèrent ensuite tous deux s'asseoir sur des trônes préparés devant Fautel. Alors le bienheureux Maurice, se détachant du chœur des martyrs, vint se prosterner la face contre terre devant le fils de Marie, qui doit juger le monde, et demanda justice contre Eudes évêque indigne, qui, comblé de bienfaits de la divine mère, ne s'en servait que pour outrager Dieu^ souiller son Eglise et profaner les saints mystères. La cause ayant été entendue, le souverain juge ordonne de faire comparaître recensé. Aussitôt deux anges s'en vont le tbrer de son lit, où il était mollement étendu, et ramènent devant le redoutable tribunal. On lui lut l'acte contenant toute la série de ses crimes et de ses infamies, et comme il n'avait rien à répondre pour sa justification, le juste vengeur le condamna à la mort. Donc, au milieu de cette assemblée de saints, l'exécuteur de la divine justice fait vibrer son épée pour trancher cette tète coupable. Mais deux anges arrêtent son bras déjà levé : t U faut d'abord;, disent- ils, enlever de son cœur souillé la sainte hostie qu'il a prise ce matin, et qui est demeurée entière et sans altération, pour le condamner plus manifestement. Aussitôt un de ces deux anges va pren-> dre à l'autel la custode qui renferme le très-saint Sacre* ment, l'approche de la poitrine de l'évoque sacrilège et le force violemment à rendre cette hostie, laquelle vient se placer dans le saint ciboire qui fut reporté dans la
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tabernacle. On procéda ensuite à la dégradation de ce ministre indigne; et enfin celui qui tenait Fépée eu frappa un coup si terrible qu*il sépara immédiatement la tête du tronc et laissa le cadavre tronqué noyé dans sou sang impur qui inonda tout le pavé. Aussitôt après la vision disparut.
Le bon chanoine qui avait été témoin de cette terrible scène en demeura transi d'effroi. Cependant, quand le jour fut venu, il se hétta d^aller trouver ses ainis pour lenr faire part de tout ce qu*il avait vu, et il ajoutait : • Ce que j'ai vu n'est point un songe, j'étais pleinement éveillé, j'avais pleinement conscience de toutes mes impressions; c'est un fait patent : venez et voyez, i On se mit donc aussitôt en devoir de vérifier les horribles événements de cette terrible nuit : le saint ciboire fut ouvert et l'on y trouva une hostie différente de celles que l'on consacre pour les fidèles, et semblable à celles que le prêtre emploie pour l'oblation du saint sacrifice. Le doute n'était pas possible : la vision sur ce point n'était que trop réelle ; c'était l'hostie que les anges avaient arrachée d'un cœur coupable, d'une conscience souillée. On s'approche ensuite du lieu où le malheureux évêque avait été décapité, et là les yeux contemplent une scène d'horreur : un corps humain gisait par terre privé de vie, la tête séparée du tronc. Les témoins de ce spectacle se rappelèrent les paroles de l'apôtre : c Celui qui mange et boit indignement mange et boit son jugement et sa condamnation, parce qu'il ne fait pas le discernement du corps du Seigneur : i Qui man-ducat et Mbit indigne, judicium sibi manducat et bibit, non judicans corpus Domini. (1 Cor. xi, 29). Et alors ils redirent ensemble ces paroles du psaume : c Vpus êtes
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juste, Seigneur, et vos jugements sont droiture et équité. • Justus es, Domine, et rectum judicium tuum.
(P. Ciwisius, De Maria Virgine, c. 22, où il cite lui-môme plusieurs autorités).
ONE PLUIE DILUVIENNE n'aTT£INT POINT DES PERSONNES QDI ASSISTAIENT A LA MbSSE.
Menrdirftef fuigura et nt^es, Domin».
« Eclairs et nuages, bénissez le Seigneur.* (Dah. 111,73).
Un des miracles les plus incontestables est sans con^ tredit celui qui a pour témoin un peuple nombreux : tel est celui que nous allons raconter.
(Tétait la coutume dans le pays de Pedroso, en Espagne, de célébrer avec une pompe extraordinaire la dernière des fêtes de Pâques, et les habitants des contrées vobines accouraient en foule à cette solennité. Les notables du lieu, pour en rehausser Téclat, jugèrent à propos, une année, d'inviter saint Pierre d'Alcantara à y célébrer la grand'messe, car il était dès lors en grande vénération pour son éminente sainteté. Le saint accepta rinvitation, dans le dessein de procurer, en cette circonstance, la gloire de Dieu et le salut des âmes. Le bruit s'en étant répandu, il se présenta une foule si nombreuse de nobles et de plébéiens, que Téglise, bien que trèt-vaste, put contenir à peine !e tiers des assis-
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tants. Poar satisfaire la dévotion de toute cette multitude, OD érigea, en pleine campagne, un autel qu'on orna avec magnificence. On ne tarda pas à s'apercevoir que ce dessein était une inspiration d'en haut. Quoique chaque fois que le saint c^ébfait la messe, tous les assistants fussent touchés de dévotion et fondissent en larmes, tant on était frappé de son maintien grave et pieux au siiint autel ; néanmoins, en cette circonstance solennelle, les sentiments qu'excitèrent dans le peuple son air angélique et le feu qui animait son visage, furent si vifs, si universels, que (ous les assistants éclataient en sanglots et se frappaient la poitrine, bien résolus À changer de vie et à s'adonner à la piété.
Mais l'enfer, furieux des grands fruits de salut qu'il prévoyait devoir résulter de cette sainte fonction, résolut, à tout prix, de l'empêcher. Le temps était calme et serein, le soleil dardait ses rayons bienfai|fiuts sur la terre. Mais, à peine le Creéh de la messe était-il terminé, qu'on vit soudain s'élever un vent impétueux, accompagné d'un ouragan si ternble qu'on craignait qu'il ne renversât l'autel et ne dispersât au loin toutes les décorations qui l'entouraient. Le peuple, cependant, bien qu'ému d'une telle bourrasque, continua d'entendre la messe, sauf un très-petit nomlH'e qui se retirèrent. Pierre, sans perdre un instant sa quiétude habituelle, poursuivit paisiblement le saint sacrifice. Mais lorsqu'il fut arrivé au mémento, les démons qui voltigeaient, en frémissant de rage, dans les régions a^eanes, comme s'ils eussent été blessés d'autant ée ûéehes que le saint envoyait au ciel de paroles brûlantes dans les ferventes oraisons qu'il récitait, excitèrent une tempête encore . plus furieuse, dans le dessein d'empèclier la continuation M. s. R.
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du saint sacriGce. Au même instant d'épouvantables coups de tonnerre ébranlaient Tatmosphère, d'horribles éclairs incessants déchiraient les nues, et les venii déchaînés précipitaient vers la terre des torrents de pluie. Alors le saint se tourne vers l'assemblée d'un air serein et l'exhorte à la confiance et à la fermeté, rassurant qu'il n'y avait rien à craindre. En effet, de toute cette pluie diluvienne qui inondait les lieux circonvoisins, il n'en tomba pas une seule goutte ni sur l'autel ni sur aucun de ceux qui étaient présents au divin sacrifice. On remarqua aussi quç, malgré le vent, tous les cierges restèrent constamment afiumés.
Quand la messe fut achevée, le peuple se disposait à faire des acclamations au saint et à lui adresser de solennels remerciements pour le miracle si évident dont il» avaient été l'objet et qu'ils attribuaient, avec raison, à la merv^euse vertu de ses prières. Mais Pierre, instruit par révélation de leur dessein, les prévint et leur déclam que la valeur du sacrifice de la messe et les mérites des pieux assistants avaient seuls opéré le prodige. Et il ajouta qu'ils devaient bien remercier le Sauveur de les avoir entourés de sa protection, et, par un miracle des plus éclatants, d'avoir employé les nues elles-mêmes comme d'immenses tentes pour les préserver delà pluie. Cette exhortation, jointe au prodigieux événement dont ils avaient été les témoins reconnaissants, confirma les fidèles présents dans leur louable coutume d'assister, C3 jour-là, au sacrifice de la messe, plutôt que de se livrer aux profanes divertissements, qui trop souvent déshonorent les solennités pascales.
(Fr. Marchbsids, Vit. S. Pétri, I. u, o. 14).
UNE VIERGE ENVIRONNÉE DE RATONS LUMINEUX PENDANT Là MESSE.
Et tibi Dominu$ in lucem, «t Deu$ tutu in gloriam (tiam.
« Le Seigneur sera Totre lamiért, et Dieu TOtre glQire. « (U. ix, 19).
Le soleil de justice s'est pla souvent à entourer visiblement ses dévots serviteurs des rayons d'une lumière céleste et surnaturelle ; il en agit surtout ainsi à Tégard de ceux qui savent dignement honorer les augustes mystères de nos autels, soit en participant au banquet eucharistique^ soit en assistant dévotement à la messe. Entre autres exemples, nous pouvons rapporter quelque chose des faveurs qu'il fit à la bienheureuse Lucie de Namiy religieuse du tiers-ordre de Saint-Dominique.
Un jour qu'elle assistait à la messe, ceux qui étaient présents virent trois rayons d'une lumière éblouissante, sortant d^un crucifix, se fixer sur le visage de Lucie, et former autour de sa tète une espèce de diadème. Une antre fois sainte Catherine de Sienne lui apparut marchant à grands pas dans un sentier d'épines. Elle se sentit aussitôt inspirée de la suivre, et lui dit, comme hors d'elle-même : i Où allez-vous sans moi, ma trèschère mère? Ne pressez point ainsi le pas, et attendez que je vous accompagne. • En disant cela, le corps
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obéissant à Tioipétoosiié de l'esprit qui TaltiraU vers la vierge de Sienne, elle s'éleva rapidement de terre, et déjà dépassait de la tête la lampe du très-saint Sacrement, lorsque son confessenr lui ordonna de redescendre, ce qu'elle fit immédiatement. Or, ce prodige avait évidemment pour but de démontrer que Lucie suivait v&'itablement les mêmes sentiers épineux et difficiles qu'avait parcourus Catherine durant sa vie mortelle : en effet, elle s'imposait de rudes pénitences, que nous ne pouvons décrire ici ; neus dirons seulement que, lorsqu'elle allait à r.église, elle portait sous son vêtement ordinaire nn âpre cilice, et marchait les pieds nos, mais couverts par-dessus, pour éviter l'ostentation.
Le jour de la Purification de la très-sainte Vierge, pendant que la bienheureuse Lucie était tout appliquée au saint sacrifice, elle reçut une faveur encore plus insigne. On vit deux anges descendre publiquement du ciel portant à la main une belle guirlande composée des fleurs les plus magnifiques, et, se dirigeant vers la servante de Dieu, ils lui en ceignirent la tôle ix)ur la récompenser, dès cette vie, des dures mortifications qu'elle s'imposait pour l'amour de son époux crucifié. Un autre jour Notre-Seigneur daigna lui apparaître visiblement dans l'hostie que le prêtre élevait après la consécration. Jésus avait la figure d'un très-bel enfant : son éclat surpassait celui du soleil et les rayons, se réfléchissant sur le visage de Lucie, le rendaient aussi lumineux que la lune en son plein : ce même soleil divin alluma dans son cœur une telle fournaise d'amour, que toute ravie hors d'elle-même elle ne pouvait se contenir, mais elle s'écriait : « feu ardent I ù feu consumant! Amour, amour I • Cat non-seulenienl son âmp
était tout embrasée de ces divines flammes, son corps même éprouvait d'indicibles ardeurs, à ce point que sa chair parabsait avoir été comme rissolée par le soleil. A tant de faveurs merveilleuses qu^elle recevait à la messe, vinrent se joindre beaucoup d'autres grâces surnaturelles, notamment celle de connaître l'avenir, ainsi que les choses secrètes et éloignées. Comme elle avait coutume, surtout les jours où elle communiait, de rester longtemps à l'église pour y entendre toutes les messes qui s'y disaient dans la matinée, ses deux servantes surent mettre à profit ces longues absences. Un jour entre autres elles tuèrent deux poulets pour en faire un bon déjeuner. Lucie qui aperçut de l'église tout ce qu'elles faisaient dans la maison, s'empressa d'y retourner pour leur faire une utile correction. Les domestiques, l'entendant frapper à la porte, surprises de son prompt retour, coururent cacher dans un lit leur larcin. EMe leur demanda aussitôt où étaient les deux poulets. c Ils se sont égarés, répondirent-elles sans hésiter, et nous n'avons pu les retrouver. — Sachez bien, répondit-elle, qu'on ne trompe jamais Dieu : j'ai tout vu de mes propres yeux. Mais, ce qui m'afflige, c'est de vous voir ajouter au vol le péché de mensonge. Je vais tes retrouver. § Elle les conduisit ensuite à la chambre où elles les avaient déposés, puis elle appela Içs poulets comme e]]^ avait coutume de le faire, et ces volatiles &«. mirent aussitôt à chanter et coururent vers elle. Les deux servantes, honteuses de leur méfait, confessèrent leur faute et promirent de n'y plus retomber. Elles reconnurent ainsi que cette sage servante de Dieu avait le privilège d'assister à la messe dans l'église, et d'avoir «q mAoïe temps l'œil ouvert sur les affaires intérieures
de sa maison, aûn d'empêcher que Diea n*y fût offensé par le péché.
(D. MAicHisiro, Diaritttn Dominic, 15 ooirem).
l'attention aux paroles de la messe opère
DE merveilleux EFFETS.
Venitây filii, audite me : timorem Domint
éocebo «M.
I «Venei, mes earants, éeootet-moi : J«
* vous enseignerai la crainte da Seignear.a
(Ps. uxiii, 1S).
Les grâces que Dieu prodigue à ceux qui assistent pieusement à la messe sont innombrables ; souvent elle» proviennent des piaroles mêmes que prononce le pr6tre> dans l'action du sacrifice : ces paroles, sorties pour la plupart, de la bouche même du Sauveur, vont frapper Toreiile du pieux fidèle, retentissent fortement dans son cœur et y opèrent les plus admirables effets. Noos allons en donner divers exemples, afin de fortifier ie plus en plus dans les chrétiens cette dévotion qui ne doit céder à nulle autre, ou plutôt qui doit être préférée à toute autre.
Le grand saint Bernard, père d'une si nombreuse postérité monastique, délibérant avec ses frères sur le genre de vie le plus parfait qu'ils devaient embrasser^ craignait de ne pas y répondre et de ressembler à celui qui, ayant mis la main à la charrue, regarde en arrière.
Mais Dieu y qui avait sur lui des desseins de miséricorde pour le salut d'un grand nombre d'âmes, mit fin à ses doutes et à ses perplexités par Tintermédiaire du saint sacriQce de la messe. En effet, xsomme il entrait dans une église, avec ses frères, pour assister aux saints mystères, il entendit le prêtre prononcer ces paroles : Qui cœpit in vobis opus bonum,ipseperficieL c Celui qui a commencé en vous la bonne œuvre l'achèvera luimême. > (Philip* T, 6). Ils se regardèrent les uns et les autres tout stupéfaits, et comprirent qu'elles leur étaient adressées du ciel pour les fortifier dans leur pieux des« sein. Aussi, Bernard, se tournant vers eux d'un visage gai, leur dit : c Allons-nous-en, allons-nous-en gaiment au monastère de Giteaux, voici la promesse de l'assistance divine dans notre entreprise. » Et sans plus différer, ils se présentèrent au monastère de Clteaux, d'où, après deu> ans, Bernard fut envoyé par l'abbé saint Etienne Haring pour fonder le célèbre monastère de Clairvaux.
La même chose arriva à saint Philippe Benizzi. Après avcHr fait de brillantes études dans les célèbres universités de Paris et de Bologne il retourna à Florence sa patrie. Comme il assistait à la messe le jeudi de Pâ/{ues dans l'église des Servîtes, il fut frappé de ces paroles de l'épître du jour : Dixit spirilus Philippe : Accède et adjunge le ad currum istum. c L'esprit, dit à Philippe : Avance et approche-toi de ce char. • (Act. VIII, 29.) Entendant ce nom de Philippe il lui vint en pensée que c'était de lui-même qu'il s'agissait, et il fit là-dessus de profondes réflexions. Au même moment ravi en extase, il lui semblait cheminer dans un désert renapli de broussailles et de ronces : il se crut perdo^
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car il ne voyait aucun moyen de se tirer de là. Dans sa f détresse il implora avec ardeur le secours d'en-baat et
recourut avec d'affectueux soupirs aux saints auxquels il avait plus de dévotion. Tandis qu'il priait ainsi, il entendit résonner à ses oreilles ces mêmes paroles : c Philippe, avance et approche-toi de ce char. » Com- I me il levait les y eux pour savoir d*où venait cette voix
/ qui lui parlait, il aperçut un magniGque char tout res-
plendissant d'or et de pierreries et tiré par un lion féroce et par un doux agneau. La reine du ciel couverte d'un splendide manteau siégeait sur ce char radieux, entourée d'un grand nombre d'esprits bienheureux vêtus d*un habit religieux bien connu de notre saint : ils l'invitaient doucement à monter sur ce char, en In: répétant les mêmes paroles da livre des Actes des ap6- ; très. Philippe comprit aussitôt que sous ce mystérieux
] symbole, la mère de Dieu lui faisaftt entendre qu'il
devait entrer dans l'ordre de ses serviteurs (Serviteô), et sans délibérer davantage, il prit son parti sur l'heure et alla se présenter au monastère qu'avaient fondé sous eette dénomination sept riches marchands de Florence. Mais là ne s'arrêtèrent pas les faveurs qu'il reçut au saint sacriGce. Après qu'il fut admis dans l'ordre des Servîtes, il vécut quelques années dans l'humble état de frère convers, se réputant indigne du sacerdoce, et il I fallut des ordres formels et réitérés de ses supérieurs, qui savaient apprécier sa piété et ses talents, pour l'obliger à recevoir les ordres sacrés. Aussi Dieu se plat à manifester combien cette élévation de son serviteur au ministère sacerdotal lui était agréable ; car, à la ) pr(>mière messe qu'il célébra en présence des principaux religieux de son ordre réunis pour le chapitre gén^cal.
il fut favorisé de grandes lumières intérieures, et au moment où, terminant la préface, il commençait rbymne de glorification que les anges Be cessent de répéter devant le trône du Très-Haut : Sanettis, Sanctusy SanctuSy toute Téglise retentit du même chant mélodieux redit par une multitude de voix. C'étaient' des chœurs d'anges qui menaient ainsi témoigner par leur céleste harmonie combien ils étaient heureux de voir un prêtre aussi saint célébrer si dignement les mystères eucharistiques. Peut-être aussi le Seigneur voulut-il, tout en procurant cette consolation aux pères assemblés, avertir les prêtres qu'ils devaient être trois fois saints: saints dans leurs affections, saints dans leurs paroles, saints dans leurs œuvres, selon cette parole du lévitique adressée aux prêtres : < Soyez saints, parce que je suis saint. » Ce qui est certain, c'est que Philippe puisa dans les paroles de la messe le principe de cette vertu sublime qui l'a sanctifié.
Les hommes ne sont pas les seuls à qui Dieu départit de telles faveurs : nous en voyons aussi des exemples dans les personnes de l'adtre sexe : en voici un choisi entre plusieurs autres. Antoinette Monti appartenait à une noble et puissante famille de Gênes : dame du grand monde, elle ne rêvait que vanités, luxe, habits magnifiques, meubles somptueux, décorations, joyaux précieux, en un mot tout ce qui pouvait plaire aux sens et attirer de la considération. Un jour de fête, elle entra à l'église pour se disposer à la communion, vêtue avec une grande magnificence. Elle s'approcha d'abord du confessionnal et s'agenouilla du côté droit, en attendant que la personne qui se confessait du côté opposé eût fini sa confession. 11 y aveit là une image de Jésus crucifié,
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aa-dessous de laquelle on lisait ces paroles âe saint Jérôme : Nedum Jesum nudus sequere : diffUMe opus, sed magna sunt prœmia, c Ce Jésus que voes voyez nu
i sur la croix, suivez-le dépouillé de tout. Ce n'est pas une petite affaire, mais grande sera la récompense, t En lisant ces paroles, comme elle était instruite, elle en comprit parfaitement le sens et ne douta pas qae c'était un salutaire avertissement à l'adresse des personnes adonnées comme elle à la vanité. Ainsi éclairée et touchée de la grâce divine, elle prit sur-le-champ la ferme résolution de mettre moins de recherche dans son ajustement et de rejeter toutes les vanités féminines. En formant ce dessein elle avait beaucoup fait, mais elle n'avait pas tout fait encore ; et ce qui lui restait à faire, il était réservé au saint sacrifice de lui en donner la force et les moyens. Assistant un autre jour à la messe, elle entendit et remarqua ces paroles de TEvangile que le prêtre venait de chanter : Qui non renuntiat omnibus quœ possidet, non polest meus esse disdpuluS' < Qui ne renonce pas à tout ce qu'il possède ne saurait être mon disciple. > (Luc. xiv, 33.) La parole de Dieu est vive et efficace, dit l'apôtre ; c et plus pénétrante qu'un glaive à double tranchant, i Vivus sermo Dei et eflicax, et penetrabilior omni gladio and" fpitù (Hebr. iv, 12.) Antoinette éprouva la vérité de cette sentence : les paroles évangéliques la pénétrèrent si vivement et si efficacement qu'elles éteignirent dans 6on cœur les désirs du siècle et y allumèrent de si vives (flammes du divin amour, qu'elle résolut de tout quitter, plaisirs, honneurs, richesses, et d'échanger ses vôte-
^ ments précieux contre la bure des carmélites. Elle entra donc en religion, et y ût de tels progrès dans les plus
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etcetTenles vertus, qu^elIe mérita de recevoir de la bonté de Dieu d^insignes faveur^an milieu des extases et des visions qu'il lui prodiguait, tant elles étaient fréquentes et sublimes. La première dont elle fut récréée fût de voir sortir du saint ciboire, lorsqu'elle communiait, un globe de lumière plus éclatant que le soleil. C'est ce que rapporte le père Philippe de la Sainte-Trinité, un des annalistes du Carmel.
{Décor carmeli, part. in. Vit. S. Bernar4i, et S. Pkilippi Benitii),
tk VIBGINITÉ CONSERVÉE DANS LE MARIAGE PAR l'efficacité do saint SACRIFICE.
flahitaùitjuvenit rum virgine^ et gauâebit • tponstu supur cpoiuam, et gaudebit super le
Deus tuus.
«Le-Jeune homme h.tbilprn avec Id vierge et répoux se réjouira de son épouse, et notre Bien prendra en tous ses conplaisanees. » (Is. ixiii, S.)
L'un des plus beaux triomphes de la pureté chrétienne, c'est sans contredit la conservatidn de la virginité même dans les liens du mariage. Ce prodige vraiment admirable s'est vu plus d'une fois dans la sainte Eglise de Dieu ; et même dans nos temps de sensualisme et de dépravation, il n'est pas aussi rare qa'on le pourrsit croire. L'exemple de Marie, la mère de notre
nir» LXXXVI» MERVEILClf.
Dieu y et de saint Joseph, son père putatif , a portiô d'heureux fruits et trouvé ék nombreux imitateurs. Mais une vertu aussi parfaite ne peut exister sans uno dévotion tonte spéciale envers le mystère eucharistique : c'est <^ans le sang de Fagneau sans tache immolé pour 'le salut du monde, qu'il faut aller puiser le principe et le germe de cette vertu céleste.
L'empereur saint Henri et son épouse sainte Gnnégonde nous donnent ce bel exemple : après quaranto ans de mariage, ils furent séparés par la mort sans avoir altéré en quoi que ce soit la pureté virginale dont ils étaient ornés avant leur union. Mais aussi ils assistaient tous les jours à plusieurs messes avec une attention soutenue et une grande ferveur d'esprit : ils participaient fréquemment aux saints mystères, fondaient des monastères, des églises et d'autres oratoires , afin de multiplier l'offrande du saint sacrifice. L'empereur, bien que sans cesse occupé de l'administration de ses vastes Etais, n'entrait jamais dans une ville sans sa rendre d'abord à l'église pour y adorer le très-saint Sacrement et assister à la messe, si l'heure le permettait : il passait plusieurs heures de la nuit en prièrea devant le tabernacle. Il ne livrait jamais bataille à ses ennemis sans s'être nourri du pain des forts, c'est-àdire de la sainte communion, et il voulait qoe les officiers et les soldats de son armée se reconfortassent du même pain de vie. Après de tels préparatifs belliqueux, 2e n'est pas merveille que la victoire vînt si souvent couronner la vaillance de ses soldats. Pour en témoigner au Seigneur sa reconnaissance, il offrait alors aux églises de riches calices ornés de pierreries.
Considérons présentement les grâces privilégiées dont
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sa piété fut récompensée au saint sacriCcc. La grande dévotion qu'il avait pour l'archange saint Michel Ten- I gagea à faire le pèlerinage célèbre du mont Gargan en Italie. Etant entré dans Téglise, il mérita de voir et d'entendre de nombreux chœurs angéliques qui chantaient une messe en Thonneur du vaillant chef de la^ milice céleste. Mais il fut encore plus favorisé dans la basilique de Sainte-Marie-Majeure , à Rome. Durant une nuit qu'il s'y était retiré ^our vaquer plus librement à la contemplation, le Sauveur du. monde daigna lai apparaître en personne, avec sa glorieuse mère et un nombreux cortège de bienheureux. Jésus-Christ, revêtu des ornements sacrés, célébra lui-même la messe, ayant pour diacre saint Laurent, et pour sous-diacre saint Vincent, martyr de Saragosse. Les esprits angéliques commencèrent avec un admirable concert rintroït de la messe de la Purification : Suscepimus, Deus, misericordiam tuam in medio templi tut : « Nous avons reçu, Seigneur, votre miséricorde au' milieu de votre temple ; » puis, continuant, ils dirent : « lustitia plena est dextera tua ; Votre droite est pleine de justice. • A ces mots, Notre-Seigneur, la Vierge mère et tous les saints jetèrent les yeux sur le saint monarque, comme pour lui faire remarquer que la justice doit être la vertu principale des souverains pour gouverner avec équité leurs sujets et mériter les faveurs du ciel. Après l'évangile le sous-diacre fit baiser le texte sacré à Notre- Seigneur puis à la sainte Vierge, et successivement à tous ceux qui étaient présents, puis enfin à l'empereur lui-même, sur l'ordre formel de la glorieuse Vierge, qui dit à Fange : « Présentez le baiser de paix à celui dont la virginité me plaît tant. » Le céleste messager rempUt
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aodsitût koommissioDy disant à Temperenr : c Recevez ce signe de ramone que Dieu et sa mère vons portent à cause de votre justice et de votre pureté virginale. • Après cette cérémonie, la vision disparut, laissant TÀme du monarque comblée d'une indicible consolation et pénétrée du plus vif désir de correspondre par des œuvres saintes à de si ineffables faveurs. Comme il était surtout très-affectionné au divin sacriGce,il fonda, avec une munificence Vraiment royale , des messes innombrables dans un grand nombr^ d'églises qu'il * avait construites ou restaurées en Allemagne, en France et en Italie.
(Nauclerus, vol. 2 Chynogr, Bivirocics Piboccb, Specul princtp. p. ii, 1. 4).
OK RBLIGIEOX MAINTENO DANS SA VOCATION PAR l'assistance AO SAINT SAClUFICE.
Bevertemini ad ««, et reveriar ad pot, dieit Dominw,
« Revenez à moi, et Je re?f<'ndnl à vous, dit le Seigneur. » (SIalaoi. m, 7).
Nous ne saurions trop admirer la manière dont Dieu retint et affermit dans sa vocation un religieux,, qui, depuis, s'éleva à une grande vertu et rendit df grands services à son ordre et à l'Eglise. A peine étai^ il entré dans le monastère, que le diabk Fassaillit di
tentaticms. Il lui représenta les observances de la reli-> gioQ comme avilissantes, la retraite et le silence comme^ trop rigides et les jeûnes comme trop austères et dél»^ litant le cerveao. Son corps était présent .dans le monastère, mais son cœur en était bien loin. 11 était perdu si, cédant à la tentation, il eût déposé Thabit religieux. Mais, retenu par le respect humain, il en vint à concevoir contre la religion et les religieux une véritâUe haine et un profond* dégoût, comme s'ils l'eussent retenus par force dans le cloître. Après avoir ainsi rong<^ sa chaîne durant quelque temps, comme unTil animal mis à rattache, il se décida à s'enfuir. Un matin donc, tandis que la plupart des moines, après avoir chant<> matines, étaient allés reposer, comme la porte du monastère était ouverte, il se dispose à la franchir. Mais à peiné a-t-il mis le pied sur le seuil, qu'iT entend sonner une messe : cédant alors à une inspiration de soB bon ange, il se dit qu'il lui serait avantageux d'assister à cette messe avant son départ, qui n'en serait pas beaucoup retardé. 11 entre donc à l'église pour entendre cette messe: mais, au lieu de s'occuper du divin sacrifice, il se met à songer qu'on était dans h cœur de l'hiver, temps peu favorable pour les voyageurs, et qu'il serait plus prudent d'esécuter son dessein au retour du printemps. 11 rentre aussitôt dans le monastère, et, durant deux ou trob mois, il reprend son genre de vie accoutumé. Dès que le mois d'avril fut arrivé, le tentateur lui remit en mémoire le dessein qu'il avait formé ponr le printemps et le presse fortement de le mettre à exécution sur l'heure. Le religieux se dispose, en effet, à suivre aveuglément cette perfide suggestion. Mais son ange gardien vint encore une ficôs oontre-
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carrer les rases infernales de Satan, et pour cela il employa le même moyen qai avait réussi d^abord. Lors donc qu*il était sur le point de quitter la clôture, il se sentit de nodveau inspiré d'assister à la messe qu*il entend sonner en ce moment. Bien qu*il ne fît pas grande attention à ce qui se passait à Tautel, il eut cependant la bonne pensée, qu'il suivit, de différer sa sortie déûnitive jusqu'à ce qu'il eût prudemment avisé aux moyens convenables de l'effectuer, soit pour l'époque, soit pour les préparatifs. Pour tout dire en un mot, ce pauvre moine fut ainsi durant vingt ans presque continuellement assailli de cette terrible tentation de l'apostasie, à laquelle malheureusement il ne résistait en aucune façon ; car si son corps résidait dans le monastère, son cœur vivait dans TEgypte du siècle. Mais quand il assistait à la messe, il remettait toujours son départ d'an jour à l'autre, tant le Seigneur était prodigue de ses grâces envers cette âme rebeHe à sa céleste lumière.
Vers la fin de ces vingt avaées, les supérieurs, qni n'étaient nullement instriûts de l'incoBstance et des projets de ce religieux, relevèrent à la dignité du sacerdoce. Mais ce fut alors que le tentatew renouvela avec plus de force ses attaqlies : il lui suggéra qu'à présent qu'il était prêtre, il pourrait plus commodément et plas honorablement vivre dans la OMÛson de ses parents, et sans leur être à charge, car ses honoraires «le messes suffiraient abondamment à son entretien. Le Douveau prêtre, qui ne reconnut pas plus cette neoveHt rose ih démon qoe celle dont il était le jouet depuis si longtciaps, accueillit cette idée avec traaspcwrt, et sortit de son couvent. Lorsqu'il eut fait quelques pas dans les
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champs, pieu, qui voulait sauver cette ftme malgré elle en quelque sorte, lui donna la pensée qu'il ferait bien de célébrer au moins sa première messe dans le monastère, aûn de s'y former convenablement aux rubriques et aux cérémonies, et de pouvoir ensuite dire la messe dans le monde avec aisance et dic^nité. Il revient donc sur ses pas et entre dans sa cellule, mais toujours disposé à quitter la communauté après sa première messe, qu'il a l'intention de célébrer à l'autel de la très-sainte Vierge, où se trouvait un tableau de Marie tenant l'enfant Jésus entre ses bras. Or, tandis qu'il se dispose à cette grande action, il eut un songe, qui le ramena enfin à son devoir. H lui sembla qu'en célébrant à cet autel, lorsqu'il fabait l'élévation de l'hostie, l'enfant Jésus la lui Ota des mains, et qu'une voix lui disait que le Sauveur lui avait ravi ce prix sacré de notre salut pour le punir de l'apostasie qu'il voulait consommer après cette messe. Atterré de ce qu'il voyait et entendait, comme il détestait son mauvais dessein et promettait de nouveau stabilité et persévérance dans son ordre, il lui parut que le divin enfant lui rendait l'hostie e& jetant sur lui des regards d« tendresse. En se réveillant, il demeura si persuadé de la réalité de cet ^ avertissement extraordinaire, qu'il se prosterna aussitôt la faee contre terre, pour remercier le Sauveur de s^ ! grande miséricorde en son endroit, et il fit vœu et ser- ; ment de ne plus jamais quitter le saint ordre qu'il avait embrassé. Mais cela ne sufi[isait pas à son humilité et à son repentir : lorsque la communauté se trouva réunie au chapitre, il se jeta à genoux au milieu de l'assemblée , confessa publiquement ses nombreuses fautes d'apostasie, et raconta comment et combien de
312 LZZXVIII* MERVBILLC.
fois, cédant à la tentation , il allak franchir ,1a clôtnre loraqne la divine miséricorde le retenait miraculeuse méat par la verta et Tefficacité dn saint sacriQce. Sa •onTersion fut si sincère, ses progrès dans la perfection furent si rapides, que ses confrères relurent pooT
leur abbé.
(NiBAEHBBRC, Trçph. Mùrian. 1. rv, c. 1 4).
LXXXVIIP MERVEILLE.
LE SAINT SACRIFICE EST LE REMÈDE DES MAUX DE l'aMB ET DU CORPS.
MuHa tribulationei juttorum, et de omnihu hii itberwfit tcê Demintu.
« Lee tribotatlons des Justes sont noaibreuses, mais Dieu ssit les en délivrer. » (Ps. XXXIII, SO).
La messe est appelée avec raison par saint Âmbroise le^soutien de Tàme et du oorps et le remède à tous les maux : Tutamen et salus animœ et corporis, malortm omnium antidolum. La vie des saints confirme en cent endrwts cette parole du saint docteur. L'abbé Pontius rendit Fusage de la parole à un religieux de son monastère, en priant pour lui à la messe. (Bolland, 26 mart.) La bienheureuse Aldolbandeschi, de l'ordri des Humitiés, y recouvra Tusage d'un œil qu'elle avai perdu et qui lui causait des douleurs très- vives. (Ibid. ^ april.) Une jeune fille de Tolède étant devenue sourde en punition d'un grand péché dont elle s*était rendoe
coopable, se recommanda instamment à saint Ignace, l'instituteur de la compagnie dé Jésus : elle consentait volontiers à être, toute sa vie, muette , aveugle et sourde, si tel était le bon plaisir de Oiéu, pounrn que son âme ne souffrit aucun dommage de tous ces maux et qu'elle eût Tusage libre et entier de ses oreilles pour assister à la messe et entendre les choses de Dieu. Une prière si humble et si résignée fut grandement agréable à Dieu, et il Tei^uça incontinent. Mais il y eut ceci de merveilleux, que la malade recouvra Pusage de Touie nn jour qu'elle assistait à la messe et qu'elle en jouit uniquement dans la mesure qu'elle avait demandée : à relise elle entendait très-bien tout ce qui s'y disait, tout ce qui avait rapport aux choses de Dieu et à la liturgie ; mais au sortir de là, elle était sourde comme auparavant et ne pouvait prendre aucune part aux conversations et aux joies de ce monde. (Bartholi, Vie de saint Ignace, 1. v).
Tout ce que nous venons de dire a rapport seulement à la guérison des corps : le bienheureux Jacques de la Marche, religieux de l'ordre de saint François, dut au sacrifice de la messe tout à la fois la guénson de l'âme et du corps. Il avait une singulière dévotion aux saints mystères de l'autel ; c'est pourquoi on le présente tenant un calice à la main. Etant tombé dans une étisie incurable, accompagnée de flux de sang par suite de ses travaux apostoliques et des macérations qu'il avait fait subir à son corps, il résolut de ne point recourir aux moyens humains pour réparer ses forces, mais à Dieu seul, en qui il avait mis toute sa conflance, et qu'il voulait uniquement servir en travaillant au sah^t des âmes. Donc, dans le désir d'obtenir du ciel le réta-
324 LIXXVIII* MERVEILLE.
blissement de sa santé, il Ht diverses prières et pénitences; et comme ces pratiques ne loi réussissaient pas, il résolut d^user d*un remède plus puissant , le sacrifice de la messe. Et afin de le rendre encore plus efficace, il alla l'offrir dans la sainte maison de Lorette, poary présenter au Très-Haut la victime impétratoire par les mains de la reine du ciel. Après la consécration, comme il priait avec une grande ferveur, il fut favorisé d*ane 'merveilleuse apparition. L'auguste ^ûerge dai^a Ini adresser ces douces parole^ : < Mon Fils bien-aimé, demande quelque autre gr&ce, car celle que tu souhaitais Va été accordée par mon divin flls si plein d'amoar pour les hommes fet que tu viens de rendre présent sur cet autel, t En effet, au même instant, il se trouva parfaitement guéri, son visage reprit son embonpoint el ies forces lui revinrent subitement.
Ayant ainsi recouvré la santé corporelle par la verta du divin sacriflce, il obtint encore plus facilement une autre faveur toute spirituelle. Prédicateur renommé et tout à la fois thaumaturge célèbre, sa vertu et son éloquence attiraient autour de sa chaire un grand conox)urs de peuple et ramenaient à Dieu une foale de pi'cheurs. Or le bon saint craignait que ces dons si grands et si divers ne lui inspirassent de la vanité. Cest en effet un écueil que tous ceux qui font le bien ont à redouter, à l'exemple des saints ; saint Paul lui-même craignait de s'y laisser entraîner; cde peur,i dit-il (Il Car. m, 7), que la grandeur de mes révélations œ m'enûe d'orgueil, il m'a été donné un aiguillon de ma diair, ministre de Satan, qui me donne des soufflets. • Dieu traita donc notre bienheureux comme il en avait agi autrefois avec l'apôtre des gentils : i)our le mainte-
LXXXVlll» MERVEILLE. 325
nir dans rhumilité, dans une basse- opinion de lui-* même 7 il permit à Tesprit impur de Tassaillir dans son corps par la révolte des sens, dans son âme par une multitude de fantômes et d'images déshonnètes. Le bon religieux, pur comme un ange, souffrit beaucoup de ces assauts du démon ; mais il résista courageusement, en se livrant assidûment à la prière et à la mortiûcation. Voyant cependant que l'ennemi ne cessait de le molester, il recourut, pour là guérison de son âme, au même remède qui luravait rendu la santé du corps. Ilratouma donc à Lorètte et y célébra la messe avec une grande dévotion et une vive confiance. G*étail là que la grâce divine Tattendait pour combler ses justes désirs. An moment où il élevait dans les airs et offrait à Tadoration des fidèles le calice du vin généreux qui fait germer les vierges, vinum germinans virgines, vin qu'il venait de changer dans le sang du Rédempteur, Marie, la vierge des vierges, qu'il avait invoquée, lui apparut de nouveau le visage tout radieux de grâce et de beauté, et l'assura que désormais il n'éprouverait plus aucune atteinte des fâcheuses tentations qui Tassiégeaient depuis longtemps. A partir de ce jour, effectivement, ses sens ne furent plus assujettis à ces révoltes pénibles, honteuses suites du péché originel ; son âme aussi recouvra la paix et la tranquilUté,et ne fut plus infestée par ces représentations immondes qae le diable sait si bien diversifier selon les caractères et les tempéraments, pour la perte des âmes. '
Ce saint religieux qui devait à la vertu du sacrifice
eucharistique la guérison de son âme et de son corps,
lui fut aussi redevable du maintieif et de Tintégrité de
6a réputation. Des hommes jaloux de la bonne renom *
320 LZZXVU1« MERVEILLE.
mée dont il jouissait au loin comme dans sou pays, Tac- CQsèrent calomeieusemeot auprès da souveraîa pontife d*avanoer des erreurs dans ses prédications, notamment de nier la vertu divine du sang rédempteur que Jésus a ?ersé pour le salut du genre humain. Le père Jacques, très-assuré de la pureté de sa doctrine, qui était cella des Pères de TEglise «t des théologiens, ne voulut point cecourir à nne discussion ou jnstiflcation publique pour dissiper ces bruits mensongers, il se contenta d'inaplo* rer la justice divine et de célébrer la ^ste messe à cette intention. Aussi la vérité ne tarda pas à se fam jour ; Dien lui-même sembla prendre en main la défense de son serviteur, car la nuit qui suivit cetto messe, les calomniateurs moururent presque tous subitement. Ce châtiment, aussi manifeste que terrible, acheva de dissiper les fâcheux soupçons que la calomnie avait fait naître dans Tesprit d*un grand nombre ^ l'innocence du saint prédicateur fut pleinement el publiquement reconnue, et sa* foi, sa vertu, mises désormais â Tabri de toute attaque sérieuse. Le bienheureux Jacques sortit de cette épreuve plus câèbre qu'il n'avait jamais été : ce qui lui facilita les moyens de procura encore plus efficacement et plus abondammait le sàlut des âmes.
Telle, et plus grande encore, est la vertu du trèsanguste sacrifice des chrétiens; les fidèles n'ont point auprès de Dieu de prière et de dévotion aussi puissante, aussi impétratoire, car il n'est point de grâces qu'on ne puisse obtenir au saint autel.
(Chroniq. des Fr, Mineur», p. m, 1. iv, ▼).
LXXXIZ* MbRVBILLE. 327
BÉVÉLATIONS FAITES PAR DES ANGES PENDANT L*OBLATION DU SAINT SACRIFICE.
Quum saeerJotio ftutgtretmr, Êipfmruit H OMgetu* Domini.
« Lorsqu^il remplissait les fonctlonn do taeerdocti, an ange du Seigneur lui apparat. » (I^oc II, 8).
C'est souvent dorant la célébration de la messe que Dieu se plaît à manifester ses volontés à ses serviteurs et à les favoriser de révélations, soit immédiatement par loi-mâmey soit par le ministère de ses anges. Mais il est peu de manifestations de ce genre aussi célèbres que celle que reçut saint Jean de Matha, lequel avait une singulière dévotion pour le mystère de la divine Eucharistie : cette révélation a eu pour résultat la fondation d'un nouvel ordre religieux dans TEgli^e destiné au rachat de plusieurs millions de chrétiens tristement esclaves chez les barbares. Et ce fut pendant la célébration de sa première messe que le saint reçut du ciel Tordre d'établir cet institut admirable.
Jean de Matha, professeur distingué dans l'université de Paris, et qui jouissait de l'estime générale pouc sa doctrine et sa vertu, refusait depuis longtemps la dignité du sacerdoce ; car, si le respect et l'amour l'entraînaient vers l'auguste sacrement, la crainte et lliu-
328 LIJCXTX* MERVEILLE.
milité réloignaieot des ordres sacrés. Mais révèqae de Paris, qui savait apprécier ses mérites, le contraignit enfin, après des instances réitérées, à recevoir la prêtrise. Un miracle insigne vint démontrer aux yeux de tons qu'il ne s'était point trompé dans son jugement. Dorant la cérémonie de Tordination tous ceux qui étaient présents virent, avec grande admiration, un resplendissant globe de feu se poser sur la tête de Tordinand, et, après Tavoir couronnée comme une auréole de rayons éclatants, s élever, en forme de colonne, audessus de son chef. Tous les assisttânts, émerveillés d*uD tel spectacle, apprirent par là quelle devait être la haute sainteté dii nouveau prêtre : lui seul, étonné et confus, tenait les yeux modestement baissés, dans Timpuissance ; où il se voyait de quitter le lieu où s'était opéré le prodige.
Une merveille encore plus grande eut lieu lorsqu'il célébra, sa première messe : car, au moment où il élevait Thostie qu'il venait de consacrer, il aperçut près de l'autel, et tous les assistants avec lui, un ange vêtu d'une tunique blanche, sur laquelle on voyait formée, au-devant de sa poitrine, une belle croix composée de deux morceaux d'étoffe, dont l'un était rouge, et l'autre bleu céleste : aux pieds de l'ange se tenaient à genoux deux esclaves, un maure et un chrétien, chargés de chaînes et le divin messager tenait ses mains croisées sur leurs têtes. Cette apparition ravit l'Âme du saint prêtre et le tira comme hors de lui-même : il demeura un temps considérable à réfléchir sur ce qu'il voyait, cherchant à découvrir, par la prière surtout ce que le Seigneur voulait lui manifester par là, et Dieu ne tarda pas à le lui faire connaître ; mais on ne sait si ce fat
par une inspiration de son divin Esprit, ou par la voix de Fange. Dès qu'il eut repris ses sens, il poursuivit et acheva le saint sacrifice avec une admirable ferveur, s'offrant tout entier à Dieu pour être immolé lui-même et pour accomplir tootes ses divines volontés. Après la messc^ qu'il avait célébrée dans TégUse des chanoines réguliers de Saint^Victor, à Paris, chacun le pria avec grande instance de vouloir bien leur découvrir le mystère ou le sens de cette vision si étonnante. Le saint, ne voulant ni tout céler ni découvrir entièrement ce que le Seigneur avait daigné lui révéler pour Texécution de son dessein sur la formation de Tordre de la Trinité pour la rédemption des esclaves et des captifs, se contenta de recommander aux prières de tous Tentreprise qne Dieu paraissait vouloir accomplir par Tentremise de son humble serviteur.
Afin de procéder avec prudence et maturité dans une afiaire de cette importance, Jean se retira dans une solitude de la Champa^çne. Ce fat là que, par un hasard tout providentiel, il fit la rencontre de Jean de Valois, issu de la famille royale de France, lequel vivait dans ce même désert depuis plusieurs années. Ils y vécurent ensemble, durant l'espace de trois ans, dans 4es exerdces de la contemplation et la pratique^la toutes les vertus. Un, jour qu'ils s'entretenaient ensemble sur les bords d'une fontaine, un cerf de la forêt s'approcha d'eux, portant entre les bois une croix de couleur rouge et bleu de ciel. Jean, voyant Félix étonné de ce prodige, lui raconta alors la vision qu'il avait eue lorsqu'il ofi'rit pour la première fois le saint sacrifice. Cette circonstance surprenante, qui concordait parfaitement avec la première apparition, excita nos deux saints 4 redou-'
330 LXXXIX*' MBBVEILLB.
bler leurs prières et lears austérités, afin des^assarer de plus en plus de la volonté du Seigneur. Ce bon maître ne tarda pas à la leur faire connaître ; pendant trois nuits consécutives ils reçurent Tordre de dresser les règles d*un nouvel ordre pour le rachat des captifs et d*aller ensuite les faire approuver par le ehef de FË^ise; ce qn*lls mirent aussitôt à exécution.
L*œnvre commencée sous les auspices du saint sacrifice fut conduite à bon service par la vertu du même sacrifice. Nos deux saints s'éUnt présentés, à Rome, devant le grand pontife Innocent Ilf , il les accueillit avec une grande t^ienveillance ; mais il éleva des difficultés contre Térection, qulls lui proposèrent aussitôt, d'un nouvel ordre religieux, et tout semblait s*oppo- .ser définitivement aux désirs des postulateurs, lorsque le 28 janvier, jour où Ton célèbre la seconde fête en mémoire de sainte Agnès vierge et martyre, le souverain pontife étant allé dire la messe à Saint-Jean de ' Latran, aperçut, après Télévation de la sainte hostie, un ange du Seigneur vêtu de la môme manière qu'il était apparu à Jean de Matha lors de sa première messe et avec les deux esclaves à ses pieds. Après cette vision Innocentais kalança plus et donna son approbation an nouvel ordre tous le nom de la très-sainte Trinité poor la rédemption des captifs : il voulut aussi qi^ les r^gieux fussent vôtus de blanc et portassent sur la poitrine une croix rouge et bleue. Le chef-lieu de Tinstitut fot établi, dans le diocèse de Meaux, près de la fontaine où saint Félix et saint Jean avaient vu le cerf, et fut, à cause de cette apparition, nommé Gerfroid.
Saint Jean de Matha reçut dans la suite, par la vertu du divin sacrifice, de grandes faveurs célestes, tandis
qu'il travaillait à cette belle œavre du rachat des captifs. Lorsqu'il trouvait dans les possesseurs d*esclavës uif cœur insensible ou trop ëgoîste> qui ne voulût à aucun prix rendre la liberté à ceux qui, sous ses barbares étreintes, gémissaient dans une dure captivité, il recou* raii^u sacriûce de Fagneau divin qui nous a rachetés de resdavage du démon pour nous procurer la liberté des enfants de Dieu ; et bientôt ce cœur , adouci ou changé, se prêtait à quelque accommodement. Lorsque saint Jean n'avait plus d'argent pour racheter des esclaves, il montait au saint autel, et soudain la divine Providence venait à son secours et lui faisait parvenir, par des voies souvent inconnues, les sommes qui lui étaient nécessaires. C'est ainsi que la messe était pour Jean de Matha c le trésor nniversel de la divine miséricorde, • comme parle saint Jean Chrysostôme ; Thésaurus universus benignitatis Dei. (Hom. 24 in Ep. l. ad Cùr).
[Brev, rom, 8 Febr. — Bolland Vit, S, Joan, de MaUia),
332 XC* UEBVEILLE.
LE SACBIFICE DE LA MESSE ILLUMINE l'INTELLIGeAîE ET OPÈRE DE MERVEILLEUSES GUÉRISONS.
Cibavit illutn pane vitœ et intelferius.
« n Ta nourri du palorde vie et d'intelligence. » (Ecui. Xi, i).
Les bons prêtres ont dans le sacrifice journatier de la victime du Calvaire une source intarissable de tous les biens : il n'en est aucun dont la vie ne nous présentât d'admirables exemples en ce genre, si nous pouvions les passer tous en revue; maisûl faut nécessairement se borner. Nous citerons, de préférence, ceux qui sont moins connus. Parler ici de saint François de Sales, de ' saint Philippe de Néri, de saint Ignace, de saint Charles Borromée, etc., serait chose superflue: les vies de ces admirables saints sont dans les mains de tout le monde et peuvent tou^urs être consultées avec fruit, tandis qae d'autres biographies sont enfoncées dans d'énormes infolio que tous n'ont pas le loisir ou la facilité d'aborder.
S'il est un chrétien en qui se manifesta d'une manière évidente l'admirable vertu du pain eucharistique pour enrichir les âmes d'une science toute céleste et opérer des guérisons miraculeuses, c'est sans contredit le grand docteur saint Anselme, archevêque de Cantorbéry. Lorsque, étant encore tout enfant, il entendaif répéter : Son royaume est là haut, dans le ciel , à
s'imi^iDait qu^en montant sur les plus hautes cimes des Alpes, voisines de son pays natal, la vallée d'Âoste, il pourrait parvenir à apercevoir au moins la demeure où réside le Très-Haut. Un jour que sa jeune tète était plus fortement frappée de cette pensée, il fut, en effet, ravi, maig seulement en esprit. 11 lui sembla être transporté dans le ciel, jusque devant le trône de la divine Majesté. Il se prosterna humblement au pied du trône éternel, puis on lui donna un pain d*une merveilleuse blancheur et dont la saveur surpassait tout ce qu'on peut imaginer de plus délectable : cette divine nourriture le remplit d'une inexprimable consolation et lui conféra une force, «ne vigueur étonnante. A mesure qu'il avançait en âge, son intelligence s'étant développée, il comprit que ee pain délicieux que lui fit servir le roi du ciel était le symbole du pain eucharistique, et en môme temps une invitation à s'en nourrir souvent dans la saifite communion, ou encore à le consacrer lui-môme dans Tauguste sacrifice de Tau tel. Dès lors il sentit s'allumer en lui un désir véhément de s'approcher le plus souvent qu'il lui serait possible de la table sainte ; et quand il ne lu^ était • pas permis d'y participer, pour se dédommager de cette privation, il passait bien des heures en méditation, souvent suivie de contemplations sublimes, devant le saint tabernacle. Après qu'il eut été ordonné pr^e, ses plus chères d^oes étaient la'célébration de la sainte messe. Aussi ce fut à l'autel qu'il puisa ces profonds et pieux sentiments de dévotion qui relevèrent rapidement à la pins haut» sainteté et que nous admirons encore dsns ces bdles prières, si affectueuses, qui nous ont été conservées. (Test pareillement dans la célébration quoti* dienne du divin sacriGce qu'il trouva ces vives lumières
334 ZC* MERTEILLB.
qui éclairent la saiote Eglise par ses doctes écrits, ces trésors de sagesse et de science qoi lai ont jastement mérité le titre de Docteur de FE^ise ; car sa doctrine était moins le fmit d*ane étude assidue que le résultat des illustrations célestes puisées dans Toblation du pain eucharistique : là, en effet, il se rassasiait de ce paf^de vie et d'inteUigencey qui. en éclairant son esprit, em« brasait son cœur. .
D'autres saints ont de aussi à Tineffable sacrifice de la messe le don d^intelligence dans un degré éminent : teb furent, entre bien d'autres, saint Grégoire-le-Grand et saint Gr^ire VII, dont la vie et les écrits sont empreints de cette sagesse surnaturelle qui les fbnt admira de siècle en siècle: et Inenbeureux ceux qui peuvent les imiter, même de loin I On eut la certitude de ce privilège insigne par la présoice vbible de cette col&mbe céleste, qui semblant leur parler à Foreille, leur révélait les secrets de Dieu pendant qu'ils célébraient les divins mystères. Mais saint Ansetme le vécut, ce privilège, non-seulement pour son pdropre avantage, mais surtout pour le bien de ceux qui assistaient à la messe. C'était une opinion généralement admise dans le pays et même dans des contrées éloignées qu'il suffisait d'as* sister à la mes^e d'Anselme pour obtenir les grâces qu'on désirait. Un noble seigneur anglais en fit, ult jour, une heureuse expérience. Depuis un oert«a temps en proie à une inQrmité incurable, hors d'état de marcher et même de se tenir debout, il se fit port^ à Gantorbéry et assista à la messe du saint archevêque. Au moment où, le sacrifice terminé, le pontife donnait la bénédiction accoutumée, le malade se sentit tiWvré de toutes ses infirmités, se redressa aain et dispos, et.
XC* MBR^KILLE. 335
bénissant Dieu de tout son cœnr, il put s*en relourner pédestrement à son logis, sans secours ni appni étranger.
Lorsque le ciei était comme d*atpain et que la t^re souffrait d*une longue sécheresse, ou quand au con-< traire 4es pluies désastreuses menaçaient de détruire les moissons, le peuple recourait à l^archevèque et le priait de s'interposer entre le ciel et la terre, afin d*obtenir la cessation du Ûéau. Anselme offrait alors au Seigneur, sur Tautel, la victime de propitiation pour apaiser le courroux céleste, et la prière du sacrificateur étaii promptement exaucée. C'est ainsi que, pour ainsi dire, il fermait et ouvrait le ciel, à sa volonté, et les messes qu'il célébrsdt étaient, comme saint Augustin le dit de la prière du prophète Elle, « la clef du ciel^ » clavis ccdù Que dire de plus ? L'eau même dont il se lavait les mains à la messe avait la vertu de rendre la santé aux malades. Un gentilhomme de Flandre affligé d'une horrible lèpre ne cessait de supplier la divine içiséricorde de l'en délivrer. Une nuit il lui fut révélé, durant son sommeil,qu'iI serait guéri quant il se serait lavé avec l'eau dont s'était servi Anselme en célébrant la messe. C'est ainsi que Naaman avait été purifié de la lèpre en se lavant dans les eaux du Jourdain, selon l'ordre du prophite Elisée. Le gentilhomme se rendit incontinent au monastère du Bec, en Normandie, dont Anselme était alors abbé. Il lui fit connaître le tnotif de son voyage et la voix du ciel qui l'avait engagé à recourir à lui pour sa guérison : il le supplia donc instamment de prier pour lui et de se prêter au service qu'il attendait de lui. L'homme de Dieu, humilié et confus plus qu'on ne le saurait dire à une telle proposition, après avoir fait de vains efforts
poar détourner le gentilhomme de cette confiance qnH appelait téméraire et présomptueuse, céda enfin à ses vives instances, laissant ainsi la charité pré?aloir sur Vhumilité, et célébra la messe dans un lieu privé. Quand elle fut terminée, il consentit enfin, bien qu'avec grande répugnance, à lui faire boire Teau dont il s'était laré les mains à TofTertoire, et à Tinstant même la lèpre disparut complètement, et il n'en parut plus aucune trace sur tout son corps ; guérison que Thumble abbé attribuait à la foi de cet homme. Celui-ci s'en retourna chez lui plein de joie et de reconnaissance ; et quoique le saint lui eût recommandé de tenir la chose secrète, il répandit partout la nouvelle de ce miracle, aussi bien que celle des hautes vertus et des mérites d'Anselme, qui par sa sainteté communiquait tant d'efficacité à un élément insensible.
(Maroeslbs in Pan. quoi. 31 aprilis, ex Surio.)
XCM MERVEILLE.
LE SAUVEUR DEVIENT LA JOIE ET LA COURONNE D'oN SAINT PRÊTRE A lVuTEL.
GawUum meidn et corona nua.
« Vous êtes ma Joie et ma eoareone. •
(PfllUP. Il, t.)
Nous ne pourrions signaler ici toutes les faveurs singulières que Dieu a souvent daigné accorder à de saints prêtres dans la célébration des saints mystères;
nous passerons sous silence saint loup, éTêque de Sens, qui vit tomber du ciel dans son calice une perle précieuse, à la grande admiration des assistants ; saint Malo, évoque breton, qui, désirant dire la messe le grand jour de Pâques, et se trouvant sur ja mer battue par la tempête, implora la miséricorde du Seigneur et vit surgir tout à coup, du fond de TOcéan, un petit Ilot, où il put célébrer les saints mystères, mais qui aussitôt après la sainte fonction s*abtma au fond des eaux : tel est le récit consigné dansées Actes authentiques de ce saint évèque.
Mais nous ne saurions nous dispenser de parler un peu plus amplement, dans ce recueil eucharistique, du bienheureux Michel de Sanctis , religieux déchaux de Tordre de la Trinité, auquel le glorieux pontife suprême. Pie IX, a conféré (le 8 juin 1862) les honneurs immortels de la canonisation. Je ne sache pas qu'aucun autre Rerviteur de Dieu ait pu adresser en un sens aussi vrai et aussi littéral au divin Sauveur dans Teucharistie ces paroles de saint Paul : < Vous êtes ma joie et ma cou-, tonne : » Gaudium meum et corona mea. Le cœur cbce saint religieux était embrasé des plus vives ardeurs de Tamour divin pendant qull disait la sainte messe ; son visage alors brillait des rayons d'une lumière céleste, son âme paraissait ravie dans les plus douces extases. Un jour qu'il célébrait à Baeza, en Espagne^ dans Téglise paroissiale de Saint-Dominique, lorsqu'il fut arrivé au moment de l'élévation, on vit sortir de l'hostie qu'il venait de consacrer un cercle ou couronne de rayons étincelante , brillants comme le soleil dans ses plus vives splendeurs et blanche comme une neige éblouissante. Elle -s'éleva d'abord dans les airs^ puis
338 XCl* MERVEILLE.
Yint se placer sor la tète du saint prêtre, comme poar indiquer la sagesse toute divine dont il était rempli : elle descendit ensuite sur sa poitrine au lieu où gtt le cœur, désignant ainsi le saint et vif amour qui y brûlait : elle Tenveloppa enfin tout entier, aussi bien que Tautel, pour manifester sans doute la sainteté et la pureté ang^qne de Thomme de Dieu. Ce prodige inooi, qui avait commencé à Télévatien de 1^ messe, se continua jnsqu*après la consommation des saintes espèces. Les rayons lumineux s'affaiblirent alors peu à péti, mab la couronne ne disparut entièrement qu'au moment où Michel quittait Tantel. C'est ainsi que le divin Rédempteur, que l'Eglise appelle c la couronne des martyrs, des confesseurs et des vierges': » Jesu, corana martyrum, corona confitentium, corona virgmum (Brev. rom.), se plaisait à préparer, à former d'avance, la couronne qu'il destinait, dans la gloire, à son fidèle serviteur.
Dans la môme ville demeurait une pieuse dame nommée Micheline de Gardennas qui était la pénitente de notre saint et qui recevait du ciel des faveurs siogulièf«6. Assistant un jour à sa messe, elle vit, après avoir reçu la sainte communion, notre Seigneur jeter sur loi des regards de bienveillance ; il daigna môme le lui désigner de l'index de la main droite, en prononçant ces divines paroles du Thabor : i Celui-ci est mon fils bienaimé; en qui j'ai mis mes complaisances. ■ Hic est filius )fiieus dilectus, in quo mihi bene complacui. Faveur insigne, dont on n'a pas d'exemple 1 le roi de gloire nommer ce prêtre non pas seulement son serviteur oi| son ami, comme il appelait autrefois ses apôtres, mais son fils, et son fils chéri, en qui il se comf^ltl 11 fatal bien reconnaître ici que, pour être favorisé d'un titre si
ZCl* MERV£ILLE. 339
sublime, il devait offrir le divin sacriGce avec des dis- |)ositi6ns admirables, et que son oblation montait vers le ciel comme un parfum de la plus agréable odeur.
Notre Seigneur n'avait pas même attendu que Michel de Sanctis fût honoré du sacerdoce pour lui départir ces faveurs, car il Favait prévenu des bénédictions de sa douceur : prœvenisti eum in benedictionibus dulcedinu tuœ (Ps. XX 9 4) ; il avait déjà ressenti ces grâces extraordinaires ii*étant encore que simple clerc minoré. Un jour que, assistant à la messe, il se préparait à la sainte communion, il sentait son cœur s'embraser du divin amour et se rempUr d'une joie ineffable. Mais, quand il eut reçu dans sa poitrine l'hôte divin qui fait ses délices d'être avec les enfants des hommes, l'ardeur et Tallégresse qu'il éprouvait furent si vives, que, ne ne pouvant plus se contenir, il quitte le chœur et se met à courir, à voler, pour ainsi dire, au milieu du ' peuple assemblé ; il sort de l'église, s'écriant, avec de profonds soupirs : Eia, eia, sans exprimer le sens qu'il attachait à cette exclamation. 11 entre dans le jardin contigu à régUse et embrasse, non pas seulement tous ceux qu'il rencontre, mais aussi les arbres et les plantes, qu'il considérait comme les créatures de Dieu, les invitant à le bénir avec lui. On le voyait ensuite, tantôt prendre à deux mains le vêtement qui couvrait sa poitrine et le secouer, comme s'il eût voulu ouvrir on dilater son cœur, pour lui procurer quelque rafraîchissement; tantôt sauter de joie et bondir çà et là, comme un homme hors de soi. Ces jubilations insolites et qu'on taxait d'extravagances, déplaisaient aux cœurs étroits, aux esprits bornés, qui croyaient apercevoir beaucoup d'inconvenance et de légèreté en une chose qui n'était