‹ Les Merveilles Divines dans la Sainte EucharistieChapitre 20 sur 35 · SO · texte numérisé non relu

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que Feffet de Famoar diviD. Ib ignoraient ce mot de saint Bernard, qae nous avons déjà mis sons les yeax du lecteur : c Celui qui aime parait souvent fou, mais à celui qui n*aime pas. » Ârnans amens videtur, sed et qui non amat. Gomme ses supérieurs le reprenaient de sa conduite qui paraissait approcher de la folie ou d*une faiblesse de cerveau, il répondit qu'il se vojait contraint d*en agir ainsi par les mouvements impétueux produits en lui par Tardeur excessive qu'il ressentait dans la poitrine, qu'autrement il en mourrait.

Mais bien des personnes n'ajoutaient pas foi à ses affirmations et blâmaient ainèrement ses vives démonstrations de joies et d'amour ; elles s'indignaient même lorsqu'elles le voyaient surnaturellement élevé de plusieurs palmes au-dessus du sol, soit en disant la messe, ou même simplement en présence du très-saint Sacrement; tout cela, disait-on, n'est que feinte ou hypocrisie, et on n'a rien vu d'aussi rdicule. Tel était notammant le langage d'un prêtre nommé Pierre Fesnandès, lequel était malheureusement du nombre de ceux qui n'apportent pas toujours au saint autel les dispositions requises, et ne peuvent conséquemment éprouver les heureux effets que produit dans une âme bien préparée loblation du saint sacriûce ou la sainte communion. Non-seulement il parlait de ces merveilles avec peu de respect, mais il en faisait même de grossières plaisanteries et se moquait des gens trop crédules, selon lui, qui les admiraient et se sentaient plus portés à la piété on à la componction. EnQn il plut à Dieu de glorifier son serviteur amsi humilié, et en même temps de convertir et d'amener à résipiscence ce prêtre incrédule ou railleur. Le bienheureux Michel prêchant

on jour de Foctave de la Fêle-Dieu dans Féglise de Linarès au diocèse de Tolède, la divine Providence y conduisit le prêtre Fernandès : mais, au lieu de profiter du sermon du prédicateur, il en riait à part lui. Le sujet du discours était la nécessité des saintes dispositions que requiert la réception d'un si auguste sacrement. Le bon religieux parla avec une telle véhémence contre ceux qui osent s'approcher sans préparation de la table sainte, qu'il fut ravi en esprit, et on vit alors son corps s'élever dans les airs jusqu'au-dessus de la chaire oti il prêchait : en cet état extatique il ne cessait de crier : « Malheur, malheur à moi ! 9 comme parlant au nom d'un autre. Fernandès, à ce spectacle qui lui inspirait une sainte confusion, demeura interdit f t tout hors de lui : il lui semblait que cette exclamation vibrante comme une flèche aiguë, le transperçait jusqu'à la moelle des os et que lui seul en était l'objet. Dès ce moment, il ne fut plus le même homme, ses sarcasmes et sa malignité se changèrent en éloges et en admiration pour le bienheureux Michel. 11 se repentit sincèrement de ses fautes et de ses négligences et résolut de changer de vie. Afîb d'exciter sa ferveur et de se maintenir dans ses bonnes résolutions, il répétait sou- . vent ces paroles qui l'avaient frappé si vivement au sermon de Linarès : « Malheur, malheur à moi ! »

(P. Joseph a J. M. — Fit. S. Michaeli»).

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XCn« MERVEILLE.

UN PBINCE MAHOMÉTAN CONVERTI PENDANT LA MESSE PAR LA VISION d'une LUMIÈRE SURNATURELLE.

AceeUite adeum, et iUuminamini.

*< Approchez-Tous de lui, et voas sei s éclairés. » (Ps. xxxiii, 8).

La providence du Seigneur fut singulièrement admirable dans la conversion d*un prince turc par les étranges événements qui la précédèrent et ceux qui la suivirent ; et ce prodige de grâce fut opéré par la Vertu du saint sacrifice de la messe.

Il y avait à Alep, en Syrie, un émir musulman nommé Abdallah Osérif , de la race même de Mahomet par les femmes. Il avait à son service un bon nombre d'esclaves chrétiens qu'il avait achetés d'un corsaire et qui avaient été pris sur un navire arménien. Parmi ces esclaves se trouvait une jeune fille de cette nation douée d'une rare beauté, mais dont Pâme était encort^ plus embellie par le charme de sa vertu. L'infidèle, dès qu'elle lui fut présentée, en devint éperduement égris et n'épargna rien pour la contraindre à renoncer à la religion chrétienne : prières , séductions , promesse! brillantes, menaces terribles, tout fut mis en œuvrt pour la faire consentir à quitter le culte de ses pères ë devenir ensuite l'épouse de l'émir. Longtemps elle résista avec fermeté à tant de pressantes sollicitations;

mais enfîn, vaincue par les violences qu'on employa pour loi arracher son coftseniement, elle s'imagina, dépourvue qu'elle était de sage conseiller chrétien, qu'elle pouvait feindre extérieurement la profession du mahométisme, tout en conservant àu*fond de son cœur la foi du Christ. Son maître, qui n'attendait que son adhésion à ses votontés pour en" venir à ses fins, la tira aussitôt de son esclaySLge, et en fit son épouse de prédilection.

Sur ces entrefaites, il arriva, par une secrète disposition de la divine Providence, que le père de cette raalb.eureuse apostate, qui, après la mort de sa femme, avait reçu l'ordre sacré de la prêtrise, tombât aussi <»ntre les mains d'un corsaire de Tripoli, qui le conduisit dans la ville d'Alep, où il fut acheté par l'émir dont nous parlons; et comme il paraissait adroit' et intelligent, il lui assigna pour occupation la culture du jardin et quelques travaux de la campagne. La nouvelle épouse d'Osérif avait l'intendance des esclaves, et faisait distribuer en Sa présence aux principaux d'entre eux leur nourriture de chaque jour. Lorsqu'elle aperçut son père parmi eux, encore bien qu'elle ne le reconnût point, par la sympathie du sang, je crois, elle ressentit pour lui une afiTection dont elle ne se pouvait rendre compte : elle s'efforçait vainement de l'attribuer soit à l'aspect du vénérable visage de ce vieillard, soit à sa eompassion innée pour les malheureux. Celui-ci fit bientôt une douce expérience des heureux efi'ets de ces sentiments, car elle pourvut largement à tous ses besoins. Un jour elle le rencontra triste et abattu, des larmes môme mouillaient ses paupières. Comme ce vieillard lui inspirait toujours de l'intérêt, elle lui demanda la cause de son chagrin, t Je pleure, ma

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dame et maîtresse, répondit-il, non point de me voir dans Tesclavage, bien que ma condition précédente ni*eût fait un sort meilleur ; d*ailleurs, vos ^rds et vos attentions pour moi, qui mMnspirent tout à la fois de la reconnabsance et de la confusion, aboutbseutet me font presque oublier ma situation actuelle. Mais, vous le dirais-je? ce qui me perce le cœur, ce qui me fait sangloter nuit et jour, c'est la perte que j'ai faite, il y a plusieurs années, de ma ûlle chérie, que j'aimais comme la prunelle de mes yeux. Voilà Tépine qui transperce et déchire mon âme et ne me permet pas de jouir paisiblement de vos bienfaits. ■ Il voulait continuer son discours, mais les paroles qu*il venait de prononcer ravivèrent si fortement le souvenir de sa Qlle que ses ^nglots étouffèrent sa voix.

La femme de Témir fut elle-même vivement émue de ce qu'elle venait d'entendre. Souvent elle se reprochait en secret sa lâcheté et sa duplicité relativement à la religion : mais après avoir entebdu les paroles da vieillard, qu'elle voyait bien appartenir au christianisme, elle n'eut plus de repos. Afin de mettre on terme à cette agitation fébrile qu'elle se' voyait contrainte de concentrer en elle-même, et poussée en même temps par cette curiosité si naturelle à son sexe, peu de jours après son entretien avec cet esclave elle revint le trouver, l'interrogea sur son pays, sa condition, et finit par lui demander le nom de sa fille qa*il avait perdue. Le vieillard ayant répondu ingénuement i toutes cesquestioHs : « Vous êtes mon père, t s'écria-t-elle en se jetant dans ses bras. J'entreprendrais inutilement d'exprimer les sentiments qui débordèrent dans le cœar du père et de la fille en une circonstance aussi imprévue

qu'émouvante, le lecteur pourra mieux les soupçonner ou môme les éproui^er que je ne jurais les retracer. La joia, lé bonheur, furent égaux de part et d'autre, et le bon vieillard bénissait sa servitude, qui, mieux que la liberté, lui avait fait retrouver sa ûile bien -aimée. Il fallut cependant user de part et d'autre, de beaucoup de pmdence et de circonspection pour empêcher que cette mutuelle reconnaissance ne parvint aux oreilles de rémir. Aûn que celui-ci ne pût former aucun soupçon désagréable, le père, par le conseil de sa fille, se chargea de la garde d'un troupeau de moutons qu'il paissait dans une agréable solitude, peu éloignée de la ville» et il y recevait de fréquentes visites de sa fille. Il jouissait avec délices de son bonheur, ibénissant le Seigneur des faveurs dont il le comblait. Une chose pourtant manquait à la suprême consolation de son Ame, il no pouvait immoler à Dieu la victime de propitiation. Mais comment pouvoir offrir le sacrifice de la messe dans un lieu désert et dans un pays musulman ? La divine Providence, qui connaît et exauce même la préparation du cœur (Ps. ix), vit l'afQiction du bon prêtre et ses justes désirs, et ne tarda pas à les combler. Un jour qu'il errait dans sa solitude, admirant et contemplant les œuvres du Créateur, il aperçut, en un lieu retiré et hors de la vue de toute créature humaine, une espèce d'autel qu'on eût dit taillé à dessein dans le rocher qui entourait ce réduit. Il en donna aussitôt avis à sa fille, qui. s'empressa de lui procurer secrètement les vases et les ornements sacrés nécessaires pour la célébration de la messe. Il put ainsi, tous les matins, offrir à Dieu le saint sacrifice dans une profonde paix et fortifier son âme en la nourrissant du pain des anges.

Pêa de temps après qu'il etit commencé à jouir de ce bonheur, Abdallah quitta, un jour, 4e grand matin son palais pour aller respirer Tair de la campagne et visiter en môme temps les bergers constitués à la garde de ses troupeaux. Gomme il s'avançait dans la plaine, il crut apercevoir au pied d'un rocher qui la terminait de ce côté-là des rayons de lumière , ce qui le surprit étrangement. 11 veut s'assurer par lui-môme d'une chose aussi extraordinaire. En s'approchant du rocher, il voit avec étonnement un de ses esclaves revêtu des ornements des prêtres chrétiens, et tout absorbé dans l'action qu'il fasiait au pied de ce rocher. Il s'approche tout doucement de lui, et lui demande où il a pris cette pierre précieuse qu'il vovt là et qui projette des rayons si éclatants qu'ils ont fhippé ses yeux à une grande distance, lequi lui a donné la curiosité de venir jusque-là pour s'assurer si c'était une réalité ou une illusion des sens. Le prôtre esclave lui répondit modestement, mais d'an ton très-affîrmatif sinon persuasif, que ce qu'il apercevait sur cette pierre de si lumineux n'était autre chose que le très-saint Sacrement , autrement la divine Eucharistie, que les chrétiens adorant avec un respect mêlé d'amour , et qui contient réellement et substantiellement le Christ tout entier, Dieu fait homme comme nous pour la rédemption du genre humain. Osérif émerveillé de ce qu'il entendait aussi bien que de ce qu'il voyait, voulut emporter chez lui un morceaa de ce pain si extraordinaire et tout divin. Il le Ût envelopper dans un beau linge ouvré et le plaça dans le lipuie plus riche et le plus orné de son palais. Cette sainte hostie continua de répandre dans l'appartement des rayons qui l'éclairaient, nuit et jour, comme le soleil

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le plus radieux. L'émir, frappé d'un prodige si étonoant en lui-même et par sa continuité, et touché de la grâce de Dieu, qui voulait par là procurer sa conversion , supplia le prêtre esclave de Finstruire des mystères de la religion chrétienne. Les dogmes de notre foi trouvèrent dans son esprit et dans son cœur un accèi facile, et peu de jours après l'événement que nous avons raconté il embrassa le christianisme et reçut le saint baptême. Son épouse qui ne manqua pas d'assister à la pieuse cérémonie, fut si heureuse de sa conversion que , ne pouvant plus se contenir , tant elle était ravie d'aise , elle lui découvrit, sans déguisement, que ce prêtre était son propre père. Cette nouvelle fut si agréable à Témir qu'il voulut célébrer par de grandes . réjouissances Theureuse rencontre du père et de la fille qui lui avait valu, à lui , le bienfait inappréciable de la foi en Jésus- Christ. Malgré le vif attachement qu'il avait pQur son épouse, qui lui était devenue encore plus chère depuis qu'ils étaient unis par. les liens de la ' même religion , il s'aperçut bien vite que le père et la fille désiraient revoir leur patrie. Il fit donc équiper à ses frais un navire, qu'il leur donna, et les renvoya dans leur pays comblés de riches présents.

Pour lui, non-seulement il demeura ferme dans la foi, il voulut même la prêcher publiquement. Les mahométans , indignés de sa conduite si contraire aux prescriptions du €oran , ne balancèrent pas à se saisir de sa personne et à le jeter en prison ; et comme il persévérait à détester ouvertement xMahbmet et à maudire sa doctrine, ils le condamnèrent à mort. Lorsqu'on le conduisait au martyre , il enseignait aux infidèles le mystère de la très-sainte Trinité ; et afin de leur en

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faire concevoir quelque idée, il tenait élevés vers le cic! trois doigts de sa main. Quand on fut arrivé à la porte de la ville, qui était construite en marbre blanc, dans le dessein de convaincre les plus incrédules, il s'écria : t Seigneur du ciel et de la terre, un Dieu en trois personnes, si le mystère que je prêche est vrai, faites qne ces trois doigts pénètrent dans cette pierre très-dare. • Ce disant, il enfonce ses doigts dans le marbre aussi facilement que dans une masse de neige fratchemeot tombée du ciel. A ce spectacle grande fut radmiration non-seulement des chrétiens présents, mais des Turcs eux-mêmes. Â peu de distance de cette pprte, on loi trancha la tête. Cependant les trois trous miraculeux do marbre de la porte de la ville subsistèrent, et personne n'usa les faire disparaître, soit par esprit de superstition, soit en mémoire du personnage illustre à tant de titres qui les avait faits. Depuis ce jour-là tous ceux qui passaient par cette porte, chrétiens ou musuhnans, ne manquaient point d'y placer, par respect, trois doigts de leur main.

Cette conversion de l'émir Abdallah Osérif fut accompagnée de bien d'autres circonstances étonnantes, mais comme elles ne se rapportent pas directement à mon sujet, je dois les omettre; il suflit d'avoir démontré qu'elle fut opérée par la vertu du divin sacriOcede l'autel, priant Dieu, avec le docteur S. Thomas d'Aqoin qu'après avoir été nous-mêmes rachetés d'un esclavage encore plus misérable que celui des mahométans, nous soyons aussi purifiés de tous nos péchés. Ut redemti a misera servitute, a peccatis eliam omnibus mundarenliir-

(Opusc. 57).

(J. i>E fiuRCO, y/tn, 5ann.,'p- 9^]*

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