LE SACRIFICE DE LA MESSE OPÈRE LA RÉCONCILIATION DES ENNEMIS
Paeem mefim dQ vofns^.
ajevous donne ma paix. »(Joaii. :r(V, t7).
L'Eucharistie est un mystère d*unioa et de paix; le sacrifice«<de la messe est une mystique immolation de Tagneau sans tache qui efface les péchés du monde et donne la p^x aux hommes, ainsi que le chante TEglise avant le moment de la communion. Il suit de là que ce .divin sacrifice possède en lui-même une merveilleuse vertu pour conserver la paix et la concorde, et pour la faire renaître entre des ennemis qui semblent à jamais irréconciliables. La vie du célèbre saint Jean TAumônier, patriarche d'Alexandrie, nous en fournit un mémorable exemple.
Il y avait dans cette ville deux hommes puissants qui se prirent un jour de querelle pour je ne sais quel misérable point d*honneur. Leur inimitié s'alluma à tel point que, vu leur qualité de personnages importants dans la cité, il s'y forma deux factions qui embrassèrent chaudement le parti de Tun ou de Tautre de ces adversaires déclarés, et on redoutait avec raison qu'on en vint aux mains. Le saint pasteur Jean, voyant s'allumer au milieu de ses ouailles un si vaste incendie, usa de toutes les industries d'un zèle éclairé pour l'éteindre M. s. £.
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tout d*abord. Il se rendit chez Tun et chez raatre de GBS ennemis; il leur fit entendre tour à tour le langage de la raison et celui de la foi, et leur rappela a?ec énerve les préceptes et les exemples de Jésus-Christ , les menaces que Dieu "fait , dans les Ecritures, aux contempteurs de sa lêi , les châtiments éterneii et horri- ; blés réservés aux vindicatifs, et en même temps les magniûques récompenses qui attendent les amis de la paix. Mais il parlait à des sourds volontaires, et ni rnn ni Tautre ne voulut entendre parler de réconciliation : Tun d'eux surtout , le plus riche et le plus influent, paraissait fort opiniâtre dans ses désirs de vengeance, et jurait, en blasphémant, que jamais il ne pardonnerait *à son ennemi. Le bon préiSt , qui n'avait rien gagné à parler de Dieu à eeOQNir de rocbe, prit le parti de parler de lui au Seigneur dafis de î&^ ventes (faisons. Sa prière ne fut point vaîne^et le Dieu de paix lui inspira un expédient qui réussit à merveille. Il Ot inviter le plus obstiné des deux ennemis à se rendre à Tarchevêché dès le matin du jour suivant pour une affaire importante que Tarchevêque avait 4 loi communiquer. Il fut Ûdèle à Tappel du prélat, et il se trouva à son palais à Theure indiquée. Saint Jean iraccueillit avec sa courtoisie ordinaire, et après s'être entretenus ensemble quelque^ instants de choses indifférentes, il lui dit qu'il allait dire la messe et qu'il le priait d'attendre qu'elle fût terminée, car l'heure pressait, ou bien que, s*il Taimait mieux, il ne pouvait faire un meilleur usage de son temps que de l'employer à entendre la messe qu*il allait dire dan^ la chapelle domestique. Naître homme, qui se piquait d'avoir des sentiments religieux, et qui, du reste, ne pouvait
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convenablement refuser Tinvitation de son évêque , se rendit dans la chapelle avec lui et le clerc qui devait servir la messe. ^
Saint Jean revêt aussitôt les habits sacrés, puis commence et poursuit la sainte liturgie comme à l'ordinaire ; mais il pmit, plein de confiance, mec une ferveur plus qu'ordinaire, afin qu'il plût à Dieu d'amollir la dureté de ce pécheur qui était là devant lui : c'est dans cette intention toute de charité qu'il offrit et immola la sainte victime de propitiation. C'était l'usage à cette époque ' que les assistants récitassent le Pater de la messe avec le prêtre. Le saint patriarche le commença simulta- . nément avec le clerc et cet homme. Mais, quand on» \ fut HÊTivé à ces paroles: Dimitte nobis débita nostra • ) sicut et nos dmittîmus dehitoribus nostris, il s'arrête ^ tout à câpp et fait signe à son clerc de ne pas continuer, i
de sorte que cet ennemi acharné prononça seul ces \
paroles de l'oraison dominicale. En ce moment l'ar- '
chevêque se tourne vers lui et lui adresse d'un air grave, \
mais d'un ton doux et bienveillant, ceç propres paroles : « Faites bien attention, mon ami, en quel terrible. \
moment vous dites au Seigneur : Comme je pardonne, pardonnez-moi aussi. Je veux dire : remarquez bien î
les paroles qui sortent de voire bouche à cette heure où •
vous assistez au redoutable sacrifice dans lequel s'im- \
mole Jésus-Christ lui-tpême qui a pardonné à ses bour- |
reaux du haut de sa croix : il est votre sauveur , sans !
doute, mais il est aussi votre juge. Vous lui demandez \
donc en ce moment qull vous remette les dettes que vous avez contractées par vos' péchés, de la môme manière que vous pardonnez l^is offenses que vous croyez avoir reçues de vos ennemis. Voyez où vous eu
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êtes ! Malheur à vous si Dieu vous pardonne de celte sorte! » Le coupable, atterré par ces paroles foudroyantes^ tombe aux pieds du charitable pasteur en s'écriant d'une voix lamentable : i Votre serviteur fera volontiers tout ce que vous lui ordonnerez. » L'archevêque s'empressa de le relever et lui donna le baisser de paix. Effectivement, ce cœur de lion si fier du point d'honneur se trouva subitement changé, on eût dit un doux agneau. 11 pardonna sincèrement et de bon cœur les injures qu'il avait ou prétendait avoir reçues, et se réconcilia publiquement avec son ennemi. Ils s embrassèrent cordialement, et depuis ce rapprochement, se témoignèrent toujours l'un à l'autre une franche et constante affection. La ville entière éprouva eh même temps les heureuses suites de cette réconciliation j chacun des deux partis qui la divisaient imita les cht^s de ces factions, et tout rentra dans l'ordre.
Le saint concile de Trente avait donc bien raison de nous enseigner que « notre Sauveur a laissé dans soq Eglise la divine Eucharistie comme le symbole de lunion et de la charité, par laquelle il a voulu que tous les chrétiens fussent intimement unis entre eux. i Eucharistiam Salvator noster in Ecclesia.sua lamquam symbolum reliquit unitatîs et charitatis, qua christianos omnesinùèr se conjunctos esse voluit. {Sess, xin).
(BoLLARO. Vil, s. Joan, Eleemos. c. 12).
TCTX» MERtEILLB. 355
SAINT PHILIPPE DE NÉRI OBTIENT LA CONVERSION DE QUATRE JUIFS EN CÉLÉBRANT LA MESSE.
Sacrificate saer^cium JuitUia, et tperate in Domino.
« Offrei le sacrifice de Justice, et espérer dans le Seigneur. » (Ps. i?. 6).
La vie de saint Philippe de Néri est toute remplie des merveilles de la grâce ; il avait un don tout particulier pour changer les cœurs, les ramener à Dieu et les conduire au sommet de la perfectioB. Les fruits de salut qu'il opéra dans la ville de Rome furent si grands^ si nombreux, qull a mérita Tinsigne hobneur d*en être regardé comme le second apôtre. Un des grands moyens qu'il employait pour obtenir du ciel tout ce qu'il désirait, c*était le sacriGce de la messe ; il disait à ce sujet : < La prière et Toraison mentale sont des suppliques que l'on présente à Dieu, mais la messe lui fait violence. »
La ferveur de suint Philippe à la sainte messe était tout à fait extraordinaire. Tandis que les autres prêtres ont besoin de se recueillir pour la célébrer dignement, lui, il avkit plutôt besoin de chercher alors des sujets de distraction. Pendant qu'il célébrait la messe il était tellement absorbé en Dieu qu'il était contraint de se faire violence pour ne pas s'abandonner à l'extase et au ravissement, afin de pouvoir continuer et achever le
saint sacrifice. Quelquefois il faisait sur lui-même de si violents efforts pour modérer et réprimer les élans de sa ferveur que tout son corps était agité et que Tautel même subissait le contre-coup de ce tremblement.
Dans les dernières années de sa vie il obtint la permission de dire la messe dans un oratoire privé. Là il pouvait s'abandonner librement aux opérations de la grâce et suivre son attrait. Lorsqu'il était arrivé à VÂgnus Dei, le clerc qui le servait se retirait et fermait la porte de la chapelle. An bout de deux heures il revenait et frappait à la dite porte. Si le saint répondait, il entrait pour verser les ablutions; sinon, il allait à ses occupations et ne revenait qu'au son de la clochette qoi le rappelait. Que se passait-il alors entre notre Seigneur et Philippe? Nul ne le saurait dire; seulement, on s'apercevait qu'en descendant de l'autel, il était si défaillant, si épuisé, qu'il semblait sur le point d'expirer.
Mais saint Philippe n'était pas seul à jouir des faveurs attachées à la messe qu'il célébrait : une foule de personnes y furent délivrées, les unes de tentations importunes et sans cesse renaissantes, d'autres, d'afflictions amères et intolérables, plusieurs, de graves infirmités corporelles. Ces guérisons furent tellement nombreuses qu'un juste volume suffirait à peine pour les rapporter en détail. Je me contenterai de raconter un seul fait, peut-être moins connu que plusieurs autres.
Un jeune Israélite, appartenant à une famille des plus riches de la vill& de Rome, fut converti à la vraie foi et baptisé dans l'église de Saint-Pierre. Son père, mécontent de son changement de religion, chercha à le faire revenir au culte judaïque : mab le fils ayant obtenu, à force d'instances, que son père consentit à
faire une visite à saint Philippe de Néri, la douce e^ habile parole du saint porta si bien la conviction dans cette âme, que peu de temps après, le juif embrassa le christianisme. Sa foi fut si sincère et si ardente qu'il vQulut dès ce moment faire les fonctions de Tapostolat. Ayant fait venir auprès de lui ses quatre neveux, qui venaient, jeunes encore, de perdre leur père, il pria saint Philippe de les catéchiser et de leur procurer, comme à lui, le bonheur d'adorer Jésus-Christ. La première fois que le saint vit ces jeunes gens, il leur paria, selon son habitude, avec la plus caressante affabilité, mais sans amener la conversation sur les questions religieuses. Quelques jours après, il les engagea à prier le Dieu d'Abraham,- disaac et de Jacob, et à lui demander la grâce de connaître la vérité, les assurant que le Seigneur ne laisse jamais aucune âme sincère dans les ténèbres de Terreur. Il ajouta qu'il allait faire la même prière, et que le lendemain, à la messe il les recommanderait à Dieu et tâcherait de faire violence au cieL Quand ils se furent retirés il dit aux assistants: c Demain matin, pendant ma messe, ils diront oui. » Le lendemain matin, ils répondirent avec plus d'obstination que jamais, à ceux qui étaient chargés de les instruire, qu'ils voulaient vivre et mourir dans la religion de leurs pères. Mais voilà que tout à coup, au miUeu de cet entretien désespérant, ils s'écrièrent sponlahément tous les quatre qu'ils voulaient être chrétiens, et ils demandèrent instamment le baptême. Leurs catéchistes, stupéfaits d'un changement aussi subit qu'inespéré, firent la remarque que c'était précisément à cette heure que saint Philippe célébrait la messe.
Tandis que ces jeunes convertis^'se livraient à une
étude plus approfondie des dogmes de la religion du Christ^ ponr se préparer au baptême, l*un d*eux fat atteint d*une grosse fièvre, et peu de jours après le mal avait fait de tels progrès que le malade donnait de sérieuses inquiétudes. Saint Philippe, averti du danger, se rendit auprès du jeune homme, et lui posant la main sur le frout, lui dit d'un ton décidé : c Mon fils, je ne veux pas que tu meures; les Juifs diraient que les chrétiens sont cause de ta mort : demain matin faismoi rappeler de te recommander à Dieu en disant la messe. » La nuit fut très-mauvaise, et au point du jour le malade était "à toute extrémité. Un oratorien lui 'demanda sll voulait qu'on rappelât au père Philippe, ses paroles de la veille, c t)ui, oui, répondit-il, allez vite lui dire que je tiens à ce qu'il m'a promis hier, i Le saint, ainsi prévenu du danger de mort imminent ot se trouvait le malade, monte aussitôt à Tautel. La messe était à peine terminée que le moribond se lève et se tient assis sur son lit sain et dispos comme s*il n'eût jamais été malade. Peu de jours après, les quatre frères reçurent le saint baptême des mains du pape Clément VIII dans la basilique de Saint-Jean de Latran.
L'auteur de cette histoire ajoute que, dans ces quatre jeunes Israélites, s'est admirablement vérifiée cette parole de saint Grégoire-le-Grand : c Cette auguste victime a une vertu singulière pour délivrer de la mort étemelle » (Dial. 1. m, c. 57) ; et cette sentence du vénérable Bède : « Ce sacrifice salutaire dpère la rédemption éternelle de l'âme et du corps. » Sacrificium hoc salutare ad redemptionem valet animœ et corporis sempilernam. (Hisl. 1. iv. c. 22).
Vit. S. Philip. AVrt. 1. 1. c. 19.)
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