LE SAINT SACRIFICE CONSERVE LA VIE A ON OUVRIER DANS ONE MINE
Obtulit pro saiute viri hostiam talutarem
« Elle offrit Pouc le salut de son mari
une victime salutaire. » (Il Uacn. m, S).)
Pierre le vénérable, abbé de Cluny, rapporte^ parmi les miracles arrivés de sou temps, ud fait très-mémofable, et qui trouve parfaitement ici sa place, bien qu*il soit allégué aussi en faveur de Taumône.
II y avait, à cette époque, dans un village du nom de Perrière, au diocèse de Grenoble, un ouvrier mineur qui employait ses journées à creuser dans les entrailles de la terre pour en extraire un minerai précieux. Un jour que son âpreté au travail, jointe au désir de découvrir quelque riche vwne ou peut-être un trésor, favait attiré dans les flancs d*une montagne, assez loin de ses compagnons; les coups redoublés qu*il donnait dans la pierre, causèrent un tel ébranlement, qu'un énorme quartier de roche vint, tomber derrière lui, intercepta le peu de lumière du jour dont il jouissait encore dans cet enfoncement et lui ferma abolument toute issue. Il se vit ainsi tout à coup enseveli tout vivant dans un obscur tombeau : il ne pouvait ni avancer ni reculer, ni même appeler au secours^ eût-il eu une voix de stentor^ Son imagination ne lui représen-
Uît qo^une mort plus ou moins lente, que le supplice prolongé de la faim devait amener infailliblement.
Sa femrne, ne le voyant point revenir à Theure ordinaire, prit des informations dès le soir même, auprès des autres ouvriers ; mais ib ne purent lui en donner aneune nouvelle , car ils l'avaient 'perdu tie vue dans le oonrant de la journée. On Ot dans toute la contrée de longues et nombreuses perquisitions, mais elles n'amenèrent ancun résultat satisfaisant. Qès lors, sa femme, le croyant mort par quelque funeste accident, s'appliqua à soulager son âme en faisant dire des messes pour ^i. Elle commença donc à donner un honoraire à an monastère du voisinag<^, aGn qu'un des prêtres acquittât une messe de Requiem pour son pauvre mari : elle fit ensuite brûler un cierge devant une image de la très-sainte Vierge, puis elle distribua aux pauvres nn gros pain. Elle continua de faire ces trois offrandes tous les lundis pendant un an, excepté une semaine où, distraite par des soins domestiques, elle ne songea point à faire célébrer la messe accoutumée.
Dès que le retour de la l^elle saison permit de reprendre les travaux, les mineurs, en poursuivant leurs excavations dans la montagne susmentionnée, arrivèrent bientôt à Tendroit précis où avait eu lieu l'éboulement Tannée précédente. Leur infortuné compagnon, qui était encore plein de vie, entendant les coups que les trav^lleurs donnaient dans le rocher, cria d'une voit rauque et bien faible qu'on vînt à son secours. Les ouvriers, étoqnés, plus qu'on ne le saurait dire, d'entendre une espèce de voix humaine sortir du flanc de la montagne, ne savaient qu'en penser ; ils se regardaient les uns les avtres, muets et 5aisis dVf^
froi. Les mêmes cris ayant été répétés, ils prêtèrent uoa oreille attentive et reconnurent clairement les cris d'une personne qui réclamait une prompte assistatîce. Sans Vamuser à discourir surllmpossibilité qu'une créature humaine eût pu être ainsi enfermée dans le sein d'une montagne qui ne présentait aucune ouverture, ils se remettent incontinent au travail avec un empressement et des efforts in(^îs, et comme ils étaient nombreux, la roche qui était devant eux fut bientôt brisée. Un spectacle émouvant s'off^rit alors à leurs regards étonnés et curieux de connaître ce qui les préoccupait si vivement : ils aperçurent une caverne profonde, et au fond leurs infortuné compagnon que tous- croyaient mort. Mais, en le retrouvant plein de vie et de santé, leur joie fut aussi vive que leurs angoisses avaient été navrantes, lis se jetèrent à son cou et le comblèrent de caresses et de félicitations ;: puis^ sans perdre de temps, ils remmenèrent a sa maison, en faisant retentir les airs de chants d'allégresse. Sa femme, en le revoyant, pensa mourir de joie, bien qu'elle ne sût pas encore l'espèce de mystère qui avait conservé la vieïi son mari. Le bruit de cette conservation et de cette délivrance miraculeuses se répandit comme un éclair dans toute la contrée, et chacun voulut voir et congratuler celui qui semblait être revenu de la mort à la vie ; tous voulurent connaître son histoire et entendre de sa bouche le récit des merveilles dont il avait été l'objet. L'heureux reclus de la montagne se rendit volontiers à lenrs désirs empressés, et raconta ainsf ce qui lui était arrivé,
a J'étais depuis de longues heures comme, enseveli derrière cet énorme quartier de roche que vous connais>ez, vous, mes compagnons et mes sauveurs i il mb
serait impossible de compter aa juste les jours et les heures, puisque j'étais entièrement privé de la lumière du jour: mab letemps me paraissait bien long. J'étais ainsi dans Tangoisse et le désespoir, m'attendant à terminer mon existence dans Thorrible tourment de la faim, lorsque vint se présenter à moi un jeune hommd d'un visage affable et d'une beauté ravissante. Il portait à la main un flambeau allumé, qu'il Ûxa à la paroi do rocher ; il tenait dans l'autre main un pain d'une bonne mesure, qull déposa devant moi, en me disant de m'en nourrir et d'avoir bonne espérance, puis il disparut. Huit jours après, autant que je pub le conjecturer, car je n'avab aucum moyen de mesurer le temp^, comme j'étais sur le point de manquer de pain et de lumière, mon charitable visiteur reparut à mes yeux et renouvela la provbion de Tun et de l'autre. Et, pour ne pas vous fatiguer par des répétitions inutiles, il est ainsi revenu me trouver cinquante-deux fois à des intervalles de temps qui m'ont semblé de la même longueur. Une seule fob il ne revint pas à Tépoque accoutumée et me laissa ainsi dans les ténèbres et dans la pénurie d'aliment, dont toutefob je souffrab assez peu : mais depub il fut très-exact à m'assister régulièrement, comme il avait commencé. Telle a été ma vie pendant ce long séjour dans ce tombeau anticipé. Maintenant je ne puis assez bénir et remercier le bon Dieu de s'être montré si libéral envers moi et de m'avoir préservé si merveilleusement d'une mort aussi épouvantable que certaine. Vous tous qui êtes ici présents, joignez-vous à moi pour m'aider à reconnaître tant de bienfaits de la divine Providence, i Ce récit plongea tous les assistants dans Tadmiiation
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et ils louaient le Seigneur d'avoir secouru cet iiomiue par des moyens si étonnants. Sa femme et ceux qui avaient eu connaissance de ce qu'elle avait fait pour le soulagement de son mari, reconnurent aisément que la miraculeuse assistance que celui-ci avait reçue durant sa réclusion dans la naontagne répondait précisément aux offrandes de la messe, du pain et du cierge, qu'elle faisait chaque semaine à son intention, et qu'un ange du Seigneur, par la vertu du divin sacrifice, transmettait dans sa prison ce qui était destiné à le nourrir et à l'éclairer. S'il en fut privé durant une semaine, c'est que, en ce même temps, comme on l'a vu, son épouse^ avait oublié de faire ses trois oblations.
C'est donc avec grande raison que saint Laurent Jostinien s'écriait : t Au moment de l'oblation sacrée, les deux s'ouvrent, les anges admirent, les captifs sont visités,, les chaînes sont brisées.* » In sacrœ oblationis kora aperiuntur cœti, miratUur àngeli, captivi visitât^ tur, campedili soivmUur. {Ser, de corp. Christi).
(Pethus VfiiffcaA^., Mirac. 1. ii, mir. 2),
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ÀCVM MERVEILLE.