‹ Les Merveilles Divines dans la Sainte EucharistieChapitre 23 sur 35 · ADMIRABLES CONVERSIONS DE MAUVAIS PRÊTRES · texte numérisé non relu

ADMIRABLES CONVERSIONS DE MAUVAIS PRÊTRES

SatêrëHtà fi, Domitte ^imJumUmr jttt' titiam.

m Qae vos prêtres, Seigoear, se révèlent de justice. » (Ps. czxtii,9).

Les prêtres doirent célâ)rer soayent la sainte messe, car € ils sont établis par Diea pour offrir le sacrifice. • Sacerdos camtUuUur in iis quœ surit ad Deum, ut offerat dona et saerifida, noas dit saint Paul dans son épître aux Hébreux. Cëst par roblaiion 4a sacrifice principalement que Ton est, pour ainsi dire , en mesure de procurer d'une manière très-effîcafce la gloire de Dieu et le salut du monde. Le. bon prêtre, même celui qui n*a point charge d'âmes, doit donc monter tous les jours à Tadtel, pour peu qu'il ait dans son cœur de zèle et d'amour pour Dieu et pour les âmes. C'est d'ailleurs le désir formel de l'Eglise, exprimé en tant d'endroits par la voix infaillible des docteurs et des meilleurs théologiens. On sait aussi qu'elle exige l'bltlation quotidienne de l'auguste sacrifice de nos autels dans les prêtres qu'elle se propose d'élever aux honneurs du culte public. En effet, c le prêtre qui célèbre, t nous dit le pieux Thomas-à-Kempis (ImU* l. ii), c glorifie Dieu, réjouit les anges, édifie l'Eglise, aide les vivants, procure aux morts le repos éternel, et se rend lui-même partici-

pant de tous les biens. » D'où il suit nécessairement que le prêtre qui ne célèbre point ou qui célèbre mal prive la très-sainte Trinité de la gloire qui lui est due par le sacrifice, de même qull dérobe aux. trois Eglises, triomphante, militante et souffrante, les biens et les avantages^ immenses qu^elles avaient droit d^attendre de son ministère h Tautel. En parlant ainsi, nous n'avons nullement Tintêntion d'assimiler le prêtre qui s'abstient de dire la messe à celui qui la célèbre indignement; car, si le premier peut être taxé de négligence et de tiédeur , l'autre en célébrant commet un sacrilège si horrible , que la seule pensée de ce crime monstrueux devrait nous faire frémir. Et malheureusement rhistoire atteste que trop souvent, hélas I notamment dans les temps de révchitions, la sainte messe, où s'immole l'agneau sans tache, le fils du Dieu de toute sainteté, a été célébrée, profanée par des prêtres indignes. Et cependant notre Père céleste, bien qu'infiniment offensé de si odieuses scélératesses, a su trouver, dans les trésors de sa miséricordieuse bonté, des ressources pour faire rentrer dans les voies de la justice des prêtre^ si pervers. Nous citerons seulemept quelques faits de ce genre^ afin de faire glorifier son amour paternel pour les hommes ; mais sans entrer dans les détails , de pareilles matières ne doivent être touchées que légèrement et comme en passant.

H y avait à Naples, dans le monastère dit de Sainte- Catherine de Sienne, de l'ordre de Saint-Dominique, nne religieuse d'une sainteté éminente , nommée sœur Paule de Sainte-Thérèse. Avant son entrée dans le couivent, comme elle entendait un jour la messe, elle vit, au moment de l'élévation , l'hostie noircie, difforme et

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couverte de taches. A cette vue elle fut saisie d*horrear et se mit à trembler de tous ses membres , d'autant qu'elle connut par révélation te mauvais état de la conscience du prêtre qui célébrait. Se sentant aussitôt enflammée du zèle de la charité, elle supplia la divine miséricorde de convertir ce pécheur sacrilège*. Le Seigneur, qui ne savait rien réfuser à la prière de sa servante, lui inspira la pensée dé faire à ce malheureox prêtre une charitable admonition.

Lorsqu'il sortit de la sacristie, elle s'approcha de loi et le pria humblement de Tenteudre en un lieu retiré, parce qu'elle avait quelque chose à lui dire confidentiellement pour son propre avantage. Lorsqu'ils furent seuls, elle commença^par lui faire des excuses, si elle, pauvre femme, osait donner des avis à un prêtre du Très-Haut, l'assurant ^u'en tout ce qu'elle avait i lui dire, elle n'était mue que par la grande charité qu'elle avait pour son âme, et que du reste il verrait lui-même qu'il ne s'agissait que de ses vrais intérêts, c Sachez donc, ajouta-t-elle , que Dieu m'a révélé le mauvais état dans lequel se trouve présentement votre âme pour tels et tels péchés. Ldrsque vous éleviez l'hostie pour la faire adorer^dn peuple, je l'ai vue toute difforme et couverte de taches noires. Cette vision me remplit d'horreur, au point que mon sang se glaça dans mes veines. Comment avez- vous osé monter an saint autel Pâme ainsi souillée? Vous n'ignoriez pas cependant quelle pureté est requise dans un prêtre qui dmt toucher de ses mains et introduire dans sa poitrine le Fils de Dieu, le fils de la' Vierge immaculée : elle doit égaler la pureté des chérubins et des séraphins qui entoui^ent le trûn^ du Dieu trois fois saink Oh ! je tous

en conjure, allez vite purifier votre âme par une bonne confession, afin d'éviter la peine terrible que vous méritez et qui est suspendue sur votre tête si vous ne vou? hâtez d'apaiser le juste juge des vivants et des morts, • que vous avez tant outra.é<é et méprisé, et dont l'éternelle sentence est irrévocable. » La servante de Dieu n« put continuer sen exhortation, ses yeux étaient comnio deux sources de larmes, et les sanglots la suffoquaient. ■I^ malheureux prêtre, d'abord étonné que cette femme eût eu connaissance de l'état de 'son âme, en fut tout interdit, et la pâleur couvrit son visage. 11 fut surtout atterré quand elle lui parla des taches qu'elle avait aperçues sur Thostie, car il comprit que cette noirceur et ceift difformité provenaient du contact de ses mains impures.. Il reconnut humblement et sans déguisement que ce que la servante de Dieu lui disait était véritable; puisMl ajouta que le matin, dans le dessein de ne point commettre un nouveau sacrilège, il avait bien fait toutes les cérémonies de la messe, mais sans intention de consacrer réellement. Aveugle et insensé qu'il était, il c'avait pas fait réflexion que le remède était pire que le mal, en faisant adorer aux fidèles un simple morceau de pain, et leur fournissant ainsi l'occasion de faire un acte matériel d'idolâtrie 1 Mais la grâce avait parlé à son cœur par la bouche de la servante de Dieu, et il y fut ûûèle ; car il éprouva aussitôt de vifs sentiments de c&mpoDciion, et se jetant à genoux tourné vers le tabernade, il ai-rosa le pavé de ses larmes, demanda pardon à Dieu de tout son coeur de tant et si graves péchés Vlont il s'était rendu coupable. Il remercia ensuite sa pieuse bienfaitrice des charitables avis qu'elle lui avait donnés^ et la pria avec les dIus vives instances de l'aider

par ses prières tfDprès de Diea, afin qa'il pût mener une vie toute nouvelle, après une sincère confession générale qo'il voulut faire tout de suite; enGn, il lui promit de ne point monter à Faute! avant qu^il eût expié ses forfaits par une longue et rude pénitence.

Le démoB, furieux de cette conversion, qu'il eût voulu à tout prix empêcher, jura de s^en venger sur la servante de Dieu par de cuisantes peines d'esprit et de corps. D'abord il se présenta à elle sous la forme d'un vénérable prêtre, un jour qu elle se préparait pour recevoir la sainte communion, et lui reprocha aigre* ment sa hardiesse téméraire d'oser, pleine de p^és comme elle était, recevoir si souvent dans son âme Tagneau sans tache, action sainte qui exige une pureté angélique. Ces paroles la remplirent de terreur et lui causèrent une profonde tristesse. Mais aussitôt après la disparition du fantôme, son ange gardien se montra à elle sous la figure d'un très-bel enfant et répandit dans son âme les plus douces consolations. Il Texhorta à s'unir le plus qu'elle pourrait à son divin époux dans la sainte Eucharistie, l'assurant qu'elle ne pouvait procurer plus de joie à ce bon Sauveur dont les délices sont de se trouver avec les enfants des hommes. Le diable, n'ayant pu la porter au mal par des peines intérieures, l'affligea d'infirmités, dans le dessein de Tempécher d'assister au saint sacrifice. Mais Dieu, qui connaissait l'ardeur de ses désirs, daigna la consoler par de merveilleuses faveurs. Un jour qu'elle était retenue sur sa couche par des infirmités, elle entendit sonner le Sanctus dans l'église de Saint-Pierre martyr, voisine de sa maison : elle éprouva en même temps un grand désir de voir l'élévation de la sainte hostie, afin de l'adorer, i

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pdDe avait-elle formé ce désir qu'il se fit dans le mur de sa chambre une large ouverture, à travers laquelle elle put, an grand contentement de son âme, apercevoir et révérer le bien-aimé de son cœur, lorsque le prêtre réleva pour le faire adorer des assistants.

(D. MARCiiEsiuSf Diar. Dorminic. 7 jan).

XCVll» MERVEILLE.

UËUE SUJET.

Mundamini, qui ferti* vota Domini. « Soyez purs, vous qui portez les vases da Seigneur. (Is. ui, 24).

Jésus-Christ est la splendeur de la lumière étemelle, un miroir sans tache, le lis de la pureté : il ne se plaît, .par conséquent, qu'au milieu des ]\s,Pascitur inter lilia, et dans les cœurs purs, et il a une souveraine horreur pour tout ce qui peut ternir la vertu angélique, comrme il Ta quelquefois démontré par des exemples terribles.

Un prêtre français se rendant, la veille de Noël, dans

un village pour y célébrer les matines et les trois messes

propres à cette grande solennité, céda à une violente

tentation d*impureté. Mais, comme il redoutait moins

la justice divine que le respect humain, il chante les

matines et commence la messe solennelle de minuit.

Après qall eut fait l'élévation, une blanche colombe

descendit sur Tautel, et, mettant son bec dans le calice

!)at tout le prâdeax sang qu*il contenait, puis elle prit

révéreminent la sainte hostie et s'éloigna d'an vol rapide. Je laisse au lecteur à penser quel fut rétonnement du prêtre qui se voyait enlever les saints mystères qa*i) venait de consacrer. Il réfléchit qudques instants sur <se qu^il devait faire : mais, stimulé par la crainte de rinfamie si les fidèles venaient à s'apercevoir de ce fait prodigieux, il résolut de continuer le sacrifice, comme ^i rien ne fût arrivé, il fit méttie semhlant de communier sous les deux espèces. Là ne s'arrêta point sa sacn< lége audace, et au lieu d'être saisi d'épouvante en voyant dbparaitre le corps et le s«)g du Sauveur, il s'endurcit de plus en plus danale mal, et il osa célébrer la seconde et la troisième messe, car il avait grand' peur qu'on ne vint à découvrir le triste état de sa conscience. Mais Dieu, qui ne voulut pas permettre que le téméraire reçût le Saint des saints dans son ^e immonde et scélérate, envoya du ciel, à la seconde et à la troisième messe, la même colombe pour enlever, comme à la première, les mystères sacrés. ^

Mais le Seigneur, dont la miséricorde est infinie, regarda en pitié ce misérable prêtre, et lui inspira* des sentiments de componction. En effet, à peine avait-il achevé sa troisième messe, qu'il se mit à réfléchir sur les formidables miracles qui s'étaient opérés sous ses yeux,'et il reconnut humblement qu'ils étaient unejuste punition de ses énormes péchés. Il alla aussitôt trouver l'abbé d'unrmonastère voisin et lui fit, avec beaucoup de larmes, une confession sincère de toutes ses fautes et de ses sacrilèges, puis il lui raconta comment les saintes espèces avaient disparu. Le confesseur, vqyant les grands sentiments de contrition et de repentir dont il était animé, lui donna sur-le-champ l'absolution et lui

imposa uoe pëoitence proportionoée à ses crimes. Après quoi, comme inspiré d'en haut, il lui ordonna derredire les trois messes de la fête de Noël. L'humble pénitent obéit, bien qu'en tremblant et avec de grands battements de cœur. Mais quand il fut sur le point de prononcer les paroles de la consécration, il vit de nouveau apparaître sur l'autel la blanche colombe tenant dans son bec les trois hosties qu'elle avait enlevées, et, après les avoir déposées sur l'autel, elle versa dans le calice tout le précieux sang qu'elle avait bu aux* trois messes précédentes. A cette vue sa tristesse se changea en joie, parce qu'il reconnut par là que le Seigneur lui avait remis, ses iniquités. Mais il ne consomma qu'une des hosties et ne prit qu'une partie du précieux sang, réservant le reste comme témoignage du miracle qui s'était opéré. Aussitôt après il retourna chez l'abbé son^ confesseur et lui raconta avec des larmes de joie la faveur insigne dont il avait été l'objet. Son cœur surabondait d'allégresse et de reconnaissance : mais ces heureux sentiments étaient tempérés par la crainte de nouvelles rechutes. 11 prit donc le parti, le plus sage et le plus sûr pour lui, de se dévoner tout entier au Seigneur et do quitter le monde pour embrasser la vie religieuse dans Tordre auquel appartenait l'abbé qui avait été le dépositaire de ses secrets de conscience. Peu de jours après il reçut le saint habit de cette religion, et vécut toujours depuis lors comme un saint. Bien des années après il< mourut comme il avait vécu.

(J. Passavarti, Spec. ver. pœnit, diat. v, c. 4).

'370 XCVlll* MSAVEILLB.

XCVIII» MERVEILLB.

CIATXUENT DES DISTRACTIONS DURANT LA MESSB.

Ualfdtnméiuifatit opu» oeimgugentrr a Maadll celai qui fait Pcenvre de Dieu négligemment. » {Su. zltiii, 1 0).

Je nMgpore pas que la Vulgate porte, dans le texte sas allégué, fraudulenter au lieu de negligenter ; mais ce dernier mot est le plus usité ; d'ailleurs, il y a toujours une espèce de fraude en ce qu*oa fait pour Dieu avec négligence, car on enlève alors à Dieu ce qu'il a droit d'attendre de nous, l'attention et l'activité dans le culte qu'on lui rend. Mais, si les distractions et la négligence sont réprébensibles dans le service du souverain Maître, combien sont-elles encore plus(* condamnables dans l'assistance à la sainte messe 1

Une dame de haut parage avait résolu et promis à Dieu d'entendre, dans le cours de l'année, nn certain nombre de messes, soit pour remercier le Seigneur des grâces qu'elle avait reçues de sa bonté, soit pour lui en demandA" de nouvelles. Comme elle demeurait assez loin de TégUse, dès qu'elle entendait sonner la messe elle quittait tout et s'acheminait vers l'église, quelque temps qu'il ftt : ni la chaleur, ni le vent, ni la pluie, ni la neige ne pouvaient l'arrêter. Quand elle était rentrée dans sa maison, elle déposait, chaque fob, une fève dans, un petit vase, aOn de s'assurer du nombre de

messes qu*elle avait entendues et aniquelles elle s'était fihWgée.

Au bout de Tannée, persuadée qu'elle a complètement acquitté sa promesse, et se réjouissant d'avance dans ia pensée qu^elIe a beaucoup honoré Dieu et q»ielle a acquis elle-même bien des mérites, elfe va ouvrir le petit vase dépositaire de ses fèves. Grand fut son étonneinent et son désappointement lorsqu'elle n'en aperçut qu'une seule au fond du vase; et cependant personne n'avait connaissance de ce dépôt, et ni insectes ni animaux quelconques n'avaient pu s'introduire dans un vase solide et toujours fermé. Dans sa douleur elle se jette à genoux et dit au Seigneur : * mon Dieu, comment se fait-il que, de tant de messes auxquelles j'ai assisté, une seule se trouve ainsi marquée ? Je n'ai cependant jamais manqué de m'y rendre, malgré les incommodités de la route, bravant les intempéries des saisons, tant j'avars à cœur de remplir ma promesse. » En terminant sa prière, elle se sentit inspirée d'aller demander conseil à un prêtre sage et pieux de sa connaissance. Celui-ci lui demanda tout d'abord de quelle manière elle se conduisait en se rendant à Téglise et quels étaient ses pensées, ses sentiments en assistant au saint sacrifice. Elle lui avoua qu'en allant à l'église il lui arrivait presque toujours de tenir, avec les personnes qui l'accompagnaient, des discours frivoles tantôt sur une chose et tantôt sur une autre, et que pendant la messe elle se permettait aussi de parler même de choses futiles, ou bien elle laissait son esprit et son cœur s'égarer sur mille sujets divers, sans chercher à se tenir dans le recueillement. < Et voilà précisément, lui répondit le prêtre, la raison pourquoi vous avez perdu tant de messes : les

distra4!tions et vos jaseries, si déplacées du reste dans le liea saint, vous en ont enlevé tout le mérite. Le démo» les a notées, lui, et, si vous ne vous repentez, il vous les représentera an moment de votre mort. Votre bon aoge, an contraire, n'a pu marquer qu'une messe sur plus de trois cents peut-être tnal entendues, parce que sans doute vous aviez assbté à celle-ci avec les dispositions requises. » On voit datrement que Fassistanc^ au sacrifice de la messe n'est d'aucun mérite devant Dieo si on n'y apporte, les sentiments de foi et de piété qu'il exige avec tant de justice, comme le fait remarquer saint Grégoire commentant ces paroles d'un prophète : Qui €onfregavil mercedes, misit eas in sacculum pertusum. c Celui qui amasse des marchandises les met dans un «ac percé. » (Agg. i, 6).

(Mattbiol. Stlv. Htst. et N. LAcrs, Mirac. SS. Sacram. tr. vi, c. 69).

DANS LE SACRIFICE DE LA UESSE LA DIVINE GRACE SE COI- MONIQUE AD PRÊTRE SELON SES PROPRES DISPOSITIONS.

Cnm saneto ttuutui erU.

Di«u, M vous serez saint aTCC celui qui est saint. » (Ps. xtii).

Combien il est à désirer que tous les prêtres com* prennent bien et pratiquent encore mieux la grave admonition que leur adresse le saint concile de Trente,

de faire tout ce qui dépend d'eux pour offrir le divin sacrifice, non-seulement avec une grandç pureté de cœur, mais encore avec beaucoup de piété et un maintien extérieur qui édifie I Omnem opérant ac diligentiam in eo ponendam esse» ut quanta maxima fieri potest interiori cordis munditia et puritate, atque exteriori devotionis ûc pietatis spede peragatur {sacrificium), (Sess. XXII, de celebr, miss).

Le vénérable Alexandre Sauli pratiqua admirablement ce précepte. Il fut d'abord clerc régulier dit de Saint-Paul, puis évêqùe de Pavie : dans Tun et l'autre état il fut un modèle de sainteté. Dès son noviciat ii assistait à la messe avec tant de révérence et de dévotion, que son exemple entraînait les autres et leur inspirait des sentiments analogues. Un jour quil se préparait pour la -communion, on vit sortir de sa poitrine une belle ûamme qui se dirigea vers le tabernacle : figure expressive de son ardent amour pour l'adorable Eucharistie. Lorsque les supérieurs' lui dirent de se disposer à recevoir la prêtrise, dont il se réputait fort indigne, il se jeta à genoux et fit, avec larmes j les plus vives instances pour éviter cette charge et cet honneur. Mais comme il ne put rien obtenir, il se disposa à l'ordination, durant un long espace de temps, par des mortifications de tous genres, par la prière et la méditation. Aussi lorsqu'il reçut l'ordre de la prêtrise. Dieu le remplit de si grandes consolations, que, son cœur i\e pouvant les contenir, elles rejaillissaient jusque dans l'âme de l'évêque, qui, en €e moment, éprouva une joie extraordinaire dont il ne pouvait se rendre compte. La même chose eut heu ^ lors de sa promotion à la dignité épisocopale : car dans la cérémonie du sacre»

que loi conféra le saint cardinal Charles Borromée, H s^établit intérieurement dans leurs âmes une correspondance intime, tant pour la conformité dt sentiments et d'affection que pour la ressemblance de leurs vertus el de leurs œuvres.

Lorsqu'il voulut céléBrer sa première messe, il s'y disposa par une pureté angélique et par un amour digne d'oi\ séraphin. Et Dieu, qui ne se laisse jfimais vaincre en générosité, pour le récompenser de ces admirables dispositions, hélas I trop rares et dans ceux qui célèbrent et dans ceux qui communient, répandit alors dans son âme une telle plénitude des grâces les plus suaves, qu'il lui sembla que son âme était en paradis : son cœur fut inondé de telles délices, son esprit fut illuminé de lumières surnaturelles si vives, qu'il lai semblait voir de ses yeux et toucher de ses mains ce que la foi nous enseigne être contenu dans les mystères sacrés; de sorte qu'il aurait pu dire comme un digne évêque de nos jours (M. de Hercé, évéque de Nantes) : « Je ne crois pas, je vois. » Son visage était tout rayennaïit, et de douces larmes de dévotion s'échappaient de ses yeux. Les assistants témoins de ces merveilles, se sentirent eux-mêmes, plus ou moins, remplis de consolations intérieures, et en voyant les pleurs du nouveau prêtre, ils ne purent retenir leurs larmes.

On voit souvent des arbrisseaux donner, an printemps, de beaux bourgeons, suivis de jolis fleurs; pois peu à peu leur feuillage même se flétrit et ils se dessèchent entièrement, sans avoir donné de fruits. C'est mal* heureusement l'image de beaucoup de prêtres : pleins de ferveur après leur ordination, peu à peu ils tombent dans la routine de la négligence, et oassent leur m

Sans produire des fruits de salut Di pour les autres ni pour enx-mtoes. Il n'en fut pas ainsi d'Alexandre Sauli;les saintes dispositions qu'il apporta à la célébralion de sa première messe, il les conserva durant tout le cours de sa vie, ou plutôt elles ne Grent que s'accroître de jour en jour, elles lui devinrent comme naturelles. Non content de la préparation habituelle à la messe^ qui consiste dans l'innocence d'une vie vertueuse, tous les matins il passait un temps considérable à se préparer au Saint sacrifie^ qu'il devait offrir, en excitant dans son âme les sentiments de foi, d'espérance, de charité, de componction et d'humilité et en récitant de ferventes prières. Et le Seigneur, qui agréait ces dispositions de son serviteur, le comblait, en retour, de ses plus admirables faveurs : le saint prêtre était souvent ravi en extase en offrant le saint sacrifice, et il passait un temps considérable dans la jouissance des ineffables délices dont son- âme était alors inondée. Cet heureux état lui devint tellement habituel qu'il pria un de ses confrères, confident de ses pensées intimes, de l'assister à la messe et de le rappeler à ses sens lorsqu'il le verrait trop longtemps absorbé dans les douceurs de la contemplation. D'autres fois il entendait, et les assistants entendaient comme lui, la plus suaye mélodie des esprits bienheureux, qui dans un doux concert de voix et dlnstruments célébraient les louanges divines.

Lorsqu'il fut évoque, il veilla avec grand soin à ce que les prêtres de son diocèse célébrassent la sainte messe avec piété, et avec une exactitude scrupuleuse quant à l'observation des rites et des rubriques. Pour cet effet, il les faisait venir, en plus ou moins grand nombre, dans son palais épiscopal, où ils étaient héber-

gés à ses frais, et les exerçait lui-même dans toutes I« fonctioas du mioistëre ecclésiastique , et particulièrement dans les cérémonies de la messe. Il avait une si haute idée de la dignité sacerdotale qu'il ne souffrait pas que ses prêtres se livrassent, pour vivre, à des travaux profanes ou mécaniques ; il aimait mieux faire une peusion à ceux qui manquaient du nécesaire. (P. Gallicios» Vit' y. Alex. Sauii,!. r^ni).

LE PRÊTRE DOrr PRÉFÉRER LE COLTE DD SEIGNEUR AUX VOLONTÉS D*UN ROL

Obedire oportet Dto magit quam hominibui.

« II faut obéir à Dieu plutôt qu^aux hommes. » (âgt. T, S9).

Saint Ambroise avait une si haute idée de la dignité des prêtres, et des clercs en général, qu'un jour de grande solennité Fempereur Théodose ayant pris place dans le chœur pour entendre la messe, il ne craignit pas de lui envoyer dire par un de ses ministres inférieurs que ce n'était pas là sa place et qu'il devait la quitter immédiatement, car elle appartenait aux ministres de l'autel ; et il ajouta ces paroles remarquables : c La pourpre peut bien faire un empereur, elle ne fera jamais un prêtre. » Et le grand empereur s'empressa d'obtempérer à l'injonction de l'archevêque, alléguant

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toutefois pour excuse qu'il n'avait fait que suivre Tusagc de réglise de CoDstanÛnople.

Nous Hsons aussi que,* au moment de célébrer soloinellement le jour de la fête de la Pentecôte, saisi Donstan, archevêque de Cantorbéry, fit déclarer au roi Ëdgard que, s'il ne promettait d'exécuter de snite un acte de justice qu'il différait depuis quelque temps, il n'ofifrirait point à Dieu, en ce jour solennel, le divin sacrifice pour la prospérité du royaume. Le roi, qui connaissait la fermeté du saint prélat, donna sa parole royale qu'il allait lui obéir aussitôt.

Ce fut en suite d'un avertissement merveilleui que saint Dunstan forma la résolution de montrer du courage en pareilles circonstances. Un jour de dimaiche le même roi Edgard lui fit dire qu'il désirait vivement assister à sa messe. Le saint se mit à genoux sur les marches de l'autel pour faire sa préparation, en attendant l'arrivée du monarque. Sa prière fut si fervente qu'il fut ravi en extase, et il lui sembla entendre un chœur d'anges qui chantaient très-suavement le Kyrie eleison, comme on le fait après l'introït d'une messe solennelle. Lorsqu'il revint à lui, il demaada si le roi était arrivé, et comme on lui répondit qu'il n'avait pas encore quitté son palais, il reprit son oraison avec une noQvelie ferveur. Peu de temps après, il eatendit de nouveau ies anges qui chantaient Vite missa est, et d'aAitres qui répondaient Deo gratias, \jd pieux archevêque comprit aussitôt que Dieu avait voulu par là lui faire entendre qu'il n'était pas convenable de dilférer l'heure ée la messe, même pour obliger un roi, quelles loe fussent ses instances, pwroe que c'était méconnaître A sttMinM «dignité du sacrifiae de nos autels , préférer M. s. K.

en qadque sorte rhomme à Diea, et donner aa peuple des sujets d'ennui et de murnxure. Aussi, peu d'instants après cette admonition céleste, le saint apprenant que le roi approchait de Téglise, il lui envoya dire qu'il ne voulait pascélébrer ce jour-là. Le prince témoignant de la surprise de cette conduite, Dunstan Talla Couver, puis, le tirant à part, il lui raconta ce qu'il avait vu et entendu lorsqu'il était en prières pour se préparera célébrer le saint sacrifice. Il prit de là occasion d'admonester le monarque at de l'exhorter fortement à ne plus aller à la chasse avant d'avoir entendu la messe. Car, ajouta-t-il , t les devoirs religieux doivent toujours avoir la préférence sur les divertissements même permis. »

L'exemple du saint archevêque trouva un imitateur dans un autre prélat d'une haute vertu, Jean Pierre CarafTa, de l'ordre des Théatins, qui, après avoir rempli les fonctions de légat apostolique à la cour d'Angleterre, se rendit en Espagne avec Charles V, qui l'établit préfet de la chapelle royale. Lorsqu'il remplissait le saint ministère, il fit une grande et belle action digne d'être comptée parmi les merveilles. — Un jour qu'il s'habillait pour offrir le saint sacrifice, survint un page qui lui dit de la part du monarque de ne pas commencer la messe jusqu'à ce que le prince, retenu dans son palais par des affaires importantes, fût arrivé à l'église. A une telle intimation, le prêtre demeura qudqaes instants indécis sur ce qu'il devait faire en cette circonstance : mais aussitôt, transporté d'un saint zèle, il répondit au messager du prince : i 11 est trop tard pour m'ordenner d'attendre , parce que les ornements sacrés dont je suis revêtu, les augustes fonctions que je

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▼aî^ remplir, m'ont soustrait à toute juridiction humaine et civile. D'ailleurs il vaut mieux qu'un roi de la terre attende que le roi du ciel. Allez donc dire à votre semeur et maître que le prêtre est un seigneur, lui aussi, et que, du reste, après la messe, Jean Pierre sera son serviteur pour lui obéir. » Charles, qui avait sucé avec le lait maternel la pié^ et la révérence que les princes de la maison d'Autriche ont toujours témoignée envers la sainte Eucharistie, non-seulement ne s'offensa point de la réponse de son chapelain, mais U l'en félicita, et il se réjouissait d'avoir, à sa cour, un prêtre supérienr aui monarques. Or, dites-moi, lecteur, ce que vous admirez le plus, de la magnanimité de ce prêtre, vraiment digne du trirègne (la tiare) du monde catholique, qui, effectivement, plus tard, orna son dief, ou de la piété sincère de ce roi qui donna des éloges à la conduite de ce prêtre, et qui mérita aussi d'échanger la couronne royale, qu'il portait alors, contre le diadème impérial, qu'il reçut d'un autre pontife romain. Fasse le Ciel que jamais les prêtres n'avilissent leur sublime dignité en se rendant les esclaves des grands, et que cefux-ci apprennent à leur tour, à révérer les ministres du Très-Haut I » Le prêtre, dit saint Jean Chrysostôme, est beaucoup plus honorable qu'un roi : en effet, lorsqu'il s'agit des biens célestes (les seuls vrais biens), c'est le monarque qui recourt au ministre du Seigneur, et non pas le prêtre au roi. » Sacerdos est rege multo honoratior : nam, si de bonis cœlestihm agilur, rex ad sacerdotém, non sacerdos ad regem confugère solet. {HomiL m ad pop, Antioch).

Sdrics, 19 paaii, Vit. S. Dunst, Castoldcs Vit, \ Pauli lY, cl)

S80 Cl* MERVEILLE.

CUÉBIâONS MEaVEILLEOSES OPÉRÉES PAR L*OBLATIOiV DU SAINT SACRIFICE.

SmrdM ftit mttdHrt, et mmfs têqui.

« Il a fait enieodre les sourds et parkr les muets. » (Marc, vu, 37).

L'al:^ PoDce avait imposé à ses religieux, à certaines époques de Faunée plus solennelles, Texacte observatioa d*un silence absokiî 8r, il arriva que Tun d'eux, transgressant cet ordre si formel, prononça quelques paroles. L'abbé ayant eu connaissance de cette infraction , fit une verte semonce au délinquant, et lui ordonna de se taire à Faveoir. Chose étonnante I Depuis ce moment le religieux demeura tellement muet qu'il ne pouvait même prononcer une parole, et il parvenait à grande peine à se faire comprendre par des signes. Il vécut assez longtemps dans cet état de mutisme absolu. Enfin, le jour de Pâques, Fabbé Ponce célébrant la messe solennelle, obtint par la vertu du saint sacriflce que la parole fût rendue à son moine. En effet, lorsqu'il se tourna vers l'assemblée pour dire Dominus vobiscum, la religieux muet sentit sa langue se délier et répondit distinctement : Et cum spiritu tito, comme les autres. Depuis, il continua de jouir du bienfait de la parole*, mais il en usait avec tant de modestie et de réserves qu'il ne lui arriva plus de rompre le silence prescrit.

Non molDS étooDante fut la grâce qae reçut la bienheureuse Aldobrandesca, religieuse de Tordre des Humiliés. Elle avait perdu un œil, et elle éprouvait néanmoins de cuisantes douleurs à la place qu*il avait occapé. Comme elle suppliait la divine Providence de lui prœurer du soulagement, elle se sentit inspirée de se transporter immédiatement dans la ville de Sienne, où elle devait trouver le remède à son mal. En y arrivant, elle se rendit directement à l'église pour y révérer, selon sa coutume, le très-saint Sacrement. Par une heureuse rencontre, elle vit un prêtre qui célébrait la messe, et se mit à genoux pour Fenlendre. Quand il fut arrivé au moment de la communion, en remuant le calice il hôfisa tomber sur la. patène, sans s'en apercevoir, une goutte du prédeux sang. Mais Ja bienheureuse, bi«a qu'éloignée de l'autel, remarqua l'accident par une lumière surnaturelle. Lorsque le prêtre voulut «ouvrir le calice après les aUutions, il aperçut alors la geuttedtt sang de Jésus -Christ sur la patène, et se mit aussitôt en devoir de la prendre fort respectueusement avec la langue. Au même instant, on vit, à la grande surprise du prêtre et des assistasts, sortir de la place où était tombée cette goutte un rayon de lamière très-écla^ tant qui alla, en droite ëgne, frapper le front de la servante de Dieu, qui isfiontinent se trouva si bien guérie de son mal, que non-seidement la douleitr disparut, n»ais l'œil malade recouvra Tusage de la lumière de telle façon qu'elle voyait beaucoup mieux de cet œil que de l'autre.

Dh mutisme et de la eécilé partielle passons à la surdité d'une vierge de Tolède , et nous y trouverons eacore des sujets d'admirer la vertu du divin sacriQcd

382 CI* HERVfiILLB.

de nos aatels. Cette fille, soit par uDe disposifion naturelle de Toreille, soit en pwiition de qoelqae faute commise par Forgane de Fonîe , dennt tellement sourde qu'elle n'entendait plus ni de Irân ni éi près, lors même que Ton criait bien haut à son oreille. Gomme eHe était très-vertueuse, elle se résigna à la voloafté du Seigneur ; seulement, elle regrettait de ne plus entendre le prêtre à Tautel ni son confesseur au tribunal de la pénitence. Dans son malheur, elle eut la [>ensée de se recommander à saint Ignace de Loyola, fondateur de la compagnie de Jésus, auquel elle arait une grande dévotion. Un jour qu'elle tenait devant elle Timage du saint, elle protesta que, quant à sen corps, elle ne s'en mettait pas en peine et qu'elle serait contente d*ètre tout à la fois sourde, muette et aveugle si telle était la volonté du Seigneur, mais que son àme était à plaindre à cause du préjudice qu'elle recevait de ce défaut de l'ouïe : elle le suppliait donc très-instamment de lui obtenir l'usage de ses oreilles au moins pour entendre les choses de Dieu, car elle n'avait aucun désir d'entendre des choses étrangères au service de ce divin Maître. Saint Ignace exauça sa pieuse requête et la guérit, mais an moyen du sacriûce non sanglant offert par la main des prêtres. Elle se rendit donc comme die put à l'église pour y entendre la messe. Elle y était à peine entrée qu'elle entendit distinctement les paroles que prononçait un prêtre qui célébrait en ce moment. Depuis ce moment elle put aussi entendre la voix de son confesseur, comme elle l'avait souhaité. Mais la plus grande merveille peut-être était que une fois sortie de l'église elle perdait l'ouïe, qu'elle recouvrait chaque fois qu'elle retournait dans le temple du Seigneur, soit pour assis-

cil" MERVEILLE. 383

ter à la messe, soit pour se confesser : de sorte qu'elle était ainsi tout à la fois sourdi aux choses de ce monde et entendant très-clairement ©elles qui ont rapport à« Dieu.

(Fb. Mancbesius et BoIIand. 26 mart. et 36 april. Bartoli. Vit. S. Ignatii, 1. v, mir. 70).

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