DNE ARAIGNÉB VENIMEUSE PRISE AVEC LE PRÉCIEUX SANG
Si mortiferum qaid biberint , non eit ocebit,
« SMls boivent quelque poison, ils n^en éprouveront aucun mal. » (Marc. xvi. 18)!
Nous lisons dans saint Thomas (p. 2, q. 83. art. 6) et dans le» rubriques du Missel {de defectihus) d'après le même docteur angélique, que si après la consécration le prêtre s'aperçoit qu'il y a du poison dans^le calice, il ne doit ni le prendre ni le donner à d'autres, de peur que le calice de vie ne donne la mort. Si sacerdos deprehenderit esse post consecrationem immis- ^sum venenum in calicem, non débet sumere nec aliis dure y ne calix vitœ vertatur in mortem. Saint Conrad, évêque de Constance, n'eut point cette appréhension lorsque, célébrant la messe en un jour de grande solennité, il vit tomber dans le calice après la consécration une hideuse araignée pleine de venin. Au moment de prendre le précieux sang, il délibère sur ce qu'il doit
384 CII' MERTEILLS.
faire : mais, se rappelant aossitùt les promesses da Christ qui assure à ses disciples que c s*ils boivent qaelque venin y ils n^en recevront aacnn mal. > Si mortift' rum qtdd biberirU, non m noubit; considérant, en oatre, que le venin do serpent infernal avait été dirait par le précieux antidote do sang du Sauveur, il s'arme de courage, et plein d*ane vive confiance il boit le sang divin et avale en même temps le pernicieux insecte; et en ee faisant, il s*offre à Dieu pour endurer même la mort, si tel est son bon plaisir, afin d*éviter Tespèce d'irrévérence, sinon de profanation, qui résulterait d'une conduite différente de sa part. Les ministres de Tantel, le voyant ainsi braver la mort, furent fort étonnés et même troublés, et ils attribuèrent ce mépris ^ de la mort à on excès de ferveur ; ils craignirent même que cette imprudence n'allât jusqn^au péché graves d'autant que d'autres prêtres qui avaient eu le même courage, en d'autres occasions, en avaient éprouvé de dangereuses indispositions. Malgré tous ces murmures et ces appréhensions, le pieux évêque demeurait intrépide à l'autel, son cœur était calme et son visage oonsei^vait sa sérénité haljâtiieUe, car il était dans la persuasion qv'il n'éprouverait aucune incommodité d'un venin pris avec la Hianne eucharistique, si justement appelée Tastidote de la moirt, le germe de Fimmortilité. Cest pourquoi il acheva paisiblement la célébration du saint sacrifice : il. voulut même, ce bon et digne pasteur, distribuer de sa propre main la sainte communion aux nombreux fidèles <|ui s'y étaient préparés: car on célébrait, ce jour-là, la fiBle de Pitapies.
Après la messe le prélat ee retira dans les appaffements accompagné de ses chanoines ; et en attendant
cil* MERVEILLE^ 38B
riienre du dîner, il s'entretint quelques instants a?ec eux de Taccident qui lui était arrivé ; puis il se retira dans son oratoire domestique, bien qu'il fût encore à jeun, jusqu'à ce que son maltrie d'hôtel vint le chercher. Comme on lui demandait pourquoi il avait tant lardé à rompre Tabstinence, il répondit, avec un gracieux sourire : c J'attends un hôte qui ne doit pas beaucoup différer son arrivée ; i désignant ainsi l'araignée qu'il avait prise dans le calice. Comme il parlait encore, il abaissa sur la table sa tête vénérable, et aussitôt l'insecte venimeux sortit de sa bouche tel qu'il y était entré sans lui avoir fait aucun n)al. C'est ainsi qu'il fut délivré du péril qu'on redoutait pour lui. Et Dieu, qui ne se laisse jamais vaincre en générosité, le récompensai magnifiquement de cet acte de courage et de piété envers la sainte Eucharistie, par d'ineffables consolations qu'il éprouva toujours depuis lorsqu'il délébrait la sainte messe. Les témoins de cette merveille en furent dans A'admiration et en firent fête. Mdis il les pria de se joindre à lui pour en remercier le divin libérateur, qui, sans doute, avait voulu par ce prodige, manifester qu'aucun mal n'est à craindre bçsqu'on s'expose pour la gloire de Dieu à un bien même périlleux ; car il est écrit que « toute chose tourne au bien de ceux qui aiment Dieu, p Diligentibus Deum omnia cooperantur in î^wittm. (RoM. VIII, 23 )«
{Surius, 26 novemb).
cm» MERVEILLE.