‹ Les Merveilles Divines dans la Sainte EucharistieChapitre 26 sur 35 · UNE GRANDE PROPRETÉ EST REQUISE DANS LA MATIÈRE DU SATNT SACRIFICE · texte numérisé non relu

UNE GRANDE PROPRETÉ EST REQUISE DANS LA MATIÈRE DU SATNT SACRIFICE

Offertur nomini meo oMatio muncUt.

« On offre à mon nom uo« oUatioo pure. »(MiLACH. i, ii). ^

Dieu avait ordonné, dans le li^e du Lévi tique, que la victime qu'on voulait lui offrir fût exempte de la moindre tache^ et epM le sacrificateur fût pareillement

394 cv« heuveillc.

p!ir ât foate sonillnre légale. ComMeo plus ce précepti doit-il être rempli lorsqu'il s'agit d^immol^ non point QD bélier oa on taareaa , mais le Fils de la Vierge immaculée, la splendeur de la lamiëre étemelle I Noos lisons dans les histoires deux merreillein exemples relaltifsaa pain et au vin qu^on offre sur Fantel du di«in sacrifice. Dans un village nommé Belle on Bielle^ peu éloigné de Cologne, un prêtre très-pieux, nommé Bertbold, céfébrait na jour la messe. Après Tévangile il fit Foffrande do pain, comme à l'ordinaire, et le déposa sur le corporal. Mais aussitôt cette hos^ se soulève d'ellemême, et va, d'un bond, se placer an coin de Tautel. Le prêtre, pensant qu'un souffle ou on vent léger l'avait ainsi transportée, la prend et la remet sur le ix>rporal : mais elle retourne immédiatement au coin de l'autek Etonné de ce fait extraordinaire, il la replace de nodveau sur le bord du corporal : mais un^ troisième fois elle s'en éloigne avec une nouvelle impétuosité» comme si elle eût été poussée par un violent coup de vent^etva se poser sur la terre nue. Le bon prêtre, affligé, épouvante, se met à réflécfiir qu'il est peut-être coupable de quelque faute, et que le Ciel veut lui inontrer par là qu'il n'est pas digne d'offrir l'auguste sacrifice. Mais, après un examen sérieux, ne se reconnaissant pas coupable, il résolut de poursuivre la messe commencée. 11 se fit donc apporter une autre hostie, et après en avoir fait ]*oblation, sans qu'elle se déplaçât comme l'autre, il continua et acheva heureusement le sacrifice. Quant à l'autre hostie, il la conserva soigneusement, et à quelques jours de là il la porta à Cologne et la montra à quelques prêtres de sa connaissance en leur racontant oe qui ^ait arrivé. L'un de ces ecdésiastîfaes, la pre-

nant dans ses mains, la plaça entre ses yenx et les rajQDs du soleil et y aperçât aussitôt cme tache noi' râtre, qu'il fit remarquer à ceux qui étaient présents. On la rompit iti^médiatéraent et on y décoavrit une fétide punaise qui était sans doute tombée dans la pâte destinée à faire les hosties. On vit alors clairement pourquoi, par un mouvement qui lui avait été imprimé par un agent mystérieux, elle s'était trois fois éloignée du corporal, le Seigneur ne voulant pas permettre que lo pain qui devait être changé an corps de son divin Fils fût souillé par le mélange et la présence d'un vil insecte; car, comme renseigne saint Denys, ce pain exige une propreté parfaite, image du syml)ole de la grande pareté de cœ»r et de corps qu'on doit apporter à la réception du pain des anges.

Dieu a aussi opéré des merveilles dans les espèces sacramentelles du vin, en le changeant par l'action des prêtres, d'acide et plein de lie en un vin pur et délicieux. C'est ce qui arriva en particulier au bienheiireux Simon Stock, prieur général des Carmes, et qui fut si dévot à la reine du ciel qu'il mérita de recevoir de ses mains le saint scapulaire. Comme il se disposait à dire la sainte messe, un misérable démon voulut le troubler et lo contrister par une sacrilège tromperie, en remplissant la burette du vin d'une eau colorée, afin qu'au moment de la consécration le saint proférât les paroles sacrées sur tme matière impropre au sacrifice. Mais la fraude de l'esprit malin tourna à sa confusion, car la prudence surnaturelle dn «erviteur de Dieu lui fit découvrir, par une lumière &u[»érieure, la supercherie du démon. Aussi, lorsqu'on lai présentâtes burettes pleines d'eau, M faisant le signe de la croix, comme il est d'usage, U

changea Teau de Tune en un excellent vin, dont il Gt ensaUe Toblation et qu'il consacra au sang de la victime pure et sans tache. Et c'est ainsi que se vérifia ane fois de plus cette maxime des livres saints : c Le Seigneur se jouera des trompeurs, et le sage en acquerra de la gloire. » Ipse ddudet illusores, et glariam sapiens pomdebit. (Prov. m, 34).

(GoBAT, Oper. mor. tr. m, 34. — Vit. B. Simon ■- Ann. memor. p. 461).

DES ENFANTS PUNIS POUR AVOIR VOULU UIITER LE PRÊTRB A l'autel.

Mgredietur de eiê laus v0xqu» tiukntiitm, et glorificabo eot.

« Les louanges et les chants de jeif sortiront de leur bouche : je les glorifleni. • (Jsa. XIX, 19).

Près du petit village de Gonaco^ voisin de la ville d'Apamée, quelques jeunes pasteurs, en gardant lears troupeaux dans les prairies, s'amusaient quelquefois, pour passer le temps ou ^ur se di?ertir, à des extfdces tantôt folâtres et tantôt assez sérieux. Ainsi il vint un jour en pensée à F un d'eux de représenter, avec ses camarades, les fonctions ecclésiastiques qui s'observent à l'autel pour la sainte messe. Sur la proposition qu'il leur en fit, tous adoptèrent avec une joie

enfantine un projet qui les ravissait. En conséquence ils résolurent de faire toutes les cérémonies de la mes- •se : lire, chanter, consacrer du pain et distribuer la communion. Ils choisirent pour autel un rocher assez élevé et aplaii à son sommet, qu^ils ornèrent le mieux qu*il leur fut possible avec des fleurs des champs, et ils y placèrent un morceau de pain et du vin. Trois d'entre eux furent choisis comme principaux ministres : Tun devait faine les fonctions du prêtre, Fautre celles du diacre, et le troisième celles du sous-diacre. Le premier ^lait assez capable dlmiter les fonctions du prêtre qui célèbre^ car il avait servi la messe bien des fois, et, alors, il était tout yeux, tout oreill^ pour voir et écouter tout €e que le prêtre qu il servait disait on faisait à Tautel. Ils commencèrent donc tous trois à parodier la messe, et ib n'omirent aucune des cérémonies ni même des parolas qu'ils avaient retenues ou qu'ils voyaient sur un livre qu'ils avaient apporté avec eux pour faire de pieuses lectures. Le prêtre postiche osa même proférer les paroles de la consécration, et il s% disposait à rompre le pain pour le distribuer à ses camarades en guise de communion, lorsque soudain ils voient tomber du ciel un globe de feu, qui en un instant consume et change en cendres le pain et le vin. En même temps le rocher qui servait d'autel se brise et vole en éclats avec une telle impétuosité et un tel fracas, que ces téméraires enfants épouvantés tombèrent à la renverse plus morts que vifs, car ils étaient comme asphyxiés. Ils demeurèrent ainsi couchés par terre sans faire un mouvement, sans faire entendre une parole. Sur le soir leurs parents, ne les voyant point revenir à l'heure accoutumée, eurent peur qu'il ne leur fût survenu quelque M. s. £.

fâcheox accident et coorarent aussitôt à leur recherche^ Quelle fut leur surprise et ensuite leur douleur lorsqu'ils les virent étendus par terre sans mouyement et sans donner signe de vie I Ils eurent beau les appeler, crier à t«e-tôte, les secouer, ils ne purent jamais les faire revenir à eux , Lien qu'ils respirassent encore. Ils prirent alors le parti ëe les eaaporter sur leurs bras et de les déposer sur des lits dans leurs maisons. Ces pauvres bergers restèrent ainsi jttivés de sentiment toute la nuit et une partie du jour suivant. Sur la fin de cette journée, ils firent quelques mouvements des bras et des jambes, et peu à peu ils parurent sortir comme d'un profond sommeil ou d'une lèogue léthargie. Ils ouvrirent enfin les yeux et reconnurent les gens de la maison, ils purent même articuler quelques mots. Leurs parents et leurs amis, ravis de les voir revenus à eux et hors de danger, n'eurent rien de plus pressé que de s'informer de la cause d'un si grave accident. Tous s'accordèrent à raconter le fait en ces termes : t Lorsque nous étions dans les prés, ne sachant plus que faire pour nous amuser, nous résolûmes, avec une simplicité inconsidérée, d'imiter les prêtres lorsqu'ils disent la messe. Justement, il se trouvait là une grosse et grande pierre aplatie au sommet ; nous en fîmes notre autel, et noas exécutâmes, tant bien que mal, toutes les cérémonies de la messe jusqu'à la communion. A ce moment, des éclairs foudroyants tombèrent du ciel et consumèrent non-seulement le pain et le vin, mais même le rocher. La terreur qui nous saisit alors, ou peut-être les émanations de la foudre, nous renverisèrent par terre sans connaissance, et nous ne savons ce qui nous est arrivé depub, car nous sommes tout étonnés de nous retxoaver

sur nos lits. Si tous doutez de la véracité de noire récit, vous pouvez aller sur les lieux et vous assurer par vos yeux de ce fait extraordinaire. » La population tout entière se rendit effectivement sur le terrain désigné par les bergers et on reconnut avec stupeur que les choses étaient arrivées comme ils les avaient racontées.

Les principaux habitants du village crurent devoir «n avertir Tévèque d'Apamée. Le sage prékt, par prudence, voulut aussi entendre les bergers. Il fit plus, il •envoya sur les lieux des hommes experts, qui reconnurent et attestèrent le fait dans toutes ses. circonstances. Sur leur rapport juridique, il convoqua le clergé de la ville épiscopale, et se rendit processionnellement sur le lieu du prodige. Là il ordonna aux jeunes bergers de répéter la narration qu'ils lui avaient faite. Lorsquil fut de retour à A pâmée, ayant pris conseil des principaux membres de son clergé, il forma le dessein de bâtir une église et un monastère sur le terrain où l'événement avait eu lieu. Les travaux furent poussés avec tant d'ardeur qu'une année après les constructions étaient achevées. Les trois premiers moines de cette communauté furent ces mêmes bergers qui avaient osé, bien que sans malice préméditée, singer les cérémonies du redoutable sacrifice. Plus tard ils reçurent les ordres sacrés, et purent ainsi faire réellement et légitimement ce que, dans leur simplicité, ils avaient cru •pouvoir imiter comme un passe-temps agréable. C'est ainsi que le Seigneur tira le bien du mal ou de l'imprudence, et Qt contribuer à la vertu, peut-être même au salut de ces enfants, leurs propres amusements.

(Thilm. Bradehbach. Collât, sacr. 1. i, c. 43. v^ hic. Lacis, Je missa^ tr. vi, c. 2J.

400 CVI1« MBBVEILLB.

CVn« MERVEILLE.

LES Me]|BR£$ NÉCESSAIRES POUR OFFfUR LE SAINT SACRIFICE MIRACULEUSEMENT GUÉRIS.

Bxhihete membra vêtira ttrvire justilùB in saneiifieationem.

a Faites servir vos membres à la Jastice pour votre sancliflcation. » (Rom. vi, 19).

, ' Le commun des hommes est toujom^s plus portée recourir aux saints autels pour demander la délivrance des maux temporels que pour guérir leurs maux spirituels : c'est que malheureusement on sent bien pins vivement la moindre piqûre de la peau que la plas grave blessure de rame. Cependant Dieu est si bon, il compatit tellement à nos faiblesses, qu'il daigne même par la vertu de ce sacrifice tout d'amour et de miséricorde, accorder la guérison des infirmités corporelles. On a, entre autres merveilles, de nombreux exemples de guérisons et de redressements dés membres qui sont indispensables pour célébrer Tauguste sacrifice de nos autels. Nous en citerons quelques-uns.

Au monastère de Saint-Genès, dans la province de Liège, un moine bénédictin, très-dévot à la sainte Eucharistie, après avoir longtemps célébré la messe avec une dévotion qui lui attirait d'insignes faveurs célestes, se trouva privé de l'usage de ses mains. Il fui subitement saisi d'accès de goutte qui replièrent doa-

CVII* UERVEILLB. 401

loorenseinent tous les doigts dans la paume de ses deux mains de telle sorte qu'il ne pouvait ni les étendre ni les redresser. Il fut très-afiligé de cette ^nOrmité parce qu'elle le privait du bonheur d'offrir le divin sacrifice. Dans sa détresse il s'adressa avec une grande confiance à la mère de Dieu et la supplia avec la plus vive instance de lui restituer l'usage au moins des quatre doigts consacrés par Févêque pour la célébration des saints mystères. La reine du ciel écouta favorablement de si humbles et si vives supplications^ et depuis ce moment il put se servir, comme auparavant , du pouce et de l'index de ses deux mains : mais les autres doigts demeurèrent toujourç repliés et contournés.

Le bienheureux Thomas Lerna, célèbre prédicateur dominicain, trouvait ses plus chères délices dans l'oblatien de la victime sans tache, il y consumait un temps considérable, enivré d'ineffables consolations. Dieu, .pour exercer sa patience, permit que, par soite de je ne sais quelle indisposition, ce saint hon^e perdit entièrement la vue. Dès lors, ne pouvant se livrer à ses études, il s'écriait, avec le saint homme Tobje : t Quelle joie puis>je désormais ressentir, moi qui suis dans les ténèbres et ne vois plus la lumière du ciel ? » Qîialé gaudium est tnihi, qui in tenebris sedeo et lumen cœli non video? (Tob. v, 12.) Néanmoins il supportait avec ' une Q^tience admirable la perte de la :vue, et il n'en éprouvait d'autre peine que de se voir par là privé de la consolation de dire la sainte messe ; car son âme vivait plus du pain et du vin eucharistiques que son corps n'était sustenté par les aliments matériels. Ilf résolut donc de recourir par une fervente oraison au Sauveur, père des lumières, qui avait rendu la vue à

un si grand nombre d'aveugles durant sa vie mortelle. Il le supplia* , avec autant d'ardeur que d'humifité, de daigner rendre à ses yeux autant de lumière qu'il en avait besoin pour pouvoir dire la messe sans fâcheux accident. Après sa prière il se sentit inspiré d'ouvrir bb missel pour voir s'il pourrait 7 lire. Quelles forent sa surprise et sa joie lorsqu'au même moment il put distinguer parfaitement les caractères et lire couramment. Il se rendit incontinent à la sacristie pour s'habiller et se fit ensuite conduire à l'autel, où il offrit le divin sacrifice avec autant d'aisance qu'il le faisait avaat sa cécité ; il apercevait même les plus petites parcelles de la sainte hostie. Et cett^ faveur ne fut point passagère, il put en jouir durant tont le reste de sa vie lorsqu'il célébrait ; car dès qu'il était descendu de l'autel il redevenait aveugle comme auparavant, et ses yeux ne pouvaient rien distinguer.

Des yeux passons à la langue. Deux bons prêtres traversaient la province des Albigeois, pour lers hérétiques effrénés. Un de ces prêtres eut la dévotion de dire la messe un samedi, jour consacré à la très-sainte Vierge : mais ils ne trouvaient ni église ni chapelle. Enfin, après avoir bien cherché et s'être recommandés à Dieu, ils découvrirent une vieille église à demi-ruinée. Ils y entrèrent, et après avoir ti=ré de letwra sacs un calice et les ornements; l'un d'eux commença la messe. Mais aussitôt survint une troupe d^hérétiques armés de bâtons et d'instruments tranchants. Furieux de voir un prêtre dire la messe qu'ils avaient voulu abolir dans toute la contrée, ils se précipitent sur lui, le jettent par terre et lui arrachent la langue jusqu'à la racine, afin qu'il fût désormais dans l'impossibilité de célébrer

la messe. Son compagnoD, vivement ému de cette "bar* bare cruauté, s'empressa de le conduire jusqu'au célèbre monastère de Cluni, espérant que la sainteté ou rhabileté des moines de cette abbaye le guériraient ou du moins lui procureraient quelque soulagement. Ces pr^res furent reçus par les moines avec une affection vraiment fraternelle. La fête de TEpiphanie était proche. Pendant la nuit de cette solennité, le prêtre inOrme, entendant les religieux chanter Toffîee de matines, ressentait un ardent désir de se joindre à eux pour célébrer les louanges de Dieu ; mais il ne pouvait les accompagner que de la voix de son coBur. Il voulut toutefois se faire conduire à Téglise, afin d'avoir au moins la consolation de voir ei d'entendre de çlas près ces saints moines chantant avec ardeur et allégresse TofQce de cette grande solennité. Il frappa doac avec son bâton le mur de la cellule où on Tavait placé, pour appeler un frère servant. Lorsqu'il fut arrivé, il lui fit signe qu'il désirait aller à l'église. Le frère l'y conduisit aussitôt et le plaça près d'un autel. A peine y était-il arrivé qu'il ^e sentit inspiré d'implorer l'assistance de la mère de miséricorde, afin que l'usage de la langue lui fût rendu. Il lui exposa, avec autant de ferveur que de simplicité qu'il l'avait perdue pour avoir voulu offrir le saint sacrifice de son divin fils et le jour de la semaine qui lui est consacré. La très-douce Vierge ne se fit pas prier longtemps, car à peine avait-il formé sa prière dans son cœur qu'elle daigna lui apparaître tout éclatante de lumière, avec un visage plein de bonté, et tenant à la main une langue vermeille ^ puis elle lui dit : « Puisque tu as perdu ta langue en voulant honorer mon fils bien-

ejmé par la divin sacrifice de l'autel, je viens te la

40i ' CVII* MERVEILLE.

rendre vive et entière, a6n que ta poisses continaer de ]e glorifier ëâns Texercice et les fonctions da saint ministère. • Elle loi fit ensuite ouvrir la boache et y plaça avec ses mains sacrées la langue qu*elle tenait, laquelle s*adapta si parfaitement au gosier qu'on Teût prise pour une langue native, sauf que v»^ la racine die était entourée comme d*un fil très-blanc, en mémoire du mirade. La rdne des cieux lui adressa ensuite ces paroles du psaume (xlix, i 4) : Immola Beo sacri- (icium laudii, et redde Altissimo vota tua. t Offre à Dieu le sacrifice de louanges et rends tes vœux au Très-Haut, i Rois elle disparut. L'heureux prêtre ne pouvant contenir ses transDorts, se mit à chanta de toutes ses forces et à rép^cr ces paroles du roi-prophète : t Misericordias Domini in œtemum canlabo. Je chanterai éternellement les miséricordes du Seigneur. » (P$. lxxxviii, 1). Les moines, stupéfaits d'entendre cette voix qu'ils ne connaissaient pas, s'informèrent d'abord de ce qui se passait : quand on leur eut fait connaître la miraculeuse gttérison du prêtre, plusieurs se détachèrent du chœur avec l'abbé, et se mirent tous à louer, à bénir, à glorifier le Seigneur qui exauce ceux qui ont confiance «n lui.

(BoiiiF. Bagata, Âdmir. Orb., t. ii, I. m, c. 3, §9. (Lesarius iUuttr, mir., 1. vu, c. 34J.

CVIII» HERVEILLE. i05

QUICONQUE ASSISTE A LA 'MESSE SANS RESPECT EST l'eSCLAVE DU DÉMON.

Pavetè ad tanctuarium meum. Ego Do mi' mu.

« Tremblez devant mon sanctuaire. Je suis le Seigneur. » (Levit. xilvi, 3).

Si Dieu requérait du peuple d'ïsrtfêl la crainte et le respect lorsqu^on offrait les divers sacrifices de Tancienne loi, dont les victimes n'étaient que de vils animaux, combien plus doit-il exiger ces dispositions dans les fidèles chrétiens qui assistent au sacrifice unique de la nouvelle alliance, où Ton immole le Fils de Dieu, le Verbe fait chair pour la rédemption des hommes? Les anges eux-mêmes n'y assistent qu'en tremblant. Afin d'exciter en vous ces pieux sentiments, je rapporterai ici deux admirables visions.

Le Seigneur se plaisait à combler de faveurs sjnritoiles la bienheureuse Ivette, noble flamande, parce qu'Ole avait grand soin d'entendre la messe ou de comnoimier dans les dispositions les plus parfaites qu'il lui était possible. Le jour de NoM, comme elle assistait à la messe avec grande dévotion, se préparant à recevoir Tauguste sacremenl^/éie nos autels, elle vit un spectacle étrange dans une femme de condition qui se tenait près d'dle. On voyait cette malheureuse jeter vers l'autd des

406 CVin« UEBVEILLE.

regards curieaz, non point pour y contempler les ttogustes et redoutables mystères qni s'y opéraient, ou jiour adorer la sainte Eacbaristie qa'elle allait recevoir, mais pour fournir de la pâture à. ses affections luxurieuses. En même temps de petits diablotins se tenant par la main tournaient autour d'elle avec des sauts et des trépignements comme des gens qui dansent. Lorsqu'elle se leva pour aller à la sainte table, ces ministres de Satan Vy accompagnèrent pour la servir ; ilsvse mirent même à genoux, sans donte contraints par une puissance invisible. Au moment où le prêtre descendit de Tautel tenant à la main une petite hostie, le Sauveur s'en échappa et s'envola vers le ciel, ne voulant pas entrer dans ce cœur si souillé, devenu l'esclave et le jouet des esprits infernaux. La sainte, stupéCeûte de cette horrible vision, adressa une humble prière à notre Seigneur afm de savoir la raison de ce qu'elle voyait. Le miséricordieux Rédempteur lui flt connaître que celte femme portait une affection coupable à un jeune ecclésiastique qui servait à l'autel et qui ne connaissait même pas cette femme. De là ces regards immodestes, poar ne pas dire effrontés, qu'elle jetait continuellement vers l'autel, pour exciter ou entretenir ses infâmes désirs. Et les démons, qui rodent sans cesse autour de nous cherchant à nous perdre, voyant ses mauvaises dispositions et son ardeur pour le mal, l'accompagnaient et lui faisaient cortège, comme si elle était déjà devenoô leur proie.

Le second exemple que je veux donner ici est peotètre pflus gai, mais il n'en est pa^ moins terrible. Le grand saint Martin célébrait les saints mystères dans ion é(?lise de Tours en un jour solennel . Après l'évaogill

CVIIl" MERVEl LLE. 407

le diacre Brice qui serrait à Tautel part tout à ceep d'an éclat de rire qui fut efitendu de la plupart des assistants. Le saint pontife, étonné que dans une action aussi sainte on se fût laissé aller à une telle légèreté, eut néanmoins assez de présence d'esprit pour n'avoir pas Pair de s'en Mre aperçu, à cause de la majesté du lieu. Mais après la messe il tira à part le coupable et lui demanda comment il avait pu se laisser aller à une tefle irrévérence dans un lieu, dans un moment aussi redoutable. Brice lui répondit que la chose était si plaisante qu*il lui avait été absolument impossible de se retenir ; puis il ajouta : « Après que j'ai eu chanté révangâe, en me retournant j'ai aperçu un diable assis derrière l'autel qui écrivait avec grande vitesse je ne sais quefts earactèves : quand il a eu rempli la feuille, comme il n'en avait point d'autres, et que cependant il avait l'ait d'avoir eacore beaucoup de choses à écrire, il s'est mis, avee ses deats et ses mains, à tirer le parchemin, aQn 4e l'étendre et de l'allonger. Mais il tira si fort que le parchenÛD se rompit par le milieu : ce qui le mit dani une telle fureur qu'il frappaiHes cornes de sa tète contre le mur, et se mordait les doigts de désespoir. » Saint Martûà demanda au diacre où se trouvait présentement cet écrivain infernal. Quand on l'eut informé qu'il était resté à la naéoae place, il s'y transporta et le trouv;i encore éeiimant de rage, avec des yeux étincelants d'un feu sombre et horrible. Le pieux évèque, qui n'avait jamais tremblé devant l'ennemi du salut, lui ordonna, par la vertu et au nom du Très-Haut, de déc'arer clairement et sans réticence ce qu'il avait griffonné sur ce parchemin durant la messe. Le père du mensonge fut contraint de dire ici la vérité et toute la vérité : il avou»

408 CVIÏI« MERVEILLE.

donc qu'il avait écrit, par Tordre de Satan son mattre, les défauts, les négligences et les fautes que commettaient ceux qui assistent an saint sacrifice : pensées vaines on inutiles ou déshonnètes, regards curieux ou impudiques, paroles oiseuses ou inconsidérées^ distractions plus ou moins volontaires, maintien peu respectueux, etc. Dieu permit cette scène burlesque et cet aveu du démon pour nous enseigner le respect, la dévotion et la modestie qui doivent reluire en tons ceux qui ont le bonheur et Tavantage d'assister à cet adorable mystère que les Anges louent, que les Dominations adorent et que les Puissances ne voient qu'en tremblant : Landanl Angeli, adorant Dominationes, treniunl Potestates. Nous apprenons aussi de cet exemple qu'aucune de nos fautes, soit intérieures, soit extérieures, n'échappe au démqn, et que si nous ne nous en corrigeons et n'en faisons pénitence, ils en feront autant de chefs d'accusations contre nous an redoutable tribunal du souverain juge.

(BoLLARD. Vit. B. Ivettœ, 13 jaû. c.40. — N.

Lacus, Mir . 55. Sacram. tr. 6, cl i 5 de Missa),

LES ANGES, LA REINE DES ANGES ELLE-MÊME, s'flONORENT DE RÉPONDRE A LA MESSE.

Exereitus cœli adorât te.

* ' « L^armée du ciel vous adore. » (Nbbeh.

Il, 7).

Aiîn d'engager les habitants de la, terre à servir et à honorer le roi de gloire dans son Sacrement, Dieu a plusieurs fois permis que les habitants du ciel vinssent visiblement lui rendre à Fautel leurs hommages et leurs services.

Le vénérable Jean de Parme, ministre ou supérieur général de Tordre séraphique, avait un frère lai spécialement désigné pour lui servir tous les jours la sainte messe. Un jour, après avoir assisté à matkies, le boo frère se sentit saisi d'un tel assoupissement, qu'il ne se réveilla que fort tard dans la matin^. Le père Jean se rendit à la sacristie à son heure accoutumée, pensant ( que son frère servant ne tarderait pas d'y arriver. Il commença donc à s'habiller, et un instant après il voit à côté de lui un jeune homme vêtu absolument comme le frère, lequel l'aida avec beaucoup de diligence à revêtir les ornements sacrés. Le servant prit ensuite le missel et accompagna le prêtre à l'autel, où il lui servit la messe. Après qu'elle fut terminée, et tandis que le prêtre faisait son action de grâces, le frère qui avait

410 cil* MERVEILLE.

cédé an sommeil crnt entendre une voix qoi rappelait, il se lève aussiitôt et court trouver le père pour la! demander s'il voulait célébrer la sainte messe. Celui-ci lui répond, tout étonné : < Mais que voulez-vous dire? «st-ce que vous rêvez tout éveillé? vous avez donc la mémoire assez courte pour avoir déjà oublié que nous venons de quitter Taotel, vous et moi, il n'y a que quelques instants? » Ce pauvre frère encere plœ étonné, loi avoua ce qui lui était arrivé en sortant de l'église après matines. Le serviteur de Oieureconnut alors qae c'était un ange qui sous la %ure dn frère avait bien voulu lui serv» la messe, d'autant que ceux qui y avaient assisté avaient été frappés du maintien respectueux et comme surhumain du nouveau servant, et que aucune personne de la maison n'avait remplacé le frère absent. Tant est véritable cette parole de saint Augustin l(De CiviL Dei, 1. x, c. 16) : c Dans le saint sacrifice les anges nous assistent, ils se réjouissent avec nous, et^ autant qu'il est en eux, nous aident d'ans cette action sainte. » In sacrificio nobis favent angeli, nobisque coTtgaudent, at quoad hoc ipsum nos pro viribus suis adjuvant. Dans le thème ordre des frères Mineurs Dieu opéra MU éclatant prodige pour la gloire du divin sacrifice de la messe. Le bienheureux Jacques de la Marche, ce grand oirédicateur apostolique, qui, pour démontrer la vérité catholique, but sans en être incommodé le poison que lui donnèrent des hérétiques, prêchait avec beaucoup de zèle dans la ville de Raguse. Il s'attacha, un jour, à prouver par le raisonnement et par l'autorité des Écritures et des saints Pères, que, dans Tauguste sacrifice de la messe, les prêtres consacrent le corps «rai et réel du Sauveur ; car il y avait, dans spn audi^

CïX* MERVEILLE. 411

loîre, des hérétiques qui niaient obstinément cette vérité^ et ne craignaient pas de dire que non*seulement le pain et le vin consacrés ne méritaient pas nos adorations, mais que ce culte était une véritable iddâtrie. Le saint homme, voyant bien que ses paroles ne porteraient point la eonviction dans ces âmes aveuglées et obstinées dans leurs erreurs, résolut d^n venir aux faits miraculeux. Il fait placer deux encensoirs pleins de braise et d*encens dans les mains de deux statiws d'anges placées à droite et à gauche de Tautel, et, en présence de tout le petrple et notamment de ces hérétiques, il commence la sainte messe, sans avoir fait connaître à personne ses pieuses intentions. Mais il avait obéi à une inspiration d'en haut et il espérait fermement que ces images de bois donneraient des preuves manifestes de la vénération que les anges eux-mêmes, bien qu'invisibles, ne cessent de rendre au Dieu caché sous les espèces sacramen- , telles. Sa confiance ne fut point trompée. Lorsqu'il fit l'élévation de l'hostie, ptûs du calice, tous les assistants virent les deux statues se mouvoir, agiter leurs encensoirs et encenser te très-saint Sacrement, de la même manière que les ministres de l'autel ont cotftume de faire CD cette circonstance. Ge spectacle iooui réjouit singulièrement les catholiques et les confirma dans la foi à un si grand mystère ; les hérétiques eux-mêmes ne purent résister à une preuve aussi palpable, et la pfiipart confessèrent hautement que Jésus-Christ est véritablement et corporellement préscûK dans la sainte Eucharistie, et qu'il y est digpe de toute louange, de la plus profonde adoration et de tout notre amour.

Mais si c'est une chose merveilleuse de voir les anges rendre hommage au divin sacrifice de la messe , que

412 CIX" MBRVIELLE.

penserions-nous , quels seraient nos. sentiments , s^il nous était donné de contempler la reine des anges ellemême témoigner puj>liquement pour cet auguste et profobd mystère la révérence qu^elle lui porte I C'est néanmoins ce qu^elle a fait plus d'une fois. Ce n^est pas ici le lieu de rapporter tous les dons que cett^ glorieuse reine du ciel a fait en divers pays et en divers temps pour la décoration des autels et la célébration de la messe; tels que calices, croix, chandeliers, sans parler de la chasuble qu'elle donna à saint lldefonse et de l'autre que reçut de sa munificence saint Bonet évêque de Clermont en Auvergne : en plusieurs autres circonstances on la vit assister à la messe avec une admirable révérence. Je me bornerai toutefois à citer un seul fait de ce genre, parce qu'il est, ce me semble, moins connu. Un vénérable prêtre célébrant un jour l'adorable sacrifice, le clerc qui le servait, après lui avoir présenté le vin et l'eau à l'offertoire, rentra à la sacristie pour quelques instants, croyant bien revenir à temps pour répondre à.la préface. Mais il ne rentra point à l'église assez tôt. Le prêtre, qui ne s'était point aperçu de son absence, commença la préface, et, à la* grande stupéfaction des assistants, la statue de la Vierge placée au-dessus da tabernacle répondit d'une voix claire et sonore au ?er omnia, au Dominus vobiscum, au Sursum corda et au Gratias agamus. Le bon prêtre fut tellement surpris d'entendre ces réponses, qu*il en était comme hors de lui et qu'il eut bien de la peine à continuer le sacrifice.

(Boifip. Bogota, Àdmir, Orb. h i. c, S. t. iii, c S. -^ Chron, Mmor, — (Lbsabids, I. vi. c. 21).

ex* MERVEILLE. 4i3

Page 1