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LES MB&VEILLBS DE DIEU DANS LE TRÈS-SAINT SACREMENT DE L*AT7TBL

LA FOÏ AU PRÉCIEUX SANÔ DE JÉSUS-CHRIST DANS l'EUCHA- R1STIE CONFIRMÉE PAR DE GRANDS MIRACLES.

PrœiUt (Uki êupptevMntum Miumtm c/efeetui.

« Qae la fol supplée aa défaut de nos sens. » (Htirb oi l'Éousk.)

Elles sont sans nombre^ et conûnnées par de graves auteurs^ les preuves par lesquelles la divine Providence s'est plu à manifester et k oorroi)orer la réalité du divin Sacrement de Tautel. Âussi^ de même que le prince ées ténèbres^ an moyen des ombres de mille suggestions captieuses et doutes chimériques, s'étudie à plonger dans une obscurité inextricable Tesprit des fidèles à l*endroit d'un si grand mystère ; ainsi le Soleil de justice a daigné Téclairer et rafiEermir par les rayons de sa lumière la plus éclatante. Les histoires ecdésiastiquet JC s. s:.

:i !'• MERVEILLE.

sont remplies d'exemples de ce genre. Je n'en rapporterai qu'un, choisi parmi les plus authentiques.

On lit dans les chroniques de l'ordre de Saint-Jérôme que le vénérable Pierre, prieur de Guadeloupe, fut fortement tenté contre la foi en ce très-auguste sacrement ; et, bien qu'il déjouât vigoureusement les embûches de l'ennemi, il avait toujours au fond de l'âme cette pénible pensée : Gomment se peut-il faire que Fhostie sainte renferme le sang divin sans en laisser tomber la moindre goutte et sans altérer la blancheur du pain consacré? Gela le tenait dans un continuel scrupule et dans une espèce de doute pénible, qui n'allait pas néanmoins jusqu'au péché contre la foi. Mais Dieu, qui se platt à secourir les âmes qui sont dans la tribulation, le délivra par un prodige merveilleux dû à l'intercession de la sainte Vierge , à laquelle il était fort dévot. Un samedi, comme il célébrait précisément la messe de Notre-Dame, après qu'il eut consacré le pain et le vin, il s'inclina humblement selon l'usage pour réciter i'oraison: Supplices te rogamus. Lorsqu'il se releva il aperçut descendant vers lui une petite nuée merveilleuse: en un instant elle ent couvert tout l'autel, au point que les saintes espèces des sacrés mystères ne paraissaient plus. Ainsi arriva-t-i( à Moïse, comme on lit dans l'Exode : c Un nuage couvrit le tabernacle de l'alliance lorsqu'il s'en approchait. » [Exode, xl, 32). Terriûé d'un tel spectacle, le prêtre senti** courir dans* ses veines un froid subit, et la confusion ^u'il en éprouva l'empêcha de poursuivre le sacrifice. \près quelques moments d'hésitation sur le parti qull devait prendre, il ne vit rien de mieux à faire que do recourir à la divine clémence, la suppliant avec un ciiear contrit et dés larmes

I' UERVeiLLE, 3

brûlantes, de le délivrer d'uoe telle angoisse, sans avoir égard à son peu de foi, dans la supposition, qu'il craignait, que cette nuée ne fût descendue que pour signifier Taveuglement de son âme. Il n'avait pas achevé son hamble prière que la nuée, s*élevant peu à peu, laissait Tautel à découvert, aiubi qu'il arriva au même Moïse : € La nuée, » dit la sainte Ecriture, « quittait le taber- Bacle après la prière. » (Ibid.)

A -peine le prêtre commence*t-il à reprendre ses sens, qu'il se sent saisi d'une nouvelle terreur. Il re- ^rde : Thostie consacrée n'était plus sous ses yeux, le calice n'était plus couvert de la pâlie et ne contenait plus le sang précieux. En vain essaierait-on d'exprimer ce qu'il éprouva à cet aspect, et il serait tombé en dé* faillance si Dieu ne l'eût réconforté en lui inspirant de recourir de nouveau à sa divine bonté. Alors d'une voix tremblante , entrecoupée de douloureux soupirs , il recommence avec une nouvelle instance ses humbles supplications, demandant pardon de son peu de foi, confessant qu'il a justement mérité cette privation du divin sacrement, et offrant en sacrifice son cœur contrit et humilié. Car a le sacrifice agréable à Dieu, c'est une âme dans la tribulation. Dieu, vous ne pouvez rejeter uo cœur contrit et humilié. • {Ps. l, 4 9 . ) Dans sa détresse il prit aussi pour avocate auprès de Dieu la Reine du tÂel dont il célébrait la messe, et en laquelle il avait mis tontes ses espérances. €e ne fut point en vain. Après une courte et fervente prière il lève les yeux, et voit dans les airs une patène resplendissante qui inondait le temple entier de sa lumière. U aperçoit en même temps sur cette patène, qui s'abaissait doucement, l'hostie sainte, qui de là vint se poser verticalement sur

la ooupe du calice ; et aussitôt il voit distiller de Thostie dans le vase sacré des goutte^ d'un sang vif, qui fut bientôt aussi abondant qu'avait été le vin au moment de Toblation; après quoi Thostie reprit sa place accoutumée sur le corporal, et Ja paile vint d'elle-même couvrir le calice.

Le bon prêtre, tout pénétré de telles merveilles, sa trouvait néanmoins encore tlottant entre la crainte et Tespérapce et fort indécis sur ce quli devait fairey»lorsqu'il entendit une voix qui lui disait très-distinctement : « Poursuis et achève les saints nnystères, et garde un secret inviolable sur tout ce que tu as vu, parce que cette admirable vision est uniquement pour toi. Dieu, par une miséricordieuse condescendance, a voulu par là enlever jusqu'à Tombre du doute de ton esprit et de ton cœur, et te montrer jusqu'à l'évidence que l'hostie sacrée contient indubitablement le sang du Sauveur. » Le religieux garda en effet un silence inviolable sur ce prodige, et ni le clerc ni les assistants ne soupçonnèrent rien de semblable, bien qu'ils fussent très-surpris, et fort désireux de savoir pourquoi, contre sa coutume, il avait prolongé la messe au milieu de tant de soupirs et de larmes. Mais, avant de passer de cette vie à une meilleure, le' vénérable prieur, dans le dessein de glorifier Dieu et d'être utile aux âmes, rédigea un acte authentique d'un événement si digne de nfémoire, protestant qu'à partir de ce jour mémorable il fut si solidement confirmé dans la vérité du mystère qui l'avait si longtemps tourmenté, que depuis ce moment l'esprit de ténèbres ne put jamais parvenir à élever dans son esprit le plus léger doute sur cette croyance catholique.

Ce miracle nous enseigne que nous devons croire non-

seulement sans béâtation, mab surtout avec une vive foi tous les mystères, et ils sont nombreux, qui eoncecnent le très-saint Sacrement de nos autels, et les révérer bumblement et amoureusement, sans jamais cbercher à les sonder par une coupable curiosité; car il est écrit : < Celui qui veut scruter la majesté sera accablé de sa gloire: QuiscriUaùor est majestatis opprimetur.a gloria. » (Prûv, xxv, 27). Soyons sur ce point fermes et inébranlables, et, comme dit saint Augustin , k Sachons que Dieu a la puissance de faire de» choses qu'il ne nous est pas donné d'approfondir. Aliquid Deum passe facere quod nos fateamur illud investigare non passe. » {Tract. XXIII, in Joan*).

MIRACLES DE SAINT HYACINTHE PORTANT LE SAINT CIBOIRE ET UNE STATOE DE NOTRE-DAME.

Bone me ut êignaculum super cor tuwm, «1 Hgnaevlum super brachiutn tuum.

«Mettez-moi comme un sceau sur votre cœur, comme an sceau sur votre bras. »

(Caht. viii, 6.)

Si jamais le commandement que fait Fépoux divin à sa céleste épouse a été littéralement exécuté, c'est assurément en saint Hyacinthe, cette fleur, cette perle de Tordre de Saint-Dominique, lorsqu'il reposa sur son cœur le Dieu de nos autels et serra entre ses bras une

dévote image de la Vierge mère. Voici ce fait bien digne de mémoire.

Saint Hyacinthe résidait à Riew ou Ghiovée, métropole du duché de même nom, en Pologne : il y avait construit un couvent de son ordre et une magnifique église dédiée à la Reine du ciel. Un jour^ comme il venait de célébrer la sainte messe^ on vint lui dire que les Tartares, ces implacables ennemis du nom chrétieD, avaient pénétré jusqu'au mur de la ville, et déjà redou* Liaient d'efforts pour en forcer Feutrée. Grande fut la surprise du saint; mais il ne se déconcerta point. 11 redoutait moins la ruine de la ville et de son couvent, que les outrages sans nombre que ces barbares allaient faire subir , selon leur coutume impie , aux cho^s saintes, et surtout au divin Sacrement de nos autels. Son parti fut bientôt pris. Plein de foi et de conGance, il s'approche du tabernacle et tire respectueusement le saint ciboire, et le cache sous sa tunique et sur son cœur, puis il ordonne à ses religieux de le suivre sans rien craindre.

Mais, arrivé à la porte de Féglise, il entend une voix

forte qui lui crie : « Hyacinthe, Hyacinthe. » Il s'arrête

pour voir d'où pouvait venir cette voix. N'apercevant

personne, il se remet en marche. Mais aussitôt le même <

cri se fait entendre. Il lève alors les yeux et remarque

au grand étonnement des assistants , que cette voix sort *

d'une grande statue de Notre-Dame placée à l'entrée de

l'église. G'était une fort belle statue d'alb&tre, m^s très-

\ pesante. La voix ajouta : c Mon bien-aimé Hyacinthe,

\ c'est donc ainsi que tu veux soustraire le fils aux ou-

\ trages des barbares et abandonner la mère à leurs

• insuites? » Comme le saint prétextait sa faiblesse pour

se chai^r d*aii si lourd fardeau , la voix lui répondit : • OIi ! si tu avais on peu d'amour, il te serait facile de m'emporter. Aie confiance en mon fils, il te rendra ce fardeau léger. — Je ne veux être qu'amour et confiance, > repart aussitôt saint Hyacinthe, € me voici prêt à obéir, t Ce disant, il s'approche, étend les bras avec un amoureux respect, prend la statue et la porte avec autant d'aisance que si c'eût été une petite fleur. C'est ainsi qu'il sortit de la ville, l'image de la Vierge en|re les bras, la sainte Eucharistie sur la poitrine, et accompagné de ses frères, sans avoir été inquiétés par les ennemis, qui étaient tenus à distance par une permission divine, et dont les yeux étaient aveuglés à leur égard ; de sorte qu'ils ne purent les apercevoir.

Au sortir de Kiew, saint Hyacinthe dirigea ses pas vers la ville de Cracovie. Un nouveau miracle signala ce trajet. Lorsqu'ils arrivèrent sur les bords du Borysthène, ils ne trouvèrent ni pont ni barque pour passer ce fleuve. Alors, plein de confiance dans la vertu du très-saint Sacrement qu'il tenait d'une main, et dans la protection de Marie dont il portait l'image dans l'autre, il bénit les eaux avec ces deux précieux gages, puis y entra sans crainte et traversa le fleuve à pieds secs, sans même mouiller la semelle de ses sandales. Les frères qui l'accompagnaient, fort étonnés de voir se renouveler le miracle de Pierre marchant sur les eaux, le suivirent iivec pleine confiance, et passèrent également le fleuve à pieds secs. Mais voici un autre prodige plus merveilleux encore ; il est rapporté dans le procès de canonisalion du saint. Le même fleuve Borysthène conserva longtemps les traces que saint Hyacinthe avait imprimées sur Tonde : rhistorieo assure qu'elles se voyaient

8 II1« MEBVEILLB.

encore de son temps, en sorte que d'une rive à raotfd on apercevait comme le sentier d'un hoaime qui avait passé à fleur d'eau. Quel enchaînement de prodiges !

Saint Hyacinthe, arrivé à Gracovie, déposa le trèssaint Sacrement au grand autel de son église, et sur un autel latéral la statue de la bienheureuse Vierge. Cette hostie sainte et la statue miraculeuse y opérèrent on grand nombre d'autres miracles, qui eurent pour effet la conversion de beaucoup d'infidèles et contribuèrent à affermir les chrétiens de ces contrées dans la foi catholique.

(RiBADESLiRA S, 7. Vie de saint Hyacinthe, Ift août).

ni* MERVEILLE.

UN ABBRE INCLINE Sa CÎME EN TÉMOIGNAGE DE LA PRÉSENCE RÉELLE DE JÉSUS-CHRIST.

Sihaburitis/îdtmfetd'9etiahuicarltori, Eradicare^ et oùediet vobig.

o Si vous aviez la foi, vous diriez à cet 'arbre : Déracine-toi, et il vous obéirait. » (Luc. XVI i, 6).

C'est une pieuse et ancienne tradition que, lorsque le Sauveur enfant fut porté en Egypte par sa divine mère, les arbres inclinaient leur cîme lorsqu'il passait, par respect pour sa personne sacrée. Le môme prodige s'est renouvelé pour prouver qu'il est réellement présent dans le Sacrement de l'autel.

Un prédicateur Gapacin dlllostre mémoire, frère Pacifique da^^Qt-Geryab, opérait de merveilleux fruits de salut dans la ville d'Orléans, tant par ses enseigne^ ments que par sa sainteté, et bon nombre d'habitants étaient grandement réjouis de sa sainte vie. Un jour se présenta à lui un fameux hérétique, Tun des premiers de sa secte, poussé soit par le désir d'apprendre quelque chose de nouveau, soit par la gloire qui lui en reviendrait de se mesurer avec cet orateur daas une dispute de religion. Après les premiers compliments ils entrent dans le champ de la controverse et entament la matière des sacrements, et notamment celle de TËuchanstie. Le perfide calviniste persistait à nier kr présence réelle et prétendait que ces paroles : Hoc est corpus meum, devaient se prendre, non dans le sens littéral, mais uniquement dans le sens mystique et allégorique.

Le vrai ministre de TËvangile multipliait les raisonnements, apportait de nouveaux textes plus clairs, pour ramener le mécréant de son erreur et lui faire embrasser la vraie foi : mais Tincrédule prédicant se sentant serré de près, s'échappaU toujours par de nouveaux subterfuges, de sorte que, accablé sous des preuves évidentes, et se voyant hors d'état de répondre, il murmurait en lui-môme, puis s'écriait : « C'est en vain que vous oberchez à me prendre dans les pièges de vos sophismes. • À la fin il proteste que tout ce déluge de paroles ne pourrait jamais lui persuader que le corps et le sang du Sauveur pussent se trouver sous les espèces du pain et du vin, il lui fallait des preuves de fait : • Avec vos belles raisons vous pourriez tout aussi bien me convaincre que ce chêne pourrait toucher la terre de sa cime touffue, > ajoutaitril en portant la main sur

10 lU® MERVEILLE.

un chêne d'une superbe hauteur qui se trouvait devant eux au détour d'une allée de jardin ; « il «et tout aussi impossible que le Christ soit renfermé dans Thostie, qu'il est impossible à ce chêne d'avoir sa tète altiëre à l'endroit où sont ses pieds. • Le serviteur de Dieu lui répondit sans s'émouvoir : « Vous voules^ donc des miracles en preuve? Si vous voyiez, à la parole d'un prêtre, cet arbre abaisser sa haute cîme et baiser la terre, croiriez-vous alors que les paroles du même prêtre pourraient avoir reçu de Dieu le pouvoir de faire descendre du ciel le Rédempteur sous les espèces sacramentelles? > A cette proposition inattendue, l'hérétique part d'un éclat de rire, et s'imaginant qu'une pareille bravade était parfaitement irréalisable, il jure hardiment qu'il croirait alors à la parole du prêtre, et confesserait la vérité do mystère. Ces paroles ayant été acceptées, le ministre de Jésus-Christ se prosterne les deux genoux en terre, joint les mains, élève les yeux vers le ciel, et adresse une courte prière à la divine bonté, la suppliant humblement de lui prêter une assistance qui doit procurer tant de gloire à Dieu , et en même temps le salut et la conversion de beaucoup d'âmes. S'étant relevé plein de con6ance, il commande au chêne qu'au nom de Jésus présent dans le divin Sacrement, et pour prouver la vérité de ce mystère, il abaisse instantanément jusqu'à terre son front couvert de feuillage ; car telle est la volonté de celui qui par un prodige plus grand est venu se cacher sous les simples espèces du pain et du vin à la parole de lui prêtre indigne : Obe-dienteDeo vôci hominis. (Jos. x, 24.) merveille inouïe ! à l'instant même cet arbre si élevé, cpmme s'il eût eu des oreilles pour entendre le commandement qu'on lui

III*» MERVEILLE. It

faisait, abaissa jusqu'à terre son front superbe, jusqu'à rherbe des champs. Ce prodige en produisit un autre, plus grand, dans le cœur de Fbérétiqye; à la vue de Tarbre s'inclinant, sur Tordre du prêtre, il déclare hauteineot qu*il est vaincu, et abaissant, en même temps la fierté de son esprit et Topiniàtreté de son jugement, il déteste hautement son erreur et confesse sans tergiverser la vérité du Sacrement. Et Dieu permit que son exemple et son autorité, joints à la publicité du miracle, entraînèrent grand nombre de ses coreligionnaires, qui vinrent tous en^mble abjurer l'hérésie et adorer la sainte Eucharistie. Cet événement prodigieux fut plus tard célébré dans les vers suivants :

Esc prius ad terrain flcctet fastigia quercûs Quaro credam parvo panis in orbe Deum,

Dixerat hsereticus Flectit fastigia quercus, Fitque solo radis, quod modo culmen erât.

Perfide, jam oredas, fldeique Deoque superbum, Arboris exempîo, subdere disce caput.

I Ce chêne abaissera jusqu'à terre ses plus hauts rameaux avant que je croie que Dieu est dans un petit pain rond, disait un hérétique. Le chêne abaisse sa dme, ei a»qui faisait le sommet touche la racine. Crois maintenfptv* perûde, et apprends de l'exemple de cet arbre à soumettre ta raison superbe à Dieu et à la foi. •

(BovcRiis, % I. ann. 1 574, 11 . C).

la présence du très- saint sacrement abat la fierté d'on prince et l'amène a Résipiscence.

Domintu cotnminabitur, et quU non conteretur a facie iptius ?

«Le Seigneur menacera, ei ,qui ne sera brisé en sa présence ! » (IV Esd. xvi. H).

■ H n y a peut-être pas dans ThistDire de l'Eglise de conversion plus éclatante que celle de saint Guillaume duc d'Aquitaine, opérée par la seule présence du trèssaint Sacrement. Ce prince égalait Sardanapaîe par ses voluptés, Hérode par ses amours incestueux, puisqu'il retenait la propre femme de son frère, Néron par sa cruauté ; sa colère se changeait en fureur, et l'atrocité de ses meurtres le rendait redoutable. Qui jamais eût cru qu'on pût faire de ce tigre un doux agneau, de ce Saul un nouveau Paul? Ce changement si admirable fut cependant opéré par la seule présence de l'adorable Sacrement. En ce temps malheureux la sainte Eglise ' était affligée d'un schisme très- pernicieux : le duc, qui défendait à outrance l'antipape Pierre de Léon, avait chassé de leurs sièges les évoques fidèles au pape légitime, et notamment Guillaume de Poitiers. De grands maux résultaient d'un tel état de choses, et il était • difficile d'y porter remède. Le pape Innocent II envoya auprès du duc en qualité de légat l'évoque de Chartres, Caotft)p^. Comme l'affaire A ♦r^»t/»r fif^^* ril«inp de^''^'%

IV« MERVEILLE. i5

il se et accompagner par saint Bernard , abbé de Glairvaux, que son zèle et ses nombreux miracles avaient reodu fort célèbre. Le saint fit valoir les meilleures raisons, supplia d'abord le duc, puis le menaça de la justice divine; enfin, à force de slngénier pour adoucir la fierté. du prince, il parvint à lui faire reconnaître loDocent pour pape légitime. Mais il restait inflexible sur Tarticle des évêques qu^il avait chassés de leurs si^fes, et il ne voulait en aucune façon entendre parler de les y rétablir. Voyant que les moyens ordinaires ne pourraient amollir ce Pharaon au cœur dur et impitoyable, le saint recourut aux remèdes divins. Il monte àrautel, commence la messe, fait la consécration, donne la paix an peuple, puis, au moment de la communion, il prend la sainte liostie sur la patène et s*avance vers la porte où se trouve le duc, que Texcommunication empêchait d'entrer dans Téglise. Maintenant il ne supplie glas, mais son visage enflammé, son regard étincelant, sa voix terrible, annoncent une autorité plus que bumaiae : « Nous t'avons prié, » dit-il au. prince, c et tu nous as méprisé ; tu as foulé aux pieds les humbles ^applications de tant de serviteurs de Dieu. Voici maintenant le fils de la Vierge, le chef de cette Église que tu persécutes, il est là présent devant toi ; voici ton juge, eelui devant lequel ton âme comparaîtra bientôt pour, recevoir la sentence. Veux-tu le mépriser aussi? veux-tu lai résister et lui faire la guerre, comme tu fais à ses serviteurs? » Un tel spectacle, des paroles si vives, terrassent le duc. Déjà la vue du saint prêtre qui-s'approchait avec le corps sacré du Seigneur Tavait fait pâlir i effroi ; un tremblement subit le saisit, il tombe à terre : ^ gardes le relèvent. Il se prosterne de nouveau sans

f 4 IV* MERVEILLE.

proférer un seul mot, sans même lever les yeux : seulement, on entendait sortîiv de sa poitrine de profonds soupirs, et sa bouche écumait comme celle d'un épileptique. La foule consternée attendait i'issue d'un tel événement, quand le saint abbé s'approche, touche le prince du pied, et lui commande de se relever pour écouter le commandement que Dieu ici présent lui donne par sa bouche. € Voici, > lui dit-il, « Tévôque de Poitiers ; va vers lui, donne-lui le saint baiser, comme un gage que tu le rétablis sur le siège dont tu Tas chassé. Soumets-toi sincèrement au pape Innocent et rends'lui l'obéissance que lui doit tout bon fidèle. £q outre^ empresse-toi de rappeler à l'union catholique ceux de tes sujets qui sVn sont éloignés ; mais par-dessus tout fais pénitence de tes énormes péchés. * Le duc écoutait tout cela sans mot dire, tant il était ému par la présence du Dieu eucharistique, qu'il adorait profondément. 11 8e relève cependant et court au-devant de l'évêque pour lui donner le baiser de la réconciliation. Le saint retourne ensuite à l'autel avec l'hostie adorable, poursuit et achève le sacriGce.

Après que le duc eut replacé l'évêque sur son siège, et qu'il eut exécuté tout ce qui lui avait été enjoint, le saint abbé le traita avec une extrême douceur, et l'avertit •de se garder à l'avenir de toute révolte, pour ne pas provoquer la colère du Très-Haut, qui l'avait attendu à faire pénitence avec tant de bonté.

Ces sages avertissements portèrent leurs fruits : car lo duc ne se borna pas seulement à ne point troubler la paix de l'Eglise, il parvint même avec le temps à la perfection des plus excellentes vertus. Comme ce n'est pas ici le lieu d'en parler, il nous suffira de dire qu'il

V« MERVEILLB. 15

fut tellement remarquable par ses austérités envers soi-même et sa charité envers Dieu, qu'il a été mis au rang des saints , et le martjrologe Romain en fait mention le i I février.

Cette exhibition du très-saint Sacrement, jointe aux paroles de saint Bernard, avait fait une telle impression sur lui et avait tellement renouvelé son cœur , que 'le seul souvenir des circonstances de ce fait suffisait pour le raffermir dans ses résolutions et rallumer la flamme de Tamour divin, toutes les fois que les illusions de la chair, la mémoire de ses joies d'autrefois ou les tentations de Tennémi commun, cherchaient à le détourner de la rigueur et de la sainteté de la vie qu'il

menait.

fSf-Rius et HiOADEKEiRA, SO août, Vie de saint lier' tiard).

IL SUFFIT DE MONTRER LE SAINT SACREMENT POUR TRIOMPHER 0£ TOUTE LA POTSSANCE DE L*£NF£R. .

erat ejieieM dmmonium, et adwOratœ «nui iiirbœ.

«Il chassait un démon, et la foule était Uans ra4miration. » (Lcc. xi, l.)

Avant de quitter le glorieux saint Bernard, il nous sera agréable de voir comment par son intermédiaire le très-saint Sacrement non-seulement abaisse et humilie la hauteur des hommes superbes, mais encore coofond

l'audace téméraire et perverse des anges rebelles et les met eo fuite.

La ville de Milan ayant embrassé le parti de l'antipape, le saint abbé s'y rendit de Rome, dans le dessein de la réduire à l'obéissance du légitime successeur de Pierre. Il y trouva plusieurs «fois l'occasion d'exercer son l)Ouvoir surnaturel, dans le saint sacrifice, contre les puissances infernales. Un jour qu'il- se préparait à célébrer la meâsedans l'insigne basilique de Saint-Âmbroise, (celle-là même dont le saint archevêque avait fermé les portes à l'empereur Théodose), voil^ que des hommes l'obustes lui amènent de vive force une femme d'un âge mûr, mais horrible à voir. Un épouvantable démon était entré dans sa poitrine depub de longues années, et y régnait avec un pouvoir si tyrannique, qu'il l'avait rendue toute contrefaite et difforme; il l'avait même ;)rivée de l'ouïe, de la vue et de la parole ; elle pouvait à peine avancer la langue hors de sa bouche, à peu près comme les éléphants allonguent leur trompe. C'était plutôt un monstre qu'une femme. Sa face contractée et dont l'aspect répandait l'épouvante, ses yeux hors de leur orbite, son haleine pestilentielle, annonçaient bien la noire malice de l'hôte qu'elle logeait dans son corps.

Le saint, dès qu'il Taperçut, sentit son cœur attendri et ému de compassion sur le sort de cette infortunée, considérant qu'elle était la victime d'un démon rusé et puissant, qui difficilement consentirait à déloger d'une si bonne place. Se tournant alors vers le peuple, qui était fort nombreux, il invita tout le monde à prier avec attention et dévotion et ordonna aux clercs d'empêcher cette femme de remuer et de changer de place. Mais, dans son agitation furieuse, elle résistait à tous ks

V" MEI^EILLE. il

efforts, elle regimbait des pieds et des mains avec une force toute diabolique , elle en vint même à donner un coDp de pied à notre saint ; celui-ci, sans s^émouvoir, commença le sacrifice. Quand il fut arrivé au mystère de la consjécration, toutes les fois qu'il faisait le signe de la croix sur les oblations, il se retournait vers la possédée et produisait le même signe sur sa tête. L'esprit malin entrait alors dans une rage et une fureur inexprimables, comme le prouvaient clairement le claquemeni de dents, les horribles hurlements, et les tortures physiques et morales que manifestait la possédée.

Après le Pater, le prêtre se tourna pour attaquer plus vivement Tennemi ; et, prenant le corps du Seigneur, il le mit sur la tête de cette femme et Ty retint, en même temps qu'il conjurait le démon par une parole de commandement, lui disant : « Voici, esprit de malice, ton juge suprême, voicîle Seigneur tout-puissant auquel tu ne saurais résister ; voici celui qui, sur le point de souffrir pour le salut du genre humain, assura que le prince de ce monde serait chassé et exterminé. Ceci est le saint corps qui a été formé dans le sein de la Vierge, qui a été attaché à la croix, qui est sorti victorieux du tombeau, qui est monté triomphalement au ciel. Au nom de cette souveraine majesté je te commande, injuste tyran, d'abandonner cette servante de Dieu et de ne plus la molester à l'avenir. » Après un commandement si énergique, saint Bernard, assuré de la victoire, poursuivit le sacrifice, fit la fraction de l'hostie et donna la paix au diacre qui la communiqua à toute l'assemblée. Cette paix pénétra d'une manière toute particulière l*âme et le corps de la possédée et lui rendit une parfaite simié.

i8 V« UERVflLLE.

Aa môme momeat Fesprit infernal, qui était san» doute Tan des premiers lieutenants de Satan, fut contraint, à son grand dépit, de quitter son ancienne demeure; et cette sortie violente fut une nouvelle preuve de Teffîcacité et de la puissance du Sacrement de nos autels. Aussitôt un concert de louanges et de bénédictions s'éleva dans toute rassemblée à la gloire de Fauteur d'une si grande merveille, et tous demeurèrent bien persuadés qu'il n'y a pas d'arme aussi forte contre notre ennemi commun, que la sainte Eucharistie, surtout lorsqu'on emploie ce moyen avec une foi vive animée de la charité. Il ne faudrait pas croire que de tels miracles sont dus plutôt à la sainteté des thaumaturges, qu'à la vertu du Sacrement : saint Bernard reconnaissait volontiers le contraire, et il en rendit un témoignage public dans J'église de Sàint-Cyr à Pavie; car, comme on lui eut présenté une autre femme énergumène, possédée par un démon furieux, qui avait déjà résisté à l'invocation de saint Cyr, et se moquait des exorcismes, disant : « Le petit Cyr n'a pu me chasser dlci, Bernard le pourra encore moins ; » le saint abbé répondit : « C'est vrai, Cyr ne t'a point chassé, Bernard ne le fera point non plus ; mais Jésus-Christ saura bien te mettre hors de là. • C'est ce qui arriva en effet ; Satan ne put supporter la présence de ce Dieu qui peut le réduire au néant avec son seul doigt. In digito Deé ejicio dœmonia. (Luc. xi).

(Sdkids et RiBADEMBiiu, 30 août. Vit, aanck Btrnardi)*

VI» MERVEILLE. i9

GLORIEUSE VICTOlBEy SDIVIE DE GRANDS PRODIGES.

Crediderunt in nomine eju* 9idente* s fjus.

« Ils crurent en son nom à la vue de se* fuiracles. » Joah. «ii, jô.

Pour afiferniir les catholiques dans la foi au très-saint Sacrement y et amener les hérétiques et les païens à cette même croyance, la divine Providence s'est plu à opérer un miracle manifeste et perpétuel, que rapporte le vénérable père maître Louis de Grenade.

Dans le royaume de Valence, Tan du salut 1239, une petite armée de mille chrétiens retirée dans un château peu forliCé, se vit attaquée par une troupe formidable de Maures. Impuissants, dans leur faiblesse, contre des forces si nombreuses, nos généreux soldats ne virent rien de mieux à faire que de recourir à la protection divine et de s*armer du secours des sacrements. Mais, comme il n'y avait pas un nombre suffisant de prêtres pour entendre les confessions dans le moment où les ennemis s'avançaient pour donner Tassaut, six des plus braves furent choisis pour appeler sur tous la protection céleste par la participation à la sainte Eucharistie. Ils se confessent donc et entendent la messe : déjà le prêtre avait consacré les si.^ hosties pour les communier, quand retentit le signal d<Y

iO VI* MKHVEILLE.

Tarrivée subite des Maures; force leur est donc dV.)andonner leur sainte dévotion pour courir aux armes et voler à la défense commune. Le prêtre, de son côt(^, S)nr ne pas livrer les saintes hosties consacrées aux ^ïîtrfjgf's des barbares, les enveloppe pieusement dans le corporal, et le cacho avec soin sous une grosse pierre. Cependant Dieu avait agréé la bonne volonté de ces hommes; il savait qu'ils avaient eu recours à sa divine providence et qu'ils avaient eu l'intention de se fortifier par celte nourriture céleste, qui est toute l'armure des forts : Omnis armntvra fortium {Cant. iv, 4) ; ce mémo Dieu se plaît à les couvrir d'une protection tonte particulière. Il répandit dans le cœur de ces vaillants capitaines, et par eux dans le cœur de leurs soldats, un tel élan de courage et d'ardeur, que dans l'espace de peji d'heures, ils eurent rompu et dispersé tonte l'armée des Maures, passant les uns au fil de l'épée, forçant les autres à la fuite. Après cette victoire les vainqueurs retournèrent à l'église , et pénétrés de reconnaissance voulurent, en action de grâces, recevoir le saint sacrement. Mais, quand le prêtre, ayant tiré le corporal do l'endroit où il l'avait caché, l'eut étondu sur l'autel, il R>perçutque les saintes espèces étaient teintes d'un sang frais et vermeil , et adhéraient fortement au corporal. La vue de ce prodige excita une stupéfaction fa'cile à concevoir: tous les assistants, touchés d'une tendre dévotion, répandirent d'abondantes larmes, et rendirent gloire et action de grâces à Dieu qui opère de si grandes merveilles.

Tandis que les fidèles se livraient à ces pieux sentiments de reconnaissance, les Maures, ayant réuni des hataillons plus nombreux, se présentaient pour tenter

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un nouvel assaut: mais les chrétiens, encouragés e< raffermis par cette manifeste intervention da ciel, prièrent le prêtre de se placer sur une hauteur et de tenir Je corporal étendu sous les yeux des combattants, aGn de doubler leur courage et leur donner ainai Tassurance de la victoire. Les soldats, sentant leur vaillance se ranimer à la vue de cette oriflamme, se précipitèrent sur Tennemi aevc une impétuosité sans égale, et en firent un tel carnage, que toute la plaine demeura abreuvée de leur sang et couverte de leurs cadavres. Cette seconde victoire termina la campagne: mais les actions de grâces recommencèrent aussitôt avec une nouvelle ferveur.

Après qu'on eut satisfait aux devoirs de la piété, il s'éleva entre les principaux ofliciers une discussion assez vive an sujet du corporal miraculeux ; chacun aurait voulu enrichir sa patrie de cette précieuse relique. 1-e capitaine général ouvrit alors un avis excellent que tous approuvèrent: c'était de laisser à Dieu l'auteur de ces merveilles le soin de décider la question en litige. 11 fut donc résolu que Ton jetterait les sorts, afin de savoir quelle était la volonté de Dieu. Trois fois le sort fut jeté, et trois fois il désigna la ville de Daroca, patrie du prêtre qui avait consacré les saintes espèces. Comme nos soldats n'étaient qu'à moitié satisfaits, ils imaginèrent un nouvel expédient : ils cherchèrent une mule douce et paisible, qui n'eut jamais parcouru ces pays: sur son dos on plaça le corporal soigneusement renfermé dans un écrin de prix, puis on Tabandonna à ellemême ; le lieu où elle s'arrêterait serait celui-là môme destiné à ce sacré dépôt. La mule marchait en avant, venaient ensuite les prêtres portant des flambeaux

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allâmes, puis les soldats et leurs capitaines. Partout où ils passaient le clergé et le peuple sortaient à leur rencontre en chantant les louanges de Dieu. De temps en temps on jetait à la mule du trèfle et de ravoine> aGn que s'arrêtant en cet endroit pour réparer ses forces elle donnât à conaattre le lieu prédestiné qui conserverait cette sainte relique. Mais toutes les précautions furent vaines, la bête marcha toujours jusqu a Daroca. Elle y entra par la porte d*un hôpital et s*y arrêta. Mais, nouvelle merveille I à peine fut-elle entrée dans l'église, qu'elle fléchit les genoux et mourut paisiblement à cette môme place.

C'est ainsi que l'église de Daroca fut mise en possession de ce trésor. Grand nombre de seigneurs, de princes, de rois même, sont allés la vénérer. Des personnages du lieu furent envoyés au souverain pontife Urbain IV pour lui faire la relation authentique des faits, et ce pape accorda de nombreuses indulgences ô ceux qui visiteraient pieusement cette relique insigne. Trois cent trente années s'étaient écoulées depuis cette époque, lorsque l'empereur Charles-Quint et l'impératrice Isabelle se rendirent en pèlerinage au môme lieu : ils reconnurent que le miracle se perpétuait, c'est-àdire que les hosties teintes de sang n'avaient subj aucune altération, bien que consacrées depuis plus df trois siècles. Chose évidemment contraire aux lois de la nature et qu'on ne peut expliquer que par un miracle incessant, par lequel la divine Providence a voulu faire honorer la sainte Eucharistie, confirmer les fidèles dans la foi et conduire grand nombre d'incrédules au giron de l'Eglise.

(P. LoDW Bi Grenade, Symbole de lafoi^ ch. S7, § 7 )

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