WEU GLORIFIE CELUI QUI REND HOMMAGE AU TRÈS-SAINT SACREMENT
• Qui glorificaverU me, gloriflcabo eum.
« Je glorifierai celui qui m'aura rendu gloire. » (I RiG. II, S0.>
Dieu n'attend pas toujours la mort de ses fidèles serviteurs pour les rémunérer dans le ciel par la gloire éternellei maintes fois dès cet exil il s'est plu à récompenser les hommages que Ton rend à sa divine majesté, principalement dans le mystère de nos autels. C'est ce qui se voit manifestement dans Tillustre maison d'Autriche, à qui sa dévotion toute particulière à la sainte Eucharistie a procuré le suprême honneur de la couronne impériale.
Rodolphe, comte de Hapsbourg, le chef connu de cette famille, et le très-heureux fondateur de l'empire d'Autriche, s'en allait un jour à la chasse à travers les forêts, dans l'intention de visiter ensuite une grande servante de Dieu qui vivait dans la solitude : tout le monde avait une grande opinion de sa sainteté, elle avait tnême reçu d'en haut le don de prophétie. Ck)mme approchait de sa maison, afin de se recommander à ses prières, il rencontre un prêtre qui à pieds et accompagné de peu de personnes portait le saint viatique à an malade. Lecomte, foncièrement rehgieux, fut ému
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d'un tel spectacle: il se dit à lui-même: comment? le roi dn ciel et le Seigneur de l'univers est porté à pieds, et moi son serviteur, son indigne créature, j'irais à cheval? Il n'en sera point ainsi. » Il descend aussitôt, offre son cheval au prêtre et le contraint de s'en servir. Puis, saisissant un cierge dans la main d'un clerc, il accompagne son Dieu avec humilité et dévotion, la tête nue, jusqu'à la ptmvre demeure du malade, et là assiste les genoux en terre à toute la sainte cérémonie*; après quoi il voulut encore accompagner le pasteur jusqu'à son église à travers des sentiers difficiles et fangeux. Enûn il lui ût présent du cheval, se réputant indigne de monter un animal qui avait porté le roi des rois. Le prêtre, étonné d'un tel bienfait et d'un'e si grande piété, prédit au comte, en le reconduisant, que Dieu ne manquerait pas de le récompenser magniûquement.
La servante de Dieu dont nous avons parlé luirenou. vêla encore plus clairement la même prédiction, quand il fut arrivé à sa pauvre cellule. Car, comme elle était animée de l'esprit prophétique, et dès lors aussi bien instruite de la belle action du prince que si elle y eût été présente, elle lui dit au moment ot il l'abordait : « Parce que vous avez témoigné tant de respect pour le très-saint Sacrement et que vous lui avez fait cortège avec tant de piété, celui qui départit si libéralement ses dons à toutes ses créatures vous §iccordera à vous, ainsi qu'à votre postérité, les plus grands honneurs et le comble de la fortune. Et afin que vous ne croyiez pas que je vous berce de vaines espérances, neuf termes ne s'écouleront pas avant que ma prédictioa n'ait reçu un premier accomplissement. Neuf mois se passèrent, et rien ne fut changé dans la fortune de Rodolphe; mais
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la neuvième année, il fat (Au roi des HÔmains, puis élevé à la dignité impériale. Magnifique récompense assurément pour une action aussi simple et si commune! Pour être descendu de son cheval il monte les hauteurs du premier trône du monde; il a fait quelques pas à pieds , et il parvient an faîte de la grandeur ; il s'est découvert la tète, et voit son front orné d*un diadème éclatant ; un simple acte de dévot serpteur lui a mérité la possession d'un grand empire; pour le don d'un coursier, il reçoit d'immenses trésors ; pour s'être fait rhomble courtisan du Seigneur Jésus, il sera le chef du Siiint-Empire-Romain , et laissera après lui la longue série des glorieux souverains de la maison d'Autriche qui ont ceint la couronne impériale.
Je ferai encore mention d'un second prfnce, qui pour la même dévotion qu'il témoigna envers la sainte Eucharistie mérita le même honneur impérial. Je veux parler du très-pieux empereur Ferdinand H , dont le nom seul est un éloge. Sorti, un matin, pour l'exercice de la chasse qu'il aimait beaucoup, il poursuivait avec ardeur un sanglier à travers les taillis, lorsque arriva à ses oreilles le son douteux d'une cloche. 11 arrête aussitôt son cheval, prête l'oreille attentivement et demande aux chasseurs ce que signifie ce son qu'il croit entendre. On lui répond que ron"Jx)rte le saint viatique à un malade. Sans plus différer, il fait volte face et court à bride abattue à la rencontre du prêtre. Du plus loiû qu'U l'aperçoit, il met pied à terre et suit le saint Sacrement, marchant à pieds derrière le ministre de Dieu, faisant ainsi l'humble fonction de page d'honneur. il entra sous lé chaume du' pauvre malade et se tint à genoux durant toute la cérémonie. Quand elle futter-
minée, le prêtre dit au malade pour le consoler : « Prenez courage et ayez bon espoir; aujourd'hui vous avez reçu dans votre maison deux rois, Jésus-Christ le roi da ciëL, et Ferdinand roi de Bohême. » 11 parlait ainsi, parce que ce vertueux prince n'était pas encore arrivé au trône impérial. Mais il ne tarda pas d'y être élevé,^ au grand étonnement des électeurs eux-mêmes, sans doute en récompense des humbles hommages qu'il avait rendus au très-auguste Sacrement de Tautél. Aussi Thistorien conclut son récit par ces mémorables paroles: « Qui osera nier maintenant qu'honorer Dieu ne soit une chose vraiment royale, puisque par là les grands parviennent à la pourpre des Césars? Quisjam neget regium esse Deum venerari , quum ex Dei veneratione proceres assurgunt in Cœsares? j»
(JusTB LipsE^ in Monit, Polit, cap. S],
VHP MERVEILLE.
nUMBLES HOMMAGES D'ON GRAND ROI ENVERS LÉ TRÉS-SATNT SACREMENT.
Adotabunt eum omttes rege$ terrœ, omne»
gentet nervient ei,
« ToQS les rofs de la ferre Tadoreront, et ' loatesles nations le serviront.» (Ps. ixxi,
Après avoir entretenu le lecteur clés hommages que les empereurs d'Allemagne de la maison d'Autriche ont
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rendas an saint Sacrement, il convient de parler aussi des rois d*Espagne membres de la même famille, qui se sont disiingaés par nne ^le dévotion envers cet auguste Sacrement. - • *
Le 20 février 1 685, Charles II sortait dé Madrid pour jouir des plaisirs de la campagne, et la plus grande partie de la noblesse et du peuple de cette royale cité s'était réunie pour lui faire cortège, lorsqu'on voit passer un curé qui allait porter le isaint viatique à un pauvre jardinier; il n'était accompagné que d'un clerc portant un flambeau, parce que tout le peuple du voisinage était à Id suite du roi. Dieu permit que le prêtre vint à pas* ser à peu de distance du carrosse royal. Le monarque, voyant un prêtre revêtu du surplis mais sans aucune suite, crut d'abord qu'il allait administrer le sacrement de l'extrême-onction. Cependant il s'informe: dès qu'on lui eut dit : C'est le saint Sacrement, il ouvre la portière, sort du carrosse et se prosterne les deux genoux en terre pour adorer profondément son Sauveur caché sons les espèces eucharistiques ; puis, appelant le prêtre da titre seigneur ou monsieur (ce que n'ont pas cou* tome de faire le$ rois d'Espagne avec leurs sujets), il lui adresse les plus instantes prières pour qu'il daigne mon*» * ter dans son carrosse. Il Vy fait asseoir à sa propre place, avec le clerc, et ferme la portière de ses méins royales. Après quoi, tenant son chapeau à la main gauche, de la droite il saisit les rênes dn char comme un simple postillon 7 et accompagne ainsi le tçà du ciel à pieds et tête nue durant le reste du chemin qui était assez long, scabreux et plein de boue.
Quand on fut arrivé à la maison du pauvre malade,^ le roi ouvr it lui- même la portière, et présenta le bra:»*
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au prêtre pour Taider à descendre. Puis, mettant de nouveau les genoux en terre pour adorer Nôtre-Seigneur^ il raccompagna sous le toit du malade, et assista, à genoux et le front d^sr la poussière, à toutes les cérémonies. Cela fait, il voulut aussi s*a[^rocher du lit du moribond, le consoler par des marques d'une tendre compassion, et par des. aumônes dignes d*un roi; et finalement, afin de rendre moins pénibles les derniers instants du mourant, par une Mtention digne de son bon cœur, il assigna une dot convenable à la fille unique que la mort du vieillard allait rendre orpheline.
La sainte fonction étant terminée, le roi reprit son office de valet jusqu'à ce que le prêtre fût remonté dans le carrosse avec la sainte Eucharistie. 11 voulait encore le suivre à pieds. Mais comme, vu sa santé délicate, il avait éprouvé de la lassitude en se rendant à la maison du malade, le ministre de Dieu le supplia de ne pas s'exposer à une maladie peut-être dangereuse, d'autant que la route était encore longue jusqu'à Madrid.
Le roi, cédant à ses instantes prières, demande par des hommages respectueux au très-saint Sacreàient la permission d'entrer dans un second carrosse, dit en termes de cour « carrose de respect, > et de faire cortège au roi de gloire en tenant la droite. La nouvelle d'une action si glorieuse se répandit en un moment : tous ceux qui étaient dispersés dans les champs, bientôt suivis de la noblesse et du peuple de la capitale, accou* rurent pour être témoins d'un spectacle si majestueux, en sorte qu'en peu d'instants le très-saint Sacrement fut accompagné d*une immense procession de courtisans , ayant des cierges à la main ou donnant d'autres signes de respect, tant est vrai le proverbe s ^e0s iul exem*
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plar totus componitVT orbis : t La foule suit toujours Fezemple des grands, i Lorsque cette procession est rentrée dans la ville, le roi s'empresse d'ouvrir la portière et présente le bras au prêtre, qu'il accompagne encore à pieds jusqu'à son église paroissiale de Saint-Marc, et il n'en sort qu'après avoir reçu la bénédiction du trèssaint Sacrement.
Tout le peuple applaudit le roi avec des accents d'une piété et d'une allégresse indicibles ; mais il n*est pas douteux que les anges du ciel admirèrent bien davantage une dévotion aussi extraordinaire, et que le dévot prince a mérité du Très-Haut, en récompense, des grâces insignes. Je mentionnerai seulement la bénédiction de la rosée céleste, de rore cœli, c'est-à-dire le don de l'innocence et de la vertu au milieu des grandeurs et des délices de la cour; et ce n'est pas une petite faveur» puisque le sage assure que t celui qui a gardé la loi de Dieu, alors qu'il pouvait la violer, a opéré des merveilles en sa vie. » Qui potuit transgredi, et non est transgressus, fecit mirabilia in vitasua.
(BoLLAMD., Act, SS, matï, in initio).
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