‹ Les Merveilles Divines dans la Sainte EucharistieChapitre 7 sur 35 · EFFETS DIVERS DU SAINT SACREMENT SYMBOLISÉS · texte numérisé non relu

EFFETS DIVERS DU SAINT SACREMENT SYMBOLISÉS

Diteetu* meus eandidui et ruMeniKlMt.

«Mon bien-aimé est blant et Termeil. »

(C*»T. v^lO)»

x^otre-^îgneur se fait voir quelquefois sous différents symboles mystéri^x dans son sacrement , pour marquer les divers fruits de salut qu'il opère dans les âmes. Sainte Françoise Romaine fut favorisée de plusieurs merveilles semblables. Elle portait une grande dévotion au tràs-^saint Sacrement : mais plus son amour ardent lui faisait désirer de s'en nourrir souvent, plus sa profonde humilité lui persuadait qu'elle devait s*en «ib<«tenir, à cause de son indignité. De là vient qife, n'osant demander à sop «onfesseur la permission de

XIV« UERy£|LLE. 4T

oommuDÎer fréquemment, elle se contentait de prier Dieu de lai inspirer la pensée de loi prescrire à ele* même la sainte communion : car c'est dans ce banc[uet sacré qu'elle receyait les faveurs les plus admirables. Une fois, assistant à la sainte messe, elle eut le bonheur de voir la sainte hostie sous la forme d'un gros flocon de neige qui tombait du ciel ; comme si Notre-Seigneur eût voulu lui montrer par-là qu'il est la splendeur de la lumière étemelle, et nous faire connaître la pureté ' d*Âme et la tendresse de cœur qu^il faut af^rter au festin eucharistique. Un autre jour, la sainte hostie lui apparut comme un globe de feu et de flammes, symbole tout à la fois de l'ardente charité avec laquelle Dieu nous aime et désire nous faire du bien, et de l'amour enflammé qui doit consumer les afTections terrestres, et y substituer des désirs célestes dans^ceux qui s'approchent de la sainte communion.

Elle fnt encore favorisée de plusieurs autres visions non moins merveilleoses. Un matin, après avoir commnniéy elle fut ravie en extase et conduite dans un temple étincelant, où elle vit un tabernacle d'une structore mervmlleuse, sur lequel se tenait d^)out un agneau d'nne blaneheur ébbulssante, entouré à droite et à gauche dedeux armées de petits agneaux blancs, tout occupés à lui rendre leurs hommages. Aussitôt elle entendit un concert de voix les plus harmonieuses qui redisaient les louanges de l'agneau immaculé et ensei* goaient la manière de Taimer et de le servir, c'est-à-dire avec un cœur pur, des mains innocentes et une intention droite. Après cela elle entendit une autre voix, qui sortait de l'agneau lui-même et disait : « Que celui qui « soif 9 viçzme à moi. le donnerai gratuitement à celui

qui a soif de Peau de la fontaine de vie. • Qui sitit ventât aé me. Ego sitienti dak9 de fonte aquœ vitœ gratis. (Apoc. xviy 22). En même temps elle voit sortir du côté ouvert de Tagneau une eau très-limpide ; à cette vue elle accourut avec empressement pour se désaltérer à cette source sacrée. A Tintérieur du côté ouvert, elle aperçut le cœur divin de Jésus plus lumineux que le soleil et qui jetait des rayons de lumière , et répétait souvent: iQue celui qui a soif vienne se désaltérer. »

Doucement attirée par une si suave invitation , la sainte eut grandement désiré s'asseoir fréquemment au banquet eucharistique ; mais le démon, jaloux d'une si grande faveur, se transformait en ange dé lumière et s'efforçait de Téloigner de la fréquente communion, lai disant : «Gotnment, pleine de misères et de péchés comme tu es, oses-tu bien receveur Tagneau sans tache? • La sainte ne tarda pas à s'apercevoir que ces pensées n'étaient que des suggestions de l'ennemi, et elle n'eut pas de peine à les mépriser. En quoi elle fut puissamment aidée par la sainte mère de Dieu, qui dans une apparition lui donna un nouveau courage pour fouler aux pieds toutes les ruses du diable, en lui faisant connaître que les manquements et les fautes dont on s'est repenti ne devaient point nous éloigner de la sainte table, mais au contraire nous en faire approcher plus fréquemment, afin d'y obtenir miséricorde pour le passé, et force pour nous corriger à l'avenir. Sainte Françoise mit fidèlement cet avis en pratique, et par-14 mérita d'être de nouveau favorisée, après la commua nion, d'une extaser où elle vit le Sauveur dans sa ressem* blance naturelle, avec la plaie de son côté ouvert, d*où s'épanchait une lumière qui réjouissait l'âme et la

réconfortait; le corps du Seigneur ressemblait à un miroir très-pur, dans lequel on pouvait contempler les ' perfections de la divinité autant qu'il est donné à des yeux mortels.

(Harchesids, exVit, S. Franc, die 9 Martii).

LA SAINTE COlUnTNION ÉTEINT LES ARDBORS DE LA CONCUPISCENCE.

frumentwm eUetorum, et vimum gtrmiittmê viryine*.

« C^est le froment des élas, et te tId qai fait germer les vierges. » (Zagi. u, 1 7).

Que la présence du saint Sacrement sufSse pour arrêter et faire reculer les flammes du terrible Vésuve, c'est grande merveille : mais le prodige est bien plus grand lorsque ce mêiûe Sacrement reçu avec piété met on frein aux passions et éteint les flammes de la volupté. Cependant on admire et on célèbre partout le premier, tandis qu'on ne fait nulle attention au second ; c'est ce que l'un est fort rare, tandis que l'autre est journalier, oomme dit saint Augustin parlant de la multiplication des pains: Hoc nemo miratur; illud mirantur homineSy non quia majus est , sed quia rarum est. (Tract. 24 in ^n). Une foule prodigieuse de prêtres chastes et de ▼ierges qui ont conservé intacte la sainte vertu de pureté pourraient être appelées en témoignage de la puissance

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admirable da trës-saiDt Sacrement pomr dompter les désirs voluptueux et leur imposer un frein : je me contenterai d'un exemple, celui d'un jeune homme do monde adonné aux plaisirs, dans la fleur de Fâge.

Un habitant de Ferrare menait une jeunesse dér^Iée, et s'abandonnait trop souvent, hélasl à des excès de tout genre. Malgré ses égarements, sa foi ne s'était pas aflfaiblie: de là vient que les remords de sa conscience, la crainte de l'enfer, le tourmentaient sans rel&che ; il se repentait même de ses désordres ; mais la fougue du tempérament , la force de l'habitude , l'entraînaient comme malgré lui dians le mal. 11 résolut enfin d'aller chercher auprès d'un confesseur éclairé un remède à ses rechutes. Celui-ci, après mûre réflexion,, lui dit qu'il n'en voyait point d'antre qu'un légitime mariage, d'après l'enseignement de saint Paul : Si non se continent, nubant : melius est enim nubere quant uri, (1 Cor. VII, 9). Le jeune débauché suivit ce conseil, et il en sentit aussitôt les heureux effets : ses passions se calmé* rent, et il lui semblait être passé de la mort à la vie.

Mais peu d'années après, la mort lui ayant ravi son épouse, il sentit aussitôt de nouvelles atteintes de l'aigidllon de la chair : l'ennemi du salut l'assaillit de tentations terribles, auxquelles il n'eut pas le courage de résister ; il fit môme de plus lourdes chutes qu'avant l'époque de son mariage. 11 gémissait cependant et rougissait de sa conduite, il en éprouvait de cuisants remords, et la miséricorde du bon Dieu lui inspirait par moments de si vifs sentiments de componction, qu'il prit le parti de s'adresser à un religieux de la ville, qui jouissait de l'estime générale. Il lui fit connaître sincèrement la vie qu'il avait menée depuis son enfance.

mais i] ajouta qu*il se sentait peu d'inclination pour de secondes noces. Ce directeur sage et très- versé daâ» les voies de Dieu, voyant dans cet homme un désir sincère de renoncer au péché et de faire son salut, lui indiqua un remède à son mal tout différent de celui que lui avait conseillé son premier confesseur, t Mon fils, lui dit-il, vous savez que Notre-Seigneur Jésos-Chnst Fagneau sans tache, le fils de la Vierge immaculée, la splendeur de la gloire du Père étemel, réside persondlemont sous les voiles eucharistiques qui le dérobent à nos regards ; vous savez que c'est là véritablement, comme dit un prophète, de froment des étus,» qui les nourrit, les fortifie, et de plus « le vin qui fait germer les vierges, i qui les enivre saintement des ardeurs du céleste amour et leur fait produire les fruits admirables des vertus, et spécialement d'une pureté angélique. Pois donc que vous êtes fortement résolu de rompre vos chaînes honteuses, de rentrer dans l'innocence perdue, croyez- moi, ranimez votre dévotion pour l'auguste Sacrement de nos autels, visitez-le de temps en temps, entendez la messe le plus souvent que vous pouvez, puis communiez tous les huit jours : avec ces moyens si peu coûteux, je vous promets une totale transformation de tont votre être, et ce qui faisait vos suprêmes délices ne vous inspirera plus que du dégoût, t

Le pénitent, heureux de se voir à la veille de rompre ses mauvaises habitudes, et plein de confiance dans les paroles du prêtre, suivit ses conseils de point en point avec ferveur et constance. Peu à peu il sentit diminuer les ardeurs de la concupiscence, il n'en éprouvait même plos les atteintes, particulièrement les jours qui suivaient chacune de ses communions, de sorte que en peu

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de temps eat triomphé de cette passion indoroptabley et il trouvait son bonheur et sa paix dans la pureté de Tesprit, du eœur et du corps ; car, comme, dit saint Bernard, t une fois qu'on a goûté les choses spirituelles, il faut nécessairement que la chair n'inspire plus que du dégoût. » Gustato spiritu, necesse est desipere camem. Le même saint docteur «goûte (Serm. in Cœn. Dont) : • Le Sacrement de Tautel opère en nous deux choses : il diminue la tentation de la volupté et il empêche le consentement dans les tentations. Si quelqu'un d'entre vous ne ressent plus aussi souvent ni aussi vivement les mou* vemeuts de la colère, de l'envie, de la luxure, et autres vices semblables, qu'il en rende grâces au corps et ait sang du Seigneur, parce que la vertu du Sacrement opère en lui. • Ainsi en arriva-t-il à saint Augustin lorsqu'il voulut renoncer à ses habitudes voluptueuses. Il pensait ne pouvoir vivre sans elles, et il redoutait leur séparation ; mais il comprit bientôt par une douce expé» rience que la vraie félicité ne se trouve que dans Téloignement et la privation de ces honteuses cupidités : Quas amittere metus fuerat, dit-il, jam dimittere gatÊ^ dium erat. (Conf. l. ix, c. 9). t

Telle est la merveilleuse puissance de la fréquente | «mmunion, et on en pourrait citer d'autres exemples * sans nombre, qui sont bien connus des confesseub. On me dira probablement : s*il en est ainsi, d'où vient donc qne tant de personnes se nourrissent si souvent du pain des anges et ne laissent pas d'être assaillies par des pen« sées déshonnêtes et de violentes tentations ? Saint Jérôme * et saint Augustin ont sagement répondu à cela que les ^ fldèles de cette classe savent résister avec on courage insurmontable aux attaques du démon et de la choir ^

y trouvent ainsi iWca$toil de glorieuses victoires et de mérites inQnis : s*ils sucoombent, c*«st parce qu^ils n'apportent pas au divin banquet les dispositions con^ ▼enaUes.

(P. DE Barrt, dissert, x Hagioph),

LES RUSES DFS DéMONS POUR EMPÊCHER LA SAINTE COMMUNION MERVEILLEUSEMENT DÉJOUÉES.

In fraudé eircumvenientium Ulum adfmt

mi.

« Il Pa défendo contre eeax qal lal tendaient des embûches. » (Sap. x, if). ,

Notre ennemi commun sait mieux que personne quels grands biens la sainte communion produit dans les âmes ; aussi tous ses pièges et tous ses efforts ont-ils pour but d'en détourner et d'en priver les fidèles. A Brescia, dans un couvent de Notre-Dame de la Merci, les religieuses vivaient dans une grande perfection , qn^elles entretenaient principalement par la participation fréquente à la sainte Eucharistie. En Tannée i 574, avant Tune des fêtes principales de la sainte Vierge, soit Tannonciation, soit Passomption, les religieuses s'étaient préparées d'une manière toute particulière à s'asseoir au divin banquet. Déjà elles étaient entrées au chœur pour assister à la sainte messe, et le moment do la communion approchait, quand la sacriste qui avait

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soin de la petite fenêtre par laquelle le prêtre présente la sainte commanion aux religieuses, cherche et recherche vainement la clef pour rouvrir. Pensant qu'elle a peut-être été déposée dans quelque lieu de la maison, elle court partout le monastère, interroge les personnes qu*elle rencontre, regarde de tous les côtés, mais en vain. Elle aurait mis toute la maison sens dessus dessous sans trouver la clef, parce que le diable, que sainte Catherine de Sienne appelle malatasca (mauvais sac), dans rintention de priver les religieuses de la communion dans cette grande, solennité, était venu furtivement prendre la clef, qull avait cachée dans un tas de grain, que Ton avait mis à part. La pauvre sœur était au désespoir, et s'accusait humblement d'avoir, par son incurie ou sa négligence, privé toutes les sœurs d'un si grand bien qu'elles désiraient avec tant d'ardeur. Elle était sur le point d'aller se jeter aux pieds de la mère prieure pour faire sa coulpe, quand Dieu lui inspira la pensée de s'adresser d'abord à la vénérable sœur Madeleine de la Conception, qui, retirée dans un des angles du chœur, vaquait aux exercices d'une haute contemplation. Comme cette religieuse était favorisée de grâces extraordinaires, la sacristine espérait trouver secours auprès d'elle. Elle lui fit donc connaître son malheur plus par des soupirs que par des paroles ; elle lui dit que tout ce qui la touchait davantage, ce n'était pas le ch&ti* ment qu'elle avait trop mérité par son peu de soin, mais l'afiliction de toutes les sœurs, qui allaient être privées par sa faute de ce pain des anges dont eOes étaient saintement affamées, i Daignez, ajouta-t-elle en pleurant à chaudes larmes, daignez implorer la sainte mère de Dieu afin que dans sa bonté elle veuille bien venir au

sèeoan dd ses dévotes servantes. » Madeleine, déjà instruite de Tacddent, répêndit aassitôt le front serein et le sourire sur les lèvres : i^Ne vous inquiétez pins, ma sœur 9 mettez votre confiance dans la très-clémente protection de la divine Mère : la messe ne s'achèvera pas avant que la clef ne soit retrouvée, et nous aurons toutes le bonheur de recevoir le divin époux de nos âmes dans sonSaerement avec une consolation et une grâce toute spéciale. » Tout en disant cela elle quitte le chœur, s*en va droit au tas de blé ; puis, sans la moindre hésitation elle y plonge la main et en retire la clef si vivement désirée, à la confusion des démons, et à la grande joie de plusieurs jeligienses qui, connaissant les faveurs célestes dont jouissait sœur Madeleine, Pavaient suivie curieusement, s'attendant bien avoir quelque merveille: puis elle vint en toute hâte retrouver la sacriste désolée et lui remit la def en disant: « Ne soyez plus triste, ma sœur, la perte de cette clef n'était point un effet de votre né^gence, c'était une méchante de notre ennemi, t Grande fut l'allégresse des sœurs qui avaient eu Connaissance de ces faits.

Après avoir rendu de vives actions de grâces à Dieu et à sa divine mère, les tours voulurent aussi payer un tribut de louanges à celle qui avait si bien su découvrir et détruire les ruses du démon ; mais la bonne religieuse, toute confuse, repoussa cet éloge, et attribua toutes ces faveurs à la bénignité, si souvent expérimentée, de la reine du ciel, dont on célébrait la fête, et au vif désir qu'avaient eu les sœurs de s'unir à leur époux dans son Sacrement.

11 y aurait bien des choses à dire sur cette sainte i*eligieuse, spécialement à l'endroit de sa grande dévcr

tion envers la sainte Eucharistie. Elle ea reçut def favears fort extraordinaires, entre autres une sagesse toute surnaturelle. Tout le couvent eut souvent occasion d'en admirer les preuves évidentes. Un jour qu'après avoir communié elle priait avec grande ferveur, les sœurs virent le crucifix semblable à un soleil réfléchir sur son visage les rayons les plus éclatants. Cette sagesse lui communiquait une lumièVe surnaturelle pour découvrir les embûches du diable et prévenir les maux qu'il méditait, comme il arriva dans la circonstance que nous venons de rapporter. Ici trouve son applica* tion cette parole du Psalmiste. Draco ùte quem formasU ad illvtdendum ei : omnia a te eœspeclarU ut des illis escam in tempare. c C'est ce dragon que vous avez formé pour se jouer (dans la mer) ; toute créature attend do vous la nourriture au temps favorable, i (P&. cm, 26. >

{Chroriiq. de Vord, de la Merci, année 1574).

MORTS RE8snscrr£s pour communier.

Bêati mùttvki nui in Domino morUmtwr, « Heureux les morts qui meureni dans l« Seigneur. » (A roc. xiv, 15).

Il n^est personne à qui ce texte de saint Jean puL<tse mieux convenir qu'à ceux qui étant morts sans recevoir le saint viatique reprennent la vie pour mourir de nou* Veau, mais nourris de cet aliment de vie éternelle. Et

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comme entre tous les miracles du Seigneur il n*en est pas de plus grand que la résurrection des morts, il faut ran^r au nombre des merveilles du très-saint Sacrement ces occasions où Dieu, par amour pour ses dévots serviteurs qui étaient morts sans la communion, leur a rendu la vie pour qu'ils participassent au mystère sacré avant de rentrer de nouveau dans la tombe. La vie des saints nous en présente plusieurs exemples.

Le saint abbé Evroult rappela à la vie Ausbert, qui était mort sans viatique, afin qu'il reçût cette faveur avant de passer à la vie bienheureuse. La très-religieuse vierge Aurélie avait vivement désiré la sainte communion avant de mourir, et Dieu permit qu'elle expirât sans recevoir ce divin confort : mais les prières et les larmes de tout son monastère la rappelèrent à la vie, a6n qu^elle eût la consolation suprême de se nourrir da pain des anges. Le saint abbé Pulchérius avait promis à Dymas, qui avait une grande dévotion à la sainte Eucharistie, qu'il ne 'mourrait pas avant qu'il lui eût administré de ses propres mains le saint viatique. Djrmas meurt subitement en l'al^nce de l'abbé. Celuici, à son retour, se met à prier avec confiance , et d^approchant du cadavre, il lui dit avec foi : c Mon bon ami, au nom de Jésus-Christ levez-vous ; je veux accomplir ma promesse et vous donner la sainte communion. • A cette parole le mort ouvre les yeux, comme an homme qui sort d'un profond sommeil, et bénissant le Seigneur, il manifeste un grand désir de se nourrir da pain eucharistique: à peine l'a-t-il reçu qu'il ferme' de nouveau les yeux à la lumière, et va se reposer paisi* Idement dans le sein de Dieu.

Mais entre tous les prodiges de ce genre il n'eu est

58 XVII* MBBVfilLLB.

p(»nt qof soit comparable à celui doat Boèce fat Tobjet. Ce nom seul de Boèce, issa du saDg des Manlias de Rome, ce philosophe, cet homme d'état si célèbre, et qui fut trois fois consol, ce nom seul fait son éloge. Boèce (lonc étant tombé dans la disgrâce du roi Théodoric à cause de ses excellentes vertus, et surtout de son zëe à défendre FEglise catholique et les sainte sacrements , fut d'abord jeté en prison dans la tour de Pavie, traité fort cruellement et enfin condamné à mort. Quand le bourreau se présenta pour lui annoncer cette injuste sentence il lui répondit avec le calme de la paix : a Fais ton métier : il y a longtemps que j'attends que la mort m'ouvre les portes de cette prison, i Gela dit, il se livra aux plus pieux sentiments envaraDien, puis il s'avança avec fermeté vers le lieu du supplice. Le bourreau lui trancha aussitôt la tête ; puis, contemplant avec une joie féroce cette tète jetée à t^re, il ajouta l'impudence à la barbarie ; il lui demanda en le raillant : f Boèce, qui t'a donc ainsi donné la- mort? • ^rs cette tète se releva et lui répondit : « Ce sont des hommes impies qui ni'ont tué. t Mais ce ne fut pas là la plus grande merveille ; il y en eut une autre plus , émouvante qui a trait à notre sujet. Boèce n'ayant pu recevoir le saint viatique avant sa mort, car on lui avait brutalemeilt refusé cette^ consolation. Dieu daigna lui faire cette faveur par un des plus signalés miracles dont l'histoire fasse mention. Le corps privé de son chef se redresse sur ses pieds, se rapproche de sa tète, la prend dans ses mains (on raconte la ipème chose de saint Denys l'Aréopagite), et, la portant ainsi comme un glorieux trophée, se dirige vers l'église voisine. Arrivé là, le même corps se met à genoux devant l'autel et la

tète parla pour demande^ le corps du Seigneur. Après Tayoir reçu , le cadavre retourna de nouveau d^ vie à trépas.

Ce fait merveilleux, qui trouvera sans doute des incrédules, est attesté dans les actes de saint Jean pape et martyr ; et pour confirmer mon récit, je vais reproduire les pBopres paroles de Técrivain : Quum Manlius Sèverinus Boetius, capite jam recisOt per crudele ludium rogaret a t&rtore quis ipsum interemisset: c Impii, » rebondit. Quo dicto, quum caput sumpsisset in manus, ut oUm Dùmysius, ad templum proximum detulit : quumque genua curvasset, divina percepit, statimque

exspiravit.

(BéLURD. Act. SS. 27 maH.)

XVin« MERVEILLE.

Lâ FâIH de L*£nCHÂBISTIE llIRÂCaLEDSEMGNT APAISÉE.

Esurientet implevit bonU- «Il a rempli de biens ceux qal étalent affamés.» (Lac. ii, 11).

Une des meilleures dispositions pour approcher avec fruit de la communion, c'est un ardent désir de s'er nourrir ; car la divine bonté répand toutes les richesses de sa libéralité sur ceux qui ont cette faim spirituelle. Le prophète royal avait déjà dit: Animam esurientem salùwiC bonis : t II a rassasié de ses biens Vùme qui était affamée* » (Ps. cvi. 9). La mère de la Sagesse incarnée

60 iviii* mbbve;lle.

Ta depuis redit dans son cantique : Esurientes implevU bonis. Saint Augustin le proclame aussi expressément, en rappliquant à la sainte Eucharistie : Panis isU esuriem quœrit hondnis interiorù; desirando capax efficeris au implearis, c Ce pain céleste exige la faim spirituelle: si tu le désires, tu deviens par là même digne d'en être rassasié.» (InJoan. tr. iv. in c. 1.) Ce pain de vie demande la faim dans les conviés, et le maître du festin leur dispense ses faveurs selon la mesure et la variété de leurs désirs. Le pain matériel ne profite jamais si bien que lorsqu'il est pris avec un vif appétit : de même le pain eucharistique ne produit jamab de plus grands fruits de salut que lorsqu'il rencontre une âme saintement avide de s*unir à son Dieu : l'admirable événement que je vais raconter le prouve surabondamment.

Les annales du saint ordre des frères Prêcheurs rapportent qu'en Pologne, dans un monastère de vierges, vivait la bienheureuse Imelde. Bien qu'elle eût à peine atteint sa onzième année, elle était déjà parvenue à une vertu si solide qu'elle avait obtenu de revêtir le saint habit de la religion avant l'âge requis ordinairement dans oeUes qui veulent devenir les épouses da Christ. Imelde, entendant ses sœurs lui dire les grands avantages que l'on retirait de la sainte communion, sentit dans son cœur le plus vif désir de se nourrir de ce pain céleste, et vint humblement supplier son confesseur et la supérieure de lui accorder^ cette faveur ; .mais l'un et l'autre, considérant son âge si tendre, différaient de mois en mois de la satisfaire, promettant toujours d'exaucer sa prière à la solennité prochaine. C'était verser de l'huile sur le feu et enflammer davantage son désir si ardent. Sur ces entrefaites, ia fête de

l'Ascensioii étant fort proche, elle présenta une nouvelle requête accompagnée de torrents de larmes ; mais le confesseur crat devoir encore cette fois ne luL donner qo^uné espérance vague. Le jour venu, Imelde alla se placer, avec les religieuses, à l'endroit où elles se réunissaient pour communier; elle avait chobi cette place afin de bien voir la cérémonie et unir les tendresses de sa dévotion aux sentiments des sœurs qui allaient recevoir la sainte Eucharistie : son avidité pour ce pain des forts en devenait d*autant plus grande qu*elle se tenait pins près de la fontaine, sans pouvoir y étancher la soif qui la dévorait. Voyant que, malgré toutes ses instances, die ne pourrait, même en cette belle solennité, satisfaire son ardent désir, elle pleurait amèrement et se désolait de se voir privée d'un si grand bienfait. Mais ses soupirs et ses larmes touchèrent tellement le cœur de Dieu qu'il daigna opérer un miracle pour lui procurer ce que ses supérieurs refusaient à ses supplications réitérées. Tandis que l'enfant soupirait ainsi, le ciboire s'ouvre tout à coup, une hostie consacrée s*en échappe visiblement sous les yeux de toute la communauté, vole au milieu des airs en traçant un sillon lumineux, et vient se placer immobile sur la tète d'Imelde, Notre- Sdgnenr faisant ainsi connaître qu'il y avait là un aimant puissant qui l'attirait. Un prodige si inou! jette toutes les sœurs dans un étonnement difficile à décrire, et [eors yeux ne pouvaient se détacher d'un objet si adora- Ue et si cher à leur cœur. On avertit aussitôt un prêtre de ce qui se passe. Il accourt, se prosterne pour adorer' la divine hostie, et revèta du surplis et de Fétole, il prend une patène et se dispose à recueillir l'hostie pour la remettre dans le tabernacle, lorsque une inspiration

02 XVItl* MERVEILLE.

soudaine et irrésistible loi fait eompreodre qae le Saa-* Teur voulait en ce moment combler les ?œaz de cette enfant en se donnant à elle en noarriture, et sans différer il lai administre la sainte communion. La jeune vierge, si bien disposée depuis si longtemps à cette grande action, sentant couler dans sa poitrine an trésor si ardemment désiré^ fut inondée d*une si grande joie^ qu'elle ne put la contenir en elle-même à cause de la véhémence de son amour, qui comme un incendie dévorait son jeune cœur. Humblement prosternée pour remercier Dieu de son bonheur, ses s^ectueux sentiments brisèrent sa poitrine et elle expira. Le divin époux voulut se donner ainsi en viatique à cette âme qui n'aspirait qu'à le contempler face à face et jouir de sa présence béatiûque dans la patrie de la véritable félicité; et en Imelde se réalisa cette parole du sacré Cantique : Fortis est ut morsdilectio: t L'amour est comme la mort, » ou plutôt plus fort que la mort.

Qui pourrait exprimer les admirables sentiments d'amour, de reconnaissance, de componction que la nouvelle de ce miracle vraiment inouï produisit et dans le monastère et dans la cité? Apprenons seulement de là combien le Seigneur a pour agréable et récompense magnifiquement une àme qui s'approche avec une sainte avidité du céleste banquet ; et cette faimt spirituelle s'accorde merveilleusement avec le désir que Jésus éprouve lui-même de se donner à nous, car il npus convie au festin eucharistique par ces paroles qui sortirent de son cœur la veille de sa douloureuse passion , au moment même où il instituait le sacrement et le sacrifice de son corps et de son sang : Desideno desiderim hoc pascha manducarê vobiscum. t J'ai désiré

i'un cfrand désir de manger ceUe pâqiie avec vous. » Luc, XXII, 15).

(MAfiedESfrs, Diar» Dominic. P. »e Barkt. Disxert X, Hagioph).

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