‹ Les Merveilles Divines dans la Sainte EucharistieChapitre 8 sur 35 · CES POISSONS PRÊCHENT LA VERITE DU TRÈS-SAINT SACREMENT · texte numérisé non relu

CES POISSONS PRÊCHENT LA VERITE DU TRÈS-SAINT SACREMENT

DrnrdicUe, omnia quœ moventur in aquit,

^ DouiiMO.

« Que fout ce qui 8e meut dans les e4u« bénisse le Seigneur. » (Dar. m, 70).

Un rairacle fort célèbre est celui de ces poissons qui sortirent du sein des eaux rangés en bon ordre, et vinrent sur le rivage écouter la prédication de saint Antoine de Padoue : un prodige non moins grand et rapporté par des auteurs dignes de toute créance, est celui -de ces mêmes habitants des eaux qui furent les porteurs du Verbe de Dieu présent dans son auguste Sacrement, et prêchèrent ses merveilles dans leur langage.

Un pçôtre du royaume de Valence, en Espagne, curé d'AIboraga, alIant>porter le saint viatique à un malade do village d'Almareca, avait à traverser un ruissoau qui d'ordinaire n'était qu'un tout petit cours d'eau, mais qui s'était beaucoup enflé par l'abondance des pluies. Le ministre de Dieu, qui était accoutumé de le fas^er à pieds secs, s'avance sans crainte et sans grandjî atten*

tioQ ao milieu des eaux. Â peine y est-il entré qo^il tombe et la sainte custoàe lui échappe des mains : elle renfermait deux hosties. Le prèlse n'eut pas de peine à se relever et à sortir du ruisseau ; mais où trouver le précieux dépôt dont il avait la garde ! Il.chcrche, interroge tout le terrain, sans riea découvrir. Dans sa détresse il court au village voisin et raconte le malheur ({ui vient de lui arriver. De nombreux fidèles se mettent à sa disposition et apportent des filets et d'autres instruments de pèche. Les recherches recommencent, et le succès semble couronner leurs' efforts : un coup de filet ramène la sainte custode. Mais la joie fut de courte durée, elle était vide de son précieux dépôt; c'était' comme un coquillage dont la perle était absente. La douleur du prêtre n'en devint que plus" vive. Mais il plut à la bonté divine dV mettre un terme. Soudain on aperçoit à fleur d'eau deux poissons tenant l'un et l'autre dans la bouche une des saintes hosties; leur tète élevée au-dessus de Peau et leur bouche ouverte semblaient inviter les assistants à considérer, puis à recueillir le divin Sacrement qui leur était momentané» ment confié. Les pêcheurs qui aperçurent les premiers cette merveille en furent dans la joie ; mais n'osant s^approcher par -respect pour la divine majesté, ils appelèrent le prêtre qui veut aussitôt s'assurer du prodige. Ravi d'allégresse et d'admiration, il se dispose à reprendre les saintes espèces. Il se revêt de ses ornements et fait allumer quelques cierges que l'on avait apportés. Nouveau prodige I le prêtre n'eut pas besoin de mettre les pigds dans l'eau, les poissons s'avancèrent de* frontfà sa reïicontre et avec des mouvemehts uniforfoe» «^Tgracieux> comme s'ils eussent senti la présence

de leur créatear, et vinrent jusque sur le rivage offrir au prêtre le corps au Seigneur, Les ^ntes hosties étaient dans le meilleur état de conservation et sans la moindre tra^ d'humidité, bien qu'elles eussent demeurée plusieurs heures au sein des eaux. Les poissons, tx)ut fiers d'avoir porté la sainte Eucharistie, rentrèrent au fond du ruisseau avec des mouvements qu'on eût pris pour des démonstraxions d'allégresse. Dans la joie de la reconnaissance qu'excita une faveur aussi merveilleuse, on organisa une procession, et tout le peuple accompagna 1^ très-saint Sacrement avec des chants d'action de grâces jusqu'à l'église paroissiale.

Présentement encore, ajoute le narrateur, on conserve sans corruption ces mômes hosties dans l'église d'Alboraga ; et pour consoler les habitants d'Almazera, où le prêtre se rendait, on leur donna le vase sacré qui renfermait ces particules sacrées ; il y est encore con serve comme un souvenir précieux de cet événement. Ils chargèrent ensuite un orfèvre habile de fabriquer un ciboire, sur lequel on a représenté en relief le miracle: les deux poissons y présentent chacun une hostie. Pour rappeler au? prêtres qui célèbrent la vénération due au très-saint Sacrement, et pour confondre l'opiniâtreté des hérétiques ennemis de notre sainte foi, on y a gravé le distique suivant :

Quis divina negct panis mysteria, quando . . Muto etiam pisçis praedicat ore fidem ?

« Qui oserait mettre en doute les mystères du pain divin, lorsque le poisson, bien que muet, en prèbhe la croyance?! * -^

(V. Jacob Bleda, Afirac. 18. — P. jo. Allox.

Cens. div. Am. c. m, d. 24).

<>C XX* MKRVFILLE.

JESUS-CHRIST OOTRAGÉ DANS SON SACREMENT RÉPAND SES BltNFAITS SDR CELUI QUI L'INSULTE.

Qitum ffuterefr, ntm eomminabatur.

u Pendant quHl souffrait, il do point de menaces. » (rpsTR. ii, S).

L'apôtre saint Paul, après avoir rapporté commont Dieu avait puni les transgresseurs de la loi de Mois» , nous laisse entrevoir quels terribles châtiments mentent ceux qui foulent aux pieds le Fils de Dieu lui-même , et il suppose à peine possible une si énorme impiété. Et malheureusement il faut bien que je constate par des faits, mais avec horreur, une telle scélératesse, pour manifester TinGnie miséricorde du Sauveur.

Une religieuse, dont nous tairons le nom par égard , pour son monastère et qui était probablement du nouabre de celles qu'on poussait autrefois dans le cloître contre leur gré, s'était fait une habitude horrible du sacrilège, et c'était par des fautes assez légères d'abord mais multipliées qu'elle en était venue à ces énormités. Pour n'être point remarquée et s'exposer- ainsi à des reproches mérités, elle ^'approchait, comme les autres sœui», de la table eucharistique, mais sans s'y être préparée aucunement, ou plutôt avec une conscience chargée de la souillure de péchés graves. C'est le propre de ces détestables profanations d'endurcir le cœur et

XX*» MËRVEILLK. * 67

d'aveugler Tesprit, et alors les forfaits, les abotni nations, n*exciteDt même pas un ren^ofds. Un jour qu'elle avait reçu le saint Sacrement avec un air de dévotion admi* rable , elle laissa tomber discrètement de sa bouche Vhostie consacrée, la cacha dans son mouchoir et remporta dans sa cellule^ oii elle renferma avec grand soin. Et alors, 6 crime exécraj^le et inouï 1 elle secoue son luouchoir, jette par terre la divine hostie, et, avec une rage inconnue même aux démons, elle la foule aux pieds et fait subir mille outrages au Dieu de bonté. Terre^ pourquoi ne t'es-tu pas entr'ouverte sous ses pieds téméraires? pourquoi ne Fas-tu pas engloutie toute vivante ? Elle eût continué cette horrible scène si Je Dieu de miséricorde, voulant triomgher de ce monstre d'impiété, ne l'eût rappelée à elle-même par uo prodige éclatant. Tout à coup i*hostie qu'elle foulait si indignement aux pieds, prend à ses yeux la forme d'un très-bel enfant, qui lui dit en versant des larmes de compassion : c Que t'ai-je doqp fait pour me traiter ainsi ? En quoi t'ai-je contristée ?. Hépoods-moi^ » Cétaient les mêmes paroles que l'Eglise met dans la bouche du Rédempteur et qu'il adresse aux Juifs qui l'ont crucifié, Popule meus, quid feci tihi, aut in quo constristavi te? responde mihù (Fer. vi in Parasc).

A ces paroles, la malheureuse est saisie d'effroi, ell& tremble, des remords cuisants l'obsèdent, elle a horreur de sa conduite^ une sueur froide parcourt tous ses membres, son cœur est enfin touché de componction^ elle soupire profondément et verse d'abondantes larmes. Puis, se prosternant devant le divin enfant, d'une voir entrecoupée de sanglots, elle redit les paroleade Jésus : ' € Que m'avez-vous fait, ô mon Dieu, abime de miséri*

corde? que m'avez-voos fait? je vais vous le dire. Vons m*avez trop aimée ; vous m'avez foit trop de i)ien ; je suis mille fois trop indigne d*une telle compassion. G^est moi qui ne vous ai fait que du mal > je n'ai récompensé vos bienfaits que par des injures : vous vous donniez à moi, et je vous recevais sacrilégement ;, j^ai poussé le sacrilège jusqu'à tous fouler aux pieds ! • Elle ne cessa de parler ainsi et de pousser des sanglote tant que la vision se montra à ses yeux ; mais en dis« paraissant matériellement, elle resta pour jamais empreinte dans son âme. Cette insigne pécheresse passa le reste de sa vie dans les larmes d'une sincère pénitence ; elle ne cessa, le reste de ses jours, de bénir la miséricorde divine et de répéter avec les sentiments de la plus affectueuse reconnaissance : Misericardias Domint in œternum cantabo. t Je chanterai éternellement les miséricordes- du Seigneur. • (Ps. lxxxviiî, i).

(p. Gagrolli, s. J., dans un sermon sur N. S),

XXI* IIKRVIELLB. 69

LE TBÈS-SAINT SACREMENT RÉPARE ET RENOUVELLE NON- SEULEMENT LES FORCES DE L*AHË y MAIS AUSSI CELLES DO CORPS.

Cor metim «t caro mea txmltaiftrMnt tu Deum vivwn.

«Mon cœur et ma chair ont tressailli dans le Dien vivant, a (Ps. uaiiiT^ s).

L*hîstoire de la vénérable Ursule Benincasa nous fooroit une preuve que la sainte Eucharistie, véritable pain de vie, non-seulement rend la santé et là vigueur à nos âmes, mais aussi à nos corps ^ Cette admirable vierge, qui a fondé la congrégation des vierges dePImmaculée Conception sous, la règle des Théatins, et qui reçut du ciel le scapulaire-du même nom, n'avait d'autre remède et d'autre recours dans ses maladies que la réception du très-saint Sacrement. Son cœur, en s'unissant à son Dieu, se remplissait de tant de délices jspiri* tuelles et s'embrasait de si vives flammes d'amour, qu'on apercevait au travers aes habits ses mouvements (it ses palpitations. Encore qu'elle fût sujette à des fré: quentes douleurs d'entrailles, jamais elle ne s'en plaignait, parce que le pain de vie et le Dieu de toute consolation lui donnait force et courage pour tout supporter avec contentement. Souvent, dans les plus grandes angoisses qui lui survenaient soit par maladie, soit par tout autre accident, il suffisait, pqur lui rendre le

Jfi) XXI» MERVEILLE.

calme et la santé, que le prêtre qui vouait de célébrer lui touchât légèrement la tête en lui donnaYit sa bénédiction ; car alors sentant sur elle cette main qui avait louché le corps sacré du Seigneur, son âme était remplie d'allégresse, et toute sa personne éprouvait de merveilleux effets de ce contact. Le pain des anges lui semblait toujours d*une suavité sans égale, et elle le prenait de grand cœur et sans difficulté, même dans ses maladies d'estomac, alors que 6e* viscère refusait toute espèce de nourriture.

Saint Philippe de Néri, ayant reçu ordre du pape 'Grégoire Xlll de mettre à Tépreuve la vertu de cette religieuse, commença par lui interdire la sainte communion. Elle ne put se défendre d*une grande tristesse^ parce qn^elle vivait plus du pain aacrafeentel que de la nourriture corporelle ; néanmoins elle obéit très-exacte* ment et se contenta désormais de la comAïunion spirituelle. Elle passa ainsi plusieurs mois sans s'asseoir au banquet eucharistique ; ses forces en étaient épuisées^ \a faim de Taliment sacré lui devenait insupportable : un jour elle tomba évanouie ; les médedns déclarèrent que le cas était extrêmement grave , et qu'il y avait , peu d'espoir de lui conserver la vie. La communauté se désolait de perdre leur digne supérieure, lorsqu'o-ne religieuse supplia les nlédecins de se contenter de lui faire donner la sainte communion pour tout remède. Cette sœur connaissait -elle la cause de la maladie ou bien obéissait-elle à une inspiration céleste ? c'est le secret de Dieu ; toujours est-il que le conseil fut suivi. L'ordre est donné d'apporter le saint Sacrement à la sœur Ursule; mais, 6 merveille ! le prêtre était à peine entré dans sa chambre avec le i^rps du Seigneur, que

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k malade recouvrait le sentiment et une partie de ses forces ; elle put se lever pour recevoir son céleste époux ; et pour combler le prodige , la santé lai fût immédiatement rendue. Saint Philippe comprît, à ce coup, feicellence de la vertu de cette grande âme.

Uu autre miracle vint encore le oonOrmer dans cette opinion. La présence du très-saint Sacrement donnait tant de- joie à la servante de Dieu, qne cette allégresse se manifestait ai/ dehors dans la sérénité de son visage et les mouvements de son corps : on eût dit qu'elle contemplait face à face et sans voile le divin Sauveur. Un prêtre, à la persuasion de quelques incrédules, se permit de loi présenter dans une église de Rome, une hostie non consacrée, afin de faire Fépreuve de Tesprit qut ranimait. Mais la sainte, au lieu de donner le moindre signe de joie on de vénération, détourna les regards et demeura immobile, int^rogée pourquoi elle ne r|ndait pas au très-saint Sacrement les hommages qui lui sont dos. « Non, non, répondit-elle, mon Seigneur n'est point-là : croyez-vous que je vais me rendre idolâtre en adorant du paift au lieu de Dieu \ %

Ce fait, rapporté à saint Philippe et au cardinal de Saint-Sévérin, leur causa la plus grande admiration, ot ils publièrent hautement qu'Ursule était animée du véritable esprit des épouses du Christ. Depuis ce moment il lui fut permis de s'approcher quand elle le voulait de la table sainte, qui non-seulement répandait dans son âme d'ineffables consolations, mais encore servait de nourriture à son corps: aussi ses communions devinrent-elles très -fréquentes ; elle passait souvent plusieurs jours sans prendre aucune antre nourriture^ renouvelant en cela l'exemple de sainte Catherine de

72 XXI* UEaVEiLLB.

Sienncy dont TEglise dit: Mensacœlestis... B. Catha» rince virginis vUam aluit temporalem, c Le pain céleste seryait de noarritare môme corporelle à labienheurease vierge Catherine. » L'archevêque de Naples, en considération de ses hautes^ertus, lui accorda un privilège très-précieux pour sa foi et son amour, celui de conserver le très*saint Sacrement dans sa cellule pendant toute la journée du Jeudi-saint , comme on a coutume de le faire publiquement ce jour-là dans les églises. Pour ne rien perdre de cette faveur insigne, elle se tenait immobile pendant toute la journée devant soB Dieu et Seigneur, sans en détourner ni les yeux ni le cœur, sans prendre ni repos ni nourriture : elle se croyait déjà en possession du paradis , tant son àme savourait délicieusement la présence de son divin époux. Aussi, ([uand on venait le. lui enlever, sortant comme d'un doux .sommeil,- elle se prenait à, soupirer avec Magdeleine: TuleruntDominummeum. cAh! voilà qu'ils m^enlèvent mon Seigneur. (Joan. xxi). Heureusement , ajouiait-elle, ils ne pourront Tenlever de mon cœur, i Et de fait, Timage et la beauté du Sauveur étaient mieux gravées dans Tesprit et le cœur de cette bonne religieuse que ne pourraient faire les plus excellents peintres.

{But. Cler. Regul. 1.* ix, p. 40({}.

xxii« 'merveille. 73

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