‹ Les merveilles divines dans les âmes du purgatoireChapitre 10 sur 62 · SOUFFRANCES DES AMES QUI ONT DONNÉ DU SCANDALE · texte numérisé non relu

SOUFFRANCES DES AMES QUI ONT DONNÉ DU SCANDALE

Vœ hormni illi pcr quem scandalum venil: Malheur à l'homme de qui vient le scandalel (Malth. xvjii, 7.)

Il est douloiireux, assurément, d'avoir à subir fe châtiment de se^s propres fautes; mais il est autrement pénible d'être puni pour les fautes d'autrui. Or, combien y a-t-il dans le purgatoire d'âmes qui expient des

iniquités qu'elles n'ont pns commises, mais dont elles ont été l'occasion coupable I En sorte qu'elles peuvent dire jusqu'à un certain point, avec David : « Quœ non rapui, tune cx'^dvebam : J'acquitte les dettes que je n'ai point contractées. »

Un peintre, fort estimé pour son talent et pour la vie exemplaire qu'il menait, avait fait différentes images de saints, et sa réputation porta le prieur d'un couvent des carmes déchaussés à le prier de peindre un tableau pour cette maison. Il avait à peine achevé l'œuvre, dont on lui donna un prix élevé, qu'il fut surpris par une grave maladie et réduit à toute extrémité dans ce même lieu. Il pria le supérieur de le venir voir, et lui demanda la grâce d'être enterré dans son église, s'il venait à mourir; en retour de cette faveur, il léguait à la communauté le prix de son travail, avec l'obligation, en outre, de célébrer plusieurs messes en sa faveur. Tout fut fait selon ses désirs.

Peu de jours après sa mort, un religieux était resté au chœur après matines, à continuer sa prière, lorsqu'il vit apparaître l'âme du peintre, tout éplorée et se débattant nu miliou des flammes : elle le conjura d'avoir pitié de ses insupportables tourments, qui lui faisaient endurer une mort continuelle. Le religieux lui demanda comment il pouvait être ainsi puni, lui qui avait vécu en telle réputation de vertu. Il répondit : « Lorsque j'ai eu rendu mon âme, j'ai été présenté au tribunal du juge suprême, et aussitôt j'ai entendu déposer contre moi plusieurs personnes qu'une peinture immodeste avait portées à des pensées et à des désirs mauvais, ce qyi les avait fait condamner au purgatoire; d'autres, ce qui était bien pis, gémissaient en enfer dans d'éternels sup-

plices, à cette même occasion; elles déclaraient que j*étais digne au moins des mêmes châtiments, ponr leur avoir fourni la pierre de scandale à laquelle elles s'étaient brisées. Alors sont venues aussi du ciel les âmes de plusieurs saints qui ont pris ma défense, en expliquant que cette peinture était une œuvre de jeunesse expiée depuis par la pénitence et par une foule d'autres travaux à la gloire de la vertu des amis de Dieu, d'oii était résultée' pour plusieurs une grande édification. Ces âmes étaient telles des saints que j'ai honorés, et elles sollicitaient, mon pardon, en ajoutant que j'avais employé en aumô-' nés une bonne partie de l'argent que je gagnais, et que le dernier, notamment, avait été laissé à une sainte^^ communauté. Enfin, elles suppliaient le Seigneur dej prendre sur leurs mérites pour ajouter aux miens. Le| souverain juge, touché de leur prière, a voulu l'exaucer :; il m'a exempté de la peine éternelle; mais ma sentence porte que je serai tourmenté dans les flammes expiatoires jusqu'à ce que la coupable peinture soit brûlée, réduite en cendres, de manière à ne plus scandaliser personne. Je vous conjure donc, bon religieux, d'allef de ma part chez un tel, aux instances duquel j'ai cornposé ce malheureux tableau, de lui dire dans quel état je me trouve, et qu'il me fasse la grâce que cet instrument de péché disparaisse. Ce n'est pas moi seulement qui le veux, c'est le Dieu qui nous a créés l'un et l'autre. S'il refuse, malheur à lui! Fn foi de ce que je vous suis réellement apparu et que tout ceci n'est point une illusion, dites-lui, mon père, qu'avant peu il perdra deui de ses enfants, et que, s'il se refuse au petit sacrifie^ que je lui demande, il ne tardera pas bii-même à 1^ payer par une mort prématurée. >

En apprenant ces choses, le possesseur de la peinture la saisit à l'instant et la jeta de ses propres mains au feu. En moins d'un mois, il vit périr, suivant la prédiction, i'ux de ses jeunes enfants. Bien que son obéissance le mît à l'abri de la seconde menace, il s'appliqua à faire une juste pénitence de la faute qu'il avait commise tant en ordonnant qu'en conservant et exposant la peinture. Il et, à la place, exécuter de belles et pieusoi images, sur lesquelles on grava les portraits des saints qui pouvaient le mieux inviter à la vertu et qu'il désirait avoir pour protecteurs au ciel, aGn que^ suivant le mot de l'Évangile, « ils le reçussent dans les tabernacles étecnels. » (Luc. xvi.)

(V. De la Chasteté, par le P. Joseph de Jésus- Marie, liv. IV, oh. 9.)

XXV" xMERVElLLE.

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