‹ Les merveilles divines dans les âmes du purgatoireChapitre 11 sur 62 · POUR ENTRER AU CIEL IL FAUT IITRE EXEMPT DR LA MOINDRE FAUTE · texte numérisé non relu

POUR ENTRER AU CIEL IL FAUT IITRE EXEMPT DR LA MOINDRE FAUTE

Quis requiescet in monte sancto luo* qui ingreditur sine macula : Qui se reporera sur votre sainte montagne I ce sera celui qui s'y présente sans tâche. (Ps. xiv, 1 )

L'illustre vierge S^* Gcrtrude, voulant faire compren- Ire à ses religieuses l'extrême pureté que recherche " divin Epoux dans les ûmes avant de les admettre

X noces célestes, leur rapportait deux admirables

. )ns.

il était mort dans son monastère une jeune religieuse

MLKV. rURQ. 4

g4 XXV° MERVEILLE.

que la sainte abbesse aimait singulièrement, à cause du zèle extraordinaire qu'elle voyait en elle pour la pratique des vertus, et pour une tendre et fervente pi/tô. Cette perte lui fut très-sensible, et elle rccomman(i:i''' ardemment cette âme à Dieu dans ses prières, lorsque, ravie en extase, elle l'aperçut devant le trône divin, environnée de la plus éclatante lumière, revêtue de vêlements magniOques, chargée de joyaux. Cependanl il y avait sur son front une sorte de préoccupation; elle tenait les yeux baissés avec une certaine honte comme si elle eût eu peur de contempler en face lî gloire de l'adorable Majesté; elle semblait même cher cher à se cacher et à fuir les regards de son Rédemp teur. Gertrude, émue de voir sa fille spirituelle tremble ainsi devant l'éternel Epoux, se tourna vers lui et lu adressa cette invocation: « Très-doux Jescs, pourquoi don votre inOnie bonté n'invite-t-elle pas celle qui s'est doD née "à vous parfaitement à s'approcher et à entrer dan la joie qui lui est réservée? pourquoi ne l'attirez-voi pas dans vos bras, et la laissez-vous ainsi seule, triste craintive? » Le Seigneur aussitôt fit signe à la bonr rdigieuse de s'avancer, avec un sourire de tendress. Mais elle, plus troublée encore, hésitait, tremblait, < enfin, après une profonde inclination, se retira.

L'étonnement de Gertrude était au comble. El s'adressa cette fois à l'âme et lui dit : « Comment, n fille I vous vous éloignez du Seigneur qui vous appelh vous voilà en possession de ce que vous avez dési toute votre vie, et c'est pour vous en séparer avec cet froideur! Ne voye^-vous pas ce que JÉscs attend . vous? » La jeune Glle lui répondit : . Ahl ma mère, ne suis pas encore assez digne de paraître devant l'Agnei

immaculé; il me reste des taches terrestres. Il faut ôtre,

[lus pur que la lumière pour s'unir ^au Soleil de la

istice, et je n'ai pas celte pureté parfaite sur laquelle

reposent avec complaisance ses regards. Je vous

^ure que, quand même la porte du ciel m'eût été lûute grande ouverte et que j'eusse pu m'y élancer d'un bond, je n'aurais pas osé le faire avant d'ôlre entièrement délivrée des plus légères imperfections; il me semble que les chœurs de vierges qui suivent Notre-Seigneur m'eussent repoussée. — Et comment cela, reprit l'abbesse puisque je vous vois environnée de lumière et de gloire? — Ah 1 répondit-elle, tout ceci n'est encore que la frange du dernier vêlement de l'immortalité; c'est bien autre chose quand on voit Dieu, qu'on vit de lui, qu'on en jouit pour toujours I Mais pour cela il ne faut pas une lâche ! »

L'autre vision est à peu près semblable. Elle eut pour objet la sœur de cette même religieuse, un peu plus jeune, mais non moins vertueuse. Elle était morte dans la fleur de l'âge, chargée d'œuvres saintes et de mérites. Elle s'était fait remarquer surtout par une dévotion toute singulière envers le très-saint Sacrement. La communauté s'empressa de prier pour son Ame, et d'offrir à cette occasion des pénitences et des oraisons nombreuses. Gertrude la vit, brillante aussi, agenouillée devant le Roi de gloire, de qui s'échappaient cinq rayons enflammés qui allaient doucement frapper les cinq sens de la défunte. Mais elle n'en avait pas moins sur le front eomme un nuage de chagrin et une tristesse visible. La sainte, s'adressant de nouveau à Noire-Seigneur, lui demanda comment il pouvait illuminer de la sorte toute sa servaute, qu'elle éprouvât aussitôt une joie parfaite.

Jésus lui répondit que, jusqu'à ce moment, celte pieuse fllle était digne seulement de contempler sa divine humanité et de jpuir de la vue de ses cinq plaies, mais qu'elle ne méritait pas encore la vision béatifique de la divinité, parce qu'il restait en elle certaines taches légères contractées dans l'observation des règles. Gertrude supplia le Seigneur d'user envers elle d'indulgence, de lui pardonner ses misères et de l'admettre au sort le pluj heureux, après lequel nous soupirons tous. Notre-Seigneur répondit que, à moins de suffrages en sa faveur, la divine justice exigeait l'entier accomplissement de U peine, laquelle d'ailleurs était si bien comprise de cette âme et lui était si agréable, qu'elle ne consentirait point à en être exemptée. Elle fit signe effectivement qu'il en était ainsi, et le Sauveur, en signe de bienveillance, étendit la main sur sa tête. ,

Dès cet instant, la sainte abbcsse s'imposa plusieut» pratiques méritoires afin de soulager et de délivrer l'àme de sa sœur; elle pensait à elle principalement aa saint sacrifice, et il lui semblait alors la voir s'élever peii à peu au ciel. Un jour, l'âme lui apparut et lui dit : a La dévotion que j'ai eue au divin Sacrement, durant ma vie , me fait recueillir des fruits particuliers de l'adorable Hostie quand on l'offre pour moi. C'est pour- i quoi je suis sur le point d'être introduite à jamais ae iéjour où m'attend le céleste époux pour me couronner. Oh ! que je suis heureuse du culte que je lui ai rendu pendant les courtes années 'd'une si passagère existence! et quel bon maître nous servons! » Par ces paroles, elle enflamma d'un nouvel amour pour la sainte Eucharistie toute la communauté que dirigeait Gertrude, et on y conçut en même temps un plus scrupuleux éloigneraent

pour les moindres fautes, puisqu'il n'en est aucune qui ne doive être expiée.

(V. Louis de Blois, Monile spirituale, ch. 1.)

XXVl^ MERVEILLE.

ADMIRABLE COMMERCE DE CHAniTÉ ENTRE LES VIVANTS ET LES DÉFUNTS.

Vtgilale in orationibux, mutuam in vobitmetipsis charitatem habentes : Veillez dans la prière, exerçant la charité les uns enveri les autres. (I Petr. iv. 7.)

Il ne serait pas facile de décider à qui la prière pour les morts est le plus utile, ou aux morts eux-mêmes ou à ceux qui travaillent à leur délivrance. En effet, si d'une part les âmes du purgatoire sont puissamment soulagées par nos suffrages, de l'autre elles nous obtiennent ellesmêmes des grâces non moins précieuses. La vie de la Yénérable Mère Françoise du Saint-Sacrement, qui avait la plus grande dévotion à ces pauvres âmes, peut fournir Vutiles éclaircissements sur ce sujet.

Elle avait été élevée dans cette sainte pratique, et tant qu'elle vécut, elle y resta fidèle. Elle était tout cœur, tout dévoûment envers ces âmes souffrantes ; pour elles chaque jour elle récitait le rosaire, qu'elle avait coutume ^'appeler son aumônier, et elle en terminait chaque iizaine par le Requiescant m pace. Les jours de fêtes, où elle était plus libre de son temps, elle y ajoutait l'office des morts. La meilleure partie de l'année, elle se condamnait pour elLj au jeûne au pain et à l'eau sans

parler des cruelles disciplines dont elle accablait son corps; ainsi, elle ne quittait jamais son rude cilicc. Le repos qu'elle était obligée de prendre, elle le troublait encore par plusieurs genres de mortifications. Toutes les fonctions dont elle s'acquittait, les travaux qu'elle faisait, les pensées de son esprit, les souffrances intérieures, les fatigues du corps, les persécutions continuelles des démons, elle consacrait tout aux âmes des défunts.

Ce n'est pas tout. Elle s'unissait avec les religieuses qu'elle fréquentait davantage, afin de former avec elles une sorte de ligue de bonnes œuvres et de prières. Quand des ecclésiastiques venaient au monastère, elle les exhortait à dire des messes de Requiem ; elle en faisait autant envers les laïques qu'elle voyait, les engageant à répandre beaucoup d'aumônes dans le même but. En un mot, pour les secourir, elle avait renoncé au mérite personnel de ses œuvres : elle présentait chaque jour à la justice divine, pour leur soulagement, les oraisons, les pénitences, les privations qu'elle s'imposait, et les indulgences qu'elle gagnait. Le malin esprit s'efforça de lui suggérer une pensée de regret : il lui représenta qu'en se dépouillant ainsi de tous ses mérites, elle n'en aurait plus aucun quand elle paraîtrait devant DiED, et devrait par conséquent souffrir elle-même un long purgatoire. Mais il ne réussit point; tout retour d'intérêt propre était impossible à cette âme généreuse et ferme comme le diamant; les défunts qui lui apparaissaient l'assuraient d'ailleurs qu'ils sauraient bien compenser cette différence par leur intercession quand ils seraient délivrés, et que Dieu ne ferait point tourner contre elle son héroïque charité.

Ceci nous amène à dire encore un mot de la reconnaissance des âmes du purgatoire envers leurs bienfaiteurs. On la vit dans cette sainte femme. Ces âmes la visitaient fréquemment, non-seulement pour solliciter ses suffrages, mais pour l'en remercier. Des témoins ont assuré que, plusieurs fois, elles l'attendirent visiblement à sa porte, quand elle se rendait à l'office de matines, pour se recommander à elle; d'autres fois, elles pénétrèrent dans sa chambre , afin de lui présenter leur requête; elles se rangeaient autour de son lit jusqu'à ce qu'elle s'éveillât. Poqr elle, elle ne témoignait aucune crainte devant ces apparitions, qui auraient rempli tout autre de frayeur. « Nos peines sont adoucies, disaient les âmes, rien que par votre présence. » Elles lui disaienten entrant, afin qu'elle ne se crût point le jouet de quelque rêve ou d'une illusion du démon : i Nous vous saluons, servante de Dieu, épouse du Seigneur: que Jésus soit avec vous toujours ! i Puis, elles témoignaient leur vénération pour une grande croix et pour des reliques que leur bienfaitrice conservait dans sa cellule. Si elles la trouvaient récitant le rosaire, ajoutent les mêmes témoins, elles le lui prenaient des mains et semblaient le baiser avec respect et confiance, comme un instrument de délivrance et de salut. Elles la prévenaient des artifices de Satan, des pièges qu'il dressait contre elle et des tentations ou des illusions qu'il lui préparait, afin qu'elle se disposât à les déjouer par les sacrements et par la prière.

Dans le but de la toucher davantage, elles se montraient à elle sous des formes particulières. C'était, ordinairement, accompagnées des signes ou des instruments de leurs péchés, devenus ceux de leur châtiment.

90 XXVl» MERVEILLE.

Tantôt c'étaient des évoques la nnitre en tète, la crosse à la main, revêtus de la cliasuble, et en môme temps environnés do flammes; ils lui disaient : « Nous souffrons tout ceci pour avoir recherché ambitieusement les dignités, et n'avoir point correspondu aux obligations qu'elles nous ont fait contracter. » D'autres fois, c'étaient des prêtres avec leurs ornements en feu, l'étole transformée en chaîne, les mains couvertes d'ulcères : ils s'accusaient d'avoir traité avec irrévérence le divin corps du Seigneur, et d'avoir administré sans respect les sacrements. Un religieux se fit voir entouré d'objets précieux, d'écrins, de fauteuils, de tableaux, tout enflammés, parce que, manquant à son vœu de pauvreté, il avait rassemblé ces futilités dans sa cellule. Elle vit aussi un notaire de Soria avec tous les insignes de sa profession, qui, accumulés autour de lui et enflammés, le tourmentaient terriblement : « J'ai employé cet encrier, cette plume, ce papier, dit-il, à des actes illégitimes, contraires à la justice et à l'équité. J'avais aussi la passion du jeu : et ces cartes tout en feu que je suis obligé de tenir dans| les mains font ma punition. Cette bourse brûlante contient* mes gains illicites et me les fait expier. Au moment de mourir, j'aurais infailliblement couru à ma damnation, si une sincère contrition n'avait alors rempli mon cœur. Du moins suis-je condamné à un long et rigoureux purgatoire, si vous ne consentez charitablement à l'abréger par vos bonnes œuvres. » Ces apparitions causaient un grand chagrin à la servante de Dieu; mais, d'uo autre côté, elle éprouvait une immense consolation lorsque les âmes délivrées venaient la remercier avant de monter au ciel.

Nous ne pouvons passer sous silence le trait qui con-

cerne Christophe de Ribëra, évoque de Pampeîiine. Ce prélat, ayant appris que la Mère Françoise était animée d'une grande dévotion pour l'Eglise souffrante, et qu'elle avait eu révélation que trois de ses prédécesseurs sur ce siège étaient encore dans le purgatoire, s'empressa de prier et de faire prier pour eux, mû par un sentiment de vive compassion ; et, comme c'était le moment oi!i l'on distribuait dans toute l'Espagne les bulles dites de la « Croisade, qui contiennent pour ce royaume des privilèges spirituels, il en envoya quatorze à la servante de Dieu, en lui faisant dire d'en appliquer trois pour les trois évoques, et les onze autres suivant son inspiration. La Duit suivante, les trois prélats apparurent à Françoise et lui rendirent grâces ; ils la prièrent de remercier pour eux Christophe de Ribéra. D'autres âmes lui demandèrent de leur appliquer le fruit des autres bulles : ce qu'elle fut heureuse de leur accorder. Les apparitions se multiplièrent dans cette circonstance, et, par son empressement à intercéder et à mériter, la sainte rendit de nouveau gloire à Died.

(V. Vie de Françoise du Saint Sacrement, parlo frère Joachim de Sainte-Marie, 1. IL)

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