‹ Les merveilles divines dans les âmes du purgatoireChapitre 9 sur 62 · ACTIONS DE GRACES DES AMES DU PLRCATOIRE ENVERS LEURS LIDÉRATEURS · texte numérisé non relu

ACTIONS DE GRACES DES AMES DU PLRCATOIRE ENVERS LEURS LIDÉRATEURS

Saliâsli nos de affligentibus nos, et odientes nos confudisli : Vous nous avez délivrés do nos perî-écuteurs, et vous avez confondu ceux qui nous haïssaient. {Ps. xi.iii, 8.)

Des âmes que l'illustre S. Nicolas de Tolentino avait délivrées par ses prières lui adressèrent les paroles du psaume que je viens de prendre pour épigraphe. Une des plus grandes vertus de cet admirable serviteur de Dieu fut sa charité, son dévouement pour l'Egîise souffrante. Pour elle il jeûnait souvent au pain et à l'eau, iî se donnait des disciplines cruelles, il se mettait autour des reins une chaîne de fer étroitement serrée. Ce fut surtout lorsque l'obéissanre l'eut forcé à se laisser ordonner prêtre qu'il témoigna cet empressement et ce zèle, en offrant l'auguste sacrifice. Aussi, les âmes qu'il soulaj^eait par tant de suffrages lui apparurent-elles plusieurs fois pour en réclamer de lui la continuation. Il demeurait à Vallimanésé, près de Pise, tout occupé de ses exercices îpirituels, lorsqu'un samedi, pendant la nuit, comme il s'était retiré pour prendre un peu de r^pos, il vit en ionge une personne toute dolente, qui le supplia de aïonter pour elle au saint autel la matinée suivante, et aussi pour quelques autres âmes qui souffraient d'une manière affreuse dans le purgatoire. Nicolas reconuaissait

la voiï, mais ne pouvait se rappeler distinctement celui qui l'interpellait; il lui demanda donc qui il était. — f Je suis, répondit l'apparition, l'âme de votre défunt ami le frère Pellégrino d'Osima, qui ai pu éviter, par la divine miséricorde, les châtiments éternels dus à mes fautes, mais non pas l'expiation douloureuse qui leur est réservée pour un temps. Je viens, au nom de beaucoup d'clmes aussi malheureuses que moi, vous supplier de dire pour nous demain la sainte Messe, et nous espérons de là ou notre délivrance entière ou du moins un grand soulagement. »

Le saint lui répondit avec sa bonté accoutumée : c Que le Seigneur daigne vous secourir par les mérites de son sang, par lequel il vous a rachetées! Mais pour cette messe de Requiem, je ne puis la dire demain : c'est moi qui dois chanter au chœur la messe du couvent, et le dimanche il ne nous est pas permis de faire l'oflice des morts, b Alors, l'âme , soupirant et gémissarit, ajouta : « Ah ! venez avec moi, je vous en conjure pour l'amour de Dieu; venez contempler nos souflrances, et vous ne me refuserez plus : vous êtes trop bon pour nous laisser dans de pareilles angoisses. »

Il lui sembla qu'il était transporté dans une plaine immense, oh il aperçut une grande multitude d'ùmcs de tout état, de tout âge et de toute condition, livrées à des tortures diverses et épouvantables; du geste et de la voix, elles imploraient tristement son assistance. — c Voilà, lui dit le frère Pellégrino, la malheureuse situation de ceux qui m'ont député près de vous. Nous avons la confiance que le Seigneur ne refuserait rien à vos sacrifices, et que sa divine miséricorde nous déUvrerait. »

Le serviteur de Dieu, à ce spectacle trois fois lamen-

table, ne pouvait contenir son émotion. Il se mit aussitôt à genoux et pria avec grande ferveur pour tant d'infortunés. 11 eût voulu que ses larmes éteignissent le feu qui les consumait. Le matin venu, dès qu'il fut réveillé, il courut chez le prieur lui raconter en détail toute sa vision, et lui exposer la demande que le frère Pellégrino lui avait faite d'une messe de Requiem ce jour-là môme. Le père ne put l'entendre sans partager sa vive émotion, et, cédant à ce sentiment, il le dispensa, non-seulement pour ce jour-là, mais pour toute la semaine suivante, de la messe conventuelle, afin qu'il pût vaquer au soulagement des âmes qui paraissaient l'avoir imploré. Heureux de cette permission, Nicolas se rendit incontinent à la sacristie et célébra avec une extraordinaire ardeur. De plus, il passa le jour et même la nuit en toutes sortes de bonnes œuvres dans la même intention, macérations, jeûne, disciplines, oraisons prolongées. L'auteur de sa Vie assure que le démon le troubla plusieurs fois visiblement dans ce saint exercice, mais en vain. Il continua ainsi toute la semaine. Alors, il revit l'àme du frère Pellégrino, non plus dans son état de douleur, dans ses flammes, dans sa tristesse : une robe blanche le recouvrait; il était environné d'une splendeur toute céleste, dans laquelle se jouaient une quantité d'autres ûmes aussi heureuses. Toutes ensemble lui rendaient grâces et l'appelaient leur libérateur. Puis elles s'élevèrent au ciel en chantant : Salvâsti nos de afjligenlibus nos, et udientes nos coufudisti?

(V. Surins. Vila S. Nicol. Toi., 10 sopt.; JourJaiû de Saxe, Vus des fr. emi. de S.AujusUn.)

XXn« MERVEILLE.

IL FAUT TRAVAILLER PAR SOl-ilÊME A ÉVITER LA PL'RGATOIUE.

Quodcumqiie piccrc pnO-st manus tua, tnitunler optrare, quia ntc opus necralio erwit apud inferos : Tout ce que vous pouvez faire hàtez-v'.us de l'accomplir : car ni le travail ni la volonté ne vous suivront après la mort {Eccles. IX, 10.)

C'est avec grande raison que Thomas à Kern pis nom avertit de ne pas trop compter sur les suffrages de noî amis et de nos parents après notre mort, et de prendre nous-mêmes le plus grand soin de notre salut. IS'e vous fiez point à vos amis et à vos proches, dit-il dans l'Imitation (liv. I, chap. 23) : car ils vous oublieront plus vite que vous ne pensez. Si vous ne vous occupez pas de vouS" même actuellement, qui s'occupera de vous quand vous aurez disparu? Je ne sache pas qu'il y ait souvenir plus sacré que celui d'un père dans le cœur de sa fille : et pourtant il s'est trouvé des filles, môme vertueuses, qui /)nt oublié ceux de qui elles tenaient le jour! Un exempif entre plusieurs autres.

Archangèle Panigarola, prieure du monastère deSainte^ Marthe, à Milan, avait un zèle extraordinaire pour lesoulagement des âmes du purgatoire; elle priait et faisait beaucoup prier en leur faveur. Cependant elle ne songeait que rarement et presque sans effet à l'âme de soû père Gothard, bien qu'elle l'eût tendrement aimé pen-

fiant sa vie. L'idée lui en venait bien quelquefois, et elle prenait la résolution de le recommander particulièrement; puis elle pensait à autre chose ou à d'autres âmes, et l'oubli persévérait. Un événement inattendu et merveilleux la tira de cette insensibilité.

Le jour de la fête des morts, elle s'était renfermée dans sa cellule à prier pour eux et à faire en leur faveur divers acies de pénitence. Tout d'un coup son ange {gardien lui apparaît, la prend par la main et la conduit en esprit en purgatoire. Là, parmi les âmes qu'elle aperçut, elle reconnut celle de son père, plongée dans un étang d'eau glacée. A peine eut-il reconnu lui-même sa fille, qu'il se souleva vers elle en criant : c Hélas! Archangèle, ma fille, comment as-tu pu oublier si longtemps ton malheureux père, dans les tortures qu'il souffre ici? Tu te montres animée d'une douce charité envers les étrangers; j'en ai vu beaucoup monter au ciel par tes suffrages; et pour moi qui suis ton père, à qui lu dois tant, qui t'ai aimée, élevée, favorisée, tu n'as pas le moindre sentiment de compassion ! Ne vois-tu pas que je suis transi, avec d'insupportables douleurs, dans ce lac de glace, pour châtiment de ma tiédeur au service de Dieu et de mon indifférence à l'égard de sa loi et du salut des âmes? Ah! sois donc émue une seule fois de pitié pour ton père, et fais par la ferveur de tes prières {u'il obtienne enfin miséricorde et monte au séjour de la gloire et du repos! •

Archangèle demeura interdite à ces reproches qu'elle reconnaissait mériter; bientôt sa douleur se répandit en un torrent de larmes, et c'est parmi les sanglots qu'elle put répondre ce peu de mots : « Je ferai, ô mon bienlimépère, tout ce que vous me demandez, et je le ferai

immédiatement. Plaise au Seigneur que mes supplications vous délivrent ! »

L'ange la conduisit alors dans un autre lieu. Elle lui demanda comment il se faisait que, ayant eu souvent l'intention et formé la résolution de prier pour son père, elle l'avait le plus souvent oublié, et pourquoi Dieu avait permis une telle distraction. « Je me rappelle môme, dit-elle, qu'un matin, comme je me mettais à intercéder pour lui, je fus ravie en esprit, et il me sembla que je lui offrais un pain très-blanc, mais qu'il le regardait d'un air dédi'.igneux et refusait de le prendre. Ce qui me Gt craindre qu'il ne fût damné. Le fait est que je ne songeais plus guère à prier pour lui, tandis que j'y songeais pour tant d'autres qui ne me sont attachés par aucun lien. » L'ange lui répondit : i Votre oubli a été permis de Dieu en punition du peu do zèle de votre père, quand il était en vie, à travailler à son salut. 11 n'avait point de mauvaises mœurs, cela est vrai ; mais il ne montrait non plus aucun empressement pour les œuvres pieuses que le Ciel lui inspirait, et, quand il en accomplissait quelqu'une, c'était sans l'attention ni l'intention désirables. Dieu impose pour l'ordinaire cette peine à ceux qui ont ainsi passé leur existence, sans empressement pour le bien : il permet qu'on se conduise envers eux comme ils se sont conduits envers le Seigneur. Oubli pour oubli. Tel était le sens de ce refus du pain qui vous a été montré. Mais maintenant il faut multiplier vos suffrages en sa faveur, et obtenir de la divine miséricorde qu'elle !e tire de ce lieu de tourments. »

Archangèle revint à elle, mais si émue, si brisée de chagrin, qu'elle n'eut plus un instant de calme; il lui semblait toujours entendre les gémissements et les cris

de son panvre père, et elle versait toutes les larmes de ses yeux. Nous ne pouvons dire combien de prières, de jeûnes, de macérations, elle fit pour cette âme si chère. Elle avait coutume de demander la délivrance des âmes au nom du sang très-précieux du Sauveur et de l'amo'ir infini qu'il nous a témoigné sur la croix; elle ajouta désormais une nouvelle invocation, celle des mérites de la divine Mère, lorsqu'au calvaire elle contemplait son Fils expirant. Enfin , quand l'éternelle justice eut été satisfaite, l'âme de Gothard lui apparut lumineuse, inondée de joie; elle la remercia dans les termes les plus touchants; après quoi elle s'éleva triomphante au ciel, laissant Archarigèle aussi heureuse qu'elle avait pu auparavant éprouver de clngrin et de regrets.

(V. Vie de la aœur Archangèle Panicarola, par

le II. V. Octave Invitiati, de la Compagnie de

Jésus, Ire partie, chap. H**.)

XXIlî" MERVEILLE.

TRAITS DIVKRS DE CUARITÉ.

Exullavit anima mea in Deo meo, quia induit me vestimenlig snlitlis : Mon Ame se réjouira dans le Seignrur, parce qu'il m'a revêtu du manteau du salut. (/*. lxi, 10.)

Entre le père Jules Mancinelli, de la Compagnie de Jésus et les âmes du purgatoire, il y avait un tel échange de prières d'une part et de visites de l'autre, qu'on ne saurait en redire tous les détails. Je me bornerai à queluiies-uD**

78 XXIIl* MERVF.ILLE.

Rien de gracieux comme ce qui lui arriva avec l'âme de l'archevêque de Capoue, César Costa, son oncle du côté maternel. Ce prélat, le voyant mal velu dans une fonction ecclésiastique, et jugeant qu'il devait souiïrir du froid, lui donna de l'argent pour se procurer un manteau meilleur et plus chaud. Le père l'acheta, et le mit sur ses épaules pour faire sa visite accoutumée des malades, à travers la ville. Un jour, après la mort de l'archevêque, comme il était déjà sur le pas de la porte pour sortir^ ayant sur lui son manteau, il voit venir le défunt, environné de flammes, qui le supplie de lui prêter un moment ce vêtement. Le bon Père tout étonné, le lui donne; et le prélat s'en entoure comme s'il voulait s'y cacher, comme s'il y trouvait un rafraîchissement délicieux. Mancinelli comprit que cette âme souffrait dans le purgatoire, et qu'elle voulait marquer par l;ï que son unique soulagement était dans la charité dont elle avait fait preuve envers lui. C'est pourquoi il lui promit de prier pour elle avec plus de zèle, à partir do cette heure, ajoutant qu'il fallait lui rendre son manteau, parce qu'il était envoyé quelque part pour la gloire de Dieu et que la chose pressait.

Un autre jour, c'est le baron de Montfort, qui, ayant été lié d'amitié avec le Père, lui apparut quel(|ue temps après sa mort, et se recommanda à lui avec une confiance tout amicale. Il revint plusieurs fois pour le môme objet, jusqu'à ce que, après une messe de Requiem qu'il avait demandée, il cessa de se faire voir : ce qui donna au Père l'assurance qu'il était délivré.

Il avait eu pour maître Antoine Ugolino, qui fu' depuis un prélat distingué de la cour de Grégoire XIII. Après sa mort, cet ancien professeur apparut à Rlanci-

nelli avec tous les attributs ordinaires de l'âme souffrante, visage pâle et défait, flammes autour de lui, chaires étroites et pesantes, etc., et il le supplia, au nom des leçons qu'il lui avait données autrefois, d'intercéder [)Our lui dans l'extrémité où il se trouvait, et d'offrir le saint sacriGcc. Le pieux jésuite s'empressa de lo faire ; de grand matin, le jour suivant, il monta dans cette intention au saint autel, afin d'immoler l'hostie do propitiation. 11 put contempler ensuite cette même àme dans la plus belle gloire, au milieu de rayons célestes, respirant une félicité ineffable et lui témoignant pour sa charité une reconnaissance vive et sans bornes.

KrVraiment, on peut le dire, les sacrifices offerts par ce digne religieux semblaient avoir auprès du Seigneur une efficacité particulière, quand il s'agissait du purgatoire. Les âmes lui apparaissaient fréquemment pour lui demander la grâce d'une seule messe. On assure même qu'on les a vues plusieurs fois assister, dans les églises où il célébrait , à ces saintes oblations, dans la posture de la plus ardente confiance. Un autre de ses oncles, Camille Costa, homme de haute distinction, * parut, deux ans après sa mort, sortir de son tombeau Bt entrer à l'église pendant qtie son neveu était à i'autul, et là, il se prosterna, à la vue de tous les assistants. Voilà du moins ce que plusieurs d'entre eux ont déclaré. Aussi les peuples s'empressaient-ils autour du iaint prêtre.

La croyance à cette efficacité spéciale était si générale, qu'on en a perpétué le souvenir dans une peinture que l'on conserve au collège de Macérala, sa patrie. On y voit le père Jules Mancinelli à l'autel, revêtu des orne-

80 XXIV» MEBVEILLE.

ments sacerdotaux; il est un peu élevé au-dessus des marches de Tautel pour signifier les ravissements dont Dieu le favorisait. De sa bouche sortent des étincelles, image de ses brûlantes prières et de sa ferveur au saint autel, au-dessous duquel on aperçoit le purgatoire et les âmes qui y reçoivent le bienfait des suffrages. Audessus, deux anges puisent dans des vases précieux, pour répandre une pluie d'or, qui marque les bénédictions, les grAces, les délivrances accordées à ces pauvres âmes en vertu des sacrifices du pieux célébrant. Puis, sur le manteau dont on vient de lire l'histoire, et qui est peint aussi, on a inscrit quelques vers dont voici le sens : f 0 miraculeux vêlement, donné pour parer aux rigueurs de l'hiver, et ensuite rendu un moment pour tempérer l'ardeur des flammes de l'expiation ! Ainsi h charité devient un feu ou une glacière, suivant les maux qu'elle doit adoucir. »

(V. Vie du P. Mancinelll. en latin, par Jacq. Celsius, 1. III, ch. 2.)

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