PROTECTION DES AMES DU PORGATOIRE
RepuUi tunt inimici ejus prœ timoré ejus: Ses ennemis ODt été repoussés par la craint« qu'il leur inspirait. (/ Macch. m. 6.)
Dans l'Ancien Testament, le valeureux Judas Machabée, qui ne manquait jamais dan« ses combats d'invoquer le secours du Ciel, mérita d'être défendu visiblement par des anges : Mnchabœum mediun habentes, armis suis circumspecluw, incolumem habehanl. Depuis l'Evangile, on a vu quf'hjue chose de semblable en plus d'une circonstance, et spécialement dans celle que nous allons rapporter.
11 s'agit d'un simnle soldat, pieux, régulier dans ses
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devoirs, uni de cœur à Dieu dans chacune de ses actions, et mettant en lui sa confiance plutôt que dans son propre courage. Parmi ses œuvres ordinaires de piété, il s'était imposé pour règle inviolable, par une sorte de. vœu, de ne jamais passer dans un cimetière, en se ren-i dant à l'église ou autrement, sans s'arrêter quelques instants à prier pour les nnorts qui y étaient enterrés. En aucune circonstance il n'y manquait. Or, un jour qu'il se promenait seul et sans armes, dans un temps où régnait la violence, quelques eniiemis qui le détestaient mirent à profit cette occasion de se jeter à sa poursuite. Il s'enfuit de toutes ses forces, n'ayant aucun moyen de résister à ces furieux, si bien qu'il arriva au pied d'un mur, et d'un saut hardi se lança de l'autre côté, mettant cet obstacle entre les agresseurs et lui. 11 allait reprendre sa course, lorsqu'il s'aperçut qu'il était au milieu des tombes, dans un cimetière. Sa promesse lui revint à l'esprit; mais comment faire? S'il s'arrêtait un seul moment à prier, il perdait l'avantage qu'il venait de conquérir; s'il ne priait pas, il manquait à un engagement sacré. La délibération ne fut pas longue : il lui sembla que la protection du bon Dieu valait mieux que toutes les fuites possibles, et, à tout risque, il se mit à genoux et récita le De profundis. Le Seigneur ne permit pas que cette confiance tournât contre lui.
Les ennemis l'avaient suivi ; eux aussi avaient escaladé la muraille, et cherchaient des yeux leur victime. Ils l'aperçurent prosternée et priant dans un vrai recueillement. Aussitôt, ils s'approchent sans bruit, résolus de profiter de la circonstance pour le tuer sans danger. Ne comprenant pas ce qu'il pouvait faire dans un pareil moment, ils s'imaginèrent que la peur l'avait cloué à
celte place, et qu'il en était devenu comme fou ; ils se regardaient run'i'aulre avec cet étonnement dont on ne peut so défendre devant l'imprévu, et se demandaient s'ils achèveraient leur crime. La réponse fut qu'il fallait ne pas perdre une si bonne occasion, qu'on ne retrouverait certainement plus; et là-dessus, ils s'avancent. Le lecteur comprend bien que tout cela avait duré à peine quelques secondes. Au moment où ils allaient décharger leur épée et en finir, on voit surgir comme un escadron de guerriers qui entourent le soldat, le protègent, et finalement repoussent les assaillants; ils se sauvent à leur tour, frappés de terreur. Le soldat avait entendu quelque chose derrière lui, mais sans deviner tout le péril; en sorte que, sa prière achevée, il se leva avec précipitation, pour s'assurer de la situation ; il ne vit personne, et se remit en route, ne comprenant pas de quelle manière SCS ennemis avaient ainsi perdu sa trace.
Quelque temps après, des amis communs ménagèrent une réconciliation. On se donna le baiser de paix, on se promit oubli du passé et amitié pour l'avenir. Quand tous les serments curent été faits, les assaillants demandèrent au soldat de leur expliquer quelle était cette troupe inconnue qui l'avait si vaillamment protégé pendant qu'il se tenait à genoux, immobile comme une statue. Il ne savait que répondre, n'ayant aucune connaissance de ce fait. Il raconta comment il avait dit sa prière ordinaire pour les morts, malgré le danger qui le pressait, et personne ne douta que les âmes du purgatoire ne fussent accourues à son secours, par une permission de Dieu, et pour récompenser sa dévotion. Le bruit s'en répandit dans tout le pays et au delà; chacun, dit l'historien que nous suivons, en prit un 'n'uveau motif d'inter-
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céder en faveur de ces âmes si dignes de pitié, et en même temps si reconnaissantes de ce qu'tfn fait pour elles.
(V. Alex. Ségala, Triumph. animarum, 3» p., Elstorla virorum Uluslr. Cislercietis., ex. 4.)
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ŒUVRES d'insigne CUARITÉ ENVERS LES AMES DD PUHGATOIIIE.
Chantas patiens est, benigna est; omnia sustinet : La charité est patiente, elle est bienveillante; elle endure tout. (/ Cor. xiii.)
La véritable charité est pleine de zèle, d'industrie même, pour trouver les moyens de subvenir aux nécessités du prochain, et spécialement à celles des âmes du purgatoire. Nous rencontrons un modèle de cette disposition dans la grande servante de Died Marie Villani, de l'ordre de S. Dominique. Elle s'applicjuait nuit et jour à inventer de nouvelles œuvres méritoires en faveur de ces pauvres âmes. Une veille d'Epiphanie, elle s'était adonnée à de longues oraisons, et, en satisfaction des peines que ces âmes devaient endurer pour leurs fautes, fille oQVait à Dieu les cruels tourments de la Passion de Notre-Seigneur, méditant sur chaque détail, chaque douleur, chaque instrument. La nuit suivante, le Ciel se plu( à lui manifester combien lui était agréable cette belle pratique.
Pendant sa prière, elle tomba en extase. Il lui sembla voir une '.ongue procession de personnes vêtues de Liane, avec des manteaux éclatants, chacune portant un insi-
gne de la Passion : celle-ci les cordes, cette autre les fouets, une troisième la colonne, une autre les épines, la croix, les clous, la lance, etc. En tête marchait une vierge balançant dans sa main une palme. Arrivées à un magnifique autel, l'une après l'autre y venait offrir et déposer l'instrument, en place duquel elle recevait, d'une grande dame, une riclie couronne d'or. Le sens de cett( vision lui fut révélé.
Ces personnes brillantes et couronnées étaient les âmes du purgatoire, dont les insignes de la Passion marquaient la délivrance par les mérites du sang de Jésus-Cbrist, mérites appliqués précisément en vertu de la prière de Villani. C't'tait elle qui était figurée par la vierge ayant une palme à la maio, et conduisant à l'autel cette troupe bénie.
Un autre jour, celui de la Commémoration des Cdèles défunts, on lui avait demandé de continuer un livre qu'elle avait commencé sur des matières spirituelles; mais elle s'en excusa sur l'intention qu'elle avait de consacrer tout ce jour à la prière, à la pénitence et aux exercices de piété, pour le soulagement des âmes du purgatoire. Notre-Seigneur lui apparut et lui intima l'ordre d'écrire, parce que telle était sa volonté souveraine, Et, afin qu'elle le fit plus volontiers, il lui promit qut chaque ligne qu'elle tracerait procurerait la délivrance d'une âme, ce jour-là seulement. Aussitôt la sainte religieuse se mit avec joie au travail et s'efforça d'écrire beaucoup. Le démon ne manqua pas de s'y opposer de toutes ses forces, même d'une manière sensible, la distrayant de son ouvrage, lui suscitant des embarras, des dérangements, des difficultés matérielles. En dépit de lui, Villani s'appliqua si bien, qu'à la (in du jour elle
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avait terminé son traité. Les quatre jours suivants,^ elle ressentit une telle fatigue, qu'elle ne pouvait pas même remuer les doigts de la main ; on pouvait croire que par là aussi elle méritait pour ses chères âmes
Et, de fait, sa grande charité envers elles ne se bornait point à des prières, des jeûnes et des pénitences; elle désira prendre pour elle-même une partie de leurs souffrances, spécialement celle du feu. Voici un exemple de ce qu'elle fit. Comme elle priait un jour dans cette intention, elle fut ravie en esprit et conduite en purgatoire, où, parmi tous les infortunés qu'elle vit, il y en avait un plus cruellement éprouvé que les autres, par des flammes horribles qui l'enveloppaient de la tête aux pieds. Touchée de compassion, elle s'approche de cette âme et lui demande pour quel sujet elle est ainsi traitée, et si jamais elle n'éprouve de soulagement, c Je suis ici, répondit-elle, depuis un long temps, effroyablement punie pour mes vanités passées et pour mon luxe scandaleux. Je n'ai pas obtenu, jusqu'à cette heure, le moindre soulagement, parce que le Seigneur a permis que je fusse oubliée de mes parents, de mes enfants, de toute ma famille et de mes amis; ils ne font pour moi aucune prière. Quand j'étais sur la terre, livrée aux toilettes inutiles, aux pompes mondaines, aux fêtes et aux plaisirs, je n'avais de Dieu et de mes devoirs qu'un rare et infructueux souvenir Les seules préoccupations sérieuses de ma vie étaient d'accroitre le renom et les richesses périssables des miens. J'en suis bien punie, vous le voyez, puisqu'ils ne m'accordent pas môme une pensée ! »
Ce récit fit sur notre religieuse une douloureuse impression. Elle pria cette âme de lui faire sentir quelque chose de ce qu'elle endurait. Â l'instant même, il lui sembla
iin'on la touchait au front avec un doigt de feu^ et la nieur qu'elle en éprouva fut si forte, si aiguô, qu'elle fit revenir de son extase. Or, la marque lui resta au front, si profondément imprimée, qu'on la voyait encore (h'ux mois après, et elle lui causait une souffrance insupportable. Villani offrit cette douleur, avec d'autres l-rières, pour l'âme qui lui avait parlé. Cette âme lui apparut, au bout de deux mois, et lui dit que, délivrée par son intercession, elle montait au ciel. Dès ce moment, la brûlure du front s'effaça pour toujours.
(V. Vita Mariœ Villani, par ie P. Domin. Marchi, 1. M, 5.)