LA SAINTE COMMUNION POI'R LES MORTS
Panem tuum super tepuUuram justl cojiS' titue : D<''posez votre pain sur le tombeau di juste. (Tob. IV, 18.)
L'objet du présent ouvrat^^e n'est point d'aborder les questions théologiques, ni d'expliquer comment la sainte communion faite par les vivants est utile aux morts qui ont encore à expier leurs fautes. Les docteurs ont savamment établi cette doctrine, et on les peut consulter. 11 nous suffît de rappeler que cet acte pieux, le plus sublime delà religion, procure à Dieu une gloire telle, qu'elle répare l'injure du péché, dans une mesure que lui seul déftnil, mais qui est considérable. L'humilité, la contrition, la ferveur, l'amour dont l'âme se pénètre alors sont d'ailleurs, de leur nature, des œuvres satisfactoires d'un haut prix, principalement lorsque le divin Sauveur, wleil de justice et foyer de charité, réside au milieufl d'elle. Et puis, de grandes indulgences sont attachées souvent à la communion dans une circonstance détermi- i née. C'est d'après ces diverses considérations que plusieurs interprètes appliquent à la communion pour les défunts le mot de Tobie que j'ai écrit ci-dessus comme épigraphe : « Panem tuum super sepuUuram justi constitue : Mettez votre pain sur le tombeau du juste. » Voyons plutôt des exemples.
Le vénérable Louis de Blois, célèbre maître de la vie
spirituelle et homme d'une remarquable sagesse, rapporte dans un de ses livres qu'un dévot serviteur de Dieu, qu'il connaissait et aimait, fut visité par une âme du purgatoire, qui lui Gt voir tout ce qu'elle endurait de tourments. Elle était punie pour avoir reçu la divine Eucharistie avec une préparation insuffisante et beaucoup If tiédeur, et, en expiation, l'éternelle justice lui avait nénagé le supplice d'un feu dévorant qui la consumait. I Je vous conjure donc, dit-elle, vous qui avez été mon ami et qui devez l'être encore, au nom de notre Gdèle union, de communier une fois en mon nom, et de le faire avec toute l'ardeur et la charité dont vous êtes capable : j'espère que cela suffira pour ma délivrance, et qu'ainsi seront compensées mes coupables froideurs. • Celui-ci s'empressa de le faire. L'ùme lui apparut de nouveau, brillante d'un incomparable éclat, heureuse ci pleine de reconnaissance, t Enfin, lui dit-elle, grâce à vous, mon ami, je vais donc voir face à face mon adorable Maître! i N'est-ce pas le cas de rappeler le conseil de saint Bonaventure : « Que la charité vous porte à communier, car il n'y a rien de plus efficace pour le repos éternel des défunts. (De prœpnr. lilissœ.) •
Plus merveilleux encore est ce qui arriva à la bienheureuse Jeanne de la Croix, religieuse de l'ordre de S. François, à laquelle les anges apportèrent une hostie consacrée, afin qu'elle communiât pour la délivrance d'une âme autrefois pleine de dévotion envers l'auguste Sacrement. Pendant une de ses oraisons, la sainte fu( ravie en esprit et demeura quelque temps dans cet état, privée de sentiment. Une religieuse, étant entrée dans sa cellule, la tira de cette extase par le bruit qu'elle fit en dérangeant un meuble, i Retircz-vnus, lui dit vive-
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ment Jeanne, et faites bien attention de ne pas toucher à l'objet précieux qui est là sur ce linge, car c'est le divin sacrement, apporté ici par les anges. — Et comment CL'la peut-il être? » demanda la sœur étonnée. Jeanne lui fit alors part de ce qui était arrivé, lui en demandant le secret. Un pécheur endurci, qui avait toujours vécu dans la disgrâce du Seigneur et qui venait d'être condamné au feu de l'enfer, était mort avec le saint viatique dans la bouche; on avait cru, en le lui donnant, à une conversion trompeuse. Les anges, ajouta-t-elle, n'avaient pu souffrir une telle profanation ni que la divine hostie restât dans cette bouche impure, et ils l'avaient apportée à la servante de Dieu. « De plus, continua Jeanne, ils m'ont ordonné de communier demain matin en faveur d'une âme du purgatoire qui eut une grande dévotion pour l'Eucharistie. Ce sont les mômes anges qui m'ont retirée de mon extase à votre arrivée, afin que je vous prévinsse de ne point toucher un objet si sacré. • EUel communia en effet de cette manière, dans les sentiments de la plus ardente piété, et elle fut assurée que l'âme pour laquelle elle avait intercédé était montée au ciel.
(V. Louis de Blois, Monile spirituale, ch. vï ; Alex. Segala, Triumph. animar., 2* part., ch. 6, ex. 6 ; Vie de la bienh. Jeanne de la Croix, ch. \u.\
XIV* M tu VEILLE. i4?