DEVOUEMENT CHARITABLE
Debemus pio fratribus nostris animas po nere : Nous devons pour nos frères donner notre vie. (I Joaii. m, 16.)
Le nom du P. Jean-Eusèbe Nieremberg ' est fort connu pour les ouvrages qu'il a publiés en faveur de la religit n et de la piété ; on ne sait pas aussi bien peut-être à quel point il portait la dévotion aux âmes du purgatoire. Il s'imposait pour elles des mortiQcations fréquentes, accompagnées d'oiaisons et de prières.
Il ) avait à la cour de Madrid, parmi ses pénitentes, une dame de qualité que sa direction sage et expérimentée avait conduite à une haute perfection, au milieu
(1) Ce père, de l'ordre des Jésuites, était espagnol et •"écut d« 1590 à 1668. [Le Trad.)
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du monde. Cette dame, d'une faible complexion, tomba dangereusement malade d'une fièvre maligne, à laquelle los médecins ne surent point trouver de remède. Avertie Ju péril, elle en témoigna un profond chagrin, nonseulement à cause des œuvres utiles qu'elle avait entre- [irises et qu'il fallait abandonner, mais aussi par la crainte du purgatoire, oh elle prévoyait que la divine justice la retiendrait. Le P. Eusèbe, qui l'assistait, usa de toutes les industries de sa charité, de tous les raisonnements les plus convaincants, pour lui donner du courage, de la soumission à la volonté de Dieu, et l'armer par les sacrements contre les derniers combats. Mais elle, toute livrée à son trouble et à ses terreurs, différait de jour en jour, jusqu'à ce qu'elle tomba dans une sorte de léthargie, privée de connaissance entre la vie et la mort. Alarmé à la pensée qu'une personne qui avait donné de si saints exemples pût expirer sans les secours de l'Eglise reçus en pleine liberté d'esprit, le confesseur se retira dans une chapelle voisine, près de la chambre de la moribonde. Il y offrit le saint sacrifice avec une grande ferveur, conjurant le Seigneur d'accorder à la nifilade au moins le temps de se reconnaître pt d'être munie des sacrements avant de paraître devant lui; il s'offrit à la justice divine pour souffrir lui-même dans cette vie les tourments qui lui étaient réservés au purgatoire, afin que, délivrée de cette appréhension, elle se résignât plus facilement à mourir. Dieu fut favorable à une si pieuse et si charitable prière. La messe était à peine achevée, que la dame revint à elle, et avec un tel changement de dispositions, qu'elle demanda d'ellemême les sacrements et les reçut avec la plus édifiante ferveur. Quand, ensuite, elle entendit le P. Eusèbe
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l'assurer qu'elle ne devait plus craindre le purgatoire, elle se soumit entièrement à la mort et expira dans la plus parfaite tranquillité. On vit bien que la prière du bon religieux avait été doublement exaucée : car, à partir de cet instant et pendant seize ans qu'il vécut pncore, son existence ne fut plus qu'un martyre et un rigoureux purgatoire; aucun remède naturel ne pouvait soulager ses douleurs, et il n'avait d'autre adoucissemeni que le souvenir de la cause généreuse pour laquelle il les endurait.
Ses prières n'étaient pas moins profitables aux âmef déjà condamnées à ce feu terril)lc, comme on le vit ci plusieurs occasions. Il ne manquait point de réciter chaque jour le chapelet à leur intention et de gagner pour elles le plus d'indulgences qu'il se pouvait, dévotion à laquelle il invita depuis les fidèles dans un ouvrage spécial. Le cliapelet qu'il possédait avait reçu quantité de bénédictions de ce genre. Il eut le chagrin de le perdre, et se vit dans la nécessité d'en emprunter chaque jour un semblable à l'un de ses amis : ce qui se pouvait faire alors. Un jour cependant, occupé plus que de coutume à différentes affaires qui avaient pour objet la gloire de Dieu, il s'aperçut fort tard qu'il avait oublié son tribut quotidien de prières et qu'il ne pouvait plus, à cette heure avancée, avoir recours à son ami ; ce lui fut une peine très-sensible. 11 se mit à genoux pour supplier 1rs pauvres âmes de lui pardonner, leur offrant sa bonne volonté, son désir de gagner sur ce rosaire les indulgences qui les soulageaient ; mais il ne l'avait point et ne pouvait se le procurer pour ce jour-là. Il priait encore, lorsqu'il entend un bruit singulier au plafond de sa chambre : il y jette les yeux, et aussil^^ il en voit tomber son pi opro
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cliapclct, avec toutes les médailles qui y étaient attachées. li ne douta pas (juc ce ne fussent les Ames pour lesquelles il méritait qui le lui eussent renvoyé. Je laisse à juger avec quelle ferveur nouvelle , après cette merveille, il récita les cinq dizaines accoutumées, et combien il se fortifia dans une pratique qu'il voyait si utile et si favoîisée du ciel.
On a conservé de lui un autre trait non moins préiieux. il se tenait, une nuit, priant au milieu du chœur Ûe l'église du collège impérial de Madrid, quand il vit apparaître à ses yeux l'âme d'un père lecteur de théologie, mort quelques jours auparavant. Le défunt réclamait une part de ses suffrages, parce qu'il était condamné à de rudes tourments dans le lieu d'épreuve. Il avoua môme que le sujet de ces tourments était d'avoir souvent rapporté aux supérieurs, avec exagération et sans assez de charité, les défauts du prochain : à cause de cela, sa langue était livrée à un feu cuisant. Cependant la divine miséricorde et l'intercession de Marie lui avaient accordé de venir solliciter des prières, et de servir en môme temps d'exemple aux autres. Il espérait donc qu'un si charitable religieux, autrefois son ami, dévoué d'ailleurs aux âmes des défunts, aurait compassion de lui. Le P. Eusèbe fut extrômement touché de ce discours, et, iyant promis ce qu'on lui demandait, se hâta de faire part de tout au supérieur. Le jour suivant, dès l'aube, il célébra la sainte Messe pour cette ûme, et continua de prier et de faire pénitence à son intention. Bientôt elle lui apparut toute rayonnante, remplie de joie, et lui apprit que, grâce à lui, l'instant du triomphe était arrivé
pour elle.
(V\ Alph. de Andrada. Vila P. Jos. Nieremberyil, S. J., c. IX.)
SDFFRAGES CONFORMES AUX BONNES ŒUVRES ACCOMl'LIES PENDANT LA VIE.
Referct unusquisque propria corporls, prout çestit, sive bonum tive malum : Chacun recevra ce qui est dû aux bonnes eu aux mauvaises actions qu'il aura faites pendant qu'il était revêtu de son corps. (// Cor. v, 10.)
La justice divine proportionne les châtiments aux fautes. Celui qui a été ici-bas dur pour les pauvres ne trouve plus, après sa mort, de compassion ni de miséricorde. Celui qui fut idolâtre de son corps, ne lui refusant aucune des voluptés après lesquelles il s'élance, se voit condamné à des tourments atroces, sans adoucissement. La même corrélation a lieu, de la part de la bonté céleste, à l'égard des vertus contraires. Celui qui aima et pratiqua l'aumône est soulagé dans le purgatoire par les suffrages de l'aumône; celui qui aima et pratiqua la mortification est soulagé par les suffrages fie la pénitence; et ainsi du reste. Nous nous préparons donc à nous-mêmes notre avenir.
L'empereur d'Allemagne Othon IV avait été le généreux bienfaiteur des maisons religieuses, et en même temps d'une grande austérité personnelle : aussi, après sa mort, il reçut un grand soulagement dans ses peines et fut promptement délivré, en vertu des prières et des mortifications des moines. Il était mort dans- une par-
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faite réputation de religion, et chacun le croyait au ciel, lorsqu'un matin il se fit voir à l'une de ses tantes, pour réclamer le secours de ses prières. Celle-ci était ahbesse d'un couvent fort régulier, et elle exerçait sur les sœurs non-seulement l'autorité de sa charge, mais celle aussi de son éminente vertu et des dons miraculeux de la grâce, qui brillaient en elle. Elle était donc, ce matin-là, à une fenêtre du parloir : elle entendit frapper légèrement à la porte, qui s'ouvrit aussitôt d'elle-même; et l'oici l'empereur qui s'avance dans l'attitude d'un suppliant. — « Je suis, lui dit-il d'un ton douloureux, passé à l'autre vie, et je languis dans les peines du purgatoire. Ah! si vous avez pour moi quelque compassion, montrez-la, je vous en su[)plio! Que les monastères, avertis par vous, me viennent en aide; qu'on récite en ma faveur le psautier un grand nombre de fois, avec la discipline pendant le De profnndis, et de plus l'Oraison dominicale et la Salutation angélique. Cette expiation volontaire me purifiera, j'en ai l'assurance : car j'ai fait du bien aux ordres religieux, et Diru veut me délivrer par eux. > Le prince pouvait bien parler ainsi, ayant, l'année même de sa mort, dans une grande disette qui régiiin't par tout le pays, secouru de toutes ses ressources les maisons consacrées à la retraite et à la prière.
Avertis par l'abbesse, les différents monastères accomplirent en hâte ce que le défunt attendait d'eux, les prières et les austérités comme il les avait demandées, en reconnaissance de sa protection passée. Peu de jours s'écoulèrent, et l'âme apparut de nouveau, de la même manière et au même lien ; mais quelle différence 1 une telle lumière émanait d'elle, une gloire si admirable Tenlironnait, que les yeux en étaient éblouis. Elle exprima
sa gratitude dans les termes les plus touchants, avec mille l)»5nédictions au Ciel, qui daignait la recevoir paruii les élus éternellement couronnés.
(V. Thom. de Catimprft, Apum, liv. ii, c. 3ô, ïïO 19 ; Tliéoph. R<iynaud, Ileler. Spirit., p. n, lect. 3, 6e point, qu. C.)
inÉE I)a FEU DU PURGATOIRE ET DES LEÇONS qu'il nous DOiNXE.
Minil ignem in ossibtis meis, et erudirll me . 11 amis io fou âmes os, et il m'a instruit.. (Thren. i, 13.)
La vie de h bienheureuse Catherine de Racconigi est pleine de visions admirables de la gloire du paradis, des supplices de l'enfer et des peines du purgatoire. Dieu daigna lui donner de ces dernières non-seulement des visions, mais une preuve sensible, parce qu'il voulait exciter dans son cœur un zèle ardent pour la délivrance des àmcs qui y gémissent. Le Sauveur lui apparut un jour et tira du sang de la poitrine de la sainte, lui faisant entendre qu'une partie tombait sur la tête des pécheurs, et l'autre sur les âmes du purgatoire. Catherine comprit donc que, par ses prières, ses exhortations, ses pénitences, elle devait convertir beaucoup d'hommes éloignés de leur Créateur, et en môme temps délivrer beaucoup d'àmes du lieu de l'expiation. Hientût ce zèle redoubla encore, à l'occasion du fait que je vais rapporter.
Comme elle était, une fois, étendue dans son lit avec
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une grosse fièvre, elle se mit à méditer sur les tourments de l'autre vie. Bientôt elle se sentit ravie en extase et conduite en présence des flammes mêmes du purgatoire. Là, le Seigneur, afin qu'elle conçût une dévotion plus grande, voulut qu'elle en fît l'expérience personnelle. Pendant qu'elle regardait ce terrible feu, elle entendit une voix qui lui disait : « Tu vas ressentir tout cela pour un moment. » A l'instant môme une étincelle se détacha et vint toucher sa joue gauche, à la vue de quelques-unes de ses compagnes, qui se tenaient autour de son lit pour l'assister dans sa maladie. Or, la douleur qu'elle en éprouva fut telle, que son visage tout entier enfla et resta plusieurs jours dans cet état. Klle disait que, en comparaison de ce que cette simple étincelle lui causait de tourments, les souffrances de cette vie n'étaient absolument rien. Dès cette heure elle redoubla de dévoûment pour les pauvres âmes; il lui semblait qu'elle ne faisait jamais assez en leur faveur, bien qu'elle s'imposât les plus dures austérités et travaillât de toutes ses forces à les soulager. Plusieurs de cos âmes lui apparurent, pour la remercier de leur délivrance et l'encourager dans «a dévotion.
La première qu'elle vit ainsi, d'abord dans un cachot obscur, puis brillante de célestes clartés, fut celle d'un prieur de la Chartreuse. Ce religieux était tombé dans le schisme du conciliabule de Pise, et, quoiqu'il cilt été relevé des censures à l'article de la mort, il avait laissé à la comnmhauté quelques doutes sur sa conversion sincère et sur son saint éternel. Catherine manifesta ce qui lui avait été révélé et réclama les prières des moines, jusqu'au moment oi!i elle acquit la certitude de la délivrance.
Plus étonnante fut son histoire avec une sœur du tiers-
ordre, laquelle étant passée inopinément de vie à trépas, elle désirait vivement savoir en quel état elle se trouvait. Pendant la cérémonie de l'enterrement, elle supplia le Seigneur de lui faire connaître ce mystère, et elle fut exaucée. Le cadavre, qui était exposé à découvert, avait, selon l'usage, les mains croisées sur la poitrine : la droite se leva, saisit celle de Catherine qui était auprès de la bière, et la serra fortement, comme si elle l'eût conjurée de se souvenir de leur amitié et de lui accorder 1( bénéfice de ses suffrages. Elle l'entendit ainsi, pria beaucoup, et finit par voir cette âme, qui lui apparut directement pour la remercier, la bénir et l'assurer qa'elle étail admise dans le sein de Diec.
Catlierine recevait elle-même, parle moyen de ces âmes reconnaissantes, des grâces précieuses, particulièrement de révélations de choses éloignées. Ainsi, par exemple, lorsque l'armée française descendit en Lombardicen 1525, sous la conduite de François I", et mit le siège devant Pavie, la reine Claude, [)remière femme de ce prince, se fit voir à notre bienheureuse et lui annonça la prise du roi et la défaite de ses troupes; et cela afin qu'elle priât et fit prier pour tant de soldats jetés à l'improviste entre les mains de leur juge.
("V. Diario Domenicano, 4 sept. Vie de la bienh.*