MARIE AU JOUR DE SON ASSOMPTION
Ascendens in altum, captivam duxit capttvltatem : En montant au ciel, elle emmèn* la captivité captive. (Eph. iv, 8.)
La gloire que l'Apôtre saluait dans le Rédempteur du raonde, lorsque, montant au ciel le jour de son ascension, il y conduisait avec lui triomphalement les âmes des patriarches arrachés aux limbes : Ascendens in alluni captivam duxil capiiviiaiem ; cette gloire, Gerson l'attribue à bon droit à la Mère de Jésus dans son assomption. Elle se présente au ciel, dit-il, suivie d'une nombreuse multitude d'âmes du purgatoire, et chaque année, à pareil jour, elle en délivre une troupe nouvelle. S. Pierre Damien conGrrae cette pensée par une vision miraculeuse. Voici comment il s'exprime :
A la fôte de l'Assomption de la divine Vierge, le peuple romain a coutume, pendant la nuit qui précède, de visiter pieusement les églises de la ville, un cierge à la main. Parmi la foule se trouvait, une année, une dame de vie très-édiOante, qui vint ainsi s'agenouiller dans la basilique de l'Ara-Cœli, au Capitole : elle y aperçut, à une certaine distance d'elle, une femme qu'elle avait beaucoup connue, et qui était morte depuis un peu moins d'une année. Sa surprise, on le pense bien, fut extrême. Elle aurait eu le plus grand désir de lui parler, mais il était fort diliicile de fendre la foule pour arriver jusqu'à
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elle ; c'est pourquoi elle se plaça dans un coin, V^tit-ndant à la sortie, et, dès qu'elle put s'approcher, lui prenant la main : — « N'étes-vous pas, lui dit-elle, ma marraine Marozie, qui m'a tenue sur les fonts du baptême? — Oui, répondit l'apparition, c'est moi-môme. — Comment don;vous rencontré-je aujourd'hui parmi les vivants, lorsque je sais que vous êtes morte l'année dernière? Qu'êtes-vou ; devenue de l'autre côté du tombeau? i La défunte Ini répondit : « Jusqu'à ce jour je suis restée plongée dacs un feu épouvantable pour les fautes de ma jeunesse, alors que je me plaisais aux ajustements et aux parures immodestes, tenant avec mes compagnes des discours inconvenants et m'abandonnant à de coupables affections. Je m'étais, à la vérité, confessée de toutes ces iniquités ; mais, en recevant la rénnission de la coulpe, je ne reçus pas en même temps celle des peines temporelles que j'avais méritées, et le purgatoire m'attendait avec de cruelles toitures. Mais maintenant, dans cette grande solennité, la Reine du ciel, émue de compassion envefv les âmes souffrantes, a adressé pour nous ses prières au redoutable Juge, et a obtenu, pour moi et pour beau- Boup d'autres, la grâce d'être reçues en paradis le jour de son assomption. Et tel est le nom.bre des âmes que sa toute-puissante intercession a sauvées dans cette circon- j stance, que celui du peuple de Rome n'est pas plus élevé. 1 A cause de cela, nous toutes (vous ne voyez que moi, | mais il y en a bien d'autres 1) nous nous transportons dans les sanctuaires dédiés à Marie, aOn de lui rendre grâces et de la bénir, autant que nous pouvons, pour son immense miséricorde. »
A ce récit, la bonne dame restait comme stupéfaite, De sachant si elle devait ajouter foi à ce qu'elle enten-
dait. Ce que voyant Marozie, elle ajouta : « Afin que vous ne doutiez point de la vérité de naon histoire, sachez que vous-même, dans un an et à pareille fête de l'Assomption, vous mourrez. Si vous passez cette époque, tenez tout ceci pour uue illusion. > Puis elle disparut.
Cette dame resta seule dans l'église, ne pouvant plus douter de la grâce que Died lui faisait par cet avertissement. Dès cette heure, elle renonça à toutes les vanités mondaines, s'habilla modestement, revêtit le cilice, vécut dans la retraite et l'austérité d'une pénitence exemplaire, fréquentant assidûment le tribunal de la réconciliation et la sainte table. Elle espérait abréger de la sorte le temps du purgatoire que méritaient ses péchés. L'avant-vrille delà fête, elle tomba malade et fut rapidement conduite à toute extrémité. Le jour même de l'assomption, elle expira et alla éprouver les effets de la maternelle bonté de Marie.
(V. Pétri Damiani Opusc. 34, 2'5 part., ch. 3.)
RÉCOilPENSE DU BIEN ACCOMPLI.
Ante mortem, benefac amico tuo : da et acctpe, et juslifica animam tuam : Avant la mort, faitel du bien h. votre ami ; donnez pour recevoir, et établissez Injustice dans votre &me. {EcclU XIV, 13.)
Nous avons vu plus haut un prince récompensé, après sa mort, pour le bien qu'il avait fait à des communautés religieuses. Le Souverain Pontife Benoît VIII était rempli
d'alTcction et de bienveillance pour le monastère de Cîuny et pour Tabbé S. Odilon. Ce qu'il aimait en lui, c'était sa fervente piété, et aussi la dévotion dont il donnait des preuves quotidiennes en faveur des âmes du purgatoire. ïl ne se contentait pas pour elles de ses propres œuvres; il les recommandait encore aux suffrages de tous ceux sur qui il pouvait avoir quelque autorité. On croit nfrême d'après certains auteurs, que ce fut lui qui le premier introduisit l'usage de prier spécialement pour les fidèles défunts le lendemain de la Toussaint. Le pape donc, dans son attachement, accordait à Odilon les grâces les plus précieuses, et, lorsfjue le pieux abbé venait à Rome visiter les tombeaux des saints martyrs, Benoît voulait se charger lui-môme de tous les frais de route et d'entretien, tant que durait le voyage.
Benoît reçut après sa mort la récompense de cette sainte affection. Quelques jours après qu'on l'eut enseveli, il apparut à Jean, évêque de Porto, et lui apprit qu'il était condamné à une terrible expiation, pour n'avoir pas correspondu parfaitement à la grandeur de sa dignité juprôme; il espérait néanmoins éprouver du soulagement pour les suffrages du saint abbé Odilon, si on lui faisait connaître la nécessité oh il se trouvait. « Je vous supplie donc, dit-il, de lui donner avis de ce que vous venez d'entendre, si vous me conservez encore quelque attachement. Avertissez, pour plus de rapidité, mon successeur Jean, afin qu'il expédie tout de suite un messager à Cluny, et que cette vertueuse communauté intercède pour moi. »
A peine S. Odilon eut-il été informé de la vision, que non content de ses propres prières, il recommanda à tout son monastère de faire de grandes mortifications et des
oraisons plus nombreuses en faveur de leur bienfaiteur défunt, le pape Benoît. Il Gt dire la même chose aux différentes maison de l'ordre, et tous se mirent à prier avec une touchante et unanime ferveur, et à offrir l'auguste sacrifice plusieurs fois chaque matin.
Il y avait quelques jours que ces saints exercices se poursuivaient lorsque Edelbcrt, procureur et aumônier du couvent, eut une vision, comme si elle s'adressait particulièrement à lui à cause des aumônes dont il avait été le distributeur. 11 lui sembla donc qu'il voyait entrer, d'abord dans le monastère, puis au chapitre, un personnage de belle et vénérable apparence, couvert d'un brillant manteau, couronné de pierres précieuses et de diamants, accompagné d'un grand cortège d'hommes vôtus de blanc : il se dirigea tout droit vers le siège de l'abbé, inclina la tête jusqu'aux genoux de S. Odilon, comme s'il rendait grâces à lui et à sa communauté de quelque signalée ferveur. Edelbert était fort étonné à ce s[)ectacle et désirant savoir quel était ce personnage qu'il ne reconnaissait point, il entendit une voix qui disait distinctement : « Celui-ci est le Souverain-Pontife Benoît, délivré par vos suffrages et par ceux de votre saint abbé. Avatit de monter au ciel, il a voulu venir ici témoigner sa gratitude à ses bienfaiteurs, et les assurer qu'à son tour il ne les oubliera point auprès de Dieu. »
C'est ainsi que la plus haute majesté du monde, celle à qui ont été confiées les clefs du royaume céleste et qui distribue les indulgences à tous les fidèles, a besoin elle-même en présence du juge redoutable, de l'intercession des saints.
(V. Vincent de Beauvais, Specul. Uist. liv. 2i, oh. 105.)
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COMBIEN EFFRAYANTS SONT LES TOURMENTS DU PmCATOIRE.
Pondéra pondus ignis : Pesez bien la rigueur do ce feu. (lisdr. iv, 5)
Un célèbre philosophe de l'antiquité disait que les peines de cette vie ne sauraient abattre le sage : car, si elles sont légères, il n'y a pas lieu d'en parler: si elles sont graves, elles ont une bien courte durée : Nemo pofcst muUùm clûlere et diù. Cette pensée est de Sénèque. Hélas 1 on n'en peut pas dire autant du purgatoire, oh les tourments unissent la durée à l'intensité; là, les heures paraissent des jours, les jours des mois, les mois des années, les années des siècles, a Oui, dit Thomas à-Kempis, une seule heure de cette expiation semblera plus insupportable qu'ici-bas cent années de la pénitence la plus sévère : Ibi erit una hora gravior in pœnâ quàm Jâc centum anni in gravissiniâ pœnitentiâ. ?» Nous trouvons dans les Annales des Pères capucins, sous la rubrique de 1618, une histoire terrible sur ce sujet*.
Le P. Hyppolyte de Scalvo, grand serviteur de Dieu, était animé d'un zèle brûlant pour le salut du prochain, et conséquemment pour la délivrance des pauvres âmes. 11 priait et se mortifiait pour elles, et souvent aussi il prêchait en leur faveur, afin d'exciter parmi les fidèles une dévotion pareille. Il voulait que les prémices de ses actions de chaque jour fussent pour elles j il se levait
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donc de meilleure heure et récitait à leur intention rofifice des morts, sans préjudice de ce qu'il faisait d'actions
•aintes jusqu'au sôir, en pensant à leur soulagement.
Encore n'avait-il qu'une idée très-imparfaite des tourments de l'autre vie ; il ne se les figurait pas aussi
épouvantables qu'ils sont. Ce qui lui arriva bientôt lui
3onna à cet égard une effrayante lumière.
Il avait été envoyé en Flandre, avec le titre de commissaire-général, pour y établir quelques maisons de capucins, destinées à protéger par les saintes œuvres de l'apostolat la foi de ce pays, au moment où l'hérésie l'envahissait de toutes parts. Quand il eut accompli sa mission, on le maintint dans l'un de ces monastères en qualité de père gardien et de maître des novices. Il mettait un soin scrupuleux à s'acquitter de sa charge et à faire avancer ces jeunes gens dans toutes les vertus de leur état. Parmi eux s'en trouvait un qui marchait à grands pas dans la voie de la perfection religieuse, lorsqu'il fut surpris d'une maladie subite, qui le conduisit rapidement au tombeau. Par malheur, le P. de Scalyo était absent dans ce moment-là, et il ne put lui donner
)a bénédiction, avec la dernière absolution : ce qui causa
lu bon gardien une vive douleur, et l'engagea à piier d'autant mieux pour cette chère âme, qui n'avait {)aî achevé la première année du noviciat.
Il était revenu le soir môme. La nuit suivante, il s'arrêta, suivant sa coutume, à prier dans le chœur, après l'office des matines. Comme il était {)longé dans une fervente oraison, tout à coup il voit paraître devant lui le défunt, sous la forme d'un fantôme environné de feux et de flammes horribles, qui participaient à la fois des ténèbr»»s et de l'éclat ordinaire au ftu. La voix du
spectre ne laissait point d'ailleurs de plane au doute. S'adressa nt à son ancien supérieur avec mille gémissements, il s'accusa d'une faute qu'il avait commise et qui n*avait rien de grave. — « Donnez-moi, ô mon Père, dit-il, vous qui êtes plein de charité, donnez-moi votre bénédiction, afin de me délivrer de ce manquement pour lequel je satisfais à la justice divine dans le purgatoire ; vous-même imposez-moi la pénitence convenable : ce sera celle que je ferai, la bonté du Seigneur m'y autorisant par une faveur spéciale ; Jésus m'a permis de m'adresser à vous. »
Le religieux resta comme pétrifié ; telle était son émotion, sa terreur, en présence de cette apparition, que, désirant y échapper plus vite, il répondit précipitamment : « Autant que je le puis, mon fils, je vous absous et vous bénis, et, quant à la pénitence, puisque vous m'assurez que j'ai aussi le droit de la marquer, vous resterez en purgatoire jusqu'à l'heure de prime (c'est-à-dire jusque vers huit heures du matin), t En se limitant à ces quelques heures, le saint homme s'imaginait faire acte de grande indulgence. Ce ne fut point la pensée du mort : car, à cette réponse, il témoigna une sorte de désespoir, comme si la foudre l'eût frappé; il courait dans l'église en criant : « 0 cœur sans compassion, ô père qui n'avez point de pitié pour un fils si affligé 1 Quoi ! punir de la sorte une faute que pendant ma vie vous eussiez jugée digne à peine d'une légère discipline 1 Vous ignorez donc l'atrocité des supplices du purgatoire 1 ô cœur sans compassion ! 0 pœnilentia sine misericordiâl » La vision avait cessé.
Le père gardien sentait ses cheveux se hérisser sur sa tête : le regret, l'étonnement, la crainte, se disputaient
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son cœur. Il cherchait un moyen de revenir sur cette sentence, et ne savait à quoi se résoudre, lorsque Dieu lui inspira une bonne pensée, celle de courir à la cloche du couvent et d'appeler au chœur les religieux. Quand ils furent assemblés , à cette heure inaccoutumée , il raconta ce qui lui était arrivé et demanda que Ton commençât aussitôt le chant de l'ofilce de prime : ce qui fut fait. Mais, pendant les vingt années qu'il vécut encore, ce souvenir ne s'effaça pas de sa mémoire; il l'avait toujours présent, et il répétait dans ses sermons le mot de S. Anselme : a Après la mort, la moindre peine qui nous attend au purgatoire est beaucoup plus grande que tout ce qu'on peut concevoir ici-bas. »
(V. F. Marcellin de Maçon, Annal, Capuc, t. III, an. 1618, c. 13.)
LA chainte du purgatoire fait taire la volupté'.
Qui in deliciis vixerunt longé stabunt, propter timorem tormentorum : Ceux qui ont vécu dans les délices s'en éloigneront, dans la crainte des tourments. {Apoc. xviii, 10.)
L*un des freins les plus puissants aux entraînements de la nature vers les délices de la vie est sans contredit la pensée des tourments qui en seront un jour l'expiation. Tout esprit qui a de la droiture dans ses appréciations devrait se dire avec un saint moine, lorsqu'il est tenté de pécher : « Brevis vcluplas, dolor perennis : Un plaisir bien court, et puis une douleur éternelle I Coni-
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ment hésiter sur le choix? Ce qui rne coûte maintenant ne sera qu'un combat d'un moment, tandis que la peine durerait si longtemps I » Telle fut l'instruction donnée par un défunt, après son expérience personnelle, au vénérable Stanislas Chozcoca, l'une des lumières dJ l'ordre de S. -Dominique en Pologne. ^
Un soir que cet admirable religieux récitait le saint rosaire en se promenant au jardin, il entendit auprès de lui des soupirs et des plaintes, comme d'une personne i qui serait arrivé un grand accident. Il se tourne de tous les côtés, interroge du regard, et, ne découvrant^ rien, dit à haute voix : o Qui est-ce qui se lamente ici et puis-je lui être de quelque secours? » Point d| réponse, mais de nouvelles plaintes, de nouveaux soupirs) Stanislas suspecta que ce pouvait être quelque ruse d( l'esprit malin pour le distraire de sa prière. S'armani donc du signe de la croix : « Je t'ordonne au nom di Jésus-Christ, ajouta-t-il, de me dire qui tu es et ce qi tu demandes I » Alors il entendit ces mots : « Je sul une âme du purgatoire, condamnée par la justice d| Dieu à faire ici pénitence, et j'y souffre d'une manière terrible. Que ne puis-je te faire comprendre ce qui •attend le péché après le dernier soupir de l'homme 1 Si les chrétiens en savaient une partie seulement, ils auraient horreur de ces plaisirs mondains qui les environnent de séductions et qui trompent misérablement. Répète partout, car Dieu m'ordonne de te le dire, ce qu( je te révèle en ce moment : les moindres transgression; se paient bien cher au delà de la vie, et ces satisfaction; mensongères sont terriblement expiées. •
L'hislorien que nous suivons ne dit pas si ce fut h môme âme qui apparut une autre fois au môme P
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Stanislas. H dit seulement que, la voyant tout environinée de flammes au milieu desquelles elle semblait consumée, il eut le désir de savoir si ce feu était plus [pénétrant que celui de la terre. L'âme répondit que le feu terrestre, comparé à celui du purgatoire, était comme un vent rafraîchissant et doux ; Ignés nlii Icvis aurœ locum lene)i(, si cum nrdore meo comparenlur . VA, comme le bon religieux avait de la peine à le croire, il ajouta; • Je voudrais en faire l'épreuve, si cela est possible, ("^ condition pourtant que ce fût autantd'ôlé à mon expi.ition future. — Ah! répondit l'âme, un homme encore vivant n'est point en état d'en ressentir môme une partie. Ce[)endant, pour vous convaincre, étendez vers moi la main, et je ne doute pas qu'à partir de cet essai vous ne fassiez tout pour en éviter les rigueurs, i
Stanislas, sans s'effrayer, étendit la main, sur laquelle le défunt laissa tomber une seule goutte, très-petite, de sa sueur, ou plutôt d'un liquide qui en avait l'apparence. La douleur fut si affreuse que le patient jeta un cri perç.int, et tomba par terre sans connaissance, comme s'il allait mourir. A ce cri, les frères accoururent et lui prodiguèrent tous leurs soins. Quand il fut revenu à lui à force de remèdes, ils s'informèrent de la cause de ce mal subit, qui, expliquée par Stanislas avec l'éloquence que lui communiquait l'effrayant événement, les remplit tous de terreur, et fut la plus puissante leçon de détachement du monde et de ses plaisirs, il leur recommanda de ne point la garder pour eux seuls, mais de la faire savoir à tous ceux qu'ils auraient à instruire, afin de les préserver du malheur d'aller expérimenter par eux-mêmes des châtiments si redoutables. Il vécut encore uo an, toujours en proie à la douleur de sa pluie.
Sur le point d'expirer, il raconta de nouveau l'événement, rappelant au couvent assemblé- pour l'assister la crainte des jugements de Dieu et la nécessité de faire ici-bas pénitence, si l'on veut être sauvé. Ce ne fut pas seulement dans ce monastère, mais dans tous les autres, que l'effet s'en fit ressentir. Chacun s'anima dans ses résolutions, en prit de nouvelles, combattit plus courageusement ses défauts, implora avec plus d'ardeur et d'humilité le secours divin, et se jugea plus sévèrement devant Dieu >vant de s'approcher des sacrements. Nous nous abandonnons trop facilement aux petites fautes, persuadés que le juge éternel en tiendra à peine compte. Déplorable erreur, dont nous gémirons alors, mais qu'il rie sera plus temps de réparer! La majesté divine est si sainte, qu'elle ne souffre pas la moindre tache dans ceux qu'étiez veut couronner près d'elle : car ils fuiraient d'eux-mêmes, et n'oseraient jamais pénétrer dans cette gloire immaculée pour laquelle ils ont été créés.
Un poète a composé quelques beaux vers latins soi ce trait :
Vix in subjectam sudorîs guttula dextrara Decidit, immensus guttula visa rogus.
Pœnarum, proh ! quantus erit dolor asquore tnersis, Si tantam pœoam stilla vel una dédit!
Ce qui se traduit ainsi: «A peine une petite goutti est-elle tombée sur cette main, qu'elle paraît un foyer^ consumant. Ah 1 quelle sera donc l'ardeur qui brûlera, les victimes jetées dans l'océan de feu, si une seule goutti produit de telles douleurs 1 »
("V. J. Hautin, Patroc. animar., 1. 1. ch. 5;* Czovius. année 1-^90 )
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