REVELATIONS SUR LAUTRE VIE
Révélât profunda de tenebris ; Le Seigneur révèle les mystères du royaume de la mort. (Job, XII, 22.)
L'ordre vénérable des Théatins s'est toujours distingué par son zèle pour les âmes du purgatoire, et il lui a fait établir à ce dessein plusieurs œuvres charitables. C'est un théatin, le Père Jéronfie Méaza, qui a composé et publié en latin, avec autant de science sacrée que de piété, l'ouvrage intitulé : Stimulus quolidianus incilans ad defunctorum suffragia (Exhortations quotidiennes à prier pour les morts). C'est dans cet ordre encore qu'a vécu le grand S. André Avellino, un autre dévot de ces pauvres âmes, et le plus connu. Lorsque, suivant sa sainte et habituelle pratique, il intercédait humblement, avec une angélique ferveur, pour les défunts, il lui arrivait parfois d'éprouver comme une émotion de résistance intérieure, un sentiment d'invincible répulsion; d'autres fois c'était, au contraire, une grande consolation, un attrait particulier. Il comprit bientôt que la première de ces dispositions montrait que l'âme pour laquelle il s'intéressait était indigne de pardon et condamnée au feu éternel, tandis que l'autre marquait l'épreuve du purgatoire. De môme, dans l'oblation du saint saoriQce, où le plus souvent il avait pour intention la délivrance des défunts, s'il sentait dès son départ du la sacristie comme
258 LXXX" MEBvSTlLB.
une main qui le retenait, il était inutile de pnVr pour cette âme; mais quand il était ravi en esprit et exdté à une piété plus grande, c'était pour lui l'assurance qu'il n'intercédait point en vain.
Et puis, Dieu se plaisait à accorder à son serviteur la' connaissance de l'état des âmes. En voici une preuve. Un père de cet ordre étant à l'agonie (le P. Solaro), on entendit dans sa cellule du bruit et de l'agitation, comme si plusieurs personnes disputaient et coinhattaient l'une contre l'autre; ceux qui assistaient le moribond redoublèrent pour lui leurs prières, estimant qu'il avait à supporter une plus terrible lutte ; quelques-uns sortirent pour monter tout de suite à l'autel à cette intention pressante. Aussitôt après la mort, le bruit cessa, mais non pas les craintes des bons religieux, qui redoutaient l'issue finale du combat. S. André était dans une profonde oraison : il en sortit au bout de quelque temps et s'empressa de les rassurer et de les consoler : l'âme de Solaro lui était apparue; elle lui avait dit qu'en effet elle avait eu à soutenir une bataille mortelle avec les esprits infernaux, qui la voulaient perdre à ce moment suprême, mais que ces horribles démons, ne trouvant point en elle les péchés qu'ils y cherchaient, avaient été obligés de s'enfuir honteusement, laissant le malade achever dans la paix le passage de cette vie à l'autre. L'âme avait dû ensuite rester en purgatoire quelques heures, pour l'expia, tion de plusieurs fautes légères; mais bientôt la grâce du Seigneur et les prières de ses confrères l'avaient délivrée, de sorte qu'elle était montée glorieuse au ciel. Cette assurance de la part du bienheureux, que l'on savait ami privilégié de Died, fut pour toute la communauté uni immense consolation^
LIIX" MKRVEILLR. 250
Mais s. André a été l'apôtre de cette dévotion après sa mort comme il l'avait été durant sa vie. Lorsque r.et admirable serviteur de Died eut rendu l'âme à son Créateur, une religieuse de grande vertu, Madeleine B.irona, du couvent de Sainte-Marie-de-la-Sapience à Naples, était allée faire oraison pendant la nuit, au chœur de l'église. IV-ndant qu'elle se tenait à genoux en présence du Sainl- Sacreinont, récitant les fépres des morts en faveur du bon Père au cas oh son âme aurait encore besoin de (juf'lques suffrages, elle vit venir à elle, d'un air ttèsextraordinaire, une abeille, laquelle tournait autour de sa tête en voltigeant et en faisant entendre le plus doux murmure, comme si elle eût répondu aux psaumes; puis elle se posa sur le bréviaire, d'oi!i elle ne s'envola qu'à la fin de roifice. Madeleine se sentit en même temps rem- [)lie d'une joie intérieure si vive, si étrangère à sa volonté, si inexplicablfî, qu'après avoir étudié toutes ces circonstances et consulté de sages directeurs, elle ne douta plus que Dieu ne lui eût ainsi fait comprendre que son serviteur était reçu dans le paradis.
(V. Penlateuchus morluorum, liv. iv, chup 29, a. ô.)