DN RAYON DE LA LUMIÈRE CÉLESTE DANS LE PURGATOIRE
Lux in lenebrU lucet : La lumière luit daci les ténèbres (Joan. i, 5.)
La divine Providence a daigné plusieurs fois faire connaître comment, dans le purgatoire, elle récompense à la fois les bonnes actions et punit les mauvaises. S'^ Madeleine de Pazzi vit un jour apparaître devant elle, toute brillante d'une céleste lumière, une religieuse qui venait de mourir; ses mains seules étaient privées de l'éclat miraculeux, parce qu'elles avaient à expier certaines imperfections contraires au vœu de pauvreté dans la vie monasticjue. Une autre vierge lui apparut de môme, revêtue à l'extérieur d'une robe brûlante, et à l'intérieur d'un manteau formé de lys : la première, comme châtiment du grand soin qu'elle prenait de sa parure étant sur la terre; la seconde, en récompense de sa constante pureté, qui n'avait soiilTert aucune tache.
Un prédicateur défunt, de l'ordre des dominicains, apparut à Cologne à l'un des religieux, sous des vête* ments magnifiques et ayant sur la tête une couronne d'or. Interrogé sur la signification de ces ornements, il répondit (ju'ils représentaient les âmes sauvées à l'occasion de ses prédications, et que la couronne d'or en particulier était le ()rix de sa fidélité à observer toutes les prescriptions de la règle qu'il avait embrassée, et de la puretii
d'intention qu'il s'était appliqué à avoir toujours. Il fit connaître ensuite qu'il souHrait cependant encore pour l'expiation de certaines paroles légères, dites sans autre but i]ue de satisfaire une gaîté trop expansive. Sa langue endurait seule les tourments.
Nous devons une mention particulière à un autre fait rapporté parle P. François de Gonzague, évoque deRlantoue, dans son livre de VOrigine de la religion séraphique. Dans les îles Canaries, au couvent de la Conception, placé sous l'invocalion de Notre-Dame-de-la-Palme, le vénérable serviteur de Dieu frère Jean de Via, franciscain, le modèle de cette maison, tomba dangereusement malade. Pour le soigner, on lui donna un frère nommé Asccnsio, qui n'était encore que novice, mais fort avancé dans la perfection religieuse, et qui mit tout son dévoûment et tout son cœur à s'acquitter de sa fonction. Le malade, malgré tant de soins, expira dans les sentiments les plus édifiants : Preliosn in conspectu Domini mors sanctorum cjus. Le bon infirmier, après lui avoir fermé les yeux et avoir assisté à ses funérailles, se retira à l'écart afin de prier pour lui, et continua cette sainte œuvre pendant quelques jours. Un soir, dans la plus grande ferveur de sa prière, voilà qu'il aperçoit tout à coup devant lui un frère de l'ordre, tout baigné dans de lumineux rayons, dont la cellule resplendit à l'instant même. Cette lumière n'avait, en môme temps, rien que de doux et de suave à la vue. Puis tout s'effaça. Le prodige se renouvela une seconde fois, sans que le bon frère osât interroger l'apparition ; il était trop hors de lui. La troisième fois cependant, un peu enhardi, il demanda : « Qui donc êtes-vous? Pourquoi venez-vous si.souvent en ce lieu? Au nom de Dieu, je vous conjure de me répondre,^ afin que je sache
la signiOcation de tout cela. > Le fantôme répondit : « Je suis l'âme du frère Jean de Via, qui vous ai tant d'obligation pour les prières que vous ne cessez de faire monter au ciel en ma faveur. Je viens vous apprendre que, grâce à la miséricorde divine, je suis dans le lieu du salut, parmi les prédestinés à la gloire, et ces rayons vous en sont une preuve. Cependant je n'ai pas été jugé digne encore de voir la face du Seigneur, pour un manquement qu'il me faut expier. Durant ma vie terrestre^ j'ai oublié par ma faute la récitation de certains offices pour les défunts, auxquels j'étais obligé par la règle. Je vous conjure donc très-instamment, au nom de l'affection que vous me portez, et bien plus encore au nom de votre amour pour Jésus-Christ, de faire en sorte que ces offices soient acquittés pour moi, afin que, dégagé de tout reste de dette, je sois admis à ma dernière félicité. » Le frère Ascensio courut aussitôt raconter au père gardien sa triple vision : il fut cru sur parole ; on assembla les religieux, et on leur imposa de dire immédiatement les offices en question. A peine étaient-ils terminés, que l'âme vint de nouveau se faire voir au pieux novice, mais plus brillante encore ; ainsi la lumière du soleil l'emporte sur celle des étoiles. Elle lui adressa l'expression animée de ses remercîments, lui promit d'être au ciel son avocate et sa gardienne; puis, lui montrant deux Pères couronnés de gloire qui l'accompagnaient, elle lui dit que celui de droite était leur séraphiqiie fondateur S. François, et l'autre leur saint frère Bernardin de Sienne, venus tous deux pour l'accompagner dans le séjour des délices où ••Is voulaient l'introduire eux-mêmes, en souvenir de sa •jdélité religieuse.
(Fr. Qonzague, De orig. séraph. relig. 4" p. n© 7.)
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