UTILITÉ DES SACREMENTS POUR NOUS PURIFIER DEVANT DIED
Nescierunt sacramenta Dei, nrque mercedem speraverunt jusliliœ : Ils ontigror* les mystères divins, et ils n'ont point espéré la récompense 'le la ju'^tice. {Sap. ii, 22.)
Ce n'est pas ici le licii dVxposer comment les snrrements sont les sources perpétuelles d'une eau salutaire, et les inépuisables réservoirs de la grâce, de la justice, des vertus et des actes méritoires; non plus que de faire ressortir l'ingratitude et l'insensibilité de ceux qui souhaitent les vrais biens et qui n'ont aucun zèle pour acquérir ces trésors inestimables, ou la folie de ces malades désespérés qui ne cherchent point leur guérison dans ces infaillibles remèdes. Notre sujet nons amène seulement à montrer comment cette indifférence, cette ingratitude, cette folie et cette insensibilité, sont punies après la mort.
Nous en voyons d'abord un exemple dans une religieuse, qui, peu soucieuse de sa perfection, omettait facilement de s'approcher du banquet eucharistique, in (juo mois impletur gratiâ et futurœ gloriœ nobis pignm dalur. Nous en avons un second dans un ecclésiastique, lequel, cloué sur son lit par la dernière maladie, ne s'empressa point de recevoir le sacrement de l'Extrôme- Onctiun, ce bouclier du salut, clypeus salut is, comme il est appelé, que Notre-Scigneur nous a réservé pour la lutte suprême, suivant la doctrine du saint concile de Trente, sess. iiv^ : < Exlremœ-Unctionis sacrameyito (inem
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vilcp tnmqunm finnissimo qnodnm prœsidin , miinivil. i l'an 1589, au monastère de Sainte-M iric-des-Angr; à Florence, mourut une religieuse très-estiînée de ses sœurs, qui se fit bientôt voir à S'*^ Madeleine de Pazzi pour réclamer son intercession dans le rigoureux purgatoire auquel elle était condamnée. La sainte était en prières devant l'autel du Saint-Sacrement, lorsqu'elle aperçut la défunte agenouillée au milieu de l'église, dans l'acte d'une adoration profonde, mais avec un aspect assez étrange : elle avait autour d'elle un j)iantcau de tlammeS qui semblait la consumer, à l'exception de la [)oitrine, que garantissait «ne sorte de voile passé autour du cou. Madeleine s'étonnait de voir une de ses sœurs dans ce tourment; elle voulut savoir ce que cela signifiait, et reçut pour réponse que cette âme souffrait ainsi pour avoir eu trop peu de dévotion envers l'anguste sacrement, ne communiant que rarement et avec négligence, malgré les prescriptions ordinaires de l'ordre ; que pour cela la divine justice l'avait condamnée à venir chaque jour dans l'église du monastère rendre ses devoirs à la sainte Eucharistie, brûlant de l'ardeur (jui lui avait alors manqué, et s'unissaut autant qu'elle le pouvait à la ciiair adorable du Sauveur; enfin, qu'elle avait une grande reconnaissance envers L)ieu, qui lui avait donné en récompense de sa fidèle virginité le voile qui la garantissait en partie du châtiment. Ce récit toucha la sainte et la détermina à subvenir au besoin de cette pauvre Ame par autant de suffrages qu'il lui serait possible, jusqu'au moment où il fut révélé qu'elle avait été admise au nombre des élus. Madeleine se servit plusieurs fois de cette histoire, qui lui était personnelle, pour exhorter ses filles spirituelles au zèle pour la sainte communion.
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Le châtiment imposé à l'ecclésiaslique fut plus rigoureux. Il avait trop tardé à recevoir rExtrôrne-Onctiori : en quoi il se- montra d'autant plus coupable, que son confesseur et les assistants lui avaient fait part du danger, et le pressaient de mettre en ordre tout ce qui regardait son salut, afin d'avoir la force nécessaire en face des embûches de l'ennemi. Epouvanté à cette idée de mourir sitôt, il voulut diiïéror, craignant que ce sacrement ne hâtât sa fin : préjugé inconcevable dans un prêtre. Il n'y avait d'ailleurs pas le moindre mépris dans ce refus, mais une simple superstition, à la vérité déplorable, puisqu'elle le privait des grâces nécessaires à son état, et que nous savons encore que ce dernier sacrement rend quelquefois la santé elle-même, quand elle est nécessaire au salut, selon la doctrine du concile de Trente. Tant et si longten^ps tarda-t-il , qu'il mourut sans ce précieux secours de l'Eglise.
Or, pendant qu'on se disposait à faire ses funérailles, DiEC permit qu'en présence de tous les invités réunis autour du corps, ses yeux s'ouvrissent, et il parla ainsi ; f Pour me punir de mes retards, de la grâce de purification dont je me suis volontairement privé, le Seigneur m'a condamné à cent années de purgatoire, à moins que les prières et les bonnes œuvres des fidèles ne me viennent en aide. Si j'avais reçu le sacrement des mourants, comme c'était mon devoir, j'aurais échappé à la maladie par la vertu qui lui est propre, et j'aurais eu le temps de faire pénitence. •• Cela dit, les yeux se refermèrent, le mort était rentré dans le repos suprême.
(V. Vincent Puccini. Vita S. Mariœ Magdal. de Pazzi, Ke p. c. 29 ; Mich. Alix, Horius Paslorum, tract, vi, lect. 2.)
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PRIERES EXAUCEES,
Consolnbor te, virgo filia Sion : Je te consolerai, vierge fllle de Sion. {Thren, ii, 13.)
DiEa s'est plu à exaucer, par des grâces signalées au profit des âmes du purgatoire, les prières de la sainte veuve Brigitte, ainsi que nous le lisons dans plusieurs endroits de ses Révélations, ouvrage recommandé par l'Eglise. Cependant, il paraît bien qu'il a accordé plus de faveurs encore à sa fille Catherine, qui sut conserver môme dans le mariage le beau lys de la virginité.
Catherine était un jour à prier, à Rome, dans la basilique de Saint-Pierre, devant l'autel de Saint-Jean l'évarigcliste. Elle vit venir à elle une femme étrangère, couverte d'une tunique blanche, avec une ceinture d'une autre couleur, un voile blanc sur la tête, et par-dessus tout cela un manteau noir. Cette femme s'approcha de la sainte, la salua et l'exhorta à intercéder pour une âme sa compatriote. Catherine demanda le nom de cette personne défunte : à quoi il lui fut répondu que c'était une suédoise qui lui parlait, et qu'elle lui apportait la nouvcUo de la mort de Gida, femme du prince Charles, frère de Catherine, laquelle avait besoin qu'on s'intéressât à sa déUvrance. Catherine pria l'étrangère de l'accompagner chez sa mère S"" Brigitte, pour lui annoncer eUc-mêrae ce funeste événement. Mais elle s'en excusa sur ce qu'il
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ne lui était pas permis de faire cette visite, qu'elle n'avait de message que pour Catherine, et que, ce message accompli, il lui fallait partir tout de suite; qu'au reste il n'y avait point à douter de la vérité du fait, qui serait confirmé avant peu par un autre envoyé, venu tout exprès de Suède, qui apporterait en outre la couronne d'or que la défunte avait léguée par testament à sa bellesœur, afin d'en obtenir quelque souvenir et quelques prières devant Dieu. En môme temps, cette femme s'éloigna tout à fait.
Catherine, courut après elle , interrogea tous ceux qu'elle rencontra, mais vainement ; on n'avait vu personne, bien que quelques-uns eussent entendu dans la chapelle le murmure d'une conversation. Elle se rendit en toute hâte auprès de sa mère, à qui elle fit part de la nouvelle et des circonstances extraordinaires dans lesquelles elle lui était parverme. Brigitte, souriant avec douceur, répondit que la nouvelle était certaine, que le Sauveur avait daigné la lui faire connaître à elle-même pendant son oraison, que cette mort avait été chrétienne et consolante, et que l'étrangère de la basiliciue n'était autre que la chère défunte, qui avait obtenu la grâce de venir auprès des siens solliciter des prières. Elle ajouta qu'en reconnaissance de la couronne d'or, souvenir adressé de si loin, elles devaient l'une et l'autre faire tout ce qu'elles pourraient.
On ne tarda guère à voir arriver à Rome le courrier annoncé. C'était Ingévald, officier du prince Charles, chargé de remettre personnellement le legs de la princesse, f.a couronne était fort belle et fort riche ; la défunte avait coutume de la porter dans les solennités de la cour. L^ «ecours n'était point inopportun, les deux
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saintes se trouvant pour lors dénuées de ressources. Elles continuèrent ce qu'elles avaient commencé dès le premier jour, jeûnes, aumônes, actes d'humilité (on sait que Brigitte mendiait humblement à la porte des églises, pour distribuer ensuite cet argent aux malheureux), austérités de toutes sortes, veilles et prières. Il n'y a point à douter que ces vertueuses amies de Dieu n'aient obtenu promptement cette délivrance : car leur vie abonde en miracles de ce genre, assurent leurs historiens, dont les témoignages ont été scrupuleusement
contrôlés.
(V. Surius; de plus, Acta Sanctorum, 24 mars, vie de S*e Catherine, ch. 4.)
DIEU INSTRUIT LES VIVANTS SUR LES MYSTÈRES DB l'autre VIE.
Dominits révélât profunda et abscondita, et novit in tcncbiis constltuta : Le Seigneur dé voile ce qui est pf fond et cach<^, et son œil voit dans les ténèbres. {Daniel II, 22.)
Le Seigneur voulant faire connaître aux hommes, •Dur les engager à la vertu, une partie de ce qui les «ttend au-delà du tombeau, a fait plusieurs révélations, lont une des plus instructives est celle qui se lit dans o procès authentique de la canonisation de S. Hernardin :1e Sienne.
Au diocèse de Nocéra, dans le royaume de Naplcs, îtait mort un enldot de onze ans, nommé Biagio. Au
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moment où l'on accomplissait la cérémonie des funérailles, voici que le défunt, en présence de tout le peuple, agite ses bras et ses mains, se remue tout entier, et pousse un gémissement fort et douloureux ; puis il retombe dans son insensibilité cadavéreuse. Grande fut la stupeur de chacun. On se jette à genoux, à faire des prières; d'autres pensant qu'il n'est qu'évanoui, lui font respirer des sels, le frictionnent, l'appellent, le secouent; et, en effet, il s'agite de nouveau et respire encore. On différa donc l'enterrement, et on Gt venir les médecins, pour s'assurer s'il n'y avait pas moyen de rendre à la vie cet enfant qui paraissait respirer. Tout fut inutile. Le cinquième jour cependant, sa famille eut recours à l'intercession du bienheureux Bernardin, qui leur obtint la grâce désirée : Biagio, semblant sortir d'un profond sommeil, ouvrit les yeux, reconnut ceux qui l'entouraient et se mit à leur raconter les secrets de l'autre vie.
Il demeura dans cette étrange état quatorze jours entiers, immobile comme un mort, n'ayant de libre que la langue, avec laquelle il instruisait merveilleusement les assistants.
Il raconta donc qu'il avait véritablement rendu le dernier soupir; qu'au moment de sa mort S. Bernardin, auquel il avait une grande dévotion, l'avait appelé à lui et, se faisant son guide, lui avait recommandé de ne rien craindre, d'observer attentivement tout ce qu'il verrait et de le graver dans sa mémoire, afin d'en pouvoir faire le récit plus tard. Alors, rapide comme l'éclair, il l'avait transporté en enfer, où. il avait vu une troupe innombra^ ble de damnés, parmi lesquels il y en avait de sa connais-l sance ; le saint lui en nommait d'autres, ajoutant que
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ceux-ci expiaient éternellement leur orgueil, ceux-là leur avarice, d'autres leur gourmandise, leur dureté, leurs impures habitudes, leurs hideux blasphèmes, leur dé- V)yauté, etc. Pendant qu'il contemplait avec horreur cet épouvantable spectacle, il avait vu une nouvelle armée de démons traîner violemment un homme de son pays, usurier connu, et qui était précisément mort à cet instant, et le précipiter dans un brasier ardent'où, malgré les flammes, régnait une obscurité effrayante. Le fils de cet homme qui assistait à ce récit, prit aussitôt la résolution de distribuer aux pauvres toutes les richesses paternelles, et de se retirer dans un couvent à faire pénitence le reste de ses jours pour se préparer au jugement.
L'horreur que ce spectable causait à l'âme de l'enfant était telle, que S. Bernardin voulut l'y arracher tout de suite, et le conduisit au paradis, oii il pouvait contempler les récompenses magnifiques assurées à la fidélité persévérante des justes. Il vit donc la glorieuse armée des martyrs les palmes du triomphe à la main, le chœur des vierges couronnées de lis, la troupe innombrable des anges, divisés en ordre sous le regard du Seigneur; au-dessus de tout cela se tenait la Reine du ciel, un diadème d'étoiles sur le front, ayant pour manteau l'astre du jour, environné de tant de splendeurs, que rien ne lui pouvait être comparé, si ce n'est la gloire encore bien plus grande de son divin Fils, qui paraissait former lui seul tout un paradis. Aucune expression humaine n'était capable de rendre la splendeur de l'auguste Trinité. Bernardin lui et remarquer la gloire particulière du séraphiquo S. François, dont on voyait étinceler les miraculeux stigmates; il avait autour de lui une couronne de ses
religieux, dont un grand nombre avaient été délivrés du purgatoire par l'intercession du béni patriarche. François avait le privilège, au jour de sa fête, de descendre dans ce lieu de tourments, et d'en retirer quelques Ames de celles qui avaient embrassé sa règle ou qui avaient été les protectrices de l'ordre.
Mais, ce qui doit nous intéresser davantage, Riagio fut aussi conduit par Bernardin au lieu de l'expiation, et il y put étudier les différents supplices infligés aux différentes fautes. Il vit plusieurs de ses parents et de ses amis tourmentés selon les dettes spirituelles qu'ils avaient à acquitter. Notre historien applique ici, à la suite de S. Augustin (Ot? civil, Dei, liv. 21, ch. 13.) les vers si connus de Virgile :
F.rgô exercentur pœnis, veterumque malorura
Supplicia pxpendunt; alise toUuntur inaoes
Suspensse ad ventos ; aliis sub gurgite vasto
Infectum eluitur scelus, aut exuritur igni. [^n VI, 746.)
Ces âmes, l'apercevant, le conjurèrent, s'il retournait à la vie, de réclamer pour elles le souvenir de leurs proches, de leurs amis, de tous ceux qui les avaient aimées; qu'on apaisât la colère divine par les œuvres saintes que recommande l'Eglise : alors elles verraient finir leurs affreux tourments, et béniraient leurs bienfaiteurs.
Le jeune enfant, après avoir vu tout cela, le cinquième iour, au moment où l'on avait recouru à S. Bernardin, avait été remis en vie et en état de rapporter chaque chose de point en point. Il le faisait avec une telle justesse d'expression, une exactitude si remarquable de doctrine, une telle sûreté de récit, qu'on aurait '^ru entendre, non
point un enfant sans science, sans langue et sans expérience, niais tout au moins un théologien consommé. On n'oul aucun efTort à faire pour lui accorder pleine confiance. Il disait à l'un : t Ton père qui est mort à une telle épo({ne, souffre dans le purgatoire et se lamente douloureusement, à cause que tu n'as pas exécuté son testament, qui t'obligeait à faire telle aumône, à demander tant de messes, à faire chanter tel office des défunts. • A l'autre : t Ton père, enterré depuis de;;x mois, est cruellement traité dans le lieu de l'expiation; il se plaint de ton infidélité, lorsqu'en héritant de la part de bien qui lui revenait, tu lui as [)romis tant et tant de prières, dont la moitié n'a pas encore été acquittée, i Enfin {)our ne pas étendre outre mesure ce récit, il apprenait à chacun, distincten^ent, ce qu'il devait faire pour répondre à ce que des parents ou des amis espéraient de lui dans l'autre monde. Tous s'empressèrent de lui obéir, et le pays entier prit de ce miracle un nouveau motif do fidélité aux saintes lois de l'Evangile et aux inspirations de la charité.
(V. Acta Sanctorum des Bollandistes, Append. ad 20 mai, p. 823, n. 35.)
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LXXXVIl^ MERVEILÎ.E.
COMBIEN LA PRIERE EST l.TILE AUX AMES DU PURGATOIRE.
Oratio humiliantls se niibes penctrabit : La prière de celui qui s'humilie péuètre les cicux. (Eccli. XXXV, 21.)
Le grand docteur S. Jérôme, après avoir décrit la sépulture donnée par S. Antoine à S. Paul, premier ermite, dans une petite fosse recouverte simplement avec du sable, réprouve le vain luxe de ceux qui ambitionnent pour leurs parents ou pDur eux-mêmes la pompe des funérailles mondaines, prodiguant le brocart, les tentures précieuses, les cierges, le marbre choisi, les mausolées magniflques, à des cendres misérables, et veulent encore que du haut de la tribune ou de la chaire retentisse l'éloge du défunt en termes éloquents, a Pourquoi, dit-il, tant de riches draperies? pourquoi celte ambition, vivant encore au milieu du deuil et des larmes? Est-ce que les cadavres des riches ne peuvent se décomposer que dans la soie et l'or? Cur morluos vestros auratis obvolvilis vestibus? cur ambilio inler luctus lacrymasque non cessai? An cadavera diviium nisi in serico pulrescere nesciunl? • Voilà pourtant de quoi on se préoccupé, beaucoup plus que de secourir l'âme par la prière et les œuvres saintes ! On témoigne de la sorte ses sentiments de regret et d'affection, et l'on ne songe point qu'ainsi exprimés ils ne servent de rien aux morts, et nuisent trop souvent aux vivants. Comme une simple aumône,
une courte prière, vaudrait mieux que tout cela I comme elie serait plus cliaritable et plus utile I
Un grand seigneur de Venise envoya une somme importante en écus d'or au P. Paul Monlorfano, prieur des Tliéalins, afin qu'il fît célébrer dans son église un service funèbre en faveur des ancêtres de la famille. Le religieux, attentif aux règles de simplicité qui sont la loi de la vie monastique, fit la chose avec plus ce dévotion que de magnificence, mais toutefois fort convenablement. Il paraît que cela ne fut pas sufllsant pour le chrétien moindain : car il envoya au Père un messager se plaindre de la parcimonie apportée dans une fonction pour laquelle la famille faisait une telle dépense. Le prieur vit bien qu'il avait affaire à un cœur plus séduit [>ar les vanités de la terre que touché des lumières de la foi; cet aveuglement lui fit de la peine, et il cherchait en luimême comment il pourrait le guérir et amener ce seigneur à des sentiments plus dignes de la piété. Il avait lu quelque part une histoire de ce genre donnée autrefois dans une circonstance semblable, à un fidèle animé des mêmes pensées, et il espéra que Dieu lui accorderait de la renouveler, puisque son bras est toujours aussi puissant et son oreille aussi attentive à nos demandes : « Non est abbreviata manus Domini, neque aggravala est auris ejus ut non exûiidiat^. »
Plein de son idée, il prend le messager par la main et le conduit dans une chambre voisine, oh il tire d'un secrétaire la somme intacte qu'il avait reçue; le papier qui l'enveloppait n'avait pas même été touché ; puis il se met à écrire sur une autre feuille le psaume De pro^
(1) Celto histoire a été racontée ici môme, Mer*^^le Ille.
funJiSy et commande à un frère qui raccompagnait d'aller lui chercher une balance. Quand elle est apportée, il place la somme dans l'un des plalcaux, le psaume dans l'autre : ô noerveille I c'est le plateau de l'or qui cède. Deux fois on tente l'épreuve, deux fois elle donne le môme résultat. L'envoyé, saisi de crainte, fait avec précipitation le signe de la croix ; puis il se met en route pour aller retrouver son maître, impatient de lui conter un phénomène si surprenant. Celui-ci n'en fut pas moins frappé : il bénit la divine Providence de lui avoir fait comprendre, par cette voie miraculeuse, combien la plus sim[)Ie oraison du cœur l'emporte sur tous les trésors du monde. Dès ce moment, il professa une vériération plus grande pour le P. Montorfano, lui fit demander pardon de ses plaintes inconsidérées, et lui promit qu'à l'avenir il raisonnerait plus en chrétien, et saurait estimer à leur valeur les pompes de la vanité. En témoignage de l'événement, on fit peindre un tableau où l'on voyait le religieux la balance à la main, et tout le reste de l'histoire. Il ne faudrait pas conclure delà, au reste, que de courtes prières soient suffisantes pour tirer les âmes de leurs tourments expiatoires; elles sont bien supérieures à l'or, cela est vrai, mais l'or n'est rien devant le Seigneur. La sainte épouse de Jésds-Christ, Ursule Bénincas, du môme ordre des Théatins, l'avait compris, elle qui pour délivrance s'était offerte aux souffrances les plus cruelles. Sa sœur Christine étant à l'agonie, Ursule s'apitoyait sur sa position, au point de vue surtout des épreuves qui vraisemblablement allaient purifier sa vertu dans le purgatoire. Comme elle avait appris que plusieurs personnes charitables ont souffert elles-mêmes pour ceux qui devaient être tourmentés dans l'autre vie, S^" Catherine
de Sienne entre antres, elle se résolut à imiter cet exemple. Elle conjura donc Notre-Seigneur de lui imposer ici-bas les peines qui attendaient sa sœur expirante. Celle-ci expirait en effet. A l'instant Ursule fut ravie en esprit ; et quand elle revint à elle, elle s'écria : n Je vous rends grâces, ô mon Dieq, pour cette grande miséricorde que vous avez faite à ma sœur Christine de la délivrer en considération de ma prière. • Et elle invita toutes ses compagnes à chanter avec elle le Te Detim. Il n'était pas achevé, qu'elle fut assaillie d'affreuses douleurs, qui ne la quittèrent plus jusqu'à la mort. — Voilà jusqu'où peut aller le dévoûment aux pauvres âmes, et comment on a le sentiment de ce que réclame la divine justice pour leurs offenses. La prière est excellente, mais elle doit être accompagnée aussi de bonnes œuvres, et surtout de pénitences courageusement embrassées.
* On a fait sur l'histoire du P. Montorfano ces jolis vers latins, que nous tenons à conserver :
• Aiirum pars trutinae, schedulam pars caetera pensât t Tollitur illa gravis, dùm levis ista cadit.
Nimirum schedulae pietas dat candida pondus Quod fallax auro detrahit ambitio :
I L'un des plateaux reçoit l'or, l'autre le léger papier : le premier, tout pesant qu'il est, s'élève, le papier sans [V3ids l'emporte. C'est que la douce piété donne au billet la pesanteur qu'il ôte à l'orgueil humain. •
(D. Jos. Silos, lîistor. ord. Thealin . livre xv, anr.ée 1580; P. Bagata, Vila B. Ursulœ Bénincasa, 2e part. c. 6.) -
284 LXXXVIII'' MEllVF.ILLE.
LXXXVÏIM MERVEILLE.
r.FFICACITË DE LA PRIKRE DES JUSTES EN FAVEUR DES AMES.
Sustulisti mortuum ab inferis, in verbo Domini Del: Vous avez, sur la p;iroU Seigneur Dieu, retiré les morts des lieux bas. (Eccli. XLVIII, 5.)
Le texte que nous venons de transcrire est extrait du passage du livre sacré oh est loué le prophète Elie, dont la prière était au dire de S. Augustin, comme la clef du ciel, clavis cœlorum, lorsqu'il ressuscita le fils de la veuve de Sarepta ; a Exaudivil Dominus vocem Eliœ, et reversa est anima pueri intrâ eum, et revixit i (3 Rpg. XVII, 22). Ces mômes paroles sont appliquées, à bon droit, à ces chrétiens pleins de charité qui, par leurs pieux suffrages, rappellent les âmes des peines du purgatoire aux joies du paradis. Dans ce nombre il faut inscrire au premier rang l'illustre S'® Thérèse, dont les prières avaient en leur faveur une merveilleuse efficacité. Elle raconte elle-même les efforts du démon pour la détourner ou la distraire d'un si charitable exercice. < U& jour, dit-elle, le soir même de la commémoration dei^ Fidèles Défunts, je me retirai dans mon oratoire pour y réciter l'office des morts : à ce moment, parut un monstre horrible, qui s'arrêta sur le livre, de telle façon que je ne pouvais plus lire ni poursuivre mes prières. Je me défendis par des signes de croix, et l'esprit maudit se retira par trois fois; mais, à peine me raettais-je en
devoir de recommencer la récitation des psaumes, qu'il revenait m'apportcr le mCtne trouble et le môme dérangement. Il m'était impossible de l'éloigner, si ce n'est en aspergeant le livre d'eau bénite, et en jetant môme quelque gouttes sur lui. Ohl à ce moment-là il prit la fuite avec précipitation et me laissa achever mes prières. Je ks avais à peine Qnies, que je vis sortir un certain nombre d'àmes du purgatoire : il ne leur avait manqué jusque-là que ce léger suffrage, et c'est pour cela que le démon jaloux voulait l'empêcher. » Elle eut encore un grand nombre d'apparitions, et elle assure que, de tant d'àmes dont le sort lui avait été révélé, elle n'en vit que trois monter directement au ciel, sans passer par l'expiation. Nous allons donner deux seulement de ces récits.
Une religieuse de son couvent venait de mourir. Thérèse, empressée de prier pour elle, assistait à l'ofilce des morts, lorsque, au commencement de la première leçon des matines, Parce mihi Domine, elle vit l'âme sortir de l'église et voler directement vers le paradis. I.a seconde fois, ce fut un religieux de la Compagnie de Jéscs : elle entendait la sainte Messe à son intention, offrant à Dieu avec le prêtre l'Hostie de propitiation et tout le sang du Sauveur; tout à coup elle voit apparaître le Sauveur lui-môme, la bonté et la miséricorde sur le visage, qui vient prendre cette àme toute rayonnante, L't l'emmène avec lui dans la patrie céleste.
Voyant donc ses prières ainsi exaupées, Thérèse s'enflammait d'une ardeur nouvelle pour intercéder en faveur des pauvres âmes. Et non-seulement elle le faisait elle-même, mais elle mettait tous ses soins à répandre cette sainte dévotion dans les monastères de son ordre j et elle y réussit. Le 2 novembre, après avoir
rhanté l'oflice de Requiem, les religieux, et les religieuses de leur côté sans doute, se ressemblaient pour entendre une exhortation sur les âmes du purgatoire et sur les moyens de les soulager; chacun donnait par écrit la promesse de faire pour elle l'année suivante telle et telle œuvre, les uns des mortiGcations, les autres de longues prières, ceux-ci des aumônes spirituelles aux pauvres et aux abandonnés, suivant que leur zèle ou leur inspiration particulière les dirigeait. En somme, ils'épanoui>sait là une moisson admirable, digne de la foi qui la faisait naître.
Don Bernardin de Mendoza avait donné, par acte authentique, une maison et un beau jardin à Valladolid, pour y fonder un monastère en Thonnôur de la M^re de Dieu. Il y appela S'^ Thérèse, et la pria instamment d'en prendre possession et de mettre immédiatement la main à l'œuvre, comme s'il avait eu le pressentissement qu'il lui restait peu à vivre. Or, cette aumône devait être bien profitable à son âme. La sainte, retenue ailleurs par d'autres fondations de monastères, qui furent la continuelle occupation de sa vie, ne put venir qu'au bout de plusieurs mois. Le donateur, surpris par une Oèvre maligne qui lui ôta l'usage de la parole et ne lui permit môme pas de se confesser, quoiqu'il donnât les signes de la plus édifiante contrition, était mort dans rintervalle. En apprenant cette triste nouvelle, à Alcala où elle se trouvait, Thérèse fut saisie de douleur, à la pensée surtout de la privation des sacrements que la rapidité du mal n'avait point permis d'administrer à ce bon seigneur. Elle se répandit aussitôt en oraisons ferventes. Notre-Seigneur lui fit connaître que cette mort avait eu lieu dans des conditioas convenables, et que la charité du défunt lui
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avait été la source de bien des grâces, principalement par l'intercession de Marie, à qui était dédié le nouveau couvent, et que l'âme de Mendoza sortirait du Purgatoire le jour oil l'on y célébrerait la première messe de communauté. Cette révélation ne laissa pas de repos à la sainte : elle n'attendait que letemps de se rendre à Vallddolid, d'ouvrir la chapelle et de délivrer le bienfaiteur de ses sœurs. Elle fut obligée cependant d'aller encore auparavant au monastère d'Avila et d'y rester plusieurs jours. Comme elle s'y tenait un matin en oraison, Jésus daigna la presser lui-même de terminer l'affa-re de Valladolid, dans l'intérêt de l'âme qui attendait ce moment pour être couronnée. Elle expédia donc tout de suite, avant elle, le P. Julien d'Avila, afin d'obtenir promptement de l'autorité ecclésiastique la permission de commencer la fondation. Elle-même arriva peu après et appela des maçons pour construire sans tarder les murs de la clôture. Mais, voyant que tout cela exigerait du temps, elle demanda l'anlorisation de former une chapelle provisoire, à l'usage de quelques religieuses qui l'avaient accom[)agnée. Elle l'obtint et le P. Julien monta au saint autel. Au moment de communier Thérèse, il la vit dans une grande extase, comme il lui arrivait souvent à ce moment solennel, et il sut ensuite que, à l'instant oii elle quittait sa place pour s'approcher de l'autel, l'âme du défunt lui était apparue couronnée de gloire, inondée de joie divine, brillante comme l'astre du jour, l'avait saluée avec respect et remerciée, dans l'eiïusion de sa reconnaissance, d'avoir hâté son bonheur; puis, â ses yeux, elle avait pris son vol vers le séjour éternel. La joie de la sainte fut extrême : car elle n'osait espérer encore que cette messe, dans une église provisoire, avanl
que la maison fût réellement ori^'anisée, pût être comptée ' pour celle qu'attentait la divine justice. Elle ne cessa de
bénir le Seigneur pour cette grâce, que sa charité lui i
rendait aussi précieuse que si elle eût été faite à elle- ;
même. j
^V. Vie de sainte Thérèse par elle-même; s 31 |
et 38 ; P. Fr. Ribeira, Vila ejusriem, liv n, eh. 10 ! et 12.)'.
LXXXIX'' MERVtir.I.E.
l-ROTECTIOX SPÉCIALK DE WAIUE.
Posai vcrba mea in ore tiio, in iimbrn mnnui meœ protexi te : J'ai mis sur vos lèvres mea paroles, je vous ai couvert de l'ouibre de ma main. (Isaïe, li, 1G.)
La grâce obtenue au siècle dernier, au moment où h P. Rossignoli écrivait cet ouvrage, par un serviteur de la Sainte Vierge, n'est pas moins signalée que celle qui fut autrefois accordée à S. Grégoire-Thaumaturge. Il faut se rappeler que ce grand évoque, voulant éviter la persécution de l'empereur Décius, s'était réfugié au sommet d'une montagne, où furent conduits les satellites par un traître. Le saint était en oraison lorsque ses ennemis entrèrent; mais il ne l'aperçurent point : car Dieu
(1) On nous permettra de protester ici de nouveau contre Terreur injustifiable d'un traducteur contemporain des œuvres de sainte Thérèse, le P. Bouix, qui n'a pas craint de défigurer en français le nom de cette grande sainte, en l'écrivant, contre toutes les règles de la grammaire et de la tradition, Tkkèsk.
{Le Traducteur.)
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l'avait rendu invisible; en sorte qu'ils furent obligés de s'en n-toiirner sans le prisonnier sur lequel ils avaient compté. C'est S. Grégoire de Nysse qui rapporte le fait. Le traître, ajoute-t-il, frappé de ce miracle se convertit, tirant ainsi d'une cécité matérielle la vraie lumière spirituelle. C'est d'une faveur analogue que fut récompensé le Odèle dont nous voulons parler. Il joignait à sot amour envers la divine Marie un zèle extraordinaire poui les âmes du Purgatoire, pour le suffrage desquelles il ne manquait jamais de réciter chaque soir les litanies de la Sainte Vierge.
Il avait plusieurs ennemis déclarés, empressés à lui dresser des embûches et déterminés à lui ôter la vie s'ils le pouvaient. Un soir que le pieux chrétien s'était tranquillement endormi dans son lit, les méchants parvinrent à s'introduire dans sa maison et à monter jusqu'à son appartement, où il leur devait être facile d'accomplir l'homicide projet. Ils s'approchent tout doucement du ht, voient les vêtements déposés sur une chaise, en concluent que leur victime est là sous leur main, et apprêtent leurs poignards. Mais, ô prodige 1 ils ne peuvent découvrir personne; la couche est vide, du moins à leurs yeux; la Providence a enveloppé son serviteur d'un nuage protecteur qu'ils ne peuvent percer. Ils s'imaginent alors qu'il est dans quelque autre endroit de la maison, et courent à sa recherche. Ils fouillent jusqu'au moindre coin, remuent et bouleversent tout, reviennent à l'appartement, et enfin se retirent, furieux d'avoir manqué leur coup. On pouvait dire là encore, en empruntant un mot de l'Evangile de saint Jean : « Il a aveuglé leurs yeux, afin qu'ils ne vissent point : Excœcnvil Oiulos eoruYiiy ne vidèrent oculis, > C'était, on n'en peut
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(Jonlcr, la récompense de sa. dévotion aux pauvres âmes et à Marie.
Ce ne fut pas la seule ni la plus grande. Un soir, les distractions de la table le portf-rent à boire un peu plus que de coutume; il se trouva donc plus fatigué et eut besoin de se coucher plus tôt. Mais auparavant il se mit en devoir de s'acquitter de sa dévotion journalière, la récitation des litanies. Il les commence : bientôt, surpris par le sofnmeil, il s'arrête, sans en avoir dit plus de la moitié, et se laisse aller à cette fatigue. Ses ennemis l'épiaient encore. Dès qu'ils jugent le moment opportun, ils se précipitent vers le lit. Ils n'aperçoivent qu'une moitié de corps, comme un cadavre qui aurait été par- \agé en deux dans toute sa longneur, ainsi qu'on représente le supplice de certains martyrs ég':^^rgés par les païens des premiers siècles. Ils s'imaginent avoir été prévenus par d'autres ennemis, aussi acharnés qu'eux, et, ce spectacle leur faisant horreur, ils s'enfuient à la hâte. DiED n'avait renouvelé que la moitié de son miracle : à un serviteur qui ne disait que la moitié de sa prière, il ne donnait qu'une demi-protection. Quand il fut réveillé et qu'il apprit tout ce qui s'était passé, il l'interpréta ainsi lui-même et se promit d'être plus vigilant, c Non nccedet ad te malum, et flagelltim non appropinquabil Inhernaculo lue. f Ps. 90.
Le fait est que le lendemain, en le rencontrant sain et sauf, les assassins crurent voir un fantôme et restèrent épouvantés. Revenus à eux, ils désirèrent un éclaircissement, se réconcilièrent avec lui, lui racontèrent les deux tentatives qu'ils avaient faites contre sa personne et la manière dont elles avaient échoué, et lui demandèrent d'expliquer ce phénomène. M le Ht ^omme il put,
attribuant la merveille à la divine Marie et aux âmes qu'il avait soulagées par ses prières. Tous convinrent que cette explication était la seule admissible, qu'on y voyait la main de Dted, et jaloux d'une faveur si marquée du Ciel, ils se mirent eux aussi à pratiquer cette sainte ri consolante dévotion.
(V Carfora, Fortuna hom., livre v, chap. 10.)
L'on ET l'argf.nt des vertus doivent souvent