‹ Les merveilles divines dans les âmes du purgatoireChapitre 41 sur 62 · LES AMES DU PURGATOIRE DEBANDENT UN SOUVENIR · texte numérisé non relu

LES AMES DU PURGATOIRE DEBANDENT UN SOUVENIR

Orate pro nobis ad Dominum. quia peccavimus Domino, et non eut aversus furor ejus à nobis : Priez pour nous le Seigi.eur, parce que nous avons péché contre lui et que sa colère dure encore sur nous. (Baruch, i, 13.)

Un interprète sacré assure que les âmes du purgatoire sont punies de la même façon que fut traité dans ses malheurs le saint homme Job : les plaies qui l'avaient frappé atteignaient tellement tout son corps, qu'il ne pouvait faire usage de ses membres ni se secourir luimême, n'ayant plus de libre que ses lèvres pour crier : • Ayez [)itié de moi, vous du moins qui fûtes mes amis : Derclicta sunl taniummodb Inbia circà dentés meos : miseremini meï. » Telles sont donc ces pauvres âmes, ces âmes bénios, incapables de travailler par elles-mêmes au moindre adoucissement de leurs maux. Ce qui leur

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est permis, c'est de crier vers les vivants et de leui^ demander du secours. Quelquefois môme, nous en avons' vu plus d'un exemple, Dieu leur a permis d'appardîtroji ceux qui les pouvaient aider.'

C'est une vieille tradition du pays de Worms que, pendant plusieurs nuits, on avait aperçu des légions d'hommes armés qui se répandaient dans la campagne, les uns à pied, les autres à cheval, comme si une grande bataille allait se livrer. C'était ordinairement après l'heure de minuit que commençaient ces apparitions, et au point du jour elles s'évanouissaient, comme si le& guerriers se fussent retirés dans une cavité de la montagne, pour en sortir de nouveau à la nuit suivante. Non loin de là était le monastère de Limbourg (ou do Limberg), dont le repos nocturne était troublé par ces bruits étranges. C'est pourquoi un saint moine détermina quelques-uns de ses confrères à sortir une nuit avec lui pour aller au-devant de ces êtres inconnus, et savoir d'eux qui ils étaient et ce qu'ils voulaient. Ajirès s'être fortifiés par la prière et avoir imploré la protection de Dieu sur leur entreprise, ils quittent lo CGuvent un soir et se rendent à l'entrée de la caverne; et là, au moment oà. ces gens armés se précipitaient pour sortir, le religieux le plus courageux, faisant un signe de croix,

(1) Nous rappelons pour la seconde fois qu'on trouvera un grand] nombre de faits de ce genre rassemblés dans l'ouvrage traduit da l'allemand par deux auteurs différents, et digne de toute l'attention des lecteurs catholiques et sérieux, la Mystique divine de Gœrrès,* monument précieux de recherches, de science, de philosophie, auquel il ne manque qu'un peu plus d'ordre et une marche moins saccadée. Inutile de dire que Gœrrès justifie les traits merveilleux dont ces cinq gros volumes sont remplis. [Le Traducteur.)

(^) Gœrrèi s'<:crit ainsi pour des Français, en allemand, Gôrres.

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les adjure, au nom de la très-sainte Trinité, de dire qui ils sont, et poun^uoi ils viennent ainsi distraire les serviteurs de Jlsl's-Christ; quel est leur dessein, leur but, leur intention. A quoi l'un des personnages répondit : • Nous ne sommes pas des soldats vivants qui se font la guerre, mais les âmes d'une quantité de morts, tués en ce lieu en combattant sous les enseignes de nos deux souverains. Nos corps ont été enterrés ici, et nos âmes y font leur purgatoire. Ce bruit d'armes et de chevaux, qui fut alors l'occasion de nos fautes et que Dieu permet que vous entendiez pour notre soulagement, est maintenant l'instrument et la forme de la peine à laquelle nous sommes condamnés. \^os yeux ne distinguent point les fliimmcs qui nous entourent et nous consument; mais elles sont bien cruelles. »

Le religieux, effrayé à cette révélation, reprit pourtant courage et demanda : i Nous serait-il possible de vous secourir dans cette extrémité qui nous émeut de compassion, et comment le pourrions-nous? — Ah I certainement! répondit l'âme; certainement, vous le pouvez, et c'est pour cela qu'il nous est donné de nous manifester à vous et de vous implorer. Vos jeûnes, vos oraisons, vos mortifications de toutes sortes, à vous qui avez renoncé au monde et qui vivez dans la sainteté, et surtout le divin sacrifice de l'autel, peuvent aisément procurer notre délivrance. Nous vous supplions d'y travailler. Nous ne pouvons rien pour nous-mêmes, infortunés que nous sommes, si ce n'est de souffrir, et toujours souffrir, jusqu'à la fin de l'épreuve. » Et à l'instant, comme une seule voix lamentable, toute cette multitude s'écria : a Priez pour nous, ô pères, priez pour nousl » Et puis tout disparut, ainsi qu'un globe de feu se dis-

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soudrail dans Tair; mais en môme temps le sommet de la tnofilagne parut s'allumer; on y voyait comme un incendie immense dont les reflets étaient effrayants. Les moines, sous l'impression terrible de ce spectacle, rentrèrent chez eux, commencèrent leurs prières et les suffrages qu'ils avaient promis, et, à partir de ce moment, tous les bruits nocturnes cessèrent.

Nous ajouterons à ce trait un autre événement aussi étonnant et aussi instructif, qui eut encore un religieux pour objet. Ce bon moine, toutes les fois qu'il passait auprès de quelque cimetière, ne manquait jamais de faire pour les défunts qui y reposaient une petite prière, comme le Requiem œternnm, ou autre semblable. Un jour cependant, ayant l'esprit occupé d'une pensée différente, il venait de laisser un cimetière à sa droite sans s'acquitter de sa charitable pratique, lorsiju'il y fut miraculeusement rappelé par plusieurs cadavres qui lui parurent sortir de leurs tombes, et qui criaient derrière lui, empruntant un mot du psaume 128" : « Et ceux qui passaient n'ont point dit : Que la bénédiction de DiEO soit sur vous : Et non dixerunt qui prœleribant ; Benediclio Domini super vos, » A cette vue, à ces paroles, il s'arrête confus de son oubli, et aussitôt ajoute la fin du verset : € Benedicvnus vobis in nomine Domini : Nous vous bénissons au nom du Seigneur. » Comme si elles eussent été soulagées par ces simples mots, tirés des livres sacrés, les âmes cessent de se rendre sensibles. Quant au religieux, confirmé dans sa sainte dévotion, jamais plus il ne lui arriva d'y manquer.

(Trithemius, Chronic, ann. 1058; Dauroult, CcUechismus hislor. part, iii, c. 8, t. 20; Philippe Oultreman. jésuite, Pedagogus christianus, t. l^ 2e part. ch. 19, § %.)

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COilUlEN DIEU AlilE Qu'ON PRIl;: PODR SES PARENTS DÉFDNT3.

Mutunm vicem reddere parentibus acceptum est coiàtii Deo : Rendre à ses parents ce qu'on a reçu iVux est chose agréable au Seigneur. (I Timoth. V, i.)

Pour exciter notre compassion envers les âmes du purgatoire et nous porter à les soulager selon nos forces, ce devrait être assez de savoir qu'elles ont une même nature avec nous, ont vécu sous la même loi, sont comme nous les images de Died, et qu'à ce titre, si nous aimons Dieu, nous les devons aimer aussi; qu'elles ont été comme nous régénérées dans les eaux du baptême et dans le sang de Jésus-Christ, ce qui nous les a unies par une parenté toute spirituelle mais réelle. Or, cela étant, combien le motif ne devient-il pas plus pressant si à tous ces titres s'ajoute celui des relations si élevées et si saintes de la famille, d'un fils envers son père, d'un père envers ses enfants, d'un mari à l'égard de sa femme ou de celleci à l'égard du premier, d'un frère envers une sœur ou un frère, et réciproquement! Il est évident (qu'ici règne une obligation particulière et plus stricte d'employer tous les moyens possibles de procurer leur délivrance. Nous allons reproduire deux traits fort édiGants de ce genre de charité, ou plutôt d'obligation de conscience. Dans son Trigcsî'mo sacro, le P. J.-B. Maimi en a bonuroup d'autres. Voici donc deux reines, dont l'une délivre sa mère, l'autre sa Ulle.

Sainte Elisabeth, fille d'André, roi de Hongrie, et de sa femme Gertrude, avait naturellement, pieuse coin [ne elle était, une dévotion fort vive pour les défunts. De ses propres mains elle préparait les suaires pour les ensevelir, payait les frais des funérailles des pauvres, et souvent accompagnait elle-même le corps jusqu'au cimetière, pendant que son cœur suppliait le juge redoutable de faire grâce à ses pauvres créatures. On peut bien penser que son zèle ne diminuait guère s'il s'agissait de ses proches, et qu'il prenait au contraire une activité nouvelle. Lorsque mourut sa mère Gertrude, elle ne cessa d'offrir pour elle des mortifications, des prières, des aumônes considérables, et fsous les formes les plus variées. Une nuit, après tous ses exercices, la sainte s'était couchée, et elle allait s'endormir, lorsqu'elle vit paraître devant elle la défunte, vêtue de deuil, le visage triste, désolé, suppliant, qui se mit à genoux et lui dit : « Ma fille, vous avez à vos pieds votre mère accablée de douleur, qui vient vous conjurer de multiplier vos suffrages, afin d'être délivrée des tourments épouvantables qu'elle souffre pour ses manquements dans l'exercice de l'autorité qui lui avait été confiée. Ah! au nom des angoisses au milieu desquelles je vous ai mise au monde, des fatigues et des veilles que m'a coûtées votre éducation, je vous supplie de tout faire pour me retirer des supplices oii je suis plongée. » Emue autant qu'épouvantée, Elisabeth se relève immédiatement pour prier, pleurer, s'humilier, se frapper en présence de Notre- Seigneur. Le sommeil la surprit dans cet acte de charité, qu'elle ne voulait plus interrompre. Or, sa mère revient alors, mais toute différente, vêtue de blanc, joyeuse, rayonnante d'allégresse, lui rendant grâces avec effusion

de ce que ses ardeutes prières lui avaient ouvert enfin les portes du ciel.

Sainte Elisabeth de Portugal ne Ot pas moins pour la reine Constance sa fille. Cette jeune princesse était reine de Castille, et une mort inopinée l'enleva à l'afîection de sa famille et de ses sujets. Elisabet"h venait d'apprendre ce malheur, et elle se rendait avec son mari dans la ville de Santarem, lorsqu'un ermite se mit à courir derrière le cortège royal, en criant qu'il voulait dire un seul mot à la reine. Les gardes le repoussaient; mais la sainte, s'étant aperçue de son insistance, donna ordre qu'on le lui amenât. Dès qu'il fut en sa présence, il lui raconta que plus d'une fois, pendant qu'il priait dans son ermitage, la reine Constance lui était apparue et l'avait instamment conjuré de faire savoir à sa mère qu'elle gémissait au fond du purgatoire, qu'il fallait dire pour elle la sainte Messe chaque jour pendant un an. Sa commission faite, l'ermite se retira et ne parut plus. Les courtisans, qui avaient entendu la communication, s'en moquaient tout haut et traitaient l'ermite de visionnaire, d'intrigant ou de fou. Quant à Elisabeth, elle se tourna vers le roi et lui demanda ce qu'il en pensait, t Je crois, dit-il, qu'il est plus sage de faire ce qui vous est marqué par cette voie extraordinaire; après tout, faire dire des messes pour notre chère défunte n'a rion que de très-paternel et de chrétien. » On chargea donc de ce soin un saint prêtre, Ferdinand Mendez.

Au bout de l'année. Constance se fit voir en songe à la sainte; elle était vêtue de blanc, éclatante de lumière, et dit à sa mère : « Maintenant, ô ma mère, je suis délivrée, par la divine clémence, des tourments du purgatoire, et je m'envole vers la béatitude éternelle, i Cette

vue et cette assurance remplirent Elisabeth de consolation. Ne se rappelant point, à ce moment, les trois cent soixante-cinq messes qu*elle avait fait dire, elle se rendit à l'église pour remercier le Seigneur, et elle y trouva Mendpz, qui lui apprit qu'il avait fini de la veille les intentions, et lui demanda si elle en avait d'autres à lui marquer. Elle se souvint alors de tout, comprit ce qui s'était passé, et répondit qu'il fallait rendre au Seigneur de solennelles actions de grâces ; ce qu'on fit par des messes chantées, et en versant dans le sein des pauvres des aumônes nombreuses.

(V. Laur. Surius, Vies des Saints, 19 novembre; Jacques Fuligati, Vita S. Elisabeth, p. 35.)

LA PEINE DU PDRGATOIRE PROLONGÉE JUSQO'a l'aCQUITTEMENT DES DETTES.

Tradidit eum tortoribut, quoadusqué redOeret debitum : Il le livra aux exécuteurs jusqu'à ce qu'il acquittât ea dette. (Malth. xviii, 34.)

Ces âmes surtout sont ordinairement retenues par la justice divine dans le Heu de l'expiation, qui, après i avoir été miséricordieusement retirées de leur vie mauvaise, n'ont point satisfait aux obligations de la restitution, étant surprises par une mort inopinée. Soit que, les créanciers étant en souffrance, il ne convienne point que les débiteurs entrent dans la joie suprême; soit que DiED n'accepte pas volontiers les suffrages en faveur de

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ceux qui n'ont causé aux autres que du dommage, les liistoires renferment plusieurs relations, qui paraissent authentiques, d'apparitions de débiteurs demaudaat qu'on acquitte pour eux leurs obligations omises.

Le R. P. Augustin d'Espinosa, de la Compagnie de Jésus, s'était distingué toujours par son zèle dévoué pour les âmes du purgatoire; il s'imposait en leur faveur mille prières, aumônes, jeûnes et mortiOcations, comme tous ceux qu'animent des sentiments semblables ; nous ne pouvons que nous répéter. Dieo permit souvent que des défunts lui ap[jarussent, ou bien pour le remercier, ou bien pour se recommander à lui. Un jour entre autres, il vit paraître un homme qu'il avait connu fort riche, et qui lui demanda s'il le reconnaissait. — « Sans doute, répondit le bon père ; je me souviens parfaitement de vous avoir administré le sacrement de pénitence peu de jours avant que vous fussiez appelé devant le Seigneur. — C'est bien cela en effet, reprit le défunt. Je viens, par permission du Sauveur, vous conjutei d'apaiser pour moi sa justice. Je ne puis plus rien moimême pour cela, et j'ai espéré que vous ne rejetteriez pas mon humble demande. Pour vous mieux renseigner sur ce qu'il faudrait faire, daignez m'accompagner quelques instants. » Le religieux répondit qu'il ne pouvait sortir sans la permission de son supérieur, mais qu'il allait l'obtenir. Il sort aussitôt, raconte au Père recteur ce qui lui arrive, et lui demande de l'autoriser à suivre celte étrange affaire. Il reçoit une réponse favorable; mais en même temps quelques autres religieux, avertis par le supérieur, se mettent en prières à la chapelle. L'apparition, qui avait toute la forme d'un homme, prend Augustin par la raaia et le conduif" ?aiis pronoa-

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cer une parole, sur un pont peu éloigné de la ville. Là, elle s'eiïace un moment et revient portant une grande bourse pleine d'argent, dont elle donne au Père une partie à porter jusqu'à sa cellule, où ils retournent ensemble.

Dès qu'ils y furent entrés, le mort met le restant entre les mains du religieux, avec un billet écrit, en lui disant : « Ce billet vous indiquera à qui et dans quelle proportion vous rendrez les sommes que je dois, à titre de contrat ou de restitution. Il marque aussi les œuvres pieuses que je désire être accomplies en faveur de mon âme. Quant à ce qui restera de la somme, vous en disposerez, mon père, comme il vous plaira : car vous êtes plus que personne en état de lui donner une destination sainte et utile. » En achevant ce discours, l'homme disparut, et le père s'empressa d'aller retrouver son supérieur et de l'informer de tout. Sur son avis, on fit venir les créanciers, on leur rappela ce qui leur était dû, circonstance dont ils se montrèrent fort étonnés, la chose étant secrète ; on les satisfit parfaitement, et de ce qui restait on fit plusieurs bonnes œuvres.

Huit jours s'étaient à peine écoulés, que le défunt^e présente de nouveau au P. Augustin, pendant qlnl priait dans un profond recueillement : il le remercie avec effusion de son empressement et de sa charitable exactitude. Il le bénit surtout des messes qu'il avait fait dire en sa faveur, qui avaient servi plus que tout le reste à lui ouvrir les portes du ciel, où il montait incontinent, et où il conserverait pour son bienfaiteur une impérissable gratitude. On peut croire que le bon père dut à cette intercession les grâces dont il fut comblé, et qui firent de lui un des modèles de la Compagnie.

Ce serait le lieu de terminer cette histoire, avec celui qui l'a écrite le premier, par une exhortation aux débiteurs de ne point attendre au dernier moment à s'acquitter des restitutions et des paiements qu'ils sont en état de faire. En s'en remettant pour cela à leur testament, outre qu'ils jouissent volontairement d'un bien qui ne leur appartient pas, ils se font semblables à ces hideux serpents, à ces vipères qui ne sont bonnes à rien qu'après leur mort. C'est au milieu des flammes de la vengeance qu'ils verront combien cette conduite était blâmable et indigne de serviteurs de Jésus-Chrtst. Un écrivain que nous avoYis cité ici plusieurs fois a dit sur cette matière une bonne parole : < Ce que vous donnez vivant et en pleine santé est de l'or; ce que vous donnez en mourant est de l'argent; mais ce que vous laissez à distribuer après votre mort n'est plus que du plomb. » Ainsi parle Vincent de Beauvais.

(V. Jos. Nadasi, Ann. dier. memorab. 4 fév. ; Jacq. Dautin, Palroc. defunct. liv. m, chap. 2, art. 3.)

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