LES AMES DÉLIVRÉES VENANT AU-DEVANT DE LEURS BIENFAITEURS
Venienles in occursitm ejiis, adoraverunt . El Tenant au-devant de lui, ils se prosternèrent (IV R'-g. u, 15.)
Lorsque l'empereur Charles-Quint s'empara de la vill«» de Tunis, il remit en liberté vingt mille esclaves chré-
liens, Réduits avant sa veniïe à la pins alTicnse condition. Pénétrés de reconnaissance pour leur bienfaiteur, ils rentouraient en le bénissant et en chantant ses louanges. On peut en dire autant de tous ceux qui ont rendu à la vie, au bonheur, à la liberté, les malades, les captifs, les indigente : ils ont recueilli des bénédictions et des chants d'actions de grâces sans Dn. Ainsi se comportent certainement les âmes du purgatoire à l'égard de ceux qui ont été leurs bienfaiteurs, elles dont la captivité fut bien autrement sévère et dure que toute captivité, toute indigence, toute maladie terrestre. Elles viennent surtout à leur rencontre au moment du trépas, pour les accompagner et les introduire elles-mêmes dans le lieu de l'éternel repos. S'^ Marguerite de Cortone, qui avait été d'abord une grande pécheresse, l'expérimenta, comme je vais le rapporter.
Parmi les vertus qu*on lui vit pratiquer avec le plus d'ardeur après sa conversion, on marque sa charité envers les âmes, qui ne connaissait point de -bornes et qui sacrifiait temps et repos pour solliciter leur délivrance. C'est pour cela qu'à sa mort elle vit venir au devant d'elle, comme un cortège d'honneur, quantité dé' ces âmes qui lui devaient tout. La vue de ce consolant spectacle fut donnée à une servante de Dieu de la ville de Castello, laquelle, ravie en esprit à ce moment, resta dans l'admiration de ce que Died lui permettait de contempler miraculeusement.
Comme la piété bien entendue envers les morts a pour premier objet les parents, ainsi que nous l'avons dit et que le cœur seul l'indique, Marguerite se souvint d'abor des siens. Son père et sa mère étant morts, elle oITri pour eux ses prières, ses mortifications, ses veilles, se
soiifTrances, ses communions, les messes auxquelles elle avait le bonlicdr d'assisk-r. Dieu hii fit connaître qu'elle les avait ainsi délivrés et envoyés au paradis, longtemps avant l'époque où leur purification dernière devait avoir lieu. Elle eut un souvenir aussi empressé d'une domestique, nommée fiillia, qui mourut auprès d'elle, et poui la(iuelle elle intercéda avec toute la ferveur dont elle était capable. Un ango se fit voir à. elle, et lui a[)prit que Gillia aurait à faire un mois de purgatoire, mais avec des cliûtiments légers, parce que ses vertus avaient été bien supérieures à ses défauts; que, de plus, en considération des prières de la sainte, elle serait conduite au ciel par quatre anges députés à cet effet, le jour de la fHc de la Purification.
I.a bienheureuse Marguerite portait, en second lieu, son zèle sur toute espèce de défunts, qu'elle les eût ou non connus. C'est pour cela que les apparitions permises de DiKU se multipliaient autour d'elle. Deux marchands, traversant un pays ififesté de voleurs, tombèrent entre les mains d'assassins qui les tuèrent. Ils apparurent à la sainte et lui dirent : « Nous n'avons pu, à la vérité, surpris comme nous l'étions, recevoir l'absolution de nos fautes. Cependant, lorsqu'on nous conduisait au fond de ce bois où le fer des assassins devait trancber notre vie, nous avons eu le temps et la grâce de produire un acte de contrition, par la bonté du Seigneur et par la clémence de la divine Mère; le Sauveur nous a alors touché le cœur d'un regret sincère, et inspiré le couragide. recevoir le coup mortel en expiation de nos fant.;.-" Nous avons donc écbafipé à l'éternelle damnation ; niais nos tourments dans le purgatoire sont affreux : nous avons commis, dans l'exercice de notre profession, plus
d'un mensonge et plus d'une injustice. C'est pourquoi, servante de Died, vous qui lui êtes si Odèle, nous vous supplions de donner avis à nos parents (et ils les nommèrent) de faire pour nous des restitutions et des aumônes, aGn que nous reposions en paix. Nous vous conjurons aussi, au nom de votre dévotion pour les pauvres âmes, de vous souvenir de nous et de nous accorder vos suffrages. » Est-il besoin de dire comment elle accueillit cette prière si humble?
Elle ne se bornait pas, du reste, à faire et à prier elle-même; sa pratique était d'engager dans ces œuvres satisfactoires autant de cœurs qu'elle pouvait en trouver de disposés à l'écouter, parmi les religieux, les religieuses et même les personnes du monde. Notre-Seigneur daigna la choisir pour son ambassadrice, sur ce chef, auprès des Frères-Mineurs : « Vous leur recommanderez de ma part, lui dit-il, de se souvenir davantage des âmes du purgatoire, qui sont en ce moment en nombre incalculable, parce que personne, presque, ne prie pour elles. Vous leur direz encore, en mon nom, de se soigneusement garder d'oublier leur règle de pauvreté et de retraite pour se mêler des affaires du siècle, parce qu'une grave pénitence les attendrait pour ce péché dans l'autre vie, oiî les peines sont diverses, suivant les manquements et le degré d'infidélité : ainsi dans leurs couvents ont-ils des cellules différentes suivant les besoins ou la condition des frères. » Ces avis furent reçus avec respect, et conservés dans les archives de l'ordre à titre d'avertissements divins.
Le zèle de Marguerite étant donc si grand et si fécond, il ne faut point s'étonner qu'elle ait obtenu la grâce de quantité de défunts languissant dans les flammes expiatoires, ni que ces âmes bienheureuses soient venues à sa
rencontre, suivant la vision que nous avons dite, et aient aimé à lui servir de cortège dans sa réception au milieu des élus.
(V, Acta Sanctorum des Bollandistes, 22 fév.)
XCVP MERVEILLE.