‹ Les merveilles divines dans les âmes du purgatoireChapitre 44 sur 62 · PCRGATOIRE IMPOSÉ A CEUX QUI RÉSISTENT A LA PAROLE DE DIEU · texte numérisé non relu

PCRGATOIRE IMPOSÉ A CEUX QUI RÉSISTENT A LA PAROLE DE DIEU

Dominus mortiflcat et vivifient, humiliât et tublevat : Le Seigneur 6te la vie et la donne, c'est lui qui humilie et qui exalte. {I Reg. ii, 6.)

La divine bonté, qui ne voudrait pas faire sentir aux coupables ses châtiments, leur envoie paternellement des admonitions fréquentes, pressantes, pour les retirer de leur malheureuse insensibilité. S'ils résistent à ces douces invitations, elle passe à la verge; et si, cette fois, la correction se fait. Dieu revient à toute sa miséricorde. Dans les desseins de sa Providence, il emploie ordinairement des instruments humains dans lesquels régnent la bienveillance et la tendresse. Ainsi, pour corriger Saiil il choisit Samuel ; à David égaré il adresse le prophète

Natham. Nous donnerons ici deux traits plus récents, qui vont à la même doctrine, et qui apprennent à avoir beaucoup d'attention et d'égard pour les avertissements et les exhortations des personnes saintes.

f.e Père Nicolas Zucchi, de la Compagnie de Jésds, religieux d'une grande sainteté, avait gagné à Rome les âmes de trois de ses pénitentes, d'une haute famille, sœurs toutes trois, et les avait déterminées à embrasser la perfection du cloître, où, quoique novices encore, elles ne tardèrent pas à être citées comme les modèles do la maison. L'une d'elles, avant de quitter le monde, avait été recherchée pendant quelque temps (c'était la plus jeune) par un cavalier distingué, auquel elle n'accorda pas môme un regard, ayant résolu dès cette époque d'appartenir à Jésus seul. Cet homme néanmoins ne perdait pas l'espoir de la tirer de son couvent : il continua donc, non point de la poursuivre, puisqu'elle ne sortait plus, mais de la persécuter de dépêches galantes, où il la conjurait de dire adieu aux tristesses du cloître, suivant son expression, pour goûter avec lui ce que le monde ose bien appeler les joies de la vie el de la liberté. Le Père Zucchi, instruit de ces détails, en fut très-afïligé et commença à prier Dieu ardemment d'accorder à cette bonne personne le courage et le don de la persévérance. Un jour qu'il passait par les rues de Rome en allant à ses œuvres ordinaires de zèle, la Providence permit qu'il se rencontrât justement avec ce cavalier. Aussitôt il s'avance vers lui, plein de convenance, mais non sans fermeté : i Monsieur, lui dit-il sans précautions oratoires, ayez assez de charité pour De plus tourmenter une servante du Seigneur, et ne vous faites point le rival du Ciel. Songez un peu, de

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grâce, au salut de votre âme, plutôt qu'à la perbp fîes autres : car, je vous l'assure, vous paraîtri*z avant peu devant votre juge, et c'est alors que vous verrez le prix de la vertu et ce que valent les amours terrestres. » l.e jeune homme, qui 6tait poli et qui d'ailleurs avait beaucoup d'estime pour le Père, ne passa pas les bornes d'une honnête excuse, promit de réfléchir à ces conseils et s'éloigna après un salut respectueux.

La prédiction se réalisa sans qu'une conversion entière l'eût précédée : le cavalier mourut une quinzaine de jours après. Or, un soir que les trois novices s'occupaient ensemble dans la méditation des choses saintes et des terribles vérités de l'autre vie, la plus jeune se sentit par trois fois tirer en arrière, et une voix ajoutait : « Venez tout de suite au parloir. » Quoiqu'elle ne vît rien et que la peur dût l'intimider, soutenue par une grAce spéciale, elle se leva, prit un flambeau et fit ce qui lui était ordonné. Là elle trouva un homme qui se promenait à grands pas: — « Qui êtes-vous? lui dit-elle la première; que venez-vous faire ici à cette heure, et pourquoi m'avezvous fait appeler? » L'étranger, sans répondre, s'approche davantage, écarte son manteau, et elle aperçoit son ancien amant attaché comuie un criminel par des chaînes de feu, au cou, aux poignets, aux genoux et aux pieds : juste punition de celui qui avait voulu faire tomber dans ses liens une épouse de Notre-Scigneur. Puis il s'écria : « Priez pour moi 1 » et à l'instant même il disparut. Cette demande montrait que, tout puni qu'il fût par les jugements divins, il y avait cependant encore de l'espoir, puisqu'il réclamait l'intercession auprès de Diru. Cette âme gémissait donc dans le Purgatoire, et on pouvait la soulager. Heureuse si elle avait écouté la

voîx de DiED, lorsque le Père l'avait adjurée de changer de vie i

Le môme religieux, dans son oraison funèbre du P. Ciiraffa, gt^néral de la Compagnie de Jésus, nous fournit une justification de l'autre vérité qui nous sert ici du tlièinc, c'esl-à-dire que l'obéissance prompte à la voix de DitMi délivre des flammes du Purgatoire. Le R. P. CarafTa fut appelé à exhorter un grand Seigneur dévoué ù l'ôciiafaud dans la fleur de son âge, et qui ne pouvait se croire digne de cette peine capitale. Il était, à cause de cela, beaucoup plus diflicile de l'amener à une entière résignation que s'il se fût agi d'un coupable en proie aux remords de sa conscience et ayant à expier un forfait. Néanmoins, le Père, aidé de la grâce, sut si bien prendre le malheureux, lui parla des fautes de sa vie avec tant d'onction, et de la nécessité de satisfaire à la divine justice, qui permettait ce châtiment temporel pour son bien, qu'il parvint à assouplir cette nature révoltée, et à lui faire envisager son supplice comme une garantie du pardon de Dieu, l.e jeune homme, une fois gagné, entra avec joie dans ces pensées consolantes, s'unit pleinement à Diiiu, et si bien, qu'il déclarait être heureux de la sentence et la regarder comme un véritable bienfait. l.e peuple fut extrêmement édifié de sentiments si clirétiens, exprimés jusqu'au dernier moment et proclamés du haut de réchafaud.

Or, cette résignation fut agréable au Seigneur : ce fut la purification finale du condamné, et le P. Caraiïa, qui l'avait assisté à la mort, déclara qu'au moment où la hache séparait la tête du tronc, il avait vu l'âme monter triom[)hante au ciel, couronnée aussitôt par les anges. 11 donna cette assurance à la naère du condamné,

que la douleur abattait, et lui-même s'écriait dans sa chambre, sous le poids de l'émotion : « Oh I le bienheureux ! oh I le bienheureux 1 » Un prêtre était venu lai demander s'il ne convenait point de prier beaucoup pour le défunt et de faire dire pour lui des messes : « Cela est inutile, répondit le Père ; réjouissons-nous plutôt : car je vous déclare que cette âme n'a pas même passé pat le purgatoire! i Un autre jour qu'il était occupé à une œuvre sainte, il s'arrêta tout à coup, changeant de visage, regardant en haut comme s'il avait vu quelque spectacle merveilleux, et se mit à dire plusieurs fois : (1 0 l'heureux sort! ô l'heureuse fortune! » Et comme on lui demandait ce que cela voulait dire : « C'est l'âme du supplicié, répondit-il, qui m'est apparue dans toute sa gloire. ». Ne voit-on pas ici l'aQcomplissement exact de la parole du Seigneur : a Qui verbum meum audil habet vilam œlernam, et in judicium non venit, sed transit à morte in vitam : Celui qui écoute ma parole possède la vie éternelle; il ne vient point en jugement, mais il passe de la mort à la vie? (Joan v. xxiv.) b

(V. Daniel Barlholus, Vila Nicolaï Zucchi, 1. 1, ch. IX; Vita P. VincenlU Caraffu, 1. 2, c. 7.)

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