‹ Les merveilles divines dans les âmes du purgatoireChapitre 45 sur 62 · ZÈLE POUR LES AMES DU PURGATOIRE · texte numérisé non relu

ZÈLE POUR LES AMES DU PURGATOIRE

Accendetur velut ignis zelus tuus : Votre zcU B'allumera comme un feu {Ps. lxxvui, 5.)

La sainte Eglise loue à bon droit le zèle ardent de S. Louis Derlraud pour obtenir la conversion des pécheurs.

zèle qui lui inspiniit toujours de pieuses et merveilleuses in(lustries, jusqu'à mettre en jeu plusieurs fois sa propre vie. Mais on en doit dire autant de son empressement pour le soulagement et la délivrance des pauvres âmes. Etant maître des novices, il exigeait d'eux une parfaite observance des règles et punissait sévèrement toute transgression, disant que la charité l'obligeait à faire expier, dès maintenant, par des peines légères, des fautes qui seront un jour rigoureusement jugées et punies dans le Purgatoire. Les vendredis, après l'ofîlce des matines, pendant la nuit, il tenait régulièrement le chapitre appelé de In rotilpCj qui est si odieux au démon parce que chacun y fait avec humilité rave.u de ses manquements à la règle et en reçoit le pardon. C'était là que le saint imposait des châtiments, et des châtiments sévères, en expliquant aux jeunes gens le motif de charité qui l'amenait. Il est vrai aussi qu'il se réservait à lui-même la plus grande partie des mortifications et expiations, et, se retirant tout de suite après dans sa cellule, il s'y donnait la discipline pour suppléer aux dispositions des novices et obtenir de Dieu qu'ils fussent exemptés du purgatoire.

11 s'imposait en outre, en faveur des pauvres âmes, une infinité de prières, de jeûnes, de pénitences. Aussi lui apparaissaient-elles souvent, comme à tant d'autres saints dont nous avons parlé, soit pour l'intéressera leur sort, soit pour lui présenter leurs romerclments. Comme il éprouvait une joie profonde quand il les savait soulagées, aussi soufFrait-il beaucoup lorsqu'elles continuaient d'expier leurs fautes dans les flammes. Pendant qu'il occupait la charge de prieur à Valence en Kspagne, un des religieux de la maison, le P. Pierre Llorct fut emporté

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par une mort subite : co qui causa une vive affliction au vénérable supérieur, persuadé que, le défunt n'ayant eu h; temps de recevoir ni les sacrements ni les indulgences accordées ordinairement aux agonisants, il aurait à faire un long et dur purgatoire. Pendant un mois entier, on le vit plein de tristesse, le visage exténué par les pénitences extraordinaires qu'il s'imposait; mais un matin il parut au chœur avec la joie sur le front et l'allégresse répandue dans toute sa personne, au grand étonnement des frères, qui ne savaient à quoi attribuer ce changement. S'étant approchés de lui après l'ofTice, ils lui demandèrent de leur en ex[)liquer le motif : à quoi il répondit que sen chagrin avait été causé par l'inquiétude du sort éternel du P. Pierre, et que ce chagrin s'était changé en joie depuis qu'il avait l'assurance de son salut et de la cessation de ses souffrances dans le lieu de l'expiation. Il n'en dit pas davantage à la communauté ; mais un frère pour lequel il avait plus d'atîection, lui ayant demandé des détails, il lui avoua que le Seigneur lui avait fait voir d'abord les tourments du religieux, et ensuite la gloire dont il avait daigné le couronner dans le cici, en vertu des prières et des bonnes œuvres faites pour lui.

Si' l'intercession de S. Louis était à ce point efficace, on doit comprendre qu'il obtenait davantage encore à l'autel, en offrant l'auguste Victime pour les ûmes auxquelles il s'intéressait. Il redoublait de zèle et de ferveur le jour de la Commémoration des Fidèles Défunts, 2 novembre, fête dans laquelle chaque prêtre en Espagne peut monter trois fois à l'autel, comme au jour de Noël. Les âmes lui apparaissaient alors et le suppliaient de célébrer pour elles, comme on en voit dans le récit do la vie plusieurs exemples.

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Une nuit qu'après matines il se tenait à prier au chœur, suivant sa coutume, il vit venir à lui l'âme d'un religieux tout enveloppée de flammes, qui se mil à ses [jiods et le conjura de lui pardonner une parole injurieuse qu'il avait prononcée longtemps auparavant contre lui : «Car, ajouta l'apparition, c'est à cause de cela seulement que le Juge suprême me retient dans le Purgatoire. Je vous supplie encore, mon Père, au nom de la charité, de dire pour moi une seule messe, et j'espère qu'alors mes travaux et mes peines seront finis. » Le saint l'assura aussitôt que pour la parole qu'il rappelait, il la lui pardonnait volontiers, sans la moindre restriction, et que le lendemain il offrirait pour lui l'auguste sacrifice. La nuit suivante, à la même heure, l'âme revint, radieuse, gloriDéo, couronnée et la palme à la niain ; elle le bénit avec action de grûces et monta au ciel comme une légère colombe.

(V. Diario Domenicano, 10 octobre. Via du Saint.)

COMÏDNION SALNTE ENTRE LA TERRE ET LE PIRGATOIRE.

Per charilalem spirittls scrvile invicem : Soyez par la chir.té les serviteurs les uns de3 autres. [Galat.)

Les Ames du purgatoire en sont sorties plus d'une fois pour protéger ceux qui leur étaient dévoués contre des dangers imminents, les remettre dans le droit chemin, les défendre contre leurs ennemis, les consoler dans leurs

afilictions, les guérir môme, dans leurs maladies, ainsi que l'a rapporté le P. Théophile Haynaud, écrivain connu, pour un fait arrivé de son temps, on peut dire sous ses yeux.

A Dôie en Franche-Comté, l'an 1620, Huguette Boy, femme de médiocre condition, était retenue au lit par une fluxion de poitrine qui faisait craindre pour sa vie. Le médecin crut devoir la saigner, et, dans cette opération, il eut la maladresse de lui couper l'artère du bras gauche, ce qui la réduisit promptement à toute extrémité. Le lendemain, à la pointe du jour, elle voit entrer dans sa chambre une jeune fille au maintien le plus modeste, toute vêtue de blanc, qui lui demande si elle consent à accepter ses services et à être soignée par elle. La malade, bien heureuse de cette ofîre, répond que rien ne lui sera plus agréable, et aussitôt l'étrangère allume le feu, en approche Huguette, la remet doucement dans son lit et continue de veiller. Chose merveilleuse 1 au contact de cette main la mourante se sent guérie. Elle regarde avec plus d'attention son inconnue ; mais celle-ci s'échappe, en disant qu'elle reviendra promptement. L'étonnement, la curiosité de chacun, quand on eut constaté cette guérison subite, furent extrêmes ; on ne parlait que de cela dans la maison, sans que personne pût fournir le moindre renseignement. Le bruit franchit le seuil, et il ne fallut pas beaucoup d'heures pour que tout Dôle en fut instruit.

Le soir venu, voici de nouveau l'inconnue; mêmes vêtements, môme tenue. Seulement, après avoir salué sa protégée, elle lui dit sans détour : « Sachez, ma chère nièce, que je suis votre tante, Léonarde Collin, morte depuis dix-sept années, qui vous M /"^ite héritière de

mon petit bien. Je suis, grâce à la divine miséricorde, dans le lieu du salut; c'est Marie, la divine Marie, pour laquelle j'ai eu toute ma vie une flliale dévotion, qui m'a obtenu cette faveur, auprès de laquelle toutes les autres ne sont rien. Car je fus surprise par une mort subite, imprévue, ayant sur la consciense un péché mortel et manquant alors de confesseur. Je devais donc ^tre condamnée aux éternels châtiments, si la très-miséricordieuse Vierge ne m'eût obtenu de son divin Fils un mouvement de contrition parfaite, qui ferma l'enfer sous mes pas, mais sans m'exempter du purgatoire, où je gémis depuis ces dix-sept années. Le Seigneur daigne aujourd'ui me permettre de vous venir trouver sous la conduite de mon ange, pour me placer pendant quarante jours à votre service. Faites-moi maintenant la charité d'accomplir pour moi trois pèlerinages aux sanctuaires de Notre-Dame que je vais vous nommer; et à la fin de 6e temps j'entrerai dans la gloire éternelle. •

La nièce n'ajoutait qu'une foi douteuse à ce récit , redoutant de la part du démon quelque piège. Elle consulta son confesseur, le P. Antoine Rolland, jésuite, qui l'engagea à menacer l'apparition des exorcismes de l'Eglise, ce qui forcerait, au cas d'une embûche, l'ennemi du genre humain à se découvrir. La défunte, à cette menace, répondit tranquillement qu'elle ne redoutait point les prières de l'Eglise, qui n'ont de force que cû;itre les démons et les damnés, et non point contre des ûmes prédestinées comme elle et en grâce avec Dieo. Va malade qui n'était pas encore convaincue, insista, t (Comment se peut-il faire, lui dit-elle, que vous soyez ma tante Léonarde, puisque je me rappelle fort bien qu'elle était de son vivani une Vieiiic toute cassée, toute

ridée, et que vous Êtes, vous, une belle jeune fille, qui semble à peine avoir atteint la fleur de l'adolescence? De plus, elle était quinteuse, désagréable, ne pouvant endurer la moindre contrariété, et vous vous morjlrez douce, pacifique, courtoise, pleine de patience et de charité? — Vous devez savoir, ma fille, répondit LéO' narde, que ce que vous voyez ici n'est point mon corps qui glt dans le sépulcre et qui y restera jusqu'à la résurrection, mais un autre formé miraculeusement de l'air, pour vous pouvoir parler et obtenir vos suffrages, de vous qui possédez mon bien. Et quant à mon caractère bilieux et colérique, ah ! ma fille, dix-sept années de purgatoire sont bonnes à enseigner la patience, la réserve et la douceur 1 La grâce nous a, d'ailleurs, confirmés dans le bien et nous ne saurions plus avoir de vice, une fois que nous sommes marqués au sceau des élus. »

L'incréduhté, avec de telles explications, n'était plus possible. La nièce, à la fois émerveillée jet reconnaissante, accepta avec bonheur les services qui lui étaient rendus, pendant les quarante jours marqués. La défunte venait à certaines heures, et disparaissait ensuite. Dans cet intervalle, elle révéla à la malade bien des choses sur l'autre vie, et du reste ne parla jamais à personne qu'à elle; elle seule aussi la pouvait voir. Quand Huguette put se lever, elle fit les pèlerinages qu'on lui avait demandés, et s'en acquitta avec un vrai sentiment de gratitude et de joie. A.u bout de ce temps, les apparitions cessèrent, et aussi les tourments de Léonarde, qui se fit voir une dernière fois à sa nièce pour l'assurer que l'heure de son triomphe avait sonné. Elle étincelait comme une étoile au ciel, et son visage respirait la plus parfaite béatitude. Elle lui parla de sa reconnaissance

à son tour, lui promit de prier pour elle, pour toute sa famille, pour ceux qui lui étaient chers, et l'engagea à >o souvenir toujours, au milieu des dilli>:ullés de la vie, du but suprême auquel nous tendons tous, et dont rien ne doit nous détourner.

(V. Théoph. Raynaud, Helerocl. Spir., 2« p., sect. m, 5*^ point.)

l'affection roLR les a mis et les parents

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