‹ Les merveilles divines dans les âmes du purgatoireChapitre 5 sur 62 · EXCELLEN'CE DES SUFFRAGES EN FAVEUR DES MORTS · texte numérisé non relu

EXCELLEN'CE DES SUFFRAGES EN FAVEUR DES MORTS

Mortuo non prohiheas gratiam : Gardezvous d'empêcher la miséricorde envers les morts. [Eccli. vu, 37.)

Une grave controverse s'éleva entre deux religieux de l'ordre des Frères-Prêcheurs, Bertrand et Benoît, lequel 'îst le plus agréable à Dieu et le plus profitable pour nousmêmes d'offrir nos bonnes œuvres pour le repos éternel des morts, ou de les consacrer à la conversion des pécheurs. Bertrand, grand avocat des malheureux pécheurs, pour lesquels il célébrait souvent et faisait de continuelles oraisons jointes à des pénitences rigoureuses, s'efforçait de faire prévaloir leur cause. < Les pécheurs, disait-il, sont dans un état de perdition éternelle si on ne

les fait rentrer en grâce. Constamment entourés des embù(!hes de l'enfer, ils marchent à la damnation et aui tourments épouvantables qui n'auront pas de un. C'est donc ignorer le prix d'une âme que de ne pas tout faire pour acquérir celles-là au Seigneur. Lui-môme en descendant du ciel, en se dévouant à une mort très-douloureuse, nous enseigne le cas que nous en devons faire. 11 n'est point d'œuvre meilleure, plus digne de Dieu parce qu'elle ressemble davantage aux siennes, que de coopérer au salut des pécheurs. Saint Denys assure que ce qa'il y a de plus divin dans les choses divines, c'est de travailler aies sauver : Divinorum divinissimum est Deo in salulem animarvm t'oo/7eran; afin qu'ils échappent aux mains de l'ennemi commun et parviennent dans le sein de leur bienfaisant Créateur. Laisser périr une âme, c'est laisser perdre le prix de la rédemption, c'est à-dire le sang et la vie du Sauveur. Or, les âmes du purgatoire sont hors de ce danger; assurées de leur éternel salut, elles souffrent certainement beaucoup, elles sont plongées dans une mer de douleur; mais elles sont au port. Elles gémissent en prison pour les dettes précédemment contractées, mais avec la certitude de les voir acquittées bientôt et de rentrer dans la liberté des enfants de Dieu, dont elles sont les amies; tandis que les pécheurs sont ses ennemis; malheur le plus redoutable, le plus digne de compassion, parmi tous ceux qui peuvent fondre sur Thommel i

Benoît raisonnait autrement, parce qu'il songeait plus tendrement à l'Eglise souffrante, i Les pécheurs, répondait-il, sont retenus par des liens tout à fait volontaires, auxquels ils se sont olïerts d'eux-mêmes et qu'ils peuvent briser quand il leur plait. Mais les morts sont enchaînés, contre leur gré, dans des tourments affreux. Il ne leur

reste de libre, pour ainsi dire, que la langue pour réclamer les secours des vivants, en leur disant avec Job humilié : < Miseremini mel, misercmini meî, saltern vos amici \nei, quia mnnus Domini teligil me : Pitié, pitié pour moi, tons du moins mes amis, car la main du Seigneur m'a frappé! • Dites-moi : si vous aviez devant vous deux mendiants, Tun fort et en bonne santé, capable de gagner honnêtement sa vie par le travail de ses deux mains, mais préférant courir les rues et les chemins en quête de quelque aumône, et l'autre inûrme, privé de l'usage de ses membres, incapable de pourvoir à ses besoins, vous exposant avec larmes sa situation, auquel réserveriezvous les secours de votre charité? lequel vous semblerait plus digne de compassion, surtout si celui qui est infirme se trouvait en proie aux plus cruelles souffrances? Vous vous tourneriez du côté de celui-ci. C'est de tout point notre cas. Ces âmes sont dans un ineffable martyre, et il leur est impossible de s'en délivrer, ou même de l'alléger. Il est vrai qu'elles ont mérité cette purfiition par leurs fautes passées; mais, actuellement, elles ne sont plus libres ; elles les ont pleurées et détestées, elles en éprouvent une entière contrition; elles sont rentrées en grâce avec Died, auquel elles sont présentement agréables, ayant recouvré le titre de ses amies et de ses filles. Les pécheurs, eux, sont devant le Seigneur comme des rebelles et des ennemis. Si donc la charité bien ordonnée veut que nous nous conformions à la très-sage bonté de Dieu, il va de soi que nous devons nous attacher davantage à ceux qu'il aime, de préférence à ceux qui se déclarent en révolte contre lui. •

Bertrand, toutefois, ne se rendait point à ces raisons. Une miraculeuse apparition le convainquit enfin. Died

permit que la nuit suivante, en allant au chœur pour chanter l'office, il vit venir au-devant de lui une ârae du purgatoire sous la forme d'un spectre horrible, chargé d'un poids qu'il ne pouvait soulever. L'apparition s'approcha en se plaignant et en gémissant, et le chargea de cet insupportable fardeau, sous lequel le bon religieux succombait. Oh ! alors, comme dit Isaïe, « le tourment lui donna l'intelligence, Vexalio dédit intellectum; i et il comprit qu'il devait faire davantage pour les âmes souffrantes. Le matin, dès qu'il le put, la compassion dans le cœur et les larmes aux yeux, il monta au saint autel en leur faveur, et il continua cette pratique le reste de sa vie.

Le grand docteur S. Thomas d'Aquin paraît avoir tranché la controverse par ces lignes de la Sonvne Lhcologique (Supp. 3, quœst. 7i, art. v, ad 3) : ^ Les suffrages pour les morts sont plus agréables que les suffrages pour les vivants, parce que les premiers se trouvent dans un plus pressant besoin, ne pouvant se secourir eux-mêmes comme ceux qui vivent encore. » Plusieurs autres docteurs enseignent la même chose, et on doit tout au moins conclure qu'il faut avoir en grande estime la prière pour les morts.

NE PAS SOULAGETl LES DÉFDNTS PAR LES AUMÔNES, cV.ST SB PRIVKR SOI-MÊME DE GRANDS AVANTAGES SPIRITUELS.

NoU esse pnstUanimlx, et facere elcemosytiam ne despicias : Ne soyez point faible de cœur, et ne méprisez point l'aumône.

(EccLl. vu, 9)

Le Docteur Angélique, S. Thomas, préfère au jeûne et à la prière le mérite de l'aumône, quand il s'agit d'expier les fautes passées, i L'aumône, dit-il, (In 4, d. 45, q. 3), possède plus complètement la vertu de la satisfaction que la prière, et la prière plus complètement que le jeilne. » C'est pourquoi de grands serviteurs de Dieu et de grands saints l'ont principalement choisie comme moyen de secourir les défunts. Nous pouvons citer parmi eux, comme l'un des plus remarquables, le pieux Raban-Maur, premier abbé de Fulde, au IX« siècle, puis archevêque de Mayeiice. L'abbé Trithème, écrivain distingué de l'ordre de S. Benoît, raconte que Raban Avait prescrit aux économes de son monastère de faire constamment les plus abondantes largesses aux pauvres. Cependant, le procureur de l'abbaye, appelé Edélard, trop attaché aux biens de ce monde et moins préoccupé des indigents, retenait souvent la part qui leur était destinée. Le saint abbé avait, de plus, et du commun consentement, décrété que, chaque fois que l'un des religieux passerait à une meilleure vie, sa portion serait pendant trente jours distribuée aux mendiants, afin que

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l'âme du défunt fût soulagée par cette aumône. L'avare procureur omettait cette distribution, ou bien la remettait au delà du trentième jour, malgré la tradition ancienne observée par S. Grégoire-le-Grand, qui marque ce temps comme le plus propice aux suiïragos pour les morts. 11 arriva, l'an 830, que le monastère de Fulde fut éprouvé par une sorte de contagion, qui emporta un bon nombre de moines, et même l'un des supérieurs. Ilabaii-iMaur, plein de zèle et de charité pour ces chères âmes, Gl venir Edélard, et lui rappela la pieuse pratique. « Ayez grand soin, lui dit-il, que nos constitutions soient Ddèlement observées, et qu'on gratifie les pauvres, durant un mois entier, de la nourriture destinée aux frères que nous venons de perdre. Si vous y manquiez, vous seriez très-coupable devant Dieu, et certainement il vous en punirait. » Le procureur promit d'obéir.

Mais, hélas ! combien fatale est la passion de l'avarice, dans un homme consacré à Dieu surtout! Edt^lard, qui en était dominé, qui avait le cœu'r étroit et la main serrée, ne fit point ce qu'il devait,, priva les pauvres et resta sans pitié pour les âmes de ses frères. Dans la crainte, tout à fait déraisonnable, que les vivants ne vinssent à manquer, il négligea à la fois les indigents et les défunts. La justice divine ne laissa point impunie cette infidélité.

Un jour qu'il avait été accablé d'affaires, le soir venu, comme les religieux s'étaient déjà retirés, il traversait la salle du chapitre, tenant une lanterne à la main. Quel fut son étonnement de voir l'abbé, avec une quantité de moines, assis à leurs places, tenant conseil malgré l'heure avancée! Il ne comprenait pas le sujet d'une réunion semblable, à pareil moment, lorsque, regardant plus

attentivement, il reconnut le supérieur défunt, avec les autres religieux défunts aussi. Il est difficile d'exprimer la terreur dont il fut saisi; un froid glacial, qui courut aussitôt dans ses veines, le cloua à sa place, comme une statue sans vie. Mais cette terreur était peu de chose auprès de ce qui lui était réservé. Le supérieur et quelques-uns des morts, se levant, vinrent à lui, le dépouillèrent de son habit et se mirent à le frapper à cou[)s de fouet, avec tant de violence qu'il resta privé de sentiment. En même temps ils lui disaient : < Reçois, malheureux, reçois le châtiment de ton avarice ! tu en éprouveras un plus terrible dans trois jours, lorsque tu seras descendu dans la tombe avec nous. Alors le suffrage qui t'est réservé sera appliqué à ceux que tu as privés des leurs. » Puis tout disparut. Pour lui, il était couvert de sang et de plaies. ^

Il fut trouvé dans cet état par la communauté, au moment oh elle se rendait au chœur, après minuit. On le porte à l'inQrmerie à moitié mort, et on s'empresse de lui prodiguer tous les soins que réclamait sa position. Mais lui, dès qu'il put parler : « Hâtez-vous, s'écria-t-il, appelez tout de suite le père abbé : j'ai plus besoin des remèdes de l'âme que de ceux du corps. Ces membres ne sauraient plus guérir 1 » Dès que l'abbé fut venu, en sa présence et devant toute la maison il raconta le terrible événement, dont l'état oh il était rendait un trop sensible témoignage. Quand il eut ajouté qu'il devait paraître au tribunal de Dieu dans trois jours, il supplia qu'on lui administrât les derniers sacrements, en protestant de tout son regret. Il les eut à peine reçus, avec les marques d'une grande dévotion, qu'il commença h baisser, jusqu'au moment où il expira, le troisième jour,

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au milieu des prières de ses confrères et des exhortations de l'abbé, qui lui rappelait les miséricordes de Dieu et la conGance qu'il faut avoir en lui.

On chanta aussitôt la messe des morts, et on distribua, selon l'usage, la part des pauvres. La punition n'était pas fmie cependant. Le défunt apparut à Raban, pâle, défiguré. L'abbé, frappé de cette vision, lui demanda ce qu'il y avait à faire pour lui. « Ah ! répondit l'àme infortunée, les prières de notre sainte communauté m'ont procuré du soulagement, mais je ne puis obtenir ma grâce entière avant la délivrance de tous ceux de mes frères que mon avarice a frustrés des suffrages qui leur étaient dus. Ce qu'on a donné aux pauvres en mon nom leur ? profité, et non point à moi, selon l'ordre de la divine justice. Je vous supplie donc, mon père, vous qui êtes si bon, qui m'avez accordé tant d'intérêt pendant ma vie, de faire redoubler les aumônes. J'espère que, moycimant cela, la clémence du Seigneur nous déUvrera tous, eux d'abord, et moi ensuite. »

Raban-Maur le promit, et la chose fut faite. Un autre mois était à peine écoulé, qu'Edélard lui apparut de nouveau, vêtu de blanc, entouré de rayons lumineux, la joie peinte sur le visage. Il rendit au monastère les actions de grâces les plus touchantes pour la charité dont on avait usé envers lui, assurant qu'au ciel, où il s'envolait, il ne cesserait de conjurer le Dieu de toute bonté pour ses bienfaiteurs.

Combien d'utiles réflexions se présentent à l'esprit à la lecture de cette histoire 1 On y voit, premièrement, que les pauvres âmes du purgatoire ne peuvent rien pour elles-mêmes; et Dieu permet, dans cette circonst*nce, qu'elles viennent châtier l'oubU que l'on fait de

leurs peines. Secondement, dans l'application des suffrages le Seigneur fait quelquefois une exception contre celui qui a dérn<^rit6 d'une manière spéciale, alors su^^ tout qu'on a manqué aux devoirs de prières et de bonnes œuvres envers les autres, ce qui rend indigne de recueillir pour soi-même un fruit si précieux. Troisièmement, nous devons exciter en nous un grand zèle pour ces bonnes et tristes âmes, à l'exemple des reiigieux de Fulde, toujours empressés dans cet exercice) de charité. L'historien que nous citons ajoute qu'ils portaient cette afîcctit)n si loin, que chacun se privait encore d'une partie de ses aliments pour les distribuer aux mendiants à la môme intention.

(V. Trithemius, Vila Rab.-Mauri, 1. II; Théophile Raynaud, jésuite, Heier spiriL, p. 2 sect. 3, punct. 7.)

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DIEU EXAUCE LES PBIÈRES DES COMMONAUTÉS FERVENTES EN FAVEUR DES DÉFUNTS.

Oculi Domini super justos, et aures ejtn m preces eorum : Les yeux du Seigneur son' ouverts sur les justes, et son oreille e&' attentive à leur prière. (P$. XXXUI, 16 )

S. Chrysostôme expose quelque part, en développant les promesses de Jésus-Christ à ceux qui sont rassemblés en son nom, combien sont bonnes et proQtables les prières des communautés ferventes, vivant dans la pratique de l'oraison et de la pénitence. « Dieu lui-môme, dit-il.

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atteste souvent dans la divine Ecriture qu'il a les oreilles attentives à ceux qui se sont réunis pour le prier. » 0^ en vit une preuve fort touchante dans une chartreuse d'Angleterre, comme je vais le raconter.

Un personnage de haute noblesse et de richesses considérables, étant mort dans ce pays, laissait un fils que cette perte avait cruellement affecté, et qui, [)k-in de zèle pour le salut de celui qu'il aimait à si juste titre, se rendit aussitôt chez les Chartreux. C'était dans leur église que s'était fait l'office des funérailles. 11 présenta au prieur une grosse somme d'argent, à titre d'aumône, avec prière à la communauté d'avoir un souvenir devant Dieu pour l'âme de son cher défunt. A l'instant les religieux sont convoqués au chœur. < Serviteurs de Dieu, leur dit le prieur, unissons nos prières en faveur du défunt qui a été enterré ici dernièrement : ce jeune homme, qui nous fait une offrande considérable, nous le demande. » Les moines alors entonnèrent d'une seule voix le fiequiescal in pace, auquel le supérieur répondit Amen, puis chacun se relira en silence dans sa cellule.

Le bienfiiteur restait tout étonné. « C'est bien peu de chose, pensait-il : quoi! pour une somme aussi importante, un seul liequiescaC ! » Il s'approche donc du prieur avec modestie, et lui dit d'un ton de plainte respectueux •. c C'est là tout, mon père? et l'àme de celui que je pleure n'aura point d'autres suffrages, lorsque j'ai fait preuve envers vous de quelque générosité? i l.e saint homme, surpris à son tour de cette question, lui répondit avec douceur : » Prétendriez-vous, mon fils, peser dans la même balance votre aumône, fût-elle un monceau d'or, et les prières de nies religieux, si courtes soient-elles? — Kou certes, reprit le jeune homme; non, mon père;

je n*entends point établir de comparaison. Cependant, je trouve que deux ou trois paroles sont bien peu do chose, et que j'ai fait davantage pour le monastère. — Je vois que vous doutez encore, mon enfant. Attendez un moment : vous allez, grâces à Dieu, vous assurer do votre erreur. »

Se tournant vers le père ccllcrier : i Allez, lui dit-il, trouver l'un après l'autre nos frères dans leurs cellules; dites-leur d'écrire sur un morceau de papier leur fiequiescat in pace et de me l'apporter tout de suite. • Il commanda en môme temps à un frère convers de prendre une balance. Il y met, d'un côté, l'ar^'ent et l'or du jeune homme , et le poids emporte rapidement le plateau. Quand les billets furent arrivés, il invoqua le secours de Dieu, et les mit, tout légers qu'ils étaient, do l'autre côté, en disant : « Nous allons voir, mon fils , ce que vaut notre courte prière en regard do votre don. » 0 merveille 1 s'écrie ici l'historien : à l'instant même la balance se relève, emportant la somme d'argent comme si elle eût été une plume ou une paille légère, et inclinant tout entière sous le poids des petits morceaux de papier, qui paraissaient Être des masses de plomb.

A cette vue, tous les assistants firent le signe de la croix, et bénirent Dieu de leur faire connaître le prix de la plus simple prière dans la bouche de ses serviteurs. Le jeune homme, plus que les autres, était dans l'admiration, et, les yeux pleins de larmes, le repentir au cœur, il demanda pardon de son peu de foi. Il fit préparer une pierre magnifique, sur laquelle on grava par ses ordres lo Hequiescat in pace, et qui fut placée, ea mémoire du prodige, sur la tombe de son père. Il ao

douta plus de la puissance de ce simple cri d'une âme véritablement chrétienne.

(V. Dorlandus, Chronica carlhusiana, cap. T.- Théophile Raynaud, Ileter. spirit., p. 2, sect. 2, punct. 10, q. 4.)

LA CONVERSION RENVOYÉE AU SOIR DE LA VIE CONDUIT l'aME A LA CRUELLE FIN DU PURGATOIRE.

Conrertentur ad vesperam, et famem patiuntur ut canes : Ils viendront vers le soir assiéger ma maison, mais ils resteront affamés comme des animaux sans raison. (P«.

LYIIl, 7.)

Ceux qui aiment assez peu le Seigneur pour ne se convertir à lui qu'au dernier moment, méritent d'être traités à leur tour sans indulgence et sans miséricorde. Ils n'obtiendront le pardon et le salut qu'au prix d'une rigoureuse et longue expiation. Nous en lisons un exemple dans la Vie du P. Jean Corneille, de la Compagnie de Jésus, zélé promoteur de la vraie religion en Angleterre. Parmi ses vertus éminentes, il pratiquait celle d'une grande compassion et d'un dévoûment sincère pour les âmes du purgatoire. Il priait pour elles avec plus d'ardeur encore quand il les avait gagnées à la sainte Eglise catholique, parce qu'il les considérait alors comme ses filles spirituelles, auxquelles il devait davantage. Il avait un grand nombre de pratiques quotidiennes destinées à lui rappeler leur souvenir. Ainsi, toutes les fois qu'il se lavait les mains, il récitait le De profundis,

aGn que Diou les purifiât du reste de leurs fautes et les

introduisît dans le lieu du rafralcliissement éternel. Outre

de fréquentes oraisons, il offrait pour elles, chaque semaine, quatre fois le saint sacrifice, à titre d'aumône. Or, pour lui faire connaître le grand soulagement qu'il leur procurait par sa charité, Died permit à plusieurL de lui apparaître, soit pour le remercier, soit afin d& solliciter ses suffrages. Je rapporterai une seule de ces apparitions, celle du baron Sturton, qui est restée fort connue parmi les fidèles d'Angleterre, et qui leur fut une leçon précieuse. Je donne le récit textuel d'un témoin | oculaire, Dorothée Arundell, femme de haute noblesse ! et de plus de piété encore, qui se fit plus tard religieuse et vécut saintement dans son Ordre. Elle a laissé un petit écrit ainsi conçu :

< Un jour, ma mère pria le P. Corneille d'offrir le saint sacrifice pour l'ûme de son premier mari, le baron Jean Sturton. Il le voulut bien, et à l'autel, entre la t consécration et le Mémento des morts, il resta longtemps , en oraison. La messe terminée, il fit une exhortation sur ce texte : Bienheureux les morts, quand ils sont morts dans le Seigneur! et il raconta qu'il avait eu une vision : devant i lui s'étendait une forêt immense, qui n'était que feu et que flammes, et au milieu s'agitait le baron, poussant des cris lamentables, pleurant et s'accusant de la mauvaise vie qu'il avait menée pendant plusieurs années, spécialement à la cour; il maudissait la dissimulation coupable qui l'avait porté, lui catholique, à fréquenter les temples protestants, au grand scandale et à la ruine spirituelle de ses proches. Mais surtout il s'accusait avec d'amères paroles d'avoir été l'un de"s quarante-sept choi- f sis par la reine Elisabeth pour condanj'^er l'innocente

îarîe Stiiart d'Ecosse ; crime dont il avait éprouvé une ontrition si vive, qu'elle avait hâté sa mort. Après tous es aveux, le baron s'était écrié, suivant le mot employé »ar l'Ecritiire à la suite de Job : Pitié, pitié pour moi, ous du moins qui êtes mes amis! car la main du Sei* ;neur m'a frappé. Et il avait disparu.

» Le père pleurait beaucoup en racontant cette vision, t toute la famille qui l'écoutait, au nombre de plus de [uatre-vingts personnes, mêlait ses larmes aux siennes, .e servant de messe, qui fut un de ceux qui périrent plus ard avec le Père pour la foi catholique, moi-même, ussi bien que tous ceux qui assistaient au divin sacrifice, lous aperçûmes au même instant comme un reflet de barbons ardents sur le mur auquel était adossé l'autel. »

Poiîr comprendre la raison de cette expiation et de es tourments, il est bon de rappeler les éclaircissements joutes au récit par le père r.uillaume Westen, de la nême Compagnie, qui se trouvait à Londres à la mort u baron. Il nous apprend que ce gentilhomme était un le ceux qui, satisfaits de tenir dans leur maison un prôrc catholique au prix des plus grands dangers, vivaient xtérieuren.ent dans le protestantisme, se réservant de nettre en ordre les affaires de leur conscience au moment le la mort. Mais, surpris par un accident en l'absence lu saint ministre, il n'avait pas eu le loisir de réaliser on vœu de conversion. Cependant, Dieo, dans sa miséicprde, lui avait inspiré une contrition si vive, un regret i universel et si amer de toutes ses fautes, joint au plus enne propos de se corriger, qu'il avait obtenu son par- Ion, il avait fait appeler sa famille et avait protesté levant elle qu'il entendait mourir comme un enfant de Fi'lise catholique, parce qu'-il n'y avait point d'autre foi

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oh l'on pût opérer son salut. Puis il avait désavoue, avec tous les signes du repentir le plus sincère, les scandales de sa vie mondaine, l'oubli qu'il avait fuit de ses devoirs; accompagnant cet acte de soupirs et de gémissements, et assurant qu'il voudrait pour tout au monde verser sur ces malheurs des larmes de sang. Une si vivo et si noble contrition l'avait préservé de l'enfer, et, quand il s'était présenté au tribunal de Diku, il avait trouvé un juge apaisé, mais non satisfait, qui lui faisait expier dans un douloureux purgatoire les restes de son infidélité.

Ceci nous montre, une fois de plu?, l'inconcevable folie de ceux qui remettent leur conversion au dernier moment.

(V. Daniel, Histoire d'Angleterre, 1, v, ch. 7»)

LA MISÉRICORDE ENVERS LES DÉFUNTS PROCURE LE SALDT Dfî L'aME, et SOUVENT llÊME CELUI DU CORPS.

Benefacit animas tuas tir misericort L'homme de miséricorde assure le bonheui de son âme. {Ptov. xi, 29.)

Pour exciter la piété des fidèles à prier en faveur deî âmes de ceux qui ont été mis à mort par la justice humaine, et qui souffrent dans les flammes de l'expiation, il n'est peut-être point de trait plus pathétique quï celui-ci.

Il y avait aux environs de Rome, vers l'an 1 620, ur jeune homme de vie dissolue et scandaleuse, qui étai derenu à cause de cela un objet à la fois d'horreur et d(

erreur. Ses excès, ses violences continuelles lui susciirent des ennemis décidés, qui résolurent de lui arraher la vie. Le malheureux, au milieu de ses désordres, vait conservé une grande compassion pour les âmos du urgatoire, pour lesquelles il faisait dire de temps en 3mps des messes, ou donnait l'aumône; il priait même our elles avec toute la ferveur dont il était capable dans e triste état de conscience. Cette unique dévotion devait ji sauver miraculeusement la vie de Tàmeet celle du corps.

Un soir qu'il se rendait à Tivoli, monté sur un bon levai, pensant échapper aux embûches qu'il savait dresses contre lui, il se trouva au contraire qu'il marchait jste au-devant d'elles. En effet, n'ignorant pas qu'il devait asser par là, ses ennemis s'étaient placés en embuscade rmés d'arquebuses, derrière un petit bois, et attendaient Dn arrivée pour le tuer. Il approchait rapidement de ce eu, quand il aperçut au-dessus de sa tête les membres 'un criminel attaché aux branches d'un chêne pour exemple des malfaiteurs. Emu de pitié, il s'arrête afin e réciter quelques prif^res, suivant sa coutume, pour ctte pauvre âme abandonnée. Mais voici que, comme \\ riait, une merveille inconcevable frappe ses yeux, aux erniers rayons du jour ; ces membres décharnés, dessellés, séparés, se rejoignent, tombent à terre, s'animent, approchent du cavalier sous une forme vivante. 11 reslit à sa place, cloué par la terreur. Le fantôme prend i bride du cheval et dit au jeune homme : « Descends t me laisse monter un moment : il y va de ton salut 1 'u vas m'attend re ici : je ne serai pas long, i Tel était on saisissement, que, sans proférer une parole, il desend et laisse son chevril aux mains du cadavre ressuscité,

ui y monte et le lance en avaut.

Au bruit qu'ils entendent, les ennemis s'apprêtent, dressent leurs arquebuses, les déchargent, et, voyant tomber le cavalier, s'enfuient au plus vite, avant que le coup n'attirât du monde et ne les fit découvrir. Ils étaient sûrs d'avoir enfin tué leur homme. Ils se trompaient. Tout tremblant, hors de lui, celui-ci n'avait pas bougé, lorsqu'il vit revenir le spectre, lequel s'arrêtant lui dit : 0 Tu viens d'entendre cette décharge d'arquebuses? elle t'était destinée : tu serais mort infailliblement : mort quant à la vie présente, mort quant à l'âme. Les âmes souffrantes du purgatoire, pour lesquelles tu as une compatissante dévotion, ont obtenu dâ Dieu que je vinsse à ton secours dans cet extrême péril. Reconnais cet immense bienfait, en continuant de prie^ pour elles, mais plus encore en changeant de vie ei en te -conduisant désormais comme il convient à ud chrétien. » I

Ce discours flni, le cadavre reprit sa place, comm si une invisible main l'eût rattaché aux branches. Qua au jeune homme, il n'est pas besoin de s'étendre sur révolution qui s'était opérée en lui. Peu de jours aprè il se décida à dire adieu au monde pour faire péniteni dans un ordre austère, où il vécut dans une gran perfection.

Combien donc est vraie cette parole de la divi L^riture : L'homme de miséricorde assure le bonheur â son âme!

(V. J.-B. Manni, Sacr. Trig., dise. 12.)

VP MERVEILLE.

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