LE PURGATOIRE DES PAROLES INCONVENANTES
Ex verbis tuis condemnaberis : Vous serez condamné sur vos paroles. (Mattli. xii, 37.)
S. Ambroise recommande fortement aux vierges consacrées à Dieu l'observation rigoureuse du silence, principalement lorsqu'elles sont au chœur pour le chant des louanges divines, parce que, dit-il, < l'époux céleste, quand il vient, n'entre dans une âme qu'autant que les portes en sont fermées aux discours profanes : Sponms vull dnusam esse janiiam cùm puisai : janua nostra os nostrum est; Chrislo propemodùm soli debel aperiri : Notre porte, c'est la bouche, et elle ne doit s'ouvrir que pour le Seigneur » [De Virg., v.). Césaire nous apprend, par un mémorable exemple, combien les conversations dans le lieu saint déplaisent à Dieu. Voici ce trait.
Dans un monastère de l'ordre de Cîteaux, appelé Saint- Sauveur, deux jeunes filles de riches maisons firent profession et vouèrent k Dieu leur virginité. L'une avait nonn Gertrude, l'autre Marguerite. On les avait placées, au chœur, l'une à côté de l'autre.' La première, Gertrude, quoique très-vertueuse, avait le malheureux défaut du bavardage, et rompait souvent le silence, faute dans laquelle elle entraînait sa compagne ; ce qui lui attira un sévère chAtiment après sa mort. Une maladie Vompnrl.i à la fleur de ses années. On l'avait enterrée, suivant l'usage, au fnnd àe l'égli.se. Or, un soir que les
religieuses étaient réunies à chanter l'ofilce, la voici qui apparaît devant l'autel, y fait la génuflexion accoutumée et va s'asseoir auprès de Marguerite. La bonne sœur, à cette vue, est saisie de frayeur, devient pûle, tremblante, prête à défaillir. On s'empresse autour d'elle, on s'informe du mal qu'elle éprouve, on lui prodigue raille soins. Alors, sans dire un mot, elle se prosterne aux pieds de l'abbesse, lui demande sa bénédiction et com- 'aience à raconter ce qui lui est arrivé. La défunte, jijoute-t-elle, aussitôt après l'ofFice des vêpres et pendant qu'on récitait l'oraison, s'était levée, avait fait une grande inclination jusqu'à terre et avait disparu.
La prudente supérieure, craignant que tout cela ne fût le jeu d'une imagination troublée, ou bien quelque illusion du démon, lui donna cette consigne : « Si Gertrudi vous apparaît encore, vous lui direz Benedicile, à quo}' elle répondra, suivant notre usage, Dominus : vous lu» demanderez alors d'oij elle vient et ce qu'elle veut. •
Le jour suivant, à la même heure, nouvelle apparition. Marguerite la salue : « Benedicite ! — Dominus l répond le fantôme. — Ma chère sœur Gertrude, poursuit la religieuse, d'où venez-vous à cette heure et que voulez-vous? — Je viens, dit-elle, satisfaire à la justice îivine dans le même lieu oh j'ai péché avec toi, lorsqm j'ai tant de fois rompu le silence et te l'ai fait rompre pour des choses inutiles, pendant les saintes cérémonies. Le Seigneur équitable veut que je m'acquitte envers lui i l'endroit et dans les circonstances oiï je l'ai offensé. Oh! si tu savais combien je souffre I Je suis tout environnée de flammes; ma langue surtout en est consumée, sans que je trouve le moindre soulagement. Ma bienaimée sœur, profite de mon exemple : mets un frein à
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tes paroles; oublie que je t'ai donné ce scandale et n'y entraîne personne à ma suite, parce qu'un snpplice pareil te serait réservé. » Elle disparut.
Plusieurs fois encore, elle vint réclamer las prièrej des religieuses, jusqu'à ce que, délivrée par leurs suffrages, elle dit à sa compagne un tendre adieu et se dirigea, sous ses yeux, vers le tombeau où on l'avait ensevelie; elle en souleva la pierre et s'y coucha pour toujours.
Ces différentes émotions agirent si fortement sur Marguerite, qu'elle tomba dans une grave maladie et ne tarda pas à être à toute extrémité. On la crut même morte. Mais ce n'était qu'une sorte d'extase, durant laquelle il lui fut révélé des choses admirables de l'autre vie. Elle les raconta, quand elle fut revenue à elle, à ses sœurs étonnées, et les exhorta à marcher de plus en plus dans la voie courageuse de la mortiGcation des sens. De son côté, elle devint d'une scrupuleuse exactitude à la règle du silence, ayant toujours présent à l'esprit le châtiment infligé à sœur Gertrude. Elle veillait tellement sur ses paroles, qu'on aurait pu lui appliquer le mot du Prophète royal : « Dixi : cuslodiam vias mcas ut non delinqiiam in linguâ meâ; posui ori meo cuslodiam : Je me suis promis de veiller sur moi, afin de ne point pécher par la langue, et j'ai mis une barrière à mes lèvres. »
(V. Césaire, Illustr Mirac, 1. xxii ch. 36; Alexis Segala, Triumph. Purg., p. u.c. 24, n 22.)
UNE AME DU PURGATOIRE RAPPELÉE A L'eXPIATION SDR LA TERRE.
Dedl un tempus ut pœnitenliam agerrt :
Je lui ai accordé du temps pour faire pénitence. {Apocal. II, 21.)
Ôhl que ne donneraient pas les âmes du purgatoire pour avoir quelques moments de ce temps dont nous prodiguons les heures dans des occupations inutiles et dans les vanités terrestres! Quelles pénitences, quels travaux n'entreprendraient -elles pas volontiers, avec empressement, pour s'épargner seulement quelques] minutes de leurs cruelles tortures 1 Citons un nouveL exemple, plus admirable à la vérité qu'il n'est imita- j ble, celui de la vénérable vierge Angôle Toloméi, dominicaine.
Elevée dès le premier âge dans l'amour de la vertu,] elle et, par sa correspondance à la grâce, de rapides] progrès dans la perfection. Bientôt elle tomba dange-j reusement malade. Quand elle vit qu'il n'y avait plusi d'espérance du côté de la science humaine, elle eut] recours à son bienheureux frère, J.-B. Toloméi, doni la sainteté était déjà célèbre; mais les ferventes oraison! de ces deux âmes n'obtinrent point ce qu'elles dési< raient. Dieu ayant d'autres desseins, sur sa servante] On peut dire ici, comme S. Augustin au sujet d< Lazare : « Dislulil sanare infirmurriy ut ressuscitaret mor4
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tuum : Il larde de guérir le malade, afin de ressusciter ie mort. •
Angèle était donc près de rendre le dernier soupir, jrsqu'eile eut une vision. Il lui sembla qu'elle était transportée dans un lieu très-vaste, oh étaient repréntées au vif toutes les peines du purgatoire. C'étaient les tourments les plus variés ; ici, des flammes ardentes; là, des étangs de glace; ailleurs, du soufre bouil^ 'mt, des roues à pointes de fer rougies au feu; des Hes féroces à la dent aiguë, et cent autres supplices jnt la seule idée fait frémir. Il lui fut montré en quel eu son âme, qui allait sortir de son corps, allait se . -ndre pour expier certains défauts qu'elle n'avait pas 15S0Z combattus durant sa vie. En un mot, tel fut cet horrible spectacle, que, lorsqu'elle retrouva sa connaissance, elle frémissait de la tête aux pieds. Elle raconta tout à son saint frère, le suppliant de lui obtenir par ses prières assez de vie pour se purifier de ses fautes et éviter de pareils tourments.
Malgré ces désirs et ces supplications, le Seigneui marqua le moment final, et elle expira. Mais, pendant (ue l'on portait son corps en terre, le bienheureux Jean-Baptiste, mû par une inspiration d'en haut, commanda à sa sœur, au nom de Jésus-Cortst, de quitter les ombres de la mort et de reparaître vivante. 0 prodige! à l'instant le corps s'agite, la tôte se lève, la défunte est ressusciléel
Elle savait à quel dessein le Ciel avait permis pour elle un tel miracle. Aussi n'eut-ellc plus d'autre souci que de faire pénitence. Elle ne se contentait pas des austérités ordinaires, cilices, disciplines, veilles prolongées, JL'ûiies rigoureux ; tout cela lui paraissait insigni-
Gant auprès de ce qu'elle avait vu; mais elle demandait à l'eau et au feu une eïpiation plus complète : au milieu de l'hiver, elle se plongeait dans un étang glacé; d'autres fois^ elle se mettait dans les flammes et y restait plusieurs secondes, malgré les plus cuisantes douleurs; ou bien elle se roulait dans les épines jusqu'à rester tout en sang. Elle n'était attentive qu'à rechercher les moyens de mortifier sa chair, de la punir des moindres fautes. Elle ne se montrait pas moins avide des peines morales et des contradictions de toutes sortes.
Elle était devenue un objet de pitié^ et presque d'horreur pour les témoins de son martyre. Plus d'une fois on lui conseilla de modérer ses austérités, on lui reprocha d'être trop cruelle pour elle-même. — «Ah! répondait-elle, qu'est-ce que tout cela en comparaison des supplices réservés dans l'autre vie aux infidélités qu'on se permet ici-bas si aisément? qu'est-ce que cela? qu'est-ce que cela? Puissé-je en faire cent fois davan-s tage 1 » Et elle continuait. Enfin, semblable à l'or purifié par le feu , elle fut de nouveau appelée par le Juge souverain au lieu du céleste repos, où elle s'envola, il faut le croire, sans passer par une expiation nouvelle.
Combien ce trait nous devrait faire trembler! Quoi! voilà une bonne religieuse, une fervente sœur Angèle, dans le travail de cette effroyable pénitence; elle l'aclomplit en tremblant : et nous, pécheurs, nous nous îndormons tranquillement dans la mer de nos inii^uités! Quel sommeil! quelle illusion! quel endurcissement!
(V. fp. Dominique-Marie Marches!, Vita veneraiilis Angelce Tolomeœ, 9 nov., aw Diario Dominiçano.)
VIÎI* MERVEILLE. ^'f
VHP MERVEILLE.
COilPIEN LES AMES DU PURGATOIRE SONT SOULAGÉES ^ PAR LE JEUNE ET l'oRAISON.
Exaudiel Dominus preces vestras, si pcrmanseritis in or.tiotiibiis el jejunlls : L6 Seigneur exaucera vos prières, si vous persévérez dans la prière et le jeûne. {Judith, IV, 12.)
La charité doit porter tous les Gdèlos, sans cxccplion, à s'intéresser aux souffrances des pauvres âmes qui expient leurs péchés par le feu; mais elle crée un devoir plus pressant encore s'il s'agit de parents, d'amis, de bienfaiteurs. La reine Gude, épouse de Sanche, roi de Léon, l'avait compris.
Ce grand prince venait de triompher d'une révolte par la valeur de ses armes, et les rebelles étaient amenés à une entière soumission, lorsque leur chef Conzalve, voyant qu'il ne pouvait résister à la force, appela la ruse à son secours. Il vint se jeter aux pieds du monarque, lui demanda humblement pardon et l'obtint. Admis dans l'intimité de Sanche, ou du moins dans sa bonnes grâces, le félon préparait une horrible trahison : il présente au roi un fruit empq^isonné. A peine Sanche l'eut-il goûté, que, se sentant mortellement atteint, il voulut être reporté tout de suite dans sa capitale; mais il expira en route. Ce fut une grande désolation par tout le royaume, où Sanche était fort aimé; fnais comment pcirdro la douleur de sa fename Gude? Elle ne
cessait de pleurer, de gémir, de plaindre la victime d'une si Idche perfidie. Mais, comme elle était chrétienne, elle s'occupa surtout de prier et de faire prier pour le défunt; c'est en cela qu'elle plaça le plus f;rand luxe de ses funérailles, qui eurent d'ailleurs toute la pompe ordinaire pour de tels personnages. Lo corps avait été porté au monastère de Castillo, où l'on célébra quantité de messes. La pieuse veuve ne voulut point s'éloigner de ces chères dépouilles; elle déposa son diadème et prit le voile de la pénitence parmi les religieuses, accompagnée dans ce sacrifice par plusieurs dames de la cour. Elle se dévoua ainsi à Dieu et aux œuvres saintes, principalement en faveur de son époux défunt.
La nuit aussi bien que le jour, elle faisait monter au ciel les plus ardentes prières; mais le samedi, jour con- ; sacré à la divine Marie, elle redoublait ses oraisons, ses pénitences, ses aumônes, la rigueur de son jeûne, afin de délivrer cette Ame des tourments du purgatoire, si elle y était encore détenue. Un samedi qu'elle était agenouillée devant l'autel de la Reine du ciel et qu'elle s'acquittait avec ferveur de ce touchant devoir, Sanche lui apparut. Il était couvert d'habits de deuil et avait pour ceinture un double rang de chaînes rougies par le; feu. Il commença par remercier Gude de ce qu'elle fai-j sait pour lui, et la supplia en même temps de continuer | cette œuvre de charité, et môme de faire davantage si elle pouvait. « Alil lui dit-il, s'il m'était donné, ma chère épouse, de vous faire connaître les supplices que , j'endure dans le purgatoire, combien s'augmenterait* votre zèle pour celui que vous aimez encore 1 Par loi entrailles de la divine miséricorde, secourez-moi, Gude,
VIII" MERVEILLE. 3i
îccourez-moi ! Je suis dévoré dans ces flammes, Crucior
1|:/? hâc pamwâ! p
On le pense bien, il n'en fallait pas tant pour ranimer le zèle de la pieuse femme; elle redoubla de ferveur, de prières, de suffrages de toutes sortes, par elle-môme et par les autres. Pendant quarante jours ^ans interruption, elle ne faisait que verser des larmes afin d'iUeindre le feu qui consumait son mari, multiplier ' - prières afin de faire tomber ses cbaînes, répandre
inmenses largesses dans les mains des pauvres afin de
•lieter les fautes pour lesquelles il souffrait. En outre, ie fit dire un grand nombre de messes, et fit présent
ar cela d'un riche ornement, destiné à rehausser la
mpe des cérémonies sacrées.
Au bout de ces quarante jours, un samedi encore, le ! i lui apparut de nouveau, non-seulement délivré de
s liens brûlants, mais environné d'un éclat céleste, vrtu d'un manteau d'une éclatante blancheur, d.ms lequel Gude reconnut l'objet [)récieux qu'elle avait donné pour l'église, et que Dieu avait miraculeusement ap[)lique au salut de Sanche et à son triomphe. — a Me voici, lui dit-il d'un air heureux; je suis libre; grâce à vous, pieuse reine, je n'ai plus à souffrir. Soyez bénie à jamais! Persévérez dans vos saints exercices. Méditez les peines de l'autre vie, et plus encore la gloire du paradis, où je vais vous attendre et où je serai votre pYùtecleur. » Gude tendit les bras vers lui, mais elle ne put le toucher; seulement, elle saisit l'ornement, quf resta en sa possession et qu'elle donna do nouveau à l'église de Saint-Etienne. H en avait, en effet, disparu, quoique enfermé avec soin, et on admira par quel prodige le Seigneur l'avait rendu à la charitable donatrice.
Cet objet si intéressant fut conservé pendant longtemps dans le monastère; l'abbé et les religieux en constatèrent l'authenticité, et aifiraièrent avec serment la vérité de cette histoire.
(V. Jean Vasquez, Chronique, an 940.)
INTERCI-.SSION d'uNK FEMME PLEINE DE FOI.
Mulieris bonœbeatiis vir ; Heureux l'épouL d'une femme vertueuse ! {Eccli. xxvi, 1.)
A l'histoire d'un roi d'Espagne, ajoutons celle d'un empereur d'Orient, qui obtint sa conversion à la vraie foi et sa délivrance du purgatoire par les vertus et les prières de sa Gdèle compagne, à laquelle on peut bien appliquer le mot de S. Paul : c Sanctifîcalus est vir vifidclis per muUercm fuhlem : L'époux in Gdèle a été sanctifié par sa femme fidèle. » (i Cor., vu, 14.)
Théophile, empereur de Constantinople, l'un de ceux que l'histoire a flétris sous le nom d'iconoclasfes, s'était acharné contre les saintes images et se proposait de les détruire, par la persécution, dans toute l'étendue de ses Etats; et, afin qu'on ne songeât plus à en peindre de nouvelles, il avait eu la cruauté de faire couper la main au pieux artiste Lazare. Il est vrai que cette main s'était miraculeusement rattachée au poignet, à la vue de tout le peuple, suivant le témoignage irrécusable des contemporains. Ce fut un grand bonheur pour ce prince égaré d'avoir dans l'impératrice Théodora une sainte femme,
dont les excellentes vertus, les prières, les jeûnes et les aumônes Gnirent par arracher au Ciel la grâce de sa conversion. En effet, sur la fin de sa vie, la divine justice lui ayant envoyé de nombreux revers, des défaites désastreuses sur les champs de bataille, il se reconnut, détesta ses criminelles entreprises et résolut de rétablir toutes les images sacrées auxquelles il avait fait la guerre. Mais il n'eut pas le temps de mener à bien ce dessein, ayant été surpris par la mort; du moins témoigna-t-il les plus édifiants sentiments de contrition, et le désir de faire de son passé une pénitence exem[)laire. On ont donc tout lieu d'espérer que le Seigneur lui avait épargné les éternels supplices de l'enfer, et lui permettait d'expier ses fautes dans les flammes passagères du purgatoire.
C'est pourquoi, la pieuse Théodora s'appliqua avec une ferveur extraordinaire à soulager cette âme, nonseulement par ses propres prières, mais par celles de beaucoup de saints firôtres à qui elle demandait l'oblation du Sacrifice adorable, et de religieux de qui elle réclamait des mortifications et des austérités, Klle eut bientôt une vision qui lui causa d'abord de la terreur, et ensuite une grande joie. Une nuit qu'elle priait avec un redoublement d'instance, il lui sembla voir son époux Théophile lié avec des chaînes, traîné au tribunal du juge suprême par une troupe d'horribles soldats, dont les uns marchaient devant, les autres derrière lui. Les premiers portaient à la main toutes sortes d'instruments de torture; Théodora venait à la suite du cortège, l'âme oppressée de duuleur, cherchant à adoucir ces barbares, mais vainement : car ils arrivèrent devant le Tout-Puissant et lui présenlèi'uut le coupable pour que la dcruièro
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sentence fût prononcée. Alors elle s'approcha, se jeta aux pieds du terrible Juge et implora sa clénaence en faveur d'un époux malheureux et coupable, mais repentant. I,e visage du Seigneur s'était tout à coup adouci; plein de sérénité, il répondait : « Mulier, magna est fides (lia :0 femme, vous avez une grande foil A cause de vous et en considération des prières de mes prôtres, j'accorde à votre époux sa grâce. » Puis, se tournant vers les soldats, il leur fait ce commandement : € Déliezle et le rendez à sa femme. » Quoique ce fût un songe, l'impératrice en fut grandement consolée; elle espéra que tout n'était pas illusion, et son cœur surabonda de joie.
Celte consolation augmenta lorsqu'elle apprit du patriarche de Constantinople, Méthode, une vision non moins surprenante du vénérable vieillard, ennemi déclaré des iconoclastes. Il avait, à la demande de sa souveraine, multiplié lui aussi les prières et les autres œuvres en faveur de Théophile. Or, précisément la même nuit, il avait vu en songe un ange qui, entrant dans l'église de Sainte-Sophie, venait à lui et lui disait : « Tes prières, ô pontife, ont été exaucées, et Théophile a obtenu sa grâce. » Il s'était réveillé plein de joie, et s'étant rendu de grand matin à sa cathédrale, c'est-à-dire à Sainte- Sophie môme, il y avait trouvé la confirmation entière de sa vision. Il avait la dévotion d'écrire les noms des principaux iconoclastes sur un petit livre, qu'il plaçait ensuite sous l'autel, afin d'implorer pour eux la miséricorde divine en offrant le saint sacrifice. L'empereur était nécessairement en tête de la liste. Ce jour-là, il se trouva miraculeusement effacé, comme si une main divine en eût enlevé jusqu'à la dIus légère trace. LcJ^ruit déco
profliqe se répandit dans toute la ville, où il causa une vivtî allégresse parmi les catholiijues et fut un sujet do conversion pour les hérétiques.
(V. Gennade, Defensio concilii Flomitini, sect. 5i Théophile Raynaud, Heler. Sinfil., 2^ pariie, sect. 1, 6e point )
LA rnOTECTION DU CIEL EN FAVEUR DE L HOMME DE BIEN.
rinrt's nobiscum siint qndm cum illis .* Nous sommes plus nombreux qu'eux, (iv Reg. VI, 16 )
Nous lisons dans rAncien-Testamcnt que le prophète Elisée rendit visible la milice céleste envoyée à la défense d'un roi d'Israël contre l'armée du roi de Syrie, en disant : « Ne craignez rien : nous avons avec nous plus de combattants qu'il n'en ont : lyulite timere, plures enim vobiscum sunt quàm cum illis. » Sous la loi nouvelle, on a vu plus d'une fois des légions d'ûmes bienheureuses accourir protéger ceux qui, par leurs suffrages, les avaient délivrées du purgatoire. Je regrette que Thomas de Catimpré ne nous ait pas fait connaître le nom comme il nous a raconté l'histoire d'un grand seigneur de son temps, qui fournit un exemple nouveau de ce fait.
Ce seigneur avait eu une jeunesse fort dissipée, s'abandonf)anl à tous les plaisirs, à la vanité, au luxe mondain, prodiguant ses richesses et celles de l'Etat dans toutes les folies, dont l'une des princinales nnnsislait à entretenir
ua nombre trop considérable de complaisants et de serviteurs. Les discours d'un Père dominicain le toucbèrent, et, docile aux inspirations de la grâce, aux mouvements du Saint-Esprit, il mit im.médiatement la main à sa conversion. Il appelle tous ses courtisans, leur dt^clare francliement qu'il déteste sa vie passée, qu'il entend la réparer, qu'il rendra aux pauvres l'argent qu'un luxe excessif lui faisait dépenser d'une manière coupable, et et qu'il lui faut pour cela se séparer d'une partie de ses gens. La chose s'accomplit sans délai. 11 prend ses trésors les distribue aux indigents, comme aussi aux prêtres qu'il charge d'offrir chaque jour le Saint Sacrifice en faveur des âmes qui souffrent pour leurs péchés dans le |)urgatoire.
Les flatteurs et les parasites, voyant s*évànouir leur /ôlicité première, ne le supportèrent qu'avec indignation. Ils tournent le dos à leur maître, le décrient de toutes leurs forces, et unissent par machiner contre lui un complot. D'abord c'est parmi le peuple qu'ils sèment des mécontements et des défiances; puis ils vont trouver un puissant voisin, assez mal disposé déjà, à la suite d'une défaite honteuse de ses troupes; ils lui suggèrent des pensées de représailles, que voici le moment favorable pour une vengeance qui ait de l'éclat : car les sujets du prince sont désaffectionnés, \el nombre de ses serviteurs a été réduit, son trésor est obéré par des dépenses excessives en faveur des églises et des mendiants, etc. Il n'en fallait pas tant pour exciter cet ennemi secret. Résolu do tenter la fortune, il assemble ses soldats et les met sur le ^ied de guerre; après quoi, il envoie un héraut déclarer, sous de mensongers prétextes, l'ouverture des hostilités. Surpris d'une si brusque attaque, que rien ne lui faisait
présager, le pieux converti assemble ses conseillers et quelcjues chefi, et leur expose la situation : à quoi les traîtres répondirent qu'ils n'avaient ni la force ni la volonté de combattre. « Allez donc maintenant, lui dirent quelques-uns, vous réclamer de tous ces gueux des rueî que vous comblez de vos bienfaits, de tous ces prôtrel dont vous estimez tant les prières : leurs bénédictions, leurs oremus et leurs psaumes vous vaudront mieux que nos épées rouillées 1 •
Méconnu, délaissé par tant de gens qui lui devaient tout, il n'eut d'autre parti à prendre que de se renfermer avec un petit nombre de défenseurs dans une citadelle assez forte, où il attendrait le secours du Dieu qui protège l'innocent. Lorsqu'il apprit que les troupes ennemies étaient entrées sur son territoire bannières déployées, et qu'elles ne tarderaient pas à l'assiéger, il redoubla de ferveur dans ses prières, rappelant au Seigneur que la cause de tout le mal avait été son retour à une vie cbrétienne et son zèle à le faire honorer autour de lui. Or, un matin, que, plein de ces préoccupations, il inspectait, du haut d'une petite tour, ses murailles fortifiées, il aperçut, comme une vision céleste, une brillante légion, armée d'épées et de boucliers étincelants d'or et d'argent, avec la croix sur le drapeau, et qui paraissait accourir à son secours. Elle approche, elle est au pied du château ; ce n'est [)oint une illusion 1 II descend aussitôt, plein d'étonnement, de joie, d'admiration, et vient au-devant de ces amis inconnus, suivi de sa garde particulière. Au moment oi!i, les ayant joints, il saluait leur chef, celui-ci, avant d'entendre ses remerciements, lui adresse ce discours : « Chassez bien loin toute crainte, prince valeureux ! Nous venons vous défendre, et la vii-.toire
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nous est promise. Nous sommes l'armée de ces Ames autrefois désolées que vos généreux suffi âges ont tirées des flammes expiatoires. C'est Dieu qui nous permet de combattre pour notre bienfaiteur. Ayez confiance. Au jour de l'assaut nous serons plus nombreux encore, car d'ici là votre charité aura contribué à la délivrance des plusieurs autres âmes. »
Le bon seigneur, quand la vision eut disparu, rentra tout animé à la fois et tout ému. Il enflamma sa petite armée en lui promettant de la part du Ciel un succès certain. Peu de jours après, on découvre au loin les drapeaux et les armes de l'orgueilleux ennemi, Ger de n'avoir point rencontré de résistance et se croyant assuré de réussir jusqu'au bout; mais les assiégés, au lieu de se tenir à l'abri derrière la citadelle, sortent bravement, se présentent en ligne de bataille devant les fossés et prennent position. Ils étaient peu nombreux, mais leurs visages témoignaient d'une confiance et d'un courage extraordinaires. Tout à coup l'envahisseur voit cette petite armée flanquée, à droite et à gauche, de guerriers inconnus, dont la tenue militaire et les belles armes le frappent de stupeur. Il comprend qu'il y a dans tout cela quelque mystère, qu'il pourrait bien être défait et ajouter cette honte à la première; ses soldats cux-rnèraes se montrent tout effarés, et déclarent qu'ils ne s'attendaient pas à une pareille résistance. L'orgueil de ce pauvre prince tomba aussitôt, et, sans entamer l'action, il envoya des députés pour traiter d'un arrangement, offrant de se porter de sa personne à signer la paix avec celui qu'il avait offensé. Celui-ci était trop chrétien pour ne pas accepter ces propositions : il Gt dire à son ennemi de venir, le reçut à bras ouverts, l'embrassa et lui raconta
tout ce qui était arrivé. Le prince, saisi de frayeur, voulut voir de nouveau cette troupe céleste; mais elle s'était évanouie aussitôt après les paroles de paix. Tous deux s'unirent dans une commune action de grâces envers Dieu qui accomplit de tels prodiges en faveur des siens.
(V. Thomas Catirapré, Apum (son meilleur ouvrage), t. II, ch. 53.)
Xh MERVEILLE.
1!AI\TYRK DE CnARTTÉ DE SAINTE CHRISTINE-L'ADMinABLE rOUR LA DÉLIVRANCB DES AMES DU PURGATOIRE
MajoYem hdc dilectioncm nenio habet, ut animam mum ponat qiiis pro aniicis suis : * On ne peut témoigner plus d'a:nour qu'en
sacrifiant sa vie pour ses amis. (Joan. ■ XV, 13.)
Ce petit livre serait trop imparfait, tout humble qu'il soit, s'il ne faisait aussi mention de l'incomparable charité de la bienheureuse Christine, surnommée V Admirable, à l'égard des pauvres âmes dont nous nous occupons. On ne pourrait croire les pénitences et les austérités qu'elle s'est imposées pour elles, si le récit n'en était garanti parles historiens les plus dignes de foi. Ils racontent donc que l'âme de cette pieuse vierge, séparée de son corps, fut portée par les anges dans le purgatoire afin de voir les souffrances qu'on y endure, et qu'elle en prit une compassion inexprimal)le. De là elle fut ravie au ciel, tJans la gloire immortelle des élus, et, présentée à Il divine Majesté, elle entendit ce discours : i Christine,
te voici au séjour de la félicité qui ne finit plus : je te laisse le choix, ou bien de vivre dès aujourd'hui éternellement parmi les bienheureux, ou de retourner sur la terre pendant quelques années obtenir des mérites, par tes expiations, en faveur des pauvres âmes que tu as contemplées au lieu de la douleur. Si tu préfères le premier parti, tu es au port, tu n'as plus rien à craindre ; si c'est le second, retourne dans ton corps pour y endurer le martyre de la charité, soulager des malheureux etembeUir d'autant ta couronne. »
La généreuse filîe répondit : « Retournons donc, ô Seigneur, retournons à souiîrir, à me sacrifier pour les âmes des défunts : je ne refuse pour cela aucun calico d'amertume, aucun martyre. »
Elle ressuscita, en présence do tous ceux qui étaient venus l'ensevelir, et aussitôt commencèrent les pénitences les plus épouvantables, dont on ne lit point les détails sans frémir. C'était peu pour elle de rester plusieurs jours de suite dans un jeûne absolu, de se rouler parmi les épines, de châtier ses membres délicats par des disciplines affreuses; elle se jeta plusieurs fois dans des brasiers ardents, d'où elle ne pouvait sortir vivante que par miracle, et, à peine retirée, elle courait se plonger jusqu'au cou dans un étang glacé, où elle éprouvait d'indicibles angoisses. Elle s'exposait, dans cette ardeur sainte, aux roues des moulins, aux dents de fer des machines, à tout ce qui pouvait torturer ses sens et expier les délicatesses des autres. Ce qui l'encourageait dans ces rigoureuses pratiques et les lui rendait douces (nous n'en citons qu'une bien faible partie), c'est que DiKU permettait aux âmes qu'elle délivrait, de lui apparaître et de la remercier l'une après l'autre; elles so
manifpstaient quelquefois par troupes entières, et celte \uo donnait à Christine un courage surnaturel.
Rappelons une seule de ces apparitions. Louis, comte de Léon, dans la basse Allemagne, seigneur vaillant et renommé dans les conseils, avait pour Christine une grande vénération, et écoutait volontiers les reproches qu'elle lui adressait au svjet de bien des écarts auxquels il s'abandonnait. Etant tombé malade et en danger de mort, il expédia un messager pour la supplier de venir : car il désirait ardemment s'entretenir avec elle des intérêts de son âme, avant de paraître devant Dieu. Elle ne fut pas plus tôt venue, qu'il se jeta à ses pieds et lui dit, au milieu de ses larmes et de ses gémissements : I Vous savez bien déjà, servante de Dieu, quel grand pécheur que je suis. Dans peu de temps, d'heures peutêtre, il me va falloir rendre compte au Juge suprême de mes coupables et nombreuses fautes. Ah ! vous qui êtes si Odèle au Seigneur, conjurez-le, au nom de sa miséricorde, de m'accorder un acte de vraie contrition, afin que mes péchés me soient remis; et puis, par vos suffrages, je vous en supplie, obtenez û celte pauvre âme quelque diminution dans les peines qu'elle mérite. » La vierge compatissante pria avec toute la ferveur dont elle était rapable, et Louis, plein de regrets, réconcilié par une bonne confession, rendit l'âme à son Créateur.
Il ne tarda guère à apparaître à Christine et lui dit : € 0 servante de Jésus-Christ, si vous saviez à quels tourments ineffables je suis condamné, combien vous auriez [)itlé de moi! Je vous conjure de nouveau, par les entrailles de la miséricorde de noire Dieu, de redoubler voire intercession en mu faveur, afin que je sois délivré. » Christine, touchée de pitié, lui répondit : t Allez en paix,
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âme souffrante : je m'offre à endurer dans mon corps f'a moitié des tourments qui vous seraient infligés encore par la justice divine. »
Elle s'adonna donc à des pénitences nouvelles, effroyables, le feu, l'eau, la glace, etc. Elle allait sur les lieux mêmes oii elle avait entendu dire que Louis se livrait à des plaisirs défendus lorsqu'il vivait, et là, par ses larm*^s, par le sang qu'elle tirait de ses veines, elle cherchait à les expier. Elle continua ainsi, épouvantant tous les témoins de son courage et de sa charité, jusqu'à ce que le défunt se montra à elle de nouveau, mais cette fois environné de gloire. H lui rendit de grandes actions de grâces de ce que, par ses souffrances, il était acquitté envers l'éternelle justice et montait dans les splendeurs de la patrie. Christine, ravie, l'y accompagna du regard, et cette nouvelle joie lui fut une compensation de tout ce qu'elle s'imposait de privations et de misères.
(V. S. Surius, Vie de Christine-V Admirable, 23 juin; Denys-le-Chartreux, De quatuor novissimis, ch. 50.)
LA UÈnE DE DIEU MÈRE DICS AMES DU PURGATOIRE.
Ego mater pulchrœ dilcctionii et sanclœ tpei : Je suis la mèm du bel amour et de la «ainte espérance. [Eccii. xxiv, 24.1
Ce beau nom de Mère des âmes du purgatoire, la Reine du ciel se le donne à elle-même, dans les llévélalions de S'" Brigitte ; a Je suis. dit-eUe à cette sainte,
/a Mère de tous ceux qui sont dans le lieu de Texpiation ; mes prières adoucissent les châliments qui leur sont infligés pour leurs fautes (liv. IV®, c. 1, 38). » Et certainement, si les saints du paradis peuvent par leur intercession obtenir la grâce de ces âmes, qui osera nier que Celle qui est tant au-dessus d'eux jouisse de ce privilège à un bien plus haut degré, alors surtout qu'elle est appelée par l'Eglise Consolatrice des affligés, Mère de la miséricorde? S' Pierre Damien rapporte l'apparition d'une personne sortie du purgatoire, qui assurait que, dans la fôte de la glorieuse Assomption de Marie, il avait été d>Uivré plus d'àmes qu'il n'y avait d'habitants à Rome. (Opusc. 34, 2*' p., c. 3.) 11 r.iconle, en outre, le mémorable exemple d'un prêtre à qui il fut donné de voir une admirable chose dans la basilique de Sainte-Cécile, l'une des plus célèbres de Rome.
Il sembla à ce prêtre qu'il était tiré de son sommeil par un ami défunt, et conduit dans cette église. Là il aperçut une troupe de vierges saintes, Cécile, Agnès, Agathe, et autres, qui se groupèrent autour d'un trône niagniGque, sur lequel la Mère de Dieo vint s'asseoir, er.vironnée d'anges et de bienheureux qui lui faisaient la cour. Notre-Dame avait un visage majestueux à la fois et serein, qui faisait la joie de toute la sainte et silencieuse assemblée. Alors parut une pauvre petite femme en habits négligés, mais ayant sur les épaules des fourrures assez précieuses. Elle se mit humblement aux pieds de la céleste Reine, joignant les mains, les yeux pleins de larmes, et dit en soupirant : < Mère des miséricordes, au nom de votre ineffable bonté je vous supplie d'avoir pitié du malheureux Jean Patrizzi, qui vient de mourir et qui souffre cruellement dans le pur-
44 XTI* MF.nVHILLE.
gatoire. » Trois fois elle répéta la môme prière, y mettant chaque fois plus de ferveur, sans recevoir aucune réponse. Enfin, elle éleva encore la voix et ajouta : I Vous savez bien, ô très-miséricordieuse Reine, que je suis cette mendiante qui, à la porta de votre grande basilique, demandais l'aumône, dans le cœur de l'hiver, sans autre vêtement qu'un misérable haillon. Oh ! comme je tremblais de froid! C'est alors que Jean, imploré pa moi au nom de la Vierge Marie, ôta de ses épaules et mi donna cette précieuoe fourrure, s'en privant lui-môme, {]ne si grande charité, faite en votre nom, mérite bien quelque indulgence! »
A celte touchante requête, la Reine du ciel jeta sur la suppliante un regard plein d'amour. « L'homme pour lequel tu pries, lui répondit-elle, est condamné pour longtemps et à de rudes souffrances à cause de ses nombreux et graves péchés. Mais, comme il a eu deux vertus spéciales, la miséricorde envers les pauvres et la dévotion pour mes autels, je veux user de condescendance. »
Les autres bienheureux qui étaient présents intercédèrent à leur tour. M.irie ordonna qu'on amenât Patrizzi au milieu de l'assemblée : aussitôt , une troupe de démons l'introduisirent, pâle, défiguré, chargé de chaînes qui lui déchiraient les membres. La Sainte Viergi leur commanda de le délier à l'instant môme et de k mettre en liberté, afin qu'il pût se joindre aux saints qui faisaient la couronne de sou trône. Quand cet ordre eut été exécuté, tout disparut, et l'église rentra dans son silence ordinaire.
Le bon prêtre qui avait joui de cette vision ne cessa plus, à partir de ce moment, de prêcher en tous lieux
là clémence de la divine Marie envers les pauvres âmes >~[m n'ont pas encore acquitté toute leur dotte, pourvu \u'elles aient été cbaritablcb et qu'elles l'aient servie.
(V. Pierre Damien, Opusc, 34, c. 4; Théophile Raynaud, Ileter. SpiHl. 2e partie, sect. 3, 2« point, q. 2.)
DIEU ACCORDE A SES SAINTS DE GRANDES GIIACES EN FAVEUR DES AMES DU' PURGATOIRE.
MlrificavU Dominus sanctum sutim ; Dnmitins exandict me cùm clamavero ad çiim : La Seigneur a exalté son serviteur jlï m'exaucera lorsque je crierai vers lui. {Ps. iv. 4.)
Il ne serait pas inutile d'examiner ici comment et par |tiels suffrages les bienheureux déjà couronnés peuvent erourir les âmes de l'Eglise souffrante. Il est certain, 1 tel est l'enseii^nement des maîtres de la théologie 1. Augustin et S. Thomas, que les saints sont très-puisafits à cet égard par voie de supplication, ou, comme n dit, d'iwpe'l ration. C'est tout ce qu'il nous suffît de avoir, et nous nous bornerons à rapporter un nouvel xemple de ce pouvoir dans la personne du roi de France )agobert 1". Le récit est emprunté à Théophile Rayaud , qui ajoute, à titre de confirmation, que les élails en sont sculptés sur le tombeau di? prince dans i basilique royale de Saint-Denys près Paris.' Dagobcrt
(1) C«« sculptures s'y voient encore aujourd'hui, et les archôoloaet les coasidèrent comme symboliques. [Trafji.)
I avait construit cette église en 636, et on y a dcpui* ; enseveli les Rois Très-Chrétiens.
Ansault, évoque de Poitiers, avait fait le voyage de Sicile pour s'acquitter d'une ambassade et traiter quelques affaires de son Eglise. Comme il revenait satisfait, je (iirigeant vers Marseille, une tempête s'éleva, qui le força de s'arrêter dans une petite île à moitié déserte. Là vivait en ermite un fidèle serviteur de Dieu, qui s'appelait Jean et qui était en lointaine réputation de, sainteté; on venait de toutes parts se recommander ses prières et réclamer son intercession, à laquelle o attribuait des miracles nombreux. Ansault, quittant le vaisseau, se rendit à cet ermitage et se plut à interroger le pieux solitaire sur les choses célestes, et spécialcmen sur la gloire qui nous est réservée dans le paradis Après ces conversations spirituelles, Jean s'informa du pays de l'évêque, du sujet de son voyage, de sa navigation, etc. Quand il eut appris qu'il était Français, qu'il retournait de Sicile dans son diocèse et les autres particularités, il lui demanda s'il connaissait la vie édifiante du roi Dagobert. a Sans aucun doute, » répondit le prélat; et il raconta tout ce qu'il en savait : que, après des guerres malheureuses, il s'était adonné à la piété, à b glorification de l'Eglise, à la construction de temple.magnifiques et à l'embellissement des saintes cérémo nies. Il parlait avec âme. Mais Jean l'interrompit bien tôt : t Vous ignorez, ce semble, dit-il, que ce prince es passé à une meilleure vie? » Comme l'évoque paraissai itonné de cette nouvelle, et même incrédule, l'ermit hii raconta une vision qu'il avait eue. Un matin quf fatigué de ses longues veilles, il s'était laissé gagner pa ie sommeil, il avait vu paraître un vénérable persot
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nage en chcvpnx blancs, qui, le secouant, lui disait : f I,evez-vous tout de suite et vous mettez en oraison aOn d'implorer la divine miséricorde en faveur du roi Dagobcrt, dont l'àme est sortie aujourd'hui même de son corps. » Le serviteur de Died avait commencé effectivement à prier, lorsqu'il aperçut sur les flots de la Méditerranée une- troupe de monstres infernaux qui semblaient conduire le prince dans une barque, par une permission spéciale du Seigneur. Ils le poussaient avec fureur vers l'île volcanique du Stromboli, d'où s'éiancent des flammes continuelles d'un cratère célèbre, et en m^me temps ils le frappaient avec beaucoup de cruauté, et de diverses manières. L'infortuné roi appelait à son secours, avec de grands cris, les martyrs Denjs et Maurice, le saint évètpie Martin, qu'il, avait honorés particulièrement durant sa vie et auxquels il avait élevé trois magnifiques églises; il espérait qu'ils le tireraient des mains de ses bourreaux. Un moment après, voici que le ciel se couvre, l'orage accourt, la foudre gronde, d'horribles éclairs sillonnent l'air et frappent les démons au visage; puis, au milieu de la tempête, trois personnages vêtus de blanc, éclatants comme le soleil, se montrent à Dagobert et le regardent avec des marques de vive compassion. Il les interroge, toujours suppliant : c Oh ! qui ôles-vous? venez-vous me délivrer enfin? i Ils lui répondent qu'ils sont Denys, Maurice et Martin, qu'ils descendent à son appel et qu'ils le tireront de ce péril pour le conduire à l'éternelle félicité. Aussitôt, ils lèvent contre les esprits infernaux un bras menaçant, Jeur arrachent leur victime toute tremblante, les mettent en fuite; après quoi, ils l'embrassent tendrement, le consolent et l'emportent avec eux au riiA en chantant
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avec le Prophète et d'une voix d'une angélique douceur : I Bealus quem eleglsli et assumpsisli. Domine! inhabiiabit in alriis tuis; rcplebilur in bonis domûs tnœ; sanctum est templum luum, mirabile in œquilale : Bienheureux, Seigneur, celui que vous avez choisi ot attiré à vousl il habitera dans vos parvis; il sera rassasié des bien, de voire maison; votre demeure est sainte, et on l'admire parce que les justes seuls y sont reçus. »
Tel fut le récit du bon anachorète Jean, et c'est à la suite de la connaissance qui en fut répandue en France par Ansault que l'on exprima sur le marbre de Saint- Denys toute l'histoire, afin que la mémoire en fût conservée, et que les princes apprissent de là à s'assurer la protection des saints en les priant et en honorant leurs autels.
(V. le chroniqueur bénédictin du xie nihAe , Aymon, Histoire des Français, liv. iv, ch. 24; Raynaud, Heter. spirit., 3c p., sect 3, 2e point, q. 2.)
COMMENT LES PRIÈRES d'UN SAINT DÉLIVRENT QUANTITÉ d'aMES.
Mittct tihl auxllium de sancto : Dieu vous enverra son secours du fond du sanctuaire (l's. XIX, 3.)
Ce que nous venons de voir de la puissante intercession des saints en faveur des Ames du purgatoire me remet en mémoire tout ce qu'a opéré dans le môme genre le grand serviteur de Dieu Jean de Nivelle, cha-
noine primicier de la cathédrale de I.iége.' Thomas de Catimpré s'étend au long sur les œuvres apostoliques de ce pieux personnage, qu'il loue extrêmement. Bornons' nous à ce qui touche notre sujet.
Un prédicateur plein de zèle, prêchant en AngleterrOj se livrait à des mouvements oratoires très-vifs contre lei impies qui osent outrager en face la divine Majesté. Une femme du monde, livrée à de grands désordres, assistait à ce sermon : elle y fut tellement touchée de la grâce du Saint-Esprit et de la terreur des jugements de Died, qu'elle voulut donner devant tout le monde la preuve de son repentir et de sa contrition. « Mon père, s'écria-t-e!le à haute voix et en versant des larmes, mon père! la confession, la confession tout de suite pour cette malheureuse pécheresse 1 i Celui-ci, dans l'admiration de cette grande foi, l'invita cependant à se taire jusqu'à la Gn du discours, et à ne point troubler le recueillement des autres. Elle le fit pour un moment; mais, le repentir oppressant de plus en plus son cœur, elle s'écria de nouveau : i Oh! je vous en prie, serviteur de Dieu, des cendez un seul instant pour me donner l'absolution dl mes crimes, de mes énormes offenses! » Le prêtre lU imposa encore silence, ajoutant qu'il n'avait plus qu( peu de chose à dire, et qu'il serait ensuite à sa disposition, pour la consoler et rendre la paix à sa conscience
(1) C'est le même, dit-on, qui a donné lieu au proverbe si répandu du chien de Jean de Nivelle. Ce fidèle animal l'accompagnait dans toutes ses courses apostoliques, et devint à Liège une vraie c6l6< brité. On le battait tellement, pendant la dernière maladie de son maître, pour l'empêcher de sauter sur son lit, qu'il finit par s'enfuir chaque fois qu'il apercevait un visage nouveau, quelques caresses qu'on lui fit. C'est la tradition populaire.
troublée. Il termina en récapitulant brièvement ce qu'il venait d'exprimer touchant la gravité du péché; mais, à ce tableau qui la saisissait, cette femme se leva et recommença ses cris, comme hors d'elle-même : < Point de relard, mon pèrel tout de suite, tout de suite! la douleur me brise, et je me meurs... » Et, en effet, elle lombe sur le pavé de l'église et expire au milieu de ses sanglots.
Grande fut la stupeur de l'assistance et le trouble du prédicateur; il regrettait de ne s'être pas rendu immédiatement à la prière de cette pauvre pécheresse convertie, qui soupirait après la parole du pardon. Après ce premier moment d'agitation, il se recueillit, et, s'adressant aux auditeurs, il leur' demanda de se mettre en prières pour supplier la divine Majesté d'user de miséricorde envers cette âme et de daigner lui faire connaître en quel état elle se trouvait, afin qu'on pût mériter pour elle des suffrages si elle en avait besoin. Quand il fut rentré dans son monastère, il s'enferma dans sa cellule pendant trois jours, à prier continuellement, sans prendre ni repos ni nourriture. La troisième nuit, la défunte lui apparut toute glorieuse , le visage resplendissant d'allégresse, et elle lui dit : « Voici la pécheresse pour laquelle vous faites tant de prières : je suis délivrée des peines que m'avaient méritées mes innombrables fautes. Rendez plutôt d'éternelles actions de grâces à la bonté : divine, qui m'a si promptement accueillie. Oui, je vole pour toujours dans le magnifique séjour du ciel, et j'y serai votre protectrice. » Et comme le bon père paraissait douter de la vision et craindre que tout cela ne fQt un rôvo de son imagination, elle ajouta : « Afin que vous n'hésitiez point à croire ce que vous voyez, je vais
XIV* MERVEILLE. Si
VOUS donner un signe auquel vous reconnaîtrez la vérité : Aujourd'hui môme est passé à la vie bienheureuse le i^rand serviteur de Dieu Jean de Nivelle, chanoine de i.iége, lequel, ayant été toute sa vie le bienfaiteur dtvoué des pauvres, qu'il secourait par d'abondantes aumônes et par les consolations du cœur, a encore, après sa mort, obtenu de Dieu la grâce de faire du bien aux âmes du purgatoire, dont il a délivré un grand nombre. Car, tandis que les anges le portaient dans la ste Jérusalem, il a aperçu les malheureuses âmes souffrantes, au milieu des flammes expiatoires, et parmi elles beaucoup de ceux qu'il avait convertis à la pénitence : alors il s'est adressé à la divine miséricorde, au nom des mérites de Jésus-Christ : il a été exaucé tout aussitôt, et une multitude de ces captifs, délivrés à l'instant, se sont joints au cortège de leur bienfaiteur. J'ai été de cette troupe privilégiée. Mais, avant de monter où mon Dieu m'appelle pour me couronner, il m'a été accordé de venir à vous, de vous témoigner ma gratitude, puisijue ce sont vos paroles bénies qui m'ont éclairée, et que vous avez eu souvenir de moi dans vos oraisons. >
Dès que la vision eut disparu, le père s'empressa d'écrire à Liège, et il reçut des chanoines l'assurance que ce jour-là môme, à l'heure où il avait vu et entendu, le vénérable Jean avait quitté ce monde.
Voyez donc, conclut ici l'historien qui rapporte ce trait, voyez de quelle gloire sont jugés dignes ceux qui emploient le temps de leur existence à travailler au salut do prochain I
(V. Thomas de Catimprô, Apum, livr. ii. chap. ël, Q. 5.)
MEKV. PDKCI.
LA PEINE TRANSFÉRÉE d'uN DÉFUNT A DN VIVANT.
Condemnat jiistus mortuus vivos imp'os : Le juste condamne du fond de son sépulcre lei impies qui vivent encore. {Sap. iv, 16.)
On raconte qu'un chasseur laissa à son fils, en mo rant, trois excellents faucons, lui recommandant d'e converser deux pour lui et de vendre le troisième, afiri d'en donner le prix aux pauvres pour l'âme de son père. Le fils voulut choisir les deux meilleurs, et réserver l'autre pour l'aumône. Mais, pendant qu'il les éprouve, l'oiseau réservé s'échappe de ses mains et vole de toute sa force. 11 le rappelle, le siiïle de toutes les manières, mais inutilement; ce que voyant, il dit tranquillement: I Va pour l'âme de mon père I »
Vrai on non, ce qui n'est que trop exact, c'est la con duite de bien des enfants à l'égard de leurs parents morts. Thomas de Catimpré nous offre encore ici um leçon que je lui emprunte.
Pendant les guerres de Charlemagne, un valeureuj soldat avait servi de longues années dans des charge mportantes et honorables. Sa vie avait été celle d'ui chrétien : content de sa paye, il s'interdisait tout act de violence et de rapine, et le tumulte des camps n l'éloignat d'aucun de ses devoirs essentiels. Toutefois il était tombé fréquemment dans quantité de petite fautes ordinaires aux gens de sa profession. Il avai
vieilli sous le drapeau, et était arrivé ainsi à un âge 'très-avancé. La maladie mortelle le vint visiter. Alors il appela auprès de son lit un neveu orphelin, dont il s'était fait le père, et il lui dit : « Je n'ai aucun bien à te léguer, mon Ois ; le testament que je pourrais faire n'aurait pour objet que mes armes et mon cheval. Jo lie recommande, je te prie instamment, lorsque j'aurai trendu mon âme à Dieq, de vendre cet animal, et l'argent qui t'en reviendra tu le distribueras à des prêtres et aux pauvres, aOn que les premiers oITrent pour moi le divin sacriûce, et que les autres me secourent de leurs prières. •
Le neveu, touché de la scène qu'il avait sous les yeux, promit avec serment d^accomplir aussitôt cette dernière volonté. Dès qu'il vit son oncle expiré, il prit le cheval avec tous ses harnais et l'emmena. Cette béte était bonne et belle : elle lui plut dès l'abord. Il commença par s'en servir pour quelques petits voyages, et, en étant encore plus satisfait, il ne pensait pas à s'en priver de si tôt; soit qu'il ne se crût point obligé d'exécuter aussi promptement sa promesse, soit parce qu'il estimait qu'il lui était loisible d'intervertir l'ordre et de consacrer à l'aumône le prix des armes, à la place de celui du cheval, quoiqu'il fût très-inférieur; soit tout autre motif qu'il est inutile de rechercher. En tardant ainsi de jour en jour, de semaine en semaine, de mois en mois, il finit par étouffer les réclamations de sa conscience et les remords qui ne manquaient pas de l'agiter; en sorte qu'il oublia entièrement son parent et son bienfaiteur, et se conduisit comme s'il ne l'avait point connu et comme s'il ne lui restait rien de lui.
11 y avait six mois que cela durait, lorsqu'un matil
le défunt lui apparaît et lui adresse les plus amers reproches.. « Malheureux 1 lui dit-il, tu n'as eu aucun soin de faire pour l'ûme de Ion oncle ce à quoi tu t'étais engagé à son ht de mort 1 et à cause de Ion inOdélité, de ton cœur plus dur que la pierre, il m'a fallu endurer des supplices inexprimables dans le purgatoire. Que te dirai-je pour te punir? Maintenant Dieu a eu pitié de moi, il a pris en considération mes souffrances : mon âme sort de sa prison et monte au glorieux séjour.
» Mais toi, par un juste jugement, tu ne tarderas pas à mourir, et ton âme ira au même lieu pour souffrir à ma place autant de temps qu'il m'en restait à faire, si la divine miséricorde n'avait usé envers moi d'indulgence; et cela outre le temps réservé à tes pauvres fautes. » A ces mots, il disparut.
Les choses se passèrent comme il l'avait prédit. Bien peu de temps après, ce jeune homme tombe gravement malade : il appelle promptement un prCtre, se confesse iiyec larmes et raconte sa vision. 11 l'avait à peine finie, )[u'il expire, allant sans doute accomplir la seconde partie de ce qui lui avait été annoncé, et souffrir dans Je purgatoire les tourments dont il n'avait pas délivré son oncle.
Apprenez de là, ajoute l'historien que nous copions, combien une telle ingratitude déplaît au Seigneur, et à quel point il se montre sévère à l'égard des enfants ou des parents qui manquent au saint devoir de la reconnaissance. Comment perdre le souvenir de ceux qui nous ont fait du bien, qui nous ont aimés et que nous pouvons si facilen[.ent soulager?
(V. Thomas de Cati'Morô, Apum- liv. n, ch. 53, n. 2?- \
c'est se délivrer soi-même que de srcouRia
Deatnx qui intcUigit super egeiinm et potir perem! in die mala liberabit eum Oominux : Bienheureux celui qui a lintelligence des besoins du pauvre! au jour mauvais Dieu le le délivrera. (Pt. xi. 2.)
Ce ne sont pas seulement les saints docteurs, c'est l'Eglise elle-même qui, dans son Office des morts, applique à la miséricorde envers les défunts le passage des psaumes que nous venons de citer. Ces pauvres âmes sont en effet les plus indigentes, les plus dignes de compassion, puisqu'elles ne peuvent rien pour ellesmêmes. Elles réclament avec instance nos suffrages, nous promettant d'ailleurs qu'elles s'acquitteront envers nous avec usure dès qu'elles [)ourront le faire. Nous avons rapporté plusieurs traits de cette reconnaissance : en voici un nouveau.
Guillaume Freysscn, fameux libraire de Cologne, après avoir obtenu du Ciel deux grAr.es signalées, ch l'an 1649, écrivit au R. P. Jaccjues de Montfort, de la Compagnie de Jésus, grand promoteur de cette dévotion par son précieux livre De misericordiâ fUelibus defunctis exinbendâ, une lettre que nous donnons dans son entier :
« Je vous écris, mon Père, pour vous faire part de la double et miraculeuse guérison de mon fils et de
ma femme. Pendant les jours de fête où ma mnîson était fermée, je me suis mis à lire le livre dont vous m'aviez confié l'impression, touchant le zèle envers les âmes du purgatoire. J'étais encore occupé à cette lecture, lorsqu'on vint m'averlir que mon petit enfant, de quatre j ans, éprouvait les premières atteintes d'une maladie fort grave, laquelle progressa rapidement et le mit en danger de la vie. Les médecins en désespéraient, et déjà on faisait par avance les préparatifs des funérailles. La pensée ma vint que je pourrais peut-être le sauver en faisant un vcEu en faveur des âmes du purgatoire. De bon matin donc, je me rends à l'église, et je supplie avec une grande] ferveur le bon Dieu de m'exaucer, m'engageant par vœu à distribuer gratuitement cent exemplaires du livre qui apprend à s'intéresser aux membres de l'Eglise souf-] frante, et de les donner à des ecclésiastiques et à des religieux, afin qu'ils s'acquittassent avec plus de fruit des pratiques qui y sont enseignées.
» J'étais plein d'espérance. Quand je rentrai à la maison, je trouvai mon fils en meilleur état; il demandait déjà de la nourriture, quoique depuis plusieurs jours il ne pût avaler même une goutte de liquide. Le lendemain il était parfaitement guéri ; il se leva, sortit pour la promenade, et mangea comme s'il n'avait jamais souf-i fert. Pénétré de gratitude, je n'eus rien de plus pressé que d'accomplir ma promesse. J'allai au collège, de la Compagnie, je priai les Pères d'accepter de l'ouvrage autant d'exemplaires qu'ils voudraient, et de bien vouloir distribuer eux-mêmes les autres aux ordres religieux et aux ecclésiastiques qu'ils connaîtraient, afin que les âmes souffrantes, mes bienfaitrices, fussent soulagées par de nouvelles prière?- |
» 'lirois semaines ne s'étaient pas écoulées, qu'un autre accident non moins grave pesa sur moi. Ma femnio, en rentrant chez elle, fut surprise d'un Ireinblenjent subit de tous SOS membres, qui la jetait à terre et lui ôlait le sentiment. Peu à peu les paroxysmes augmentèrent, au point de lui ôter tout appétit, et jusqu'à la parole. On em[»loyd tous les remèdes possibles, mais en vain ; le mal grandissait de jour en jour, et enfin on jugea que c'en était fait d'elle. Le confesseur qui l'assistait, voyant qu'il n'y avait plus rien à attendre, m'adressait des paroles de consolation, et m'exhortait paternellement à me soumettre à la divine volonté, qui appelait au paradis la compagne de ma jeunesse. Pour moi, après l'expérience que j'avais faite, je conservais ma confiance dans les bonnes âmes du purgatoire, et je ne désespérais pas enroro. Je retournai à la môme église : là, proslcrné devant l'autel du Saint-Sacrement, je renouvelai mes supplications avec toute l'ardeur que m'inspirait le dévouement conjugal. — 0 mon Dieu, disais-je, voire miséricorde ne s'épuise point! Au nom de celle bonlé infinie, ne permettez pas que la guérison de mon fils soit payée cruellement de la mort de ma femme! Je formulai le vœu de distribuer cette fois deux cents exemplaires du saint livre, afin d'engager un plus grand nombre de personnes à intercéder pour les âmes souffrantes. Je suppliai celles qui avaient été délivrées déjà de s'unir à moi dans cette circonstance, puisque j'avais eu d'elles un fidèle souvenir. » Après cet acte de piété, comme je retournais à la maison, je vois accourir au-devant de moi mes domestiques : ils m'annoncent tout joyeux que la malade éprouve un soulagement notable, que le délire a cessé et que la parole est hbre. Je vole m'en assurer : tout
58 XVII* MERVIiILLE.
était vrai. Je lui offre des aliuieots, elle les mange avec appétit. Très-peu de temps après, elle était si parfaitement reiijise, qu'elle venait avec moi dans le saint lieu faire son action de grâces et bénir le Seigneur desj miséricordes, si bon père pour ceux qui le servent.! Naturellement, je fus aussi exact à porter au collège leaj livres que j'avais voués, et non-seulement au collège, mais au couvent des dominicains et chez d'autres religieux de différents ordres, et je leur demandai de s'unii tous pour délivrer les âmes du purgatoire.
i> Votre révérence peut accorder une foi entière à ce récit, que je signe devant Dieu. Qu'elle m'aide, je l'en prie, à remercier le Seigneur de ce double miracle. »
Il n'est pas nécessaire d'y ajouter une seule paroleJ Le cœur du lecteur lui en dit plus que ne pourraient faire de longs discours.
(V. Jacques Hautin, S. J., Puteus dcfunct. l, l, c. 5, art. 3,
LES SOUFFnANCES DU PURGATOIRE, BIEN QUE PASSAGÈRES, PARAISSENT EXTREMEMENT LONGUES.
Heu mihi quia incolatua meus prolongatu est : Malheureux que jo suis! mon exil s prolonge. (P*. cxix.)
S. Augustin reprend fortement la témérité d'un chré tien de son temps, qui enseignait que le purgatoire n'es point à redouter, puisque les tourments n'y doivent pa durer toujours, i Peu importe, disait-il, le temps que j
XVir MERVEILLE. 50
passerai dans ce lieu, pourvu qu'à la fin je sois introduit au ciel. » Le saint lui répond : « Que personne ne parle ainsi : car le feu de l'expiation sera plus affreux qu'^iucnne souffrance ici-bas, quelque dure que nous l'imaginions {Serm. 4 de Snnctis). » Le trait que nous allons rapporter montrera ce qu'il en faut penser.
Deux religieux pleins de piété (il est inutile d'indiquet l'ordre auquel ils appartenaient) montraient le plus grand zèle pour l'œuvre de leur sanctification. Les mêmes goûts d'oraison, de recueillement et de pénitence, les avaient unis d'une étroite amitié, de sorte qu'on pouvait leur a()pliquer ce vers latin :
TU duo corporibus. mentibus unus erant :
Ils forment bien deux corps, mais c'est une seule âme.
Ils avaient fait une sainte ligue pour travailler à la gloire de Dieu, être toujours les premiers au chœur pour la psalmodie, s'intéresser au salut du prochain, et maintenir autant qu'ils pourraient la stricte observation des règles. L'un des deux ne tarda pas à tomber sérieusement malade, et en peu de temps donna des imjuiétudcs pour sa vie. Un ange du Seigneur lui apparut et lui [annonça qu'il allait mourir sans retard, et qu'il expierait |ses fautes légères dans le purgatoire, jusqu'à ce qu'on oui dit pour lui une messe de requiem, après laquelle il ^'"p volerait au ciel, où l'attendait la récompense de son I' et de sa ferveur.
Celte nouvelle le combla de joie. Appelant à l'instant
- ami, il lui fit part de sa vision, de la mort qui
'dilait enlever et du séjour très-court qu'il devait faire
*'n purgatoire, et il le conjura, par les liens de leur fra-
ternclle union, d'offrir le plus tôt possible le divin sacrifice, d'oi!i dépendait son éternelle félicité. Le bon moine, tout ému de la perte qu'il allait faire, promit tout à un ami si cher, et il fut fidèle à sa parole : car, la mort étant survenue dès le lendemain matin, à peine eut-il fermé les yeux qu'il courut à la sacristie revêtir les ornements sacrés, et monta au saint autel. Il y pria avec une dévotion extraordinaire, conjurant Dieu, au nom de 1 divine Hostie, d'admettre dans les joies du paradis une âme qui avait été sa fidèle servante.
La messe était à peine terminée, que, pendant son action de grâces, il voit apparaître son ami, rayonnant de bonheur, et cependant avec un reste de chaijri et de souffrance sur le visage, c Mon frère, lui dit l défunt, où donc était votre foi? qu'avez-vous fait d votre promesse? vous mériteriez que Dieu n'eût pa davantage pitié de vous-même ! — Et pourquoi ? de manda celui-ci. — Pourquoi? Ne m*avez-vous pas laissé, au milieu du feu vengeur plus d'une année, sans que ni vous ni aucun des frères dît pour moi une seulej messe, lorsqu'on pouvait ainsi me délivrer promptement? Cela ne vous paraît-il pas un bien cruel oubli? — En vérité, vous me surprenez ! s'écria le religieux. J'ai tenu si exactement ma promesse, que je viens seulement de déposer mes ornements sacerdotaux. Comment pouvez-vous dire que j'ai différé plus d'une année, lorsqu'il y a à peine quelques heures que vous avez quitté la terre et que les funérailles ne sont pas encore faites? Si vous voulez vous en assurer, venez avec moi : le cadavre est là. »
Alors l'âme, le regardant avec un douloureux soupir : « Oh ! s'écria-t-elle, qu'elles sont épouvantables.
ces soufTrancos, puisqu'elles m'ont fait prendre quelques heures pour une année I Louée soit donc la divine miséricorde, qui maintenant abrège l'épreuve I Je bénis votre charité, mon frère; je vous remercie. Je vole au ciel, oii je supplierai Dieu de vous rendre ce que vous venez de faire pour moi, afin que nous soyons un jour réunis dans l'éternel bonheur et dans la gloire, comme nous l'avons été aux jours de la peine et du combat. Adieu donc, et courage 1 >
Celui qui nous a conservé cette histoire en prend texte de confirmer un autre mot de S. Augustin que voici : I La peine que l'on endure au purgatoire dans le temps d'un simple clin d'oeil est plus cruelle que celle de S. Laurent sur son gril. »
(V. Jos. lîarolius, De anhnabus, serm. 100.)
XVIIP MERVEILLE.