LES TF-INES DU PURGATOIRE CONFORMES AUX FAUTES COMMISES
Per q:tir guis pcccat, per hœcel lorquctur: Par où l'houiino pèche, c'est par là auâftiqu'ii est touriiienté. {Sap. xi. 17.)
On lit dans les Révélations de S'^ Brigitte d'admirable? apparitions relatives aux âmes du purgatoire, et qui méritent d'autant plus d'être crues qu'elles ont été discutées et admises par de très-savants docteurs; en surtd qu*on a pu écrire autour de l'image de la sainte les belles paroles que l'Ecriture applique à la pieuse veuve Judith : « Omnia quœ locuta es vera sunL, et in verbis luù nulla eU
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rcprehensio : Tout ce que vous avez dit est vrai, et il n'y a rien à repreiidre dans vos paroles. » Parmi ces nombreuses visions, j'en choisis deux seulement, de celles qui peuvent profiter davantage au lecteur.
S*'' Brigitte assista au jugement et à la condarnnation| d'un soldat qui venait de mourir. L'âme fut présentée au tribunal divin, ayant à droite son ange gardien pour avocat, et à gauche le démon pour accusateur. Celui-ci alléf^uait fiarticulièrement contre lui trois- crimes : le premier, d'avoir péché par les yeux, en les arrêtant avec pleine délibération sur des objets défendus qui remplisi saient son imagination de tableaux coupables et son cœur de désirs mauvais; le second, d'avoir péché par la langue, en prononçant des mots obscènes, des serments et des malédictions; le troisième, d'avoir péché en actions, par toute espèce de souillures et de larcins. L'ange prif sa défense et rappela les actes de vertu qu'il avait produits : les prières ferventes souvent récitées, les aumônes abondantes distribuées aux malheureux, les jeûnes et lesj mortiflcations qu'il s'imposait au milieu môme des camps,] 11 ajouta spécialement qu'au moment de la mort il avait recouru avec grand abandon à la Mère des miséricordes, à la Reine du ciel, et qu'elle lui avait fait produire les actes d'une vraie contrition. — Après ce double plaidoyer, le juge souverain prononça que l'accusé serait exempt des peines éternelles, mais qu'il ferait un douloureux et lon"^ purgatoire, dans ce sens que l'expiation serait parfaitement conforme aux fautes commises. * Il faut, ditil, que cette âme soit entièrement puriGée, et elle subira on châtiment en rapport avec ses faiblesses. La peine des yeux sera de contempler des objets affreux ; celle de la langue, d'être percée de mille pointes et tourmentée
de la soif; celle du loucher, d'être plongé dans un océan de feu. » A ce moment parut l'avocate des pécheurs, la Mère de Dieu, pour demander en grâce à son divin Fils un adoucissement à tant de supplices réunis ; elle rappelait que ce soldat a\rait jeûné les veilles de ses fêtes, récité son ofTice souvent, et recouru à sa protection par de ilévotes prières. Le Sauveur, touché de cette intervention, consentit à adoucir la sentence, et ajouta que pour obtenir davantage encore il faudrait, do la part des vivants, des prières, des aumônes et des [)énitences : llœc enim sufit tria quœ liberabunt à tribus pœnis.
La seconde vision fut celle d'une noble demoiselle, dont Brigitte vit les grands tourments et entendit les plaintes. La sainte était livrée à une haute contemplation, lorsqu'elle se trouva tout à coup ravie en extase en présence des peines de l'autre vie. Parmi bon nombre de personnes, elle observa une jeune fille de condition distinguée, ' qui se désolait au sujet de sa mère, dont l'excessive indulgence, pire que la hajne, l'avait laissée trop à elle-mômo et à ses goûts de dépense, de délicatesse et de vanité. En outre, elle l'avait conduite aux spectacles, aux festins, aux réunions mondaines et licencieuses. En un mot, au lieu de retenir une jeunesse déjà portée d'elle-même au plaisir et à l'oubli des devoirs sérieux du christianisme, celte mère a>veugle l'avait pour ainsi dire introduite dans la vie légère et sans retenue qui ruine les âmes, t II est vrai, ajoutait la malheureuse condamnée, que ma mère me conseillait de temps en temps quelques actes de verti et plusieurs dévotions utiles; mais, comme d'autre part elle consentait à mes égarements, ce bien se mêlait au mal; c'étaient des aliments, sains d'eux-mêmes, empoiaounés et rendus mauvais. Toutefois, je dois rendre grâ-
ces à l'inGnie miséricorde du Sauveur, qui n'a pas permia ma damnation éternelle, que je méritais si bien par tant de fautes. Avant de mourir, touchée de repentir, je me suis confessée; et quoique cette conversion fût l'effet de la crainte, au moment où j'entrais en agonie je me ressouvins de la douloureuse Passion du Sauveur, et cette pensée me porta à une sincère contrition. Je m'écriai donc, de cœur plus que de bouche : Seigneur Jésus, je crois que vous êtes mon Dieu. Ayez pitié de moi, à Fils de la vierge Marie, au nom de vos douleurs du Calvaire. J'ai un vif regret de mes péchés, et je souhaiterais de les réparer si f avais pour cela du temps. En disant ces mots j'expirai. J'ai été délivrée de l'enfer, mais précipitée dans les plus graves tourments du purgatoire. »
Après ce discours, que Dieu fit entendre distinctement à la sainte, aOn qu'il servit d'instruction à tous, l'âme continua d'expliquer ce qu'elle endurait en rapport avec ses fautes : « Maintenant, disait-elle, cette tête qui se plaisait aux parures et à la vanité, qui cherchait à attirer les regards, est dévorée de flammes à l'intérieur et à l'extérieur, et de flammes si cuisantes, qu'il me semble que je suis le point de mire de toutes les flèches du ciel. Ces épaules et ces bras que j'aimais à découvrir sont cruellement étreints dans des chaînes de fer. Ces pieds, ornés pour la danse, et objets de vanité, sont entourés de vipères qui les mordent et les souillent de leur bave immonde. Tous ces membres, chargés de colliers, de bracelets, de fleurs, de joyaux, se trouvent plongés dans des tortures qui leur font éprouver à la fois la consomption du feu et l'insupportable froid de la glace. »
L'infortunée poursuivait ce tableau, afin d'émouvoir la compassion de Brigitte et d'obtenir ses suffrages. La
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sainte raconta tout à une cousine de la défunte qui s'abandonnait elle-même à la mondanité : ce qui fit sur elle une telle impression, qu'elle commença par renoncer à ses vains ajustements, et plus tard se voua à la pénitence dans un ordre extrêmement austère, oà elle n'avait de bunlieur que dans les mortifications, les jeilties et la prière, tant pour elle-même que pour soulager sa pauvre parente.
(V. Révélations de S^e Brigitte, Uv. vi, ch. 33 et 52.)