LK CIEL EENIT CEUX QUI PRIENT POUR LES MORTS
Benedictl vos à Domino, qui fecistis misericordiam : liénis soyez-vous du Seigneur, vous qui avez exercé la miséricorde. (7/ Reg, II. 5.)
Avant de quitter S*" Brigitte, je veux rapporter une autre de ses visions, qui montre clairement combien sont bénis dos anges et des élus ceux qui s'occupent généreusement à prier en faveur des défunts. Ils reçoivent, à bien meilleur titre encore, l'expression ardente de la recon^ naissance de David envers les habitants de Jabôs : Bcnjs uyez-vous du Seigneur, vous qui avez usé de miséricorde envers votre maître Sml, et qui lui avez donné la sépulture!
Rrii,'itle vit donc, une autre fois, ouvert devant elle le lieu où les Ames sont purifiées comme l'or dans lo creuset, avant de monter au séjour de l'éternel repos. Elle y entendit l*» "oix d'un ange qui disait parmi ses
prières : i Béni soit celui qui, vivant encore sur la terre, aide les âmes de ses oraisons et de ses bonnes œuvres! car l'infaillible justice de Dieu exige que les âmes soient purifiées par les tourments du purgatoire ou délivréeF par les bonnes œuvres de leurs amis. » Alors la sainte entendit un chœur de voix suppliantes : « 0 Seigneur Jésds-Christ, très-juste juge, au nom de votre infinie miséricorde, n'ayez point égard à nos innombrables fautes, mais aux mérites de votre très-précieuse Passion. Inspirez un sentiment de vraie charité au cœur des ecclésiastiques, des religieux, des prêtres et des prélats, afin que par leurs prières et leurs sacrifices, par les aumônes, par les indulgences, ils nous secourent dans notre triste situation. Ils peuvent, s'ils le veulent, adoucir et abréger nos tourments ineffables, et faire que nous soyons plus tôt près de vous, ô Died ! •
Enfin, de l'abîme de ce lieu de souffrances d'autres supplications frappaient l'oreille : « Grâces et mille fois grâces à ceux qui nous envoient du soulagement dans notre malheur! » Puis une sorte de lumière, brillante d'un côté, nuageuse de l'autre, descendit d'en-haiit et pénétra dans le purgatoire, pour faire comprendre que le soulagement venait avec drs prières, mais non parfait encore. Et de nouvelles voix chantaient : a 0 Seigneur Dieu, que votre puissance infinie rende au centuple le bien que nous font ceux qui pensent à intercéder pour notre délivrance, et à contribuer à nous introduire dans votre céleste et douce lumière ! »
Voilà donc la récompense assurée de ceux qui prient pour les morts, voilà les intercesseurs qu'ils s'attachent. Ce sont des âmes qui, envoyées par eux dans la félicité éternelle, n'oublient jamais un pareil service et le ren-
dent en prières semblables. Admirable communion des Cdèles entre eux, qui fait de l'Ei^^iise une seule famille étroitement unie! Source assurée de grâces pour qui 5ait comprendre! Plaise à Dieu que chacun de mes lecteurs éprouve quelque chose, des sentiments de compassion et de ferveur dont ces visions remplirent la grande sainte Brigitte jusqu'à la Gn de sa vie! Hélas! combien nous avons besoin de nous assurer un appui dans l'autre monde, nous que tant de fautes exposent aux rigueurs de la divine colore I
(V Réiélalions de iS'e Brigitte, liv. iv, ch. 7 ; ThéOt)hile Renaud, Ileter, Spirtt.., 2« partie; soct 1, 7« point.)
INGRATITDDE DES DÉBITIFBS ENVERS LEURS BIENFAITEURS.
Ingrnli fuerunt ei qui prœparavil eis vi tnm : Ils se sont montré* in^rnls envers celui de qui ils tiennent la vie. {L'sdr.)
Si Dieu doit juger sans miséricorde cdui qui n'a pn* ou de miséricorde envers les autres, 'Judicium sine miserkordià illi qui non fecit misericordiam ,^ quelle sera S( rigueur à l'égard de ces héritiers qui font à l'âme de. leurs bienfaiteurs celte injustice, de n'acquitter point leurs legs pieux? Je n'hésite pas, pour ma part, à leur appliquer le mot du IV* concile de Carthage et à le; appeler Vjjentium nccatores, meurtriers des malheureux
(l) S. Jacques, ii, 13.
C3 XX* MF.RVEILLE.
On va voir dans ce chapitre un exemple du cliAliment réservé à leur impiété et à leur criminelle usurpation : car enfin, tout ce qu'ils ont retenu de la sorte ne leur appartient pas, c'est un bien dérobé. Oh ! combien de fois ces héritages, marqués au cachet de l'ingratitude, n'ont-ils enfanté pour leurs possesseurs que labeurs et peines 1
A Milan, une propriété peu éloignée de la ville avait été affreusement tourmentée, et désolée par la grêle, pendant que les campagnes voisines étaient demeurées intactes et florissantes. On ignorait la cause de ce désastre particulier, lorsque l'apparition d'une âme du purgatoire ût connaître que c'était un châtiment de la justice divine sur des enfants ingrats qui n'avaient point exécuté la dernière volonté de leur père relativement à des œuvres pieuses.
On raconte aussi, et sur le nombre il y a certainement des faits prouvés, que maintes fois les âmes des défunts ont fait entendre dans les maisons des bruits effrayants, ont bouleversé les meubles et autres choses semblables, pour le même motif. A Ferrare, un des plus beaux palais de la ville était resté inhabitable par suite du tapage nocturne qui s'y faisait régulièrement, et dont la cause naturelle avait échappé à toutes les investigations. Le propriétaire, voyant la perte considérable qui en résultait pour lui chaque année, avait tout employé, mais inutilement. Un étudiant en droit, fatigué de ses plaintes et persuadé qu'il n'y avait au fond que de ridicules terreurs, s'offrit hardiment à demeurer dans cette maison seul, et à prouver la vanité des craintes générales, pourvu qu'on lui garantît un logement gratuit pendant dix ans dans l'une des chambres. Le propriétaire y consentit
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Lien volontiers. L'étudiant s'installa au palais le jour môme, après y avoir fait porter ses livres et tout son biignge.
La nuit vient. Notre jeune homme, plein de courage, se mit à étudier tranquillement; il avait à soutenir le lendemain une thèse importante, et son esprit n'était rempli que de cette idée. Comme il avait d'ailleurs de la piété, il avait fait bénir le cierge qui l'éclairait, persuadé qu'au cas où le démon tenterait quelque chose contre lui, ce saint objet le préserverait de malheur. Il étudiait donc, sinon sans émotion, du moins sans crainte appréciable, lorsque, vers le milieu de la nuit, un bruit singulier se fait entendre dans tous les appartements ; on eût dit un mouvement de chaînes traînées lourdement sur le parquet. Sans s'émouvoir, notre étudiant s'apprête à voir ce que c'est et attend avec impassibilité : car il distinguait l'approche de ce bruit, qui venait de son côté. Il tenait les yeux fixés sur la porte, prêt à interpeller le nouveau-venu, lorsque cette porte s'ouvre, et qu'aperçoit-il? un spectre hideux, des fers aux pieds et aux mains, qui, sans lui adresser une parole ni répondre à ses questions, s'assied à côté de lui et le regarde avec des yeux terribles. Le jeune homme commençait à trembler bien fort; mais, ayant fait une prière intérieure à Dieu, il se rassied à son tour et continue de consulter ses livres et d'écrire. — « Que cherches-tu donc avec tant de soin? demanda enfin le fantôme d'une voix sépulcrale. — Je cherche un texte de loi qui m'est indispensable pour ma thèse de demain. — Ce n'est pas dans ce livre que tu le trouveras, reprend l'eCFrayant visiteur ; je vois là, sur la table, un Barthole : à tel endroit tu auras ce que tu veux. — Je vous remercie, i Et il pour-
suit son travail. Je n'oserais dire qu'il le fit en toute iberlé d'esprit; on ne pouvait pas l'exiger de lui.
Dès que la première lueur du jour parut, le spectre éleva, faisant de nouveau résonner ses chaînes, et sortit ommc il était venu. Mais le jeune homme se lève à son our, sa lumière à la main et le suit pas à pas, jusqu'à ine sorte de cave, où la terre sembla s'ouvrir et où la vision s'évanouit. Il laisse son cierge bénit à cet endroit et remonte dans sa chambre. Aussitôt que l'heure le lui permit, il sortit et alla raconter l'histoire à ses amis. On se rend au palais, on visite les lieux, on descend où était le cierge, on creuse, et on trouve un cadivre, dont personne ne put indiquer l'origine. On appela donc un prêtre ; ces restes ignorés furent déposés dans un cercueil et inhumés en terre sainte, après les cérémonies et les prières ordinaires. On dit pour le défunt un grand nombre de messes, et depuis ce moment le palais demeura libre de tout ce qui l'avait rendu inliabitable. Tout le monde fut persuadé que Dieu avait permis à une âme abandonnée dans le purgatoire de solliciter ainsi les suffrages de ses frères.
(V. Jacques liautin, Palroc. defunct., 1. ii, art. 5 ; Nicolas Lagus, Mirac. SS. Sacram. tr. vu, dist 4, ch 27.')
(1) Cette histoire paraîtra presque incroyable; mais les livres les plus sérieux et les plus dignes de foi en contiennent de semblables, à toutes les époques et dans tous les pays. Voyez, par (X^mple, la Myalique divine du célèbre Gœrrès, traduite par M. Sainte Foi, où le savant critique a rassemblé une foule de traits plus étonnants encore et authentiquemant prouvés. Nous rappellerons que Pline, dans une de ses lettres, raconte une apparition du même genre, à laquelle il déclare positivement croire. Suétone en a plusieurs, dan<? ses Douze Césars, notamment au no 59 de sa Vie de Caligula. (Nota du trad^cte^^.)
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XXP MERVEILLE.