‹ Les merveilles divines dans les saints du Moyen ÂgeChapitre 10 sur 54 · EST SAINTEMENT RAVI CELUI QUI PRÉTENDAIT RAVIR · texte numérisé non relu

EST SAINTEMENT RAVI CELUI QUI PRÉTENDAIT RAVIR

Erunt capientes, gui se ceperunt. Isa. 14. 2. Ils captiveront ceux qui les avaient faits

. captifs.

Souvent la Providence permet que celui qui tond des pièges au prochain , tombe lui-même dans un piège, et que celui qui ne songeait qu'à pervertir, soit l'heureuse conquête de la grâce. En voici un exemple.

Trois frères de race noble, chevaliers de Saint-Jean et seigneurs d'Eppe et Marche en Picardie , s'étant croisés pour la défense de la Terre-Sainte, tombèrent au pouvoir des Sarrasins dans une bataille sanglante où ils avaient fait des prodiges de valeur. On les emmena au Caire, où ils furent présentés au calife ou Soudan d'Egypte, qui, frappe de la noblesse de leur extérieur et touché de leur courage, conçut le plus vif désir de les gagner à sa secte et de les attacher à son service. Il usa d'abord de menaces, puis employa les promesses, aOn de les attirer au mahoraétisme ; mais ces valeureux chevaliers lui répondirent que, s'ils avaient quitté leur patrie, c'était pour étendre la foi de Jésus-Christ, et non pour la renier, et qu'ils regarderaient comme le comble de la gloire de donner leur sang pour une si belle et si .sainte cause. Le Soudan ne put s'empêcher d'admirer en secret cette niagna-

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nime réponse; il aiTecta toutefois de paraître menaçant. 11 les fit enfermer au fond d'une tour, avec ordre de ne leur donner qu'une stricte mesure de nourriture. Puis, s'imaginant qu'il les avait domptés, il envoya à la prison une troupe d'imans pour attaquer leur foi par le raisonnement.

Cette seconde tentative n'eut pas plus de succès que la précédente. Bien qu'ils fussent plus habiles à manier les armes qu'à discuter sur la religion, noe chevaliers, éclairés d'une lumière céleste, surent si bien confondre les sophismes de ces faux docteurs et confirmer les mystères de notre sainte foi, que leurs adversaires durent se retirer confus. Le barbare calife en fut outré de dépit, et pour vaincre leur constance, il les fit charger de chaînes et réduire au pain et à l'eau, de manière à les empêcher seulement de mourir de faim.

Persistant toujours dans le dessein de les contraindre à abjurer, il s'avisa d'un troisième expédient vraiment adroit. U avait une fille, à la fleur de l'âge, nommée Ismérie , d'un extérieur agréable , très-spirituelle et très-gracieuse dans sa conversation et ses manières, et aussi parfaitement instruite des dogmes de sa secte. Il la fit venir et lui enjoignit d'aller voir ses prisonniers et de déployer pour l'amour de lui toutes ses ressources, son industrie, son talent, afin de les gagner au mahométisme. La jeune fille se rendit au désir de son père, et composant son ton et ses manières, elle dit aux chevaliers qu'elle avait appris que le calife son père se disposait à les faire périr d'une mort trèscruelle; que, touchée de compassion, elle venait les exhorter à ne pas s'obstiner dans leur attachement pour un homme crucifié. La religion de Mahomet est

bien préférable, leur dit-elle. En l'embrassant, vous vous assurez pour le présent toutes les richesses et les dignités que vous pouvez désirer, et puis la vie bienheureuse que nous a promise le grand prophète. L'un des chevaliex's lui répondit avec beaucoup de politesse qu'il remerciait influiment Son Altesse de ce qu'elle daignait s'intéresser à leur sort et leur rendre visite; après quoi, il protesta que, quelque brillantes que fussent ses offres, ils préféraient à tous les trésors du monde, la foi du vrai Dieu qui, pour le salut du genre humain, était descendu des cieux sur la terre. En somme, il parla de notre sainte religion d'une manière si persuasive, qu'lsmérie en conçut la plus liante idée et se retira à demi-convaincue. De retour auprès de son père, elle lui rapporta l'insuccès de sa première démarche , en ajoutant toutefois qu'elle n'était pas sans espoir de triompher à une nouvelle attaque. Le calife l'encouragea à poursuivre son entreprise, et elle retourna à la prison , où elle réitéra ses premières offres auxquelles elle joignit toute sorte d'arguments. La dispute ainsi engagée sur la vraie religion, le même chevalier dit des merveilles de l'incarnation , de la mort et de la résurrection du Fils de Dieu, et finit par parler de sa divine Mère, assurant qu'il suffisait de contempler son image pour se sentir porté à l'aimer. A ces mots, la princesse exprima le désir de voir cette image et leur demanda s'il en avait une. Sur la réponse négative du chevalier, elle s'informa s'il ne pourrail pas du moins faire son portrait. J'espère que oui, repartit le chevalier en ce moment inspiré d'en haut, pourvu que la Vierge m'assiste et que j'aie à ma disposition les instruments nécessaires, un pinceau, et

des couleurs, ou du bois et un ciseau. — I.a jeune fille courut à l'instant lui chercher lout ce dont il avait besoin.

En son absence, les deux frères cadets témoignèrent leur déplaisir à l'aîné de ce qu'il s'était engagé inconsidérément à une chose dont il était incapable, n'ayant pas le talent de peindre ou de sculpter. Mais ce dernier les exhorta à avoir confiance : C'est Dieu, dit-il, qui m'a inspiré de faire cette promesse; il m'aidera à la remplir ; il suffit que nous lui en demandions humblement la grâce. — Ils se mirent donc en prière; après quoi, tous les trois furent surpris d'un doux sommeil. Mais bientôt, ô prodige! Ils sont réveillés par une musique harmonieuse et par une éclatante lumière, et ils aperçoivent au milieu d'eux une très-belle statue de la Vierge, façonnée de la main des anges et déposée par eux dans la prison sur l'ordre exprès de la Reine du ciel. En même temps, ils se trouvent dégagés de leurs chaînes. A l'instant, ils se jettent à genoux pour offrir les plus ferventes actions de grâces § la Mère de Dieu.

Le lendemain matin, Ismérie revient à la tour., et, en ouvrant la porte, elle respire une odeur délicieuse, et aperçoit une vive lumièi'e. L'aîné des chevaliers lui dit aussitôt : Voici, princesse, la statue de la Vierge, travaillée de la main des anges ; nul mortel n'y a mis la main. — A son aspect, Ismérie fut saisie d'étonnement et tomba à genoux pour lui rendre hommage. Dans le même moment, la Mère de Dieu lui changea tellement le cœur que, se rendant à la grâce, elle donna sa parole aux chevaliers qu'elle se ferait chrétienne et qu'elle chercherait les moyens de leun'endre

la liberté. Elle les pria ensuite humblement de lui faire cadeau de cette image, ce qui lui fut accordé gracieusement, et elle l'emporta secrètement dans son cabinet. Là, elle fit une prière que la miséricordieuse \'ierge ne tarda pas à exaucer. Une nuit, elle lui apparut, l'exhorta à recevoir le saint baptême et à prendre le nom de Marie, lui promettant qu'elle l'aiderait à sortir de son pays et à se rendre en France avec son image miraculeuse qui serait l'instrument d'une foule de grâces.

Encoui'agée par cette vision consolante, la princesse ramassa aussitôt tout ce qu'elle possédait de joyaux, d'or et d'objets précieux ; elle les enferma en cachette dans un sac, où elle mit aussi la petite statue enveloppée d'une étoffe très-flne. Puis, profitant des ténèbres, elle alla doucement vers la prison qu'elle trouva ouverte par miracle, et d'un ton joyeux : Chevaliers, dit-elle, la sainte Vierge m'est apparue cette nuit, elle m'a promis de m'aider à fuir. Levez-vous donc et partons; je veux m'éloigner avec vous, allu d'embrasser la loi de votre Dieu.

Les chevaliers ne se firent pas prier. Ils se hâtèrent de sortir de la tour et de la ville, sans que personne les vît. Après avoir marché quelque temps, ils arrivèrent à un bras du Nil qui leur coupait la voie. Ils ne savaient comment le traverser, quand ils virent arriver à eux une chaloupe montée par un jeune pilote qui s'offrit avec bienveillance à les transporter. Quand ils eurent traversé le fleuve, ils reconnurent que ce pilote était un ange; car en un clin d'oeil, lui et sa barque s'évanouirent à leurs yeux. Voyant donc que la divine Providence veillait sur eux, ils poursuivirent

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gaîment leur route. Cependant Israérie, fatiguée du voyage, demanda un peu de repos. Tous quatre allèrent s'abriter près d'une haie et s'endormirent d'un sommeil paisible.

Un nouveau prodige eut lieu en ce moment. Tout d'un coup, sans se réveiller, ils furent transportés, par les mains des anges, d'Egypte en France et déposés en Picardie, au voisinage des terres dont les chevaliers étaient seigneurs. A leur réveil, un paysage nouveau frappe leurs yeux ; ils ne savent où ils sont, quand un pasteur venant à passer avec son troupeau, ils lui demandent en arabe quel était ce pays. Il leur répondit ert français; eux-mêmes alors le questionnèrent en cette langue et apprirent qu'ils étaient dans le pays de Laon, et près du château d'Eppe. Touchés de reconnaissance pour ce nouveau prodige, ils se prosternèrent aussitôt pour en remercier le Ciel et la divine Marie; puis se hâtèrent de partir. Mais en traversant un certain jardin, la statue de la Vierge devint si pesante, que ni Ismérie, ni les chevaliers ne purent l'emporter, qu'après avoir fait une prière. C'était un signe que la Vierge voulait être honorée en ce lieu. En effet, on y bâtit dans la suite une église magnifique en son honneur, et elle y est vénérée sous le litre de Notre- Dame de l'Allégresse.

En entrant sur leurs terres, les chevaliers y furent reçus avec les plus vives démonstrations de joie par leurs parents et leurs amis, qui ne se lassaient pas d'entendre le récit de leurs merveilleuses aventures , et surtout ce qui regardait Ismérie qui , par amour de la religion, avait abandonné sa patrie et sa couronne.

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Enfin, quand elle eut été bien instruite des mystères du christianisme, on la conduisit à Tévêque de Laon qui lui conféra le baptême avec beaucoup de pompe, et lui donna le nom de Marie. Elle s'en montra digne par la vie sainte qu'elle ne cessa de mener et par la pratique de toutes les vertus. Elle mérita ainsi la couronne de la gloire céleste, en échange du diadème terrestre qu'elle avait méprisé.

Vous voyez, cher lecteur, se dérouler dans cette histoire un drame merveilleux dont chaque acte tient du prodige et se termine par une péripétie imprévue. Ainsi la captivité des chevaliers aboutit à une délivrance inespérée; la perfidie du calife à sa confusion; les tentatives d'Ismérie à sa conversion et à son salut. Voilà comment la Providence se joue des projets de la sagesse humaine, et fait tout concourir au bien des élus.

P. Guillaume Cumpenberg. S. J. In alL Mariano-Imag. Si. B. V. de lœlilia. I

LA POSTERITE DES JUSTES BENIE ET FAVORISEE DU CIEL, A CAUSE DE LA PIÉTÉ DES PARENTS.

Generatio rectorum benedicetur ; gloria et dh'itiœ in domo ejus. Ps. 111. 2.

La race des justes sera bénie; leur maison sera comblée de gloire et de richesses.

Dieu est admirable dans tous ses saints; mais on peut dire qu'il prodigue les merveilles pour sa sainte Mère. Voici tout un faisceau de miracles opérés en faveur d'une dame très-pieuse, en récompense de sa dévotion pour la très-sainte Vierge.

Benigna était une noble veuve, peu avantagée des biens de la fortune, mais ricbe des dons célestes. Elle avait deux enfants, un garçon et une fille, qui étaient toute sa consolation ; mais son fils fut ravi à sa tendresse par un déplorable accident. En effet, encore à la fleur de l'âge, il fut fait prisonnier dans un combat naval contre les Turcs, et emmené en esclavage à Constantinople. Cette perte causa le plus grand cbagrin à la pauvre mère. Elle ne cessait, ni Jour| ni nuit, de supplier la Heine du ciel, pour qu'elle daignât sauver son fils. S' étant chargée du soin d'une église consacrée à la Mère de Dieu, elle y remplissait avec zèle l'office de sacristine ; elle nettoyait l'autel, entretenait les ornements, balayait le pavement. Un soir donc, poussée

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par im mouvement intérieur, elle alluma une lampe devant l'image de la Vierge, voulant lui marquer par là le désir ardent qu'elle avait de se consumer ellemême à son service. Or, dans ce moment même, il s'éleva dans son cœur un sentiment tout particulier de confiance, et elle se dit à elle-même : Oui, certainement, la bonne Vierge me donnera, avant que je meure, la consolation de revoir mon fils, sain et sauf.

Après avoir satisfait sa piété, elle s'en retourne chez elle avec cette pensée consolante. A peine retirée dans sa chambre, elle entend frapper à la porte. Elle va voir qui c'est, et on lui répond d'ouviir avec confiance, que c'est une personne amie qui se présente. Elle ouvre sur-le-champ, et aperçoit un jeune homme, vêtu en turc, ayant une touffe de cheveux qui flottaient derrière la tête. 11 tenait de la main droite un vase de cristal, et de la gauche une coupe d'or, comme s'il voulait donner à boire.

Effrayée de cette apparition, elle allait refermer la porte. L'étranger l'arrête en lui disant : Ma mère, pourquoi cet effroi? je suis votre fils. Vous ne me reconnaissez pas? ou bien avez-vous cessé d'aimer votre fils? — A son accent, et plutôt encore aux traits de sa figure, elle le reconnut aussitôt, et saisie d'un excès de joie, elle faillit tomber évanouie. Quand elle eut repris ses sens : 0 mon cher fils, s'écria-t-elle, en quel état je vous vois! Que vos traits et votre costume sont changés I D'où venez-vous? Qui vous a délivré? Que signifient ces ustensiles que vous avez en mains? — Alors le jeune homme lui raconta ses aventures : J'ai été fait prisonnier dans un combat, et conduit en esclavage chez un pacha qui, trouvant mes manières à son gré,

m'a fait son échanson. Je l'ai servi à sa pleine satisfaction jusqu'à ce jour; mais voilà qu'au moment de lui présenter à boire avec cette coupe, tout d'un coup je me suis senti enlevé par une force invisible qui, sans me causer le moindre mal, m'a transporté au travers de l'espace et m'a déposé en face de la maison. Sans doute, c'est une faveur que le Ciel a accordée à vos bonnes prières. Oui, ce sont vos prières qui m'ont valu ma délivrance et mon retour. — Non, reprit la mère, ce n'est pas moi, mais la Reine du ciel, la Consolatrice des affligés, qui vous a obtenu cette grâce signalée. C'est elle qui, en récompense d'un léger hommage, a intercédé pour vous et vous a envoyé des anges pour vous transporter miraculeusement. Allons donc à son église et devant son image pour lui rendre nos trèsbumbles actions de grâces. — Elle mena donc son fils à l'église, où la lampe brûlait encore. Tous deux offrirent de cordiales actions de grâces à leur clémente libératrice. Puis le jeune homme déposa sur l'autel la coupe d'or et la carafe de cristal. On les y garda en souvenir de la grâce qu'il avait obtenue, et on les convertit en vases sacrés pour le service des divins mystères.

Déjà, sans doute, ce prodige a rappelé au lecteur le miracle analogue qui eut lieu dans la personne du propriété Habacuc. On lit dans Daniel, qu'un ange, le saisissant par les cheveux, l'emporta de Judée en Babylone, afin de porter à manger à Daniel dans la fosse aux lions. Souvenons-nôus à cette occasion avec combien de vérité saint Bernard adresse cette louange à la Vierge : Votre parole fait la consolation des malheureux et la rédemption des captifs ; ex on tuo pendent conso-

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laUo miserorum, redernptio captivorwn. (Homil. sup. Missus est.)

Le prodige arrivé au fils, en récompense de la piété de la mère, ne fut que le prélude de celui dont la flUe l'ut l'objet dans la suite. Dans les prisons de Palerme, se trouvait un receveur du roi, accusé d'avoir dissipé frauduleusement le trésor. Mis à la torture, la violence des tourments le contraignit à s'avouer coupable, bien qu'il fût innocent. En conséquence, il fut condamné à la peine capitale. Le malheureux se voyant abandonné de tous, recourut avec une grande dévotion à la mère de miséricorde, et invoqua cette image de la Vierge, dont nous avons parlé et qui était réputée miraculeuse. Il fit vœu à la Vierge que, si elle lui sauvait la vie, il épouserait en son honneur une jeune fille déchue de fortune et sans dot. Ce vœu fut agréable à Marie; elle daigna l'exaucer. Elle inspira à un des premiers seigneurs de la ville le dessein de le sauver. Ce seigneur avait rendu d'importants services au vice-roi, et en reconnaissance, il en avait obtenu le privilège de pouvoir gracier un condamné à mort. Un mouvement intérieur le porta à se rendre à la prison. On lui permit de voir le trésorier : Ayez bon courage, lui dit-il aussitôt; je viens vous rendre la liberté. Le vice-roi m'accorde votre grâce, en récompense de mes services. — A cette nouvelle inespérée, le condamné reprit pour ainsi dire la vie; il se jette aux pieds de son bienfaiteur et le remercie avec effusion. Mais, reconnaissant que ce bienfait venait de plus haut, il en bénit et en loue la Reine du ciel avec toute la ferveur possible. A peine sorti de prison, il se dirige aussitôt vers l'église et va se jeter aux pieds de l'image miraculeuse, en l'houneur

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de laquelle il avait fait son vœu. A l'entrée même de la ville, il i-eucontre, par hasard, ou plutôt par une permission du Ciel, une demoiselle pauvre à qui il demande le chemin de l'église. Elle lui répond poliment qu'il serait malaisé de le lui indiquer à cet endroit, et elle s'offre à l'y conduire.

En effet, elle lui sert de guide et l'introduit dans le saint lieu. Après avoir prié quelque temps avec grande piété, le trésorier demanda à la jeune personne où était le sacristain, pour lui remettre un don pour l'autel de la Vierge. Elle lui répondit que cette église n'en avait pas d'autre qu'elle-même et que sa mère lui avait conQé cet office. De là, elle prit occasion de lui rapporter que sa mère, ayant eu pendant plusieurs années le soin de cette église, dédiée à Marie, elle avait reçu de celte divine Mère plusieurs grâces miraculeuses, et entre autres, la délivrance de son fils qui était esclave en Turquie; qu'à sa mort, elle lui avait recommandé d'avoir soin de cette église, en lui prédisant qu'en récompense, elle aussi recevrait de grandes faveurs de la bonne Vierge, et spécialement celle de rencontrer un parti honorable. Pendant ce discours, le trésorier considérait l'extérieur modeste et les manières distinguées de la jeune sacristine. Se rappelant alors le vœu qu'il avait fait en prison, il se dit à lui-même : Voilà sans doute la jeune personne pauvre que la Reine du ciel me destine pour épouse. Elle est pauvre de bien, mais riche de vertu, et surtout chéri de ma libératrice.

11 n'hésita donc pas à offrir sa main à la jeune personne, sans exiger d'elle aucune dot; en lui promettant même de lui en constituer une sur son propre bien

puisqu'il (''tait assez riche. La jeune personne acquiesça à la proposition. Le pasteur fut appelé avec des témoins. Le trésorier leur exposa en détail le cours de ses aventures, sa condamnation, son vœu à la Vierge, sa délivrance par rinterinédiaire de Tarai du vice-roi. Enûn le mariage fut conclu du consentement et à la grande satisfaction de tous.

La renommée ayant répandu la nouvelle du fait, toute la ville prit part à la joie de ces noces privilégiées. La jeune épouse, avant de partir avec son mari, alla se prosterner devant l'image de Marie, et rendit à l'auguste Mère les hommages les plus affectueux pour l'avoir élevée d'un état si humble à une alliance si distinguée et si avantageuse.

L'épilogue naturel de cette merveilleuse histoire , c'est que la Vierge a toujours été une source de miracles et un trésor de grâces : Miraculorum officina, thésaurus graliarum.

P. Guillaume Cumpenberg. S. J. In ail Martano-Imag. 780.

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