AVEC QUELLE SOLLICITUDE LE DIVIN «ASTEUR CHERCHE LES BREBIS ÉGARÉES
Vadit ad ovem, guœ perlerai, dotiec inienianteam. 'Lucje. 15. 4.
n va vers la brebis perdue et jusqu'à ce qu'il la retrouve.
Il n'est peut-être point de titre dont le Sauveur du monde se soit autant gloriûé que du titre de bon Pasteur. Je suis, dit-il, le bon Pasteur. E(jo sum Pastor honui^. C'est en ces termes qu'il nous témoigne avec quelle tendre charité il va à la recherche de ses brebis, et se donne tout entier pour leur salut. Le bon Pasteur sacrifie sa vie, ajoute-t-il, pour ses brebis. Bonus Pastor animam siiam dat yro ovibus suis.
Le fait suivant est une nouvelle preuve, entre une infinité d'autres, en faveur de cette vérité. Le roi don Sanche se plaisait à le raconter à son Ois pour lui inspirer l'amour de la pureté et imprimer dans son âme la crainte du Seigneur.
Une jeune personne noble et riche, et non moins
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distinguée par sa beauté, avait eu le bonheur d'être éclairée à la fleur de Tâge sur le néant et la vanité des biens de la (erre. Ayant donc pris conseil, elle résolut de dire adieu au monde et de se consacrer à l'époux céleste.
Elle choisit dans ce dessein un monastère oiî fleurissait la règle de Saint-Benoît et que les rois d'Angleterre avaient richement doté. Entrée au noviciat, elle commença par y mener une vie sainte, pleine de ferveur, agréable, par conséquent, à Dieu et de grande édiûcation pour ses sœurs. Aussi, ledémon, jaloux d'un si beau début, mit-il en œuvre toutes ses ruses, afln de la faire sortir d'une voie si parfaite.
Il conduisit dans ce monastère un jeune gentilhomme d'un extérieur extrêmement attrayant, au moment précis où la jeune religieuse se trouvait à lu grille du parloir. A peine eut-il arrêté les yeux sur elle qu'il résolut de l'épouser.
Dès ce moment, il ne rêva plus, le jour et la nuit, qu'aux moyens de pouvoir converser avec elle. Après avoir ruminé longtemps, l'idée lui vint de se faire passer pour le cousin de la religieuse, afln d'obtenir un accès plus facile au parloir.
Hélas 1 les cœurs vicieux sont capables de tout.
Pauvres âmes, qu'un perfide tentateur veut entraîner au mal, n'oubliez jamais la prudence et la vigilance chrétiennes. Veillez et priez sans cesse, afin que vous puissiez toujours l'ésister eflScacement.aux efforts du démon.
Introduit sous ce titre mensonger, aussitôt après les compliments d'usage, il s'étudia à s'insinuer dans les bonnes grâces de sa prétendue parente, en se gardant
bien toutefois de lui découvrir le loud de sa pensée. Des discours, on en vint aux lettres et aux présents, jusqu'à ce qu'enfin, cédant aux suggestions de l'esprit malin, elle oublia ses sacrés engagements, et convint de sortir de son cloître un soir après Compiles. Elle devait passer ensuite par l'église, et de là dans une cour, qui dormait sur la voie publique. Le jeune homme devait l'attendre dans cette cour et l'aider à franchir l'enceinte du monastère.
Tout étant ainsi réglé, et la nuit étant venue, pendant que ses consœurs se livraient au l'epos, elle entre dans l'église par une porte dérobée, au-dessus de laquelle était l'image de Jésus cruciflé, ayant à ses pieds Notre-Dame des Douleurs.
Or, pendant qu'elle se dirigeait précipitamment vers la cour, une voi^ sortit de l'image de la Vierge qui lui dit ces mots : Malheureuse, où vas-tu? Pourquoi abandonner mon Fils et te jeter entre les bras du démon? Quo properas, infelix? Car prœ dœmonio Filium meum abdicas? Cette voix lui causa un grand efi'roi.
Toutefois, sans faire cas d'un si grave avertissement, elle poursuit hardiment sa marche vers la cour, tant était profond l'aveuglement de son cœur. Aloi's l'image de Jésus crucifié détache miraculeusement ses mains et ses pieds, et, descendant de la croix, se met en toute hâte à poursuivre la brebis fugitive qui courait se jeter dans la gueule du loup. Mais comme l'obstinée ne suspendait pas encore sa fuite, le Sauveur en vint jusqu'à lui lancer le clou qui perçait sa main droite. Le clou alla se fixer à la joue de la jeune lille et y fit une blessure profonde.*
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Rel)elte aux invitations de Tamour, elle fut bien contrainte de s'arrêter par la violence de la douleur. En effet, pour le coup, elle tombe évanouie sur le sol qu'elle arrose avec abondance de son sang, au milieu de souffrances aiguës.
Cependant l'image du Christ, ayant accompli son œuvre, retourna à son état primitif, sauf cependant que le bras droit resta suspendu, et la main dégagée du clou lancé contre la fugitive. Depuis, elle est toujours demeurée dans cette situation, comme pour perpétuer le souvenir du prodige.
Le lendemain, dès l'aube du jour, le signal des matines ayant été donné, les religieuses descendent au chœur. Elles entendent l'église retentir d'affreux gémissements et de cris de douleur. Saisies d'étonnement, et ne pouvant se rendre compte de ces lamentations , elles se rassemblent , se consultent et s'enhardissent à pénétrer dans l'intérieur de l'église. A peine ont-elles fait quelques pas qu'une voix lugubre les appelle : Venez, mes chers sœurg, au secours, au secours d'une malheureuse! Relevez-moi; j'ai été blessée gravement par le crucifix , en punition de l'horrible trahison que j'ai commise contre Jésus et contre sa très-sainte Mère, Les religieuses s'empressent; elles voient leur consœur nageant dans son sang et se débattant dans des douleurs atroces. Elles la relèvent, lui tirent aussi doucement que possible le clou enfoncé dans la joue, enveloppent la blessure. Cependant la victime, plus affligée désormais de sa faute que du châtiment qui en avait été la suite, est transportée devant le maître-autel. Là, l'abbesse entonne le psaume Miserere, auquel tout le chœur
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répond, afin d'implorer la divine miséricorde en faveur de la coupable.
Que les vierges consacrées au Seigneur apprennent par cet exemple, combien il est dangereux de donner accès dans leur monastère à des personnes capables de leur inspirer un amour autre que celui du divin Epoux. Qu'elles compi'ennent par là combien le Seigneur est Jaloux de posséder seul les affections de ses épouses.
P. Henri Engelgrave, S. J. Tiré de Michel Sanchez de Ortéga, 3 février. Fête des trois martyrs du Japon.
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