‹ Les merveilles divines dans les saints du Moyen ÂgeChapitre 21 sur 54 · PROTECIION MERVEILLEUSE CONTRE LES BÊTES LES PLUS FEROCES · texte numérisé non relu

PROTECIION MERVEILLEUSE CONTRE LES BÊTES LES PLUS FEROCES

Dabu pacem in finibus vestris, auferam malas beslias. Levit. 26. 6.

Je mettrai la paix autour de vos frontières, je banuirai de votre pays les bètes féroces.

Cet ancien proverbe que rhomme est souvent comme un loup pour son semblable, peut se raodiOer en ce sens, que le loup devient parfois humain, au point de donner des leçons d'humanité à notre espèce.

C'est ce que nous voyons dans la vie du bienheureux Torello de Poppi, en Toscane. On le dépeint ayant à ses pieds un loup qui le lèche, pour signifier l'empire que ce saint homme avait sur les bêtes féroces et carnassières. Retiré dans son ermitage, il y menait une vie très-sainte, quand il opéra son premier prodige en ce genre. Une pauvre femme de Poppi avait un enfant de trois ans qu'elle mit un jour reposer sur l'herbe, en attendant d'avoir lavé quelques linges à la rivière. Tout à coup survient un loup affamé qui saisit le

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pauvre petit à la gorge, et le jetant sur son dos, remporte au loin pour le dévorer. La mère s'en étant aperçue, jette de grands cris. Tout le monde accourt avec des armes. Mais déjà la bête féroce, précipitant sa fuite, était près des bois. Par bonheur, elle passa en face de la cellule du bienheureux Torello qui, voyant le loup avec la petite créature entre ses grilTes, en fut touché de compassion, et ordonna au nom de Jésus-Christ à la bête de venir aussitôt déposer sa proie à ses pieds. Le loup, ducile à cet ordre, s'approcha humble et doux, et déposa l'enfant aux pieds du saint homme. Puis se tenant, la tête basse et respectueuse, il sembla demander pardon. Alors le saint lui enjoignit de la part de Dieu tant à lui qu'à ses pareils, de se bien garder à l'avenir de dévorer ou blesser aucun des habitants de Poppi. La bête inchnant de nouveau la tête, fit signe d'acquiescer. Elle se retira ensuite dans les bois dont elle sortait souvent pour visiter le bon ermite qui ne manquait pas de la bien nourrir.

Cependant la mère arriva tout éplorée. Elle voulait du moins recueillir les restes de son enfant qu'elle croyait dévoré. Le bienheureux l'appelle et lui dit ; Femme, essuyez vos larmes et dissipez votre chagrin ; voici votre fils bien portant. • — Il l'était réellement, car le saint homme ne s'était pas contenté de l'arracher à la gueule du loup, mais par ses prières, il l'avait entièrement guéri des morsures de la bête.

Ce loup, avons-nous dit, retourna depuis fréquemment vers le saint homme. C'est ce qui donna lieu à l'incident que nous allons raconter. Charles, comte de Poppi, était très-affectionné au bienheureux. Un mardi de carnaval, veille des Cendres, il lui envoya par son

écuyer un plat de viande pour son repas. Quelques bonnes dames le chargèrent encore à son retour de porter quelques provisions au saint. Le messager, en les lui remettant, lui dit en riant : Mon Père, comment ferez-vous pour expédier tout cela avant le carême? — Mon frère, lui répondit l'ermite, vous ne tarderez pas à voir sortir du bois un de mes bons compagnons qui jouit d'un excellent appétit, et qui pourrait en expédier encore davantage. — Etonné de la réponse, le messager flt semblant de partir, mais il se tint caché derrière une haie, pour savoir quel était ce compagnon du saint. La nuit tombant, il entend frapper à la porte de l'ermitage. Il soj't de sa cachette, il voit un énorme loup qui frappait du museau à la porte et faisait de sourds grognements. A ce signal, l'ermite ouvre et introduit la bête à laquelle il offre aussitôt la meilleure portion. Ce fut l'affaire de quelques bouchées, mais trop peu pour rassasier la faim de la bête; aussi levait-elle le museau pour voir s'il n'y avait plus rien. Ensuite elle se mit à caresser le serv.iteur de Dieu, à se jeter humblement à ses pieds et à les lui lécher comme eût fait un petit chien d'agrément.

Frère loup, lui dit alors le saint homme, vous avez bien soupe; retournez maintenant au bois, et écoutez bien ce que je vais vous dire. Je vous commande de la part de Jésus-Christ de n'avoir plus désormais l'audace de faire du mal, ni vous, ni vos pareils, aux habitants de Poppi et des environs, aussi loin qu'on peut entendre la cloche de l'abbaye. — Sur ce, le loup inclina humblement la tête en signe d'obéissance et prit congé. Notre écuyer avait tout vu et tout

entendu ; il retourna tout émerveillé et raconta ce dont il avait été témoin.

Nous pourrions multiplier les traits de ce genre. Bornons-nous à dire que le saint, ayant eu révélation du moment heureux de son passage, s'agenouilla au milieu de sa cellule et, levant les yeux et les mains au ciel, il fit celte prière : Dieu très-clément, je vous supplie en toute humilité d'accorder cette grùce à votre serviteur, qu'aucun loup ne puisse jamais faire de mal aux habitants de Poppi, aussi loin qu'on peut entendre la cloche de l'endroit. — Un ange se présentant, répondit : Le Tout-Puissant a exaucé vos prières. — Le bienheureux continua de prier et rendit paisiblement l'esprit. A l'instant même, la cloche sonna d'elle-même et appela le peuple et le clergé, pour donner au Saint une sépulture digne de lui. Mais avant qu'on l'inhumât, un nouveau prodige eut lieu. Tout à coup accourutsur les lieux, de toute la vitesse de ses jambes, un loup énorme qui, à la vue de tout le peuple, déposa devant le cercueil une brebis qu'il venait d'enlever du troupeau ; puis, au grand étonnement des assistants, -et sans faire le moindre mal à personne, il courut s'enfoncer de nouveau dans les bois.

Mais il est temps de voir comment la prière du Saint fut exaucée. Quatre jeunes hommes de Poppi étaient allés au voisinage d'Arezzo pour y faire la moisson en compagnie d'autres moissonneurs venus de Lucignano. Pendant la méridienne , voici venir un loup furieux qui, se jetant sur ces derniers, les déchira à belles dents, sans toucher aux quatre de Poppi, et cependant ceux-ci étaient mêlés aux autres ; bien plus , la bête pai'ut les révérer et elle leur lécha les pieds.

Cette merveilleuse partialité devait étonner. Les étrangers en cherchèrent la cause. On leur apprit que, grâce à la protection du bienheureux Torello, les habitants de Poppi étaient à l'abri des attaques des loups.

Une femme de Poppi était allée glaner avec quelques étrangères. Un loup féroce se présente. On comprend quel fut son effroi à celte vue; mais l'animal, l'ayant regardée et flairée, ne lui fit autre chose que de lui déchirer le bord de son vêtement. 11 ne fut pas si indulgent à l'égard d'une des étrangères ; il lui enleva son enfant qu'elle tenait entre ses bras, et déjà il l'emportait au loin pour en faire sa pâture, lorsque la femme de Poppi lui cria : Bête cruelle, au nom du bienheureux Torello, je te défends de faire du mal à cette petite créature. — A l'instant, le loup lâcha prise sans faire aucun mal à l'enfant.

EnQn, le serviteur de Dieu se montrait jaloux que ses bons paysans eussent conQance dans sa protection. Aussi reprit-il aigrement un jeune homme qui marquait quelque défiance. Ce jeune homme conduisait deux de ses jeunes frères à Sanminiato. Comme les campagnes étaient infestées de loups , il les recommanda à la garde du Saint. Cependant, n'étant pas sans crainte, il prit quelques hommes bien armés avec lui. Le saint lui apparut et lui fit ce reproche : Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté? Ne sais-tu pas que ces enfants que tu m'as recommandés sont sous la protection du Très-Haut? — Ce reproche dissipa toutes les craintes du jeune homme. 11 laissa donc ses frères aller seuls par monts et par vaux, sans ombre d'inquiétude. Sa confiance ne fut pas vaine; car chaque

fois que des loups paraissaient, c'était pour leur venir baiser les pieds et leur faire des caresses. Ces enfants allaient même jusqu'à jouer avec eux comme avec des animaux domestiques. On pouvait dire d'eux comme du jeuue David qu'ils jouaient avec les animaux féroces comme avec des agneaux.

Telle est la puissance que Dieu accorda au bienheureux Torello. 11 lui donna, comme au premier homme, un empire si grand sur les animaux qu'ils obéissaient à ses signes.

P. Godefrid. Henschen. S. J. 1(5 niaitii. Vita B. Torelli,

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