LES CHAKMES DE LA CUARITE CONVERTISSENT LES AME
Caritas benigna est, omnia siiffert, omnia êperat. 1. Corinth. 13. ".
La charité est douce, elle sou!Tx-e tout, elle espère tout.
Le pliilosophe a bien eu raison d'appeler la charité l'aimant des cœurs; de même, en effet, que l'aimant attire à lui le fer par une vertu secrète, ainsi la charité ravit par ses charmes les cœurs même les plus durs. La vie du saint abbé Cartacus, qui fut ensuite évêque en Irlande, nous en fournit des preuves nombreuses.
Ce saint homme faisait une multitude de miracles, ' afin d'attirer ces peuples à la foi et à la piété. Le bruit de ses prodiges étant venu aux oreilles de Phisimon, magicien fameux et ennemi juré du nom chrétien, et par conséquent du prédicateur de l'Evangile, il résolut d'aller s'assurer de la chose. Arrivé à la demeure du saint abbé, il y fut reçu avec beaucoup de civilité. Or, en face, il y avait un pommier sec et aride, car on était en hiver. En le voyant, le magicien dit au Saint : Père, pour me convaincre de la vérité de votre doctrine, faites que cet arbre reverdisse et pousse des feuilles. — C'était vouloir tenter Dieu. Toutefois le Saint, afin de rendre témoignage à Jésus-Christ, fit le signe de la croix sur l'arbre, et sur-le-champ, il
pai'ut vert et orné de feuilles. Non content de ce miracle, le magicien ajouta : Commandez de plus au nom de votre Dieu qu'il porte des fleurs. — Le Saint réitéra sa bénédiction, et l'arbre fut aussitôt couvert de fleurs. — Confus de tant de merveilles, l'insensé eut la hardiesse de demander un troisième prodige : Les fleurs, dit-il, sont peu de chose; je désire voir les fruits et en goûter. — Cartacus ne se Ct pas prier. Pour la troisième fois, il bénit l'arbre, et l'arbre s'orna soudain de très-belles pommes, douces comme le miel. Le magicien en goûte et reste stupéfait. Il paya chèrement son obstination à ne pas croire ; mais enfln il se rendit à Jésus-Christ, et Qt une pénitence exemplaire au grand avantage de la foi chrétienne.
L'événement que nous allons rapporter ne contribua pas moins à en accélérer le progrès. Le saint abbé parcourait le canton de Momoni pour travailler à la conversion des païens. Au moment de traverser la rivière Airain, il vit flotter sur l'eau un très-beau fruit tombé d'un arbre voisin. 11 le tira au bord, le prit en main et en fit tant de cas qu'il ne voulut pas le donner à son guide qui le réclamait avec instance, parce que, dit-il, Dieu, au moyen de ce fruit, voulait faire un miracle en faveur de la fille unique du duc Cuanno, laquelle était paralysée de la main dès sa naissance. Allons-y, ajouta-t-il, et vous en serez témoin. — Arrivés près du château du duc, ils trouvent en effet sa fille Flannaide qui jouait avec d'autres enfants devant la porte. Le Saint s'approche et lui présente le fruit. La jeune fille, ravie de sa beauté, étend soudain la main gauche pour le prendre ; mais le Saint le retire encore plus vite, en lui disant de le prendre avec la droite.
comme il convient. L'enfant , animée d'une foi vivo, tente de la remuer et réussit; le sang, la chaleur et les esprits vitaux y circulèrent Soudain et elle fut ainsi guérie. Tous les témoins crièrent au miracle. Flannaide entre bien vite au château, tenant le fruit à la main, et raconte à son père qu'un bon religieux l'avait guérie. Le père, transporté de joie, court au-devant du Saint et le reçoit avec toute sorte de respects. Lorsqu'il se vit seul avec sa fllle, il lui dit : Puisqu'il a plu à Dieu de te guérir, vois et choisis parmi les princes d'Irlande celui que tu désires pour époux, et jeferai^en sorte qu'il t'agrée. — Mon père, lui répondit sans hésiter la jeune fille, je ne choisirai jamais d'autreépoux que celui qui me sera indiqué par mon bienfaiteur. — Le duc rapporta aussitôt cette réponse à l'abbé. Celui-ci reprit, par un mouvement d'£n-Haut : Et moi, je ne saurais lui donner de meilleur époux que le Roi du ciel. — Le duc rendit compte de la réflexion à sa fille, qui accueillit avec joie la proposition du saint abbé et s'offrit à l'exécuter aussitôt. Elle fut donc remise au Saint avec un riche domaine nommé Farto. Il la plaça dans quelques cellules à l'écai't, jusqu'à ce qu'il eût érigé un magniflque monastère, où elle entra avec plusieurs autres demoiselles de condition, et là, elle mena une vie tout angéliqtie.
C'est ainsi que le fruit qui a séduit Eve et causé tant de mal au genre hsmain, devint l'occasion de la conversion de Flannaide et procura le plus grand bien à une contrée encore novice dans la foi.
Un autre miracle, opéré par la charité du Saint, fut aussi très-profitable à la religion. Un pauvre paysan, voisin du monastère, alla, un jour, au commencement
du piintemps, prici- l'abbé de vouluir bien lui prêter, pour rainour de Dieu, une paire de bœufs, afin de pouvoir labourer son champ. L'abbé n'avait point alors de bœufs à sa disposition. Ne voulant pas cependant renvoyer le campagnard sans consolation, il appela Edan, le bouvier du monastère et lui dit : Allez à la forêt : vous renconti'erez deux cerfs. Prenez-les; ils se laisseront faire, et vous les conduirez sur la terre de ce pauvre homme, que vous labourerez avec tout le soin possible. — Edan obéit. 11 trouva deux cei'fs extrêmement dociles, avec lesquels il fit le labour qui lui avait été prescrit. Les témoins ne revenaient pas de leur surprise; ils reconnurent et glorifièrent la puissance de Dieu dans son serviteur.
C'est par ces miracles de charité que Dieu se plut à arroser et à féconder la foi encore tendre des Irlandais de la contrée, selon celte parole de saint Grégoire : Ul ad (idem crescerct miiUihido credenthim , miracnlis fiierat nulrienda; quia et nos, cum arbusta platUamus, tamdiu eis aquam infimdimus, quousqtie ea iti terra jamcoaluissevideamus. (Homil. 20. in Evang.)
p. Godefrid. Heuschenius, S. J. 14 niuii. Vila S. Carladii.
200 Ï.I^ MlîRVElLLE.
Il" MERVEILLE.