‹ Les merveilles divines dans les saints du Moyen ÂgeChapitre 26 sur 54 · CÛKSTAN'CE ADMIRABLE DANS LES SOUFFRANCES · texte numérisé non relu

CÛKSTAN'CE ADMIRABLE DANS LES SOUFFRANCES

Omiie qiiod tlbi applicitum fuerit, accipc, et in doloi e sitstine. EccLi. 2. 4.

Recevez tout ce que Dieu vous envoie et soyez patient dans la souffrance.

Il s'est rencontré, sous la Loi Nouvelle aussi, des âmes raaguaniraes, comme Job, dans la souffrance, et môme, ce qui est plus admirable, parmi le sexe le plus faible. Telle fut Tillustre vierge Fina, qui vécut en Toscane. Bien que sortie d'une famille noble, elle se trouvait réduite à une pauvreté extrême. A la fleur de Tàge, Dieu se plut à la perfectionner par des maladies très-douloureuses, car la vertu s'épure dans l'infirmité. 11 permit qu'elle éprouvât dans tout le corps une contraction de nerfs si violente et si pénible, qu'elle ne ■pouvait se lever de son lit, sans avoir des spasmes mortels. Mais qu'était son lit? Ah! ce n'était pas une couche molle et délicate, mais une planche grossière où elle s'étendait moins pour se reposer que pour se mortifier. A cette maladie, se joignirent à la fin des douleurs dans le flanc gauche, mais si atroces, que pendant l'espace de cin({ ans, elle fut contrainte de rester immobile sur le côté droit, sans qu'on pût la remuer, tant elle semblait toujours près d'expirer. Cette situation finit par engendrer des plaies infectes.

Ll° MERVEILLi:. 2()1

Le cùtô droit s'attacha au lit, en se corrompant. Il ne fut plus possible de le détacher. Des vers se formaient dans les plaies et rongeaient jusqu'aux entrailles. Les souris venaient même en foule, pendant la nuit, sautaient sur les membres de la servante de Dieu , la mordaient, se repaissaient de ses chairs, se logeaient dans les ouvertures de ses plaies. La pauvre Sainte était forcée de tout endurer, incapable de remuer un membre et n'ayant, le plus souvent, personne pour la soulager.

Quelle patience ne fallut-il pas pour endurer de tels tourments? Quel courage humain serait capable d'un si douloureux martyre? Et pourtant cette véritable amazone, non-seulement fut patiente, mais joyeuse. Jamais, pendant tant d'années, on ne vit son visage voilé du plus petit nuage de tristesse; il respirait toujours une douce sérénité. Jamais on n'entendit s'échapper de ses lèvres un hélas ! ou un gémissement de plainte, mais toujours les bénédictions, les actions de grâces, les louanges divines. Les tourments semblaient faire ses délices. A ceux qui l'exhortaient à demander à Dieu la délivrance de ses maux , elle répondait : Priez plutôt vous-même, afin qu'il me déUvre des maux de l'âme. — Quand des personnes charitables , qui connaissaient sa grande détresse, lui envoyaient de grosses aumônes, elle gémissait et pleurait d'être si bien approvisionnée. Elle ne retenait que l'indispensable pour le courant de la journée, et faisait distribuer le reste aux pauvres, disant que le royaume des cieux s'achète par la pauvreté et les souffrances.

Elle continua longtemps clans cette position. Enfin,

ail commencement de mars, le grand pontife saint Grégoire, pour qui elle avait une dévotion particulière, et qui, comme elle, avait beaucoup souffert et tenu le lit, lui apparat et lui dit : Ma fille , tenez-vous prête, parce que, le jour de ma fête, vous viendrez dans notre compagnie recevoir de votre Epoux la couronne que vous avez méritée. — Cette vision remplit de joie le cœur de la malade. Pour le corps, il éprouva bientôt un si grand affaissement, qu'elle réclama les derniers Sacrements. Elle les reçut avec la plus tendre piété. Dans cette extrémité, elle était assistée par une pieuse' femme, nommée Beldia. Cette femme voyant que la moribonde respirait péniblement, à cause que la tête était trop penchée, voulut la soulever d'une main. Sa charité lui coûta cher. Sa main se contracta et se rai(Jit au point de ne pouvoir plus faire de mouvement, et la moribonde, privée d'appui, laissa tomber sa tète contre la planche. Elle ne tarda pas à entrer en agonie. Ses derniers instants furent pleins de douceur ; elle se mit à entonner les louanges du Seigneur, et ne cessa qu'avec le dernier soupir.

Au moment même de sa mort, les cloches de l'église sonnèrent spontanément. Il se fit un grand concours à la demeure de Fina. Quelques personnes pieuses entreprirent de séparer le corps d'avec la planche sur laquelle il reposait; elles n'en purent venir à bout, qu'en y laissant la peau et les chairs du côté droit. Cette planche parut alors soudain parsemée de fleurs et ornée de festons, comme si les vers avaient été changés en violettes. Il en fut de même du flanc droit de la Sainte; et de cette planche et de son corps, s'exhalait un parfum suave et tout céleste.

lA" MERVEILLE. 2G3

Dieu voulut que celte terre vierge, qui avait été tant battue par les souffrances, produisît des fleurs de bénédiction. Kina put donc ^'approprier la parole do psalmiste : Mon cœur espère eu lui, et ma chair a reverdi. In ipso speravit cor meum, et refloruit caro mea. (Ps. 27. 7.)

Le saint corps fut porté à l'église pour y être inhumé; mais le concours fut si grand, qu'il fallut le laisser exposé pendant deux jours, afin de satisfaire la piété des peuples. La bonne et ciiaritable Beldia que nous avons vue assister la sainte agonisante, et qui, par suite, avait perdu le libre usage de la main, ne fut pas oubliée dans ces jours. Prosternée devant le cercueil, elle conjura la sainte de lui obtenir sa guérison. Celleci, comme si elle eût encore été en vie, étendit le bras hors de la bière et saisissant, à la vue du public , la main de sa bienfaitrice, la serra affectueusement à plusieurs reprises. La guérison fut instantanée et parfaite.

Enfin on donna à la Sainte une sépulture honorable. Son tombeau devint l'objet de la vénération des peuples. Chaque année, au jour anniversaire de son bienheureux trépas, les villageois s'y rendaient et venaient y jeter les fleurs printanières qu'ils appelaient les violettes de la bienheureuse Fina, faisant ainsi allusion à celles qu'on avait vues fleurir sur son grabat.

Ames délicates qui, à la moindre atteinte de la maladie, vous laissez aller au murmure et au désespoir, fixez vos regards sur ce miroir de patience, et cessez de vouloir cueillir des roses sans épines. Celte vierge n'étail-elle pas comme nous composée de chair et d'os? Ab! oui; mais son courage était plus grand que le

2;<l4 1,11" MERVEILLE.

nôtre. C'était un cœur de diamant qui s'affermissait sous les coups de la main divine. A l'exemple de l'Apôtre, elle pouvait dire qu'elle devenait puissante au sein do l'infirmité. Cum infirmor, tiinc potens stan. (2 Corinth. 12. 10.)

P. Godefrid. Flensclienius. S. J. ex Joanne à S, Geminiano, 12 martii. VUa B. Fines, virg.

Page 1