LA VIRGINITÉ YICTORIE03E DES CARESSES ET DES MEN.^CES
Libcrasti corpus meiim â perditione.
Vous avez préservé mon corps de la perdifioa ECCLI. 31. 3.
Combien cette parole du juste dans l'ecclésiaslique fut applicable à sainte Ositte : Seigneur, vous avez préservé mon corps de la perdition, vous l'avez délivré des liens de la langue inique et des maux de ceux qui en voulaient à ma vie ! Fille de Fritevalde, roi d'Angleterre et de Vulteberge, elle fut confiée dès son enfance à sainte Editte, sœur du roi Alfred et abbesse d'un monastère, pour recevoir d'elle une éducation chrétienne. Editte, ayant un jour rencontré certains avis spirituels fort remarquables, voulut les communiquer à sainte Modovène, abbesse d'un monastère voisin. Elle chargea Ositte d'aller lui porter le livre qui les contenait; mais en passant sur le pont d'une rivière qui coulait entre les deux monastères, Ositte fut sur-
prise par une bourrasque si violente qu'elle fut précipitée dans l'eau. Le surlendemain, Modovène, étant en prière, fut avertie par un ange d'aller à la rivière, parce qu'un malheur avait eu lieu. En y arrivant, elle rencontre Editte qui lui demande des nouvelles d'Ositte. Modovène répondit qu'elle n'en avait pas entendu par* 1er. Alors l'une etj'autre soupçonnant un accident, se mirent à prier Dieu de la leur faire retrouver. La prière terminée, Modovène cria par trois fois :Ositte, au nom de la très-sciinte Trinité, sortez de l'eau. — L'enfant portant la tête au-dessus de l'eau, répondit par trois fois : me voici ', et elle parut le livre à la main. 11 n'était nullement endommagé. — Toutes trois rendirent les plus affectueuses actions de grâces à l'auguste Trinité. Délivrée d'un danger corporel, Ositte eut par la suite à se louer d'une autre délivrance non moins précieuse : Dieu la sauva des langues méchantes. Depuis longtemps, elle menait une vie très-sainte dans le cloître, résolue de garder une virginité perpétuelle, quand son père la rappela à la cour, à cause que Siger, roi des Saxons orientaux, connaissant sa grande beauté, la désirait pour épouse. Pi'ières et promesses, le royal prétendant employa tout pour obtenir son consentement ; mais Ositte demeura mébranlable dans sa volonté de n'appartenir qu'à Jésus-Christ. Cependant, quelque indiscret ayant faussement assuré qu'elle consentait, ses parents la contraignirent au mariage. Il fut célébré avec de grandes démonstrations de joie par toute la cour. Ositte seule témoignait de la tristesse, et ne cessait de prier Dieu pour le maintien de sa virginité. L'amour divin la rendant ingénieuse, elle imagina mille prétextes pour différer la consommation du mariage. Mais
enfin l'époux signifia sa volonté formelle. Dans ce pressant danger, la Providence vint au secours d'Ositte d'une façon inattendue. Un grand bruit se fait entendre tout à coup aux portes du palais. C'était un cerf d'une stature extraordinaire qui paraissait aux environs. A cette nouvelle, le roi qui aimait passionnément la chasse, quitte Ositte, et se met avec ses gens à la poursuite du cerf qui se sauve dans la forêt.
Ositte avait à craindre que le même danger ne se renouvelât. Elle fit donc aussitôt appeler deux évêques, Eccius et Bedowinus, qui connaissaient ses sentiments, et elle les conjura pour l'amour de Dieu de lui couper les cheveux et de lui donner le voile et l'habit religieux. Ce qui fut fait selon ses désirs. Au retour de la chasse, le roi court revoir son épouse ; il la trouve en prière et en habit de religieuse ; il apprend qu'elle avait fait vœu de virginité et pris Jésus-Christ pour époux. La nouvelle Tétonna grandement; mais puisant une résolution magnanime dans sa foi, il mit un frein à la passion, et dit à son épouse: Vous m'étiez destinée; mais je vous cède aux embrassements du céleste Epoux. — Ensuite, il ordonna de construire un magnifique monastère, où il la conduisit en personne. Un bon nombre de jeunes filles nobles la suivirent et se mirent sous sa conduite.
Enfin, le Seigneur qui avait déjà délivré sa servante du péril de la vie et de la virginité, daigna encore la protéger contre les ennemis qui menaçaient ses jours. L'armée navale des Danois, peuple féroce et barbare, aborda aux côtes d'Angleterre, et mit toute la contrée à feu et à sang. L'amiral étant entré dans le monastère de sainte Ositte, admira sa beauté et apprit sa haute
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naissance. Epris de ses attraits, il commença d'abord à lui faire des promesses et ù la combler de prévenances, pour l'engager à renoncer à Jésus-Christ et à l'épouser; de là il passa aux menaces et aux outrages. Mais la voyant plus inflexible que le diamant, furieux, il tira son épée et lui trancha la tête, ajoutant ainsi la palme du martyre à la couronne de la virginité. La tète tomba sur le sol ; mais le tronc, restant debout, s'inclina pour la prendre entre les mains et la porta directement à l'église des saints apôtres Pierre et Paul, l'espace de trois stades environ. Comme la porte de l'église était fermée, la sainte frappa de sa main droite ensanglantée et y laissa l'empreinte de son sang. Elle déposa ensuite sa tète sur le seuil, et se coucha décemment, en attendant qu'on lui donnât la sépulture. Ses reliques furent placées dans une châsse précieuse. Elles devinrent l'objet d'un culte fort suivi, à cause des nombreux miracles opérés par la sainte.
Si nous admirons la constance avec laquelle Ositte a préféré le voile au diadème, nous ne devons pas moins exalter celte, piété qui Qt sacriûer à Siger ses affections les plus chères pour la gloire du Seigneur. Tous les deux sont dignes d'une éternelle mémoire; la première, pour avoir immolé sa vie plutôt que de trahir la foi donnée au céleste époux ; le second, pour avoir immolé son cœur, afin de conserver intacte la virginité d'une épouse bien-aimée. Toutefois, remarquons avec saint Ambroise, que la virginité n'est pas seulement louable, à cause qu'on la voit dans les martyrs, mais parce que c'est elle qui engendre les martyis. iVon enim ideo laudabilis virginitas, quia in
martijribns reperitur, sed quia ipsn martyres facil. (Lib. 1 de Virg.)
Petrus Ribadeneira, S J. ex Surio, 7 octobr. Viia S. OsUthœ.