LA MORT DES JCSTES EST ON AVANT-GOUT DE LA CÉLESTE BÉATITUDE
Prctiosa iu compectii Doinini mors sanctorum ejus. Ps. 115. 15.
La mort des saints est précieuse devant le Seigaeur.
La vie de la glorieuse vierge sainte Claire a été célébrée dans toutes les langues, si bien qu'il n'est pas nécessaire d'en faire de nouveau le récit. Toutefois il est certaines circonstances de sa mort, qui ne sont point aussi connues, bien que dignes de mémoire. Je les raconterai ici, afln que mes lecteurs s'enflamment du désir de mourir de la mort des justes et qu'ils en sollicitent la grâce tous les jours de leur vie. Moriaiiir anima mea morte juslorum, et fiant novissima mea horum similia. (Numer. 23. 10.)
Claire, surprise par un dernier paroxysme de fièvre, était dans sa pauvre cellule, n'ayant d'autre couche qu'une paillasse grossière, vêtue d'une robe de bure, recouverte d'une courte-pointe misérable. C'est dans cet état qu'elle attendait le moment heureux de se réunir à
son ct'lesle époux. En ce moment, une sainte religieuse bénédictine du couvent de Saint-Paul eut une vision. Il lui sembla qu'elle était portée en esprit dans la cellule de Claire. Elle vit la sainte coucbée sur un lit très-précieux, recouvert d'une couverture extrêmement ricbe. Autour du lit se tenaient ses filles, les larmes aux yeux ; elles suppliaient le Seigneur de leur conserver encore une mère si cbérie. Mais une dame d'une beauté surhumaine se tournant vers elles : Mes filles, leur dit-elle, ne pleurez pas; votre mère ne mourra pas avant la venue du Seigneur et de ses disciples.
L'événement montra la vérité de la vision. Claire souffrait fréquemment des défaillances mortelles; cependant elle ne rendit l'ùme, qu'après l'arrivée à Assise du Seigneur et de ses disciples, c'est-à-dire du Vicaire de Jésus-Christ, Innocent IV, accompagné des cardinaux. Le pontife, apprenant l'état critique de la sainte, se fît un devoir d'aller la visiter avec le sacré collège. Entré au monastère, il va directement à la cellule de Claire, et lui présente sa main à baiser. Etonnée d'une telle condescendance, la sainte le supplia de lui permettre plutôt de lui baiser le pied, ce à quoi le Pontife se prêta pour satisfaire son désir. Après cela, Claire le conjura de lui donner l'absolution et l'indulgence plénière et de lui faire la recommandation de l'âme. Le pape se rendit à toutes ses demandes. Avant de lui donner l'absolution, s'adressant aux cardinaux: plaise à Dieu, leur dit-il, que je n'aie pas besoin d'un pardon plus ample, quand mon dernier moment sera venu. — Quelle reine, quelle impératrice eut jamais la grâce d'être assistée à la mort par le Vicaire de Jésus-Christ, par le lieutenant de Dieu sur SI. s. 11. ^3
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la terre, entouré des princes de la sainte Kglise? Cette faveur inouic était réservée à cette humble vierge qui avait si généreusement foulé aux pieds toutes les gran- 'deurs du siècle. Ohl qu'elle eut sujet de se réjouir alors et d'inviter toute créature à bénir Dieu avec elle, en disant comme la Reine des Vierges: mon âme exalte les grandeurs du Seigneur, et mon esprit tressaille de joie en Dieu mon Sauveur, parce qu'il a jeté un regard sur la petitesse de sa servante ! (Luc. 1 . 46.)
Le cardinal d'Ostie communia la moribonde. Elle faillit mourir de joie, en recevant son bien-aimé. Bientôt les souffrances prennent un caractère plus alarmant. Le frère Reginald, grand serviteur de Dieu, la voyant près d'expirer, l'anime à souffrir de bon cœur les derniers assauts du mal : Oh ! lui répondit-elle, combien je remercie mon Sauveur I Car depuis que, par le moyen de son grand serviteur François, j'ai goûté un peu les délices de sa sainte passion, je n'ai jamais rien souffert dans ma vie qui me causât la plus petite peine.
En effet, toute souffrance est supportable à un cœur
qui aime Dieu. Aussi, quelles qu'eussent été les souffrances de Claire dans ses longues et pénibles maladies, jamais il ne lui était échappé un mot, un soupir d'impatience. 11 ne sortait de sa bouche que de saintes affections, de pieuses actions de grâces, des traits d'amour. Son cœur ne respirait que Jésus ; ses désirs ne tendaient qu'au ciel.
Ses filles ne se montrèrent pas aussi généreuses. A genoux autour du lit de leur sainte mère, elles fondaient en larmes et ne pouvaient s'empêcher de gémir, voyant qu'elle allait leur être ravie. Claire leur dit: Mes filles, ah 1 ne troublez point ma joie par vos l'armes
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et vos soupirs. Laissez-moi aller en paix au feslin de répoux. Demeux-ez vous-mêmes en paix ; je vous recommande surtout la sainte pauvreté; c'est l'héritage que je vous laisse.
Cependant survient le frère Junipère, cet homme de Uieu qu'on surnommait Varcher de Jésus-Christ, à cause que ses discours, quand il parlait de Dieu, paraissaient être comme des flèches ardentes, il dit quelques mots à la sainte sur le bonheur du ciel; elle eu fut inondée de joie. On lut ensuite la passion du Sauveur, qui était le texte favori des méditations de la sainte, et alors le Sauveur en personne vint l'inviter à la couronne céleste. Claire se disposa immédiatement à le suivre : 0 mon âme, se dit-elle, pars en paix ; tu as un bon guide pour le voyage. Ya ; suis ton créateur et ton protecteur, ton tendre époux, ton père.
A cet instant, un chœur de vierges descendit visiblement du ciel. Elles étaient vêtues de blanc, i-esplendissaient comme des lis et portaient des couronnes d'or ornées de pierreries. Parmi elles, on en distinguait, une qui semblait être leur reine. Son port plein de majesté, son diadème plus brillant la relevaient sans comparaison entre toutes. Elle fixa un regard plein de bonté sur la mourante ; deux de ses suivantes étendirent un magnifique manteau sur la couche de la sainte, comme pour ensevelir son corps virginal. Enfin la Reine du ciel s'indinant vers la sainte, l'embrassa avec tendresse, et Claire rendit, doucement l'esprit entn les mains de son Créateur et dans le sein de la Mère de Dieu.
C'est ainsi qu'elle échangea le cilice et la bur(! pour la robe de l'immortalité, la pauvreté pour la richesse
du paradis, une courte pénitence pour une béatitude sans fin. Sa vie méritait une telle mort. Mais, vous, mon cher lecteur, dites-moi, pouvez-vous en espérer une sembbible, en menant une vie si différente? Voulez-vous mourir de la mort des justes? vous dit saint Augustin, commencez par vivre de la vie des justes.
P. Petrus Ribadeneira. S. J. — et Laur. Surius. Vila. S. Clarœ, 12 Augusli.