‹ Les merveilles divines dans les saints du Moyen ÂgeChapitre 29 sur 54 · CONVERSION MERVEILLEUSE DE DEUX GENTILSHOMMES · texte numérisé non relu

CONVERSION MERVEILLEUSE DE DEUX GENTILSHOMMES

Dabo timorem meum in corde eoriim, ut non recédant a me. Jerem. 32. 40.

J'imprimerai ma crainte dans leur cœur, afin qu'ils ne s'éloignent pas de moi.

Le vaillant Samson ayant fait la rencontre d'un lion, tira de la gueule du féroce animal un rayon de miel fort doux. C'est ainsi qu'il plut au Seigneur de sauver deux seigneurs Milanais, Aimé et Vérémond, au moyen de deux sangliers féroces. Etant allés à la chasse aux environs de Milan ^ans une forêt fort giboyeuse , ils poursuivaient une bête fauve à une grande distance de leurs serviteurs. Tout d'un coup, ils voient descendre précipitamment du haut d'une colline deux énormes sangliers dont les grognements -étaient capables de terrifier. Quel paiti prendre? Les attaquer était dangerens ; les fuir n'était pas trop sûr. Ce dernier parti

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leur parut le meilleur. Mais les sangliers, doublant de vitesse, furent bientôt à quelques pas des fuyards. Heureusement pour ceux-ci, il )■ avait là une chapelle dédiée au gloi'ieux martyr saint Victor. Ils y courent en toute hâte comme dans un asile assuré, suivis de près par les sangliers. En face de la ciiapelle, s'élevaient deux lauriers très -forts et très-hauts. La pensée leur vint d'y grimper et de s'y mettre à l'abri, la chapelle se trouvant fermée dans le moment. A peine s'y étaient-ils logés que les deux sangliers arrivent furieux; ils tâchent d'ébranler les arbustes, ils se dressent, en ouvrant la gueule et en montrant des dents afIVeuses.

Jusque-là nos gentilshommes avaient peu à craindre ; mais 11 n'en fut plus de même, quand ils virent ces furieux gratter la terre avec leurs griffes, mordre et déchirer les racines à coups de dents, pour les faire tomber avec les lauriers. Un froid glacial parcourait tous leurs membres; le cœur leur battait à outrance. Se voyant perdus sans ressource, ils eurent recours au Ciel. L'un et l'autre élevèrent en même temps leurs yeux et leur cœur au Ciel, et firent vœu à Dieu, à la Vierge et à saint Victor, que s'ils échappaient à ce danger, ils élèveraient en ce lieu une église et un monastère en l'honneur du saint Martyr, pour y faire célébrer à perpétuité les louanges du Dieu des miséricordes et de sa très-sainte Mère. Chose merveilleuse ! A peine ce vœu fut-il conçu que le Dieu qui envoya un ange fermer la gueule des lions qui menaçaient Daniel? exauçasur-le-champ leurs prières. Sur-le-champ, les sangliers dépouillant leur férocité, s'adoucirent comme de tendres agneaux. Au lieu de continuer à excaver la

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terre et à déraciner les lauriers, ils se mirent à en caresser le tronc. Puis, baissant la tête, ils rebroussèrent chemin et rentrèrent dans la forêt.

A la vue d'un changement si imprévu, nos deux gentilshommes descendent joyeux, et s'étant embrassés comme des gens qui reviennent à la vie, ils cueillirent quelques branches de laurier, en firent une couronne qu'ils se mirent sur la tète , et enti'èrent ainsi dans la chapelle. Là, après une fervente action de grâces, ils renouvelèrent le vœu qu'ils avaient fait pour leur délivrance.

Us ne différèrent pas à l'accomplir. De retour à Milan, ils réunirent toutes leurs ressources et les employèrent à la construction de l'église et du monastère projetés. Quand ils l'eurent achevé et doté, ils en Qreut don- à l'ordre de Saint-Benoît. Il ne tarda pas à se peupler d'un grand nombre de vierges nobles de la Lombardie, et on y vit fleurir une exacte observance.

Peu satisfaits d'avoir consacré à Dieu leurs richesses, ils voulurent dévouer leurs personnes à son service. Ayant donc dit adieu aux grandeurs du siècle, ils se retirèrent de concert au voisinage de l'église de Saint- Victor, et y commencèrent une vie admirable. Vêtus d'une grossière tunique qui couvrait un rude cilice, ils habitaient une grotte oii ils n'avaient d'autre lit que la paille, d'autre oreiller que des sarments, d'autre couverture qu'une natte. Leur mortification en fait de nourriture fut encore plus étonnante, surtout pour des personnages élevés dans les délices. Trois jours par semaine, ils jeûnaient au pain et à l'eau, s'abstenunt de tout fruit, bien qu'il abondât dans 1^ pays et

qu'il filt exquis. Certes, on jugera qu'une telle abstinence valait celle des anachorètes de la Thébaïde. Citons un exemple pour point de comparaison. Un jour, on vint oiYrir à saint Macaire quelques belles grappes de raisin, extrêmement appétissantes. Macaire les fit passer à un autre moine qui désirait en goûter. Celui-ci, mortifiant son goût, en fit don à un de ses voisins, lequel les offrit à son tour à un autre qui paraissait en être amateur. Enfin, le raisin passa ainsi de main en main par tous les ermitages de la Thébaide, sans qu'aucun des solitaires en eût détaché seulement un grain, il revint intact entre les mains de Macaire qui l'offrit au Seigneur. Voilà le fait de la Thébaïde. Pour nos deux seigneurs, environnés de toute sorte de fruits délicats, et malgré que les voisins leur en fissent très-souvent des présents, rien ne fut capable de leur faire rompre leur résolution. Pendant grand nombre d'années, ils s'en abstinrent totalement, se contentant de pain et d'eau aux jours que nous avons dit. Assurément, le parallèle ne sera pas au désavantage de ces derniers.

Pour conclure leur histoire, ajoutons que la grotte où ils demeurèrent, ainsi que les deux lauriers qui leur servirent d'abri, devinrent l'objet d'une grande vénération. 11 n'y a pas longtemps qu'il subsistait encore des rejetons de ces arbustes, et on en cueillait des branches pour les conserver comme des reliques. Deux saints cardinaux, Charles et Frédéric Borromée voulurent révérer ces lieux, prier dans cette grotte, reconnaître et bénir les restes de ces lauriers, berceau de la sainteté de nos deux gentilshommes, qui, semblables à deux arbres fei'tiles, ont grandi et fiouri si

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honorablement dans la maison du Seigneur. Plantati in domo Domini, in atriis domus Dei nostri florebunt.

(Ps. 41. 14.)

. P. Jojii. Bolluiid. S. J. ex Emmanuel Laudensi, 13 februarii. Vita S. Gaymonis et Veremundi.

CALOMNIES A l'égard DES JUSTES RETOMBANT SDR LES CALOMNIATEURS.

Veritatem rcquiret Domutus, et retribuet abundanter facientibus superbiam.

Le Seigneur recherche la vérité; il punira rigoureusement ceux qui commettent la ce lomnie. Ps. 30. 24.

Ce n'est pas sans raison que la calomnie est compart^e à la fournaise de Babylone. Si la flamme respecta les trois jeunes hommes, il en fut autrement de leurs ennemis qu'elle dévora en leur place.

La vie de saint Goar, ermite au diocèse de Trêves, nous fournit un bel exemple à ce sujet. Méprisant les grandeurs du siècle, il avait embrassé la vie solitaire dont il pratiquait toutes les vertus. Son hospitalité envers les pèlerins était surtout remarquable. Il les accueillait tous avec la plus exquise charité. Mais la vertu a toujours des envieux qui la poursuivent, comme l'ombre suit le corps. Le démon porta donc deux ofTiciers de la cour, nommés Albuin et Adelin, à noircir cette conduite. Us calomnièrent le serviteur do

Dieu auprès de Rustique, archevêque de Trêves, l'accusant d'être un hypocrite qui n'avait cherché la solitude que pour se livrer en secret à ses penchants, et qui n'exerçait prétendument l'hospitalité, que pour avoir occasion de faire bonne chère. Enfin, c'était un vrai magicien, indigne d'être toléré dans le diocèse. Il n'en fallut pas davantage pour exciter l'indignation de l'évèque qui était plus homme du monde que de Dieu. 11 enjoignit sur-lç-champ aux délateurs d'aller signifier à Goar qu'il eût à comparaître devant lui.

La commission était de leur goût ; ils s'empressèrent de s'en acquitter. Accueillis avec bonté par le Saint, ils lui firent part de l'ordre de l'évèque. Comment un si grand prélat, leur répondit le Saint, daigne-t-il penser à son pauvre serviteur? Je suis aux ordres de Sa Seigneurie. Le lendemain matin , il fait préparer à manger pour les messagers ; mais ceux-ci refusèrent d'un ton méprisant de se mettre à table sitôt; ils acceptèrent seulement quelques rafraîchissements pour le voyage. Puis, sans attendre que le Saint eût offert le saint sacrifice, ils repartirent seuls. Us n'étaient pas encore bien éloignés, que, par une permission divine,ils furent saisis d'une soif ardente et d'une faim canine. Ils se dirigent donc vei's une fontaine du voisinage, mais contre l'ordinaire elle se trouvait à sec. Us mirent la main dans la poche et sans savoir comment, ils la trouvèrent vide de provisions. Surpris de ce double accident, ils y virent un châtiment de leur méchanceté, et n'en pouvant plus de besoin, ils tombèrent comme évanouis sur le sol, attendant la mort.

Cependant le serviteur de Dieu survient. Ils lui dirent d'une voix tremblante : 0 père, par charité,

secourez-nous, nous mourons de faim. — Comme lui-même était dépourvu de provisions, il leva les yeux au ciel et implora le secours de la très-sainte Trinité. A rinstarnt, trois biches sortent d'un bois voisin et accourent à lui ; il les trait, et en donne le lait aux deux pauvres aEFamés. Puis, il les invite à s'approcher de la fontaine, desséchée un moment auparavant, et qui maintenant coulait abondante. En même temps , ils retrouvent dans leurs poches les provisions perdues. Tant d'incidents merveilleux réunis leur prouvèrent que Dieu châtiait leur malice et récompensait leur repentir.

Se remettant en route de compagnie, ils se présentèrent ensemble chez l'évêque, où un nouveau prodige fit éclater l'innocence du Saint. C'était l'heure de midi. Les croisées fermées laissaient à peine pénétrer un rayon de soleil dans l'anti-chambre du prélat. Le Saint qui avait voyagé avec un gros manteau, désira s'en décharger ; il alla vers la fenêtre pour l'y suspendre, s'imaginant dans l'obscurité y apercevoir un clou. 11 ne s'en trouvait pas; mais le manteau demeura suspendu en l'air, comme s'il y eût rencontré un appui solide. Les gens de la maison qui virent son erreur et les suites, ne purent s'empêcher de crier au miracle. Aussi les deux messagers prévinrent le Saint auprès de l'évêque, et tout différents d'eux-mêmes, ils changèrent leurs accusations en louanges et racontèrent au prélat les merveilles dont ils avaient été les témoins et l'objet. L'évêque, encore sous l'impression de leur premier rapport, reçut le Saint d'un air peu bienveillant, il attribua même à la magie les choses merveilleuses que le Saint avait faites, et peu s'en fallut

qu'il ne le contraignît à lui révéler l'origine de ces supercheries prétendues.

En vain celui-ci chercha-t-il à se justifier modestement ; l'ëvêque s'entètant dans son appréciation , le qualida de stupide et d'insensé. Cependant la Providence permit qu'au même moment, il survînt un ecclésiastique portant entre ses bras un enfant de quelques jours qu'on avait exposé dans l'église. Rustique, à cette vue, dit à Goar sur un ton de dédain : Nous allons voir maintenant si vous êtes un magicien comme je crois, ou un serviteur de Dieu, comme vous vous en vantez. Dites-moi quels sont les parents de cet enfant? — A cette interpellation, le Saint ressentit quelque tristesse. C'était, semblait-il, présomption de demander à Dieu qu'il lui révélât le nom des parents. D'autre part, ne pas le faire, c'était compromettre son innocence et la foi des assistants. Il eut donc recours au Seigneur, et le supplia de prendre soin lui-même de sa réputation. Ayant demandé à l'ecclésiastique l'âge de l'enfant , sur sa réponse qji'il n'avait que trois jours, il s'écria : Sainte-Trinité, je vous invoque, et toi, enfant, je t'adjure en son nom, de nous déclarer ouvertement le nom de ton père et de ta mère I — I.'enfant éleva soudain ses petites mains et prononça d'une voix claire et distincte le nom de ses parents.

A ce prodige , l'évêque resta interdit. 11 fît un sérieux retour sur lui-même, et la grâce frappant à la porte de son cœur, il changea entièrement de sentiments et de conduite, et témoigna depuis au Saint la plus profonde estime. Celui-ci pouvait dire avec raison que ce n'était point sa faute, si les coupables avaient été découverts ; néanmoins il s'offrit à faire

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pénitence pour avoir provoqué la manifestation de leur nom. Instruite de Tévénement, la ville apprit avec joie comment, par le témoignage d'un nouveau-né , Dieu avait déclaré l'innocence de Goar, et donné à un prélat mondain l'occasion de revenir à ses devoirs. Ex ore infanliuni et laclenlium perfecisti laiidem propter inimicos tuos, tu destruas inimicum et ultorem. (Ps. 8. 3.)

p. Petrus Ribadeneira, S. J. ex Valdemberto Diacono, <3 julii.

CHATIMENT EXEMPLAIUK DES RAVISSEURS DD BIEN o'ÉGLISE.

Ego Dominus, odio habens rapinam in holocattsto. Isa 51.

Je suis le Seigneur qui hais les holocaustes qui viennent de rapines.

Que le Ciel ait eu horreur les ravisseurs des biens consacrés à Dieu, c'est ce que les divines Ecritures nous montrent par le récit qu'elles font de la mort affreuse du roi Antiochus qui avait dépouillé le temple de Jérusalem de ses richesses. Mais c'est ce que nous l'ont voir plus sensiblement encore les châtiments effroyables dont les ravisseurs du bien de l'Eglise ont été souvent frappés sous la loi nouvelle. La seule vie de saint Servais, évêque de Maestricht, nous offre plus d'un monument de ce genre. On n'a jamais profané

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impunément son t^glise , ni son tombeau, que les éléments mêmes respectent. L'histoire rapporte que ce tombeau, étant resté plusieurs années à découvert, la neige n'y tomba jamais, bien 'qu'elle remplît tous les alentours, et qu'elle formait même au-dessus comme une sorte de dais ou de pavillon d'honneur. Le feu respecta pareillement son église. Il dévora un jour toutes les habitations circonvoisines, et menaça l'édifice sacré ; mais les flammes n'y touchaient pas plus tôt qu'elles semblaient reculer et remonter dans les airs.

Mais ce respect des éléments ne fut pas capable d'en inspirer aux hommes. Sous le règne de Godefroid, roi des Normands, les Danois prirent d'assaut la ville de Maestricht. Avides de butin, ils coururent à l'éghse de Saint-Servais, qui était fort riche ; mais trouvant la porte bien fermée, ils appliquèrent des échelles et se mirent à démonter la toiture. Alors s'éleva une rafale si impétueuse que les échelles furent culbutées. Les brigands se virent donc obligés de s'accrocher comme ils purent aux ferrailles du toit, au risque de se voir précipités à chaque instant. Ils eurent beau crier au secours ; leurs camarades craignant un semblable accident, n'osaient dresser de nouveau les échelles pour aller les délivrer. C'en était fait de tous, s'ils ne s'étaient repentis et n'avaient recouru à la bonté de saint Servais. Touché de leurs prières, le Saint inspira aux spectateurs un moyen de les secourir et de les descendre à terre. Trop heureux d'avoir été ainsi délivrés, ils firent vœu de ne plus jamais toucher aux choses consacrées à Dieu.

Ce formidable exemple fut oublié dans la suite, et il fallut le renouveler. Giselberte, duc de Lorraine, M. s. II. 24*

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étant venu visiter le trésor et les curiosités de la même église avec (ierbère, son épouse, sœur de l'empereur Othon I, la ducliesse convoita un magnifique tapis de soie, orné de fleurs, et elle parvint à s'en emparer. Au vol elle joignit la témérité. Elle ne rougit pas de s'en faire un manteau de cérémonie. Le jour de la fête du Saint, elle se pare de ce manteau, et se rend en grande pompe à l'église pour assister à la messe. Elle prend place sur un trône, et peu à peu, elle est surprise d'un léger sommeil, pendant lequel elle se tord tout à coup les bras en cnant : Pardon, saint Servais , pardon ! Le duc accourt à ce cri et lui demande ce que signifient ces manières. Ah 1 dit-elle, j'ai vu saint Servais, assis sur un trône de gloire devant l'autel, entouré de personnages vénérables, et comme je voulais m'approcher pour lui rendre mes hommages , un homme d'un aspect farouche m'a saisie par les cheveux, et me repoussant en arrière, il m'a frappée de verges et a menacé de m'arracher ce manteau , et de m'exposer à la risée du peuple. Mais j'ai recouru humblement à saint Servais, et sa clémence a empêché l'exécution. — A ce récit, le duc et les assistants furent saisis de frayeur; le prince ordonna la restitution immédiate du manteau. Il y joignit d'autres présents magnifiques qu'il fit publiquement, afin de réparer l'injure faite au saint évoque. C'est ainsi que Dieu châtia la convoitise sacrilège de cette femme ; le repentir seul fut capable de suspendre son courroux. Quia humiliaii siint, aversa est ab eis ira Dei. (2 Parahp. 12. 12.)

Le fait suivant offre encore plus d'intérêt. Une troupe d'enfants entrèrent un soir, tout en jouant,

dans un vignoble dépendant de l'église du Saint. Le raisin les tentait ; ils se mirent incontinent à l'œuvre* Celui-ci tire son couteau pour couper les grappes, celui-là lève la main pour y atteindre, un troisième tient la corbeille pour les recevoir, un autre y mord; tous prennent part au larcin. Tout à coup se présente devant eux un personnage vénérable dont la ûgure était resplendissante : Eh bien ! leur dit-il, qui vous a permis de saccager ma vigne? Vous commencez de bonne heure à dérober. Si je n'avais pitié de votre jeunesse , je vous châtierais rigoureusement. Mais poiir que vous appreniez à respecter les biens de l'Eglise, vous resterez tous ici dans la posture où vous êtes, jusqu'à ce que vos parents viennent vous voir et apprennent à réprimer votre témérité. — Cela dit, la vision disparut.

Les enfants demeurèrent comme des statues dans la situation et le maintien où ils furent surpris. Le lendemain matin, les parents inquiets de leur disparition, s'en vont çà et là à leur recherche ; enfin ils les trouvent dans la vigne, frappés d'immobilité. Leur pose, leur geste, les raisins coupés, le panier à demi-chargé, tout cet ensemble fit comprendre sur-le-champ aux parents la cause de l'accident. Stupéfaits et hors d'euxmème, à la vue d'une scène si étrange, ils ne savaient quel parti prendre. Enfin, ils recoururent par d'humbles prières à l'intercession de saint Servais, dont la vigne avait été profanée par leurs enfants. Vers le soir, les pauvres enfants commencèrent à se remuer et à venir à la rencontre de leurs parents. Ils racontèrent l'apparition et les menaces du saint évêque, et comment ils avaient été soudain arrêtés dans l'acte du

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maraudage. Enûa se prenant deux à deux par la main , ils se rendirent processionnellement à lY-gUse du Saint pour lui rendre des actions de grâces.

Voilà comment les Saints sont jaloux du respect qui est dû à leurs sanctuaires. Si jamais ils ont déployé de la sévérité et de la rigueur, ce fut toujours contre les téméraires violateurs de l'immunité des églises et de leurs possessions. Ils imitent en cela la conduite du Roi des' saints qui s'est armé de fouets pour châtier les violateurs du Temple, et qui a dit : Le zèle de votre maison m'a dévoré. Zelus domus tuce comedit me.

p. Godefrid. Henschen. S. J. 14 maii. Vila S. Senatii, episcopi.

L'IS PBOPHETIES ou PREDICTIONS DES CHOSES FUTURES, PREUVE DE LA VÉRITÉ DU CHRISTIANISME.

QucE Ventura sunt, indicate nobis, et ponemut cor nostrum. Isa. 41. 22,

Annoncez-nous l'avenir, et nous nous soumettrons à vos lois.

Parmi les preuves de la vraie religion, il n'en est point de plus décisive que la prédiction des choses futures, et surtout de celles qui , dépendant de la volonté de l'homme, sont également inconnues aux bons et aux mauvais anges. Or, l'histoire de l'Eglise abonde de ces faits prophétiques. En voici deux dont

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l'un se rapporte au puntitîcat suprême et l'auti'c à un trûne temporel.

Lï'lection de Nicolas V et celle de Pie 11, qui furent l'un et l'autre des Pontifes vraiment saints,, furent annoncées à l'avance par plusieurs serviteurs de Dieu. Thomas de Sarzane , nonce d'Eugène IV auprès de Frédéric 111, se rendant en Germapie, rencontra au sommet des Alpes Enée Piccolomini, que l'empereur envoyait en Italie en qualité d'ambassadeur. Us logèrent tous deux dans une hôtellerie, située sur la cime, et comme c'étaient des hommes pleins de sagesse et de piété, ils conférèrent ensemble sur des objets utiles et édifiants, en attendant le repas. Piccolomini l'avait commandé fort modeste et même peu copieux. Quand on fut à table, Thomas, vojant la maigre chère, en témoigna sa surprise : Et comment. Monseigneur, dit-il à Enée, faites-vous faire un si chétif dîner pour des hommes qui doivent porter la tiare et tenir les clés du ciel?

Le mot passa alors pour un pur badinage; mais on ne tarda pas à voir qu'il venait d'en-haut. Les deux ambassadeurs furent revêtus de la pourpre peu de temps après, et Thomas fut ensuite élu pape, sous le nom de Nicolas V , aux applaudissements de toute l'Eglise.

Du reste, ce ne fut pas le seul présage de son élévation. Lui-même avoua qu'il en avait été prévenu par son prédécesseur. La nuit qui suivit le décès d'Eugène IV, celui-ci apparut en songe à Thomas, et se dépouillant de son manteau et de sa tunique , il l'en revêtit; il lui mit de même la tiaie pontificale, cl, le prenant par la raàin, il le conduisit à son trône,

en lui disant : Asseyez-vous ici , parce que je vais rejoindre saint Pierre.

Enée Piccolomini fut élu Pape à son tour et couronné sous le nom de Pie il. Son exaltation avait aussi été marquée par certains signes avant-coureurs. Sa mère, en le mettant au monde, crut voir qu'il portait la tiare. Plus tard, quand il eut sept ans, ses petits camarades l'élurent pape dans un de leurs jeux ; ils lui mirent sur la tête une tiare de carton peint, lui firent simuler la bénédiction pontificale et lui baisèrent le pied. Le Seigneur se plaît quelquefois à préluder de la sorte à l'élection des Pontifes de son Eglise.

L'avènement de plusieurs princes temporels a été aussi l'objet d'une prédiction. Ida de Bouillon était une dame très-vertueuse. Un jour qu'elle s'amusait avec ses troi's fils, ceux-ci allèrent se placer sous son tablier comme pour se cacher. Eustache, son mari, la voyant dans cette position, lui demande ce qu'elle tenait caché. Elle garda un moment le silence, puis avec un gracieux sourire , elle répondit comme par inspiration : Je cache trois grands princes, un duc, un roi et un comte. — Cette parole qui regardait ses enfants, surprit d'autant plus Eusta'che, qu'elle avait moins de vraisemblance pour le moment. Mais le temps se chargea d'en montrer la vérité. En effet, le premier, nommé Godcfroid, fut élevé au duché de Lorraine; le second, appelé Bauduin, devint roi de Jérusalem, et le troisième, qui portait le nom de son père, hérita du comté de Bouillon.

Nous ne parlerons pas ici des grandes qualités de ces trois princes. La valeur qu'ils déployèrent pour la conquête de la Terre-Sainte les a immortalisés. Elle a

été chantée par le Tasse dans son célèbre poème de la Jérusalem délivrée. Qu'il nous suffise d'avoir fait voir par ces exemples que, selon sa promesse, Dieu continue d'accorder l'esprit de prophétie à ses serviteurs et à ses servantes. Super serves meos et super ancillas meas effundam de spiritu meo, et prophetabiint. (Joël. 2. 29.)

P. August. Oldonius. S. J. t. 2. Vila Ponlif. in Nicola V el Pio II. et Fulgosus. l. 5. cap. 3.

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