‹ Les merveilles divines dans les saints du Moyen ÂgeChapitre 30 sur 54 · JÉSUS-CHRIST EXHORTANT UNE DE SES ÉPOUSES A LA PATIENCE · texte numérisé non relu

JÉSUS-CHRIST EXHORTANT UNE DE SES ÉPOUSES A LA PATIENCE

Verba ritoe œternœ habes. Joan. 6. 09.

Vous avez les paroles de la vie éternelle.

La charité la plus tendre unissait le cœur de Jésus et celui de la bienheureuse Camille Varani, princesse de Camerino, et depuis religieuse de sainte Claire, sous le nom de sœur Baptiste. Consacrée dès sa première enfance au divin amour, elle avait fixé sa demeure dans le sacré-cœur de Jésus, afin de prend ic part à ses souffrances. Le céleste Epoux, pour la récompenser de son dévoùraent, lui fit lire, un jour, écrites au centre de son cœur divin en caractères d'or, ces consolantes paroles : Camille, je t'aime! — Il ne borna point là ses faveurs. Camille ayant composé une magnifique lettre sur les beautés cachées du cœur de

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Jésus, le Sauveur à son tour lui dicta des avis pour l'exhorter à soufi'rir ù son exenaple. Ce sont ces avis dont nous allons ici donner un^ abrégé pour rencouragement des âmes souffrantes, lis portent véritablement un cachet divin.

« Ma fille bien-aimée, Dieu, en vous appelant à la vie religieuse, vous a prévenue que vous auriez beaucoup à souffrir; je veux vous donner quelques avis propres à vous soutenir dans vos peines.

» Souvenez-vous qu'en prenant la résolution de bien faire, vous avez consenti à avoir du mal. Vous vous êtes proposé le cruciflx pour modèle : Il faut donc vous adapter à ma croix et vous y fixer par les trois clous de la pauvreté, de la chasteté et de l'obéissance. Fortifiez votre cœur, en prévoyant chaque matin les peines de la journée, et résignez-vous au divin vouloir, en pensant qu'un époux crucifié veut une épouse crucifiée. Et si la faible nature a horreur du calice de la passion , sans perdre courage , considérez que moi aussi j'en ai eu du dégoût et que j'ai prié mon Père de l'éloigner de moi. Néanmoins il faut toujours ajouter coiimie moi, que votre volonté soit faite, et reconnaître que Dieu ne saurait vous faire une plus grande grâce que de vous donner beaucoup à souifrir. II vous traite en enfant chérie, quand il vous rend semblable à son divin Fils. Sachez donc qu'on ne vous épargnera pas les outrages et les injures. Mais si vous voulez les convertir en faveurs et en grâces, oliservez cinq choses.

» Premièrement, quand le prochain vous offensera, soyez plus touchée de l'offense de Dieu que de la vôtre.

» Secondement, priez Dieu du fond du cœur de pardonner à ceux qui vous offensent, en disant avec moi :

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Mon Père, pardonnez-leur, parce qu'ils ne savent ce qu'ils font.

B Troisièmement , persuadez-vous que vous devez plus de reconnaissance à qui vous fait du mal qu'à tel qui vous fait du bien; car le premier vous épure et vous rend plus agréable aux yeux de Dieu.

» Quatrièmement, réflécbissez avec quelle charité je vous ai aimée, alors même que vous m'ofl'ensiez, en donnant à vos ennemis l'honneur qui m'était dû.

» Cinquièmement, reconnaissez que toutes vos épreuves vous viennent de ma main paternelle; que je vous afflige, parce que je vous aime. Vous devez croire en effet que je vous donne un gage plus certain d'amour, quand je vous fais participer à mon calice et à ma croix, que quand je vous serre dans mes bras et sur mon cœur, en vous donnant un avant-goùt des délices du ciel. Les tribulations sont plus précieuses que les consolations. Dieu fait une grande grâce, quand il préserve du péché; une plus grande, quand il porte à la vertu; la plus grande de toutes, (fuand il donne le courage de souffrir avec bonheur.

» Résignez-vous donc entre les mains de Dieu pour souffrir de bon cœur, et reconnaissez que cette exhortation est le langage du plus pur amour. Une âme fidèle ne peut devenir l'épouse d'un Dieu crucitié que sur la croix, au sein de l'amour douloureux et de la douleur aimante. »

C'est ainsi, dit l'historien, que le Dieu de toute consolation se plut à encourager la bienheureuse Baptiste, et ces motifs sont bien propres à consoler toute âme en butte aux tribulations de celte vie.

P. Daniel Papebroch. S. J. 31 maii. Viia u. s. 11. B. Daptistœ Varaniœ. 25

200 LIX* MERVEJLLE.

LIX" MERVEitLE.

GÉNÉREUX MÉPRIS DU RESPECT nUMAI\.

Spectacuhim. facti snmus miindo, et angelis et hominibus. 1. Cor. 4. 6.

Nous sommes donnés en spectacle au monde, aux anges et aux hommes.

La sagesse de ce monde, a dit l'Apôtre, est folie aux yeux de Dieu. On peut dire au contraire que la folie chrétienne est une vraie sagesse devant Dieu. C'est ce que comprit à merveille le séraphique saint Félix de l'ordre des Capucins, qui se Qt la risée volontaire du monde par son humilité extraordinaire.

Un jour, il était allé dans un jardin, hoi's des murs de Rome, cueillir des roses pour le service de l'inQrmerie. Le frère Alexis, son compagnon, en avait aussi fuit un beau bouquet, qu'il avait dessein de placer sur l'autel. Au retour, voyant venir une grande multitude de peuple, il dit au Saint : Frère Félix, avez-vous le courage de porter ce bouquet de roses sur l'oreille et de vous montrer ainsi au peuple romain? — Sans attendre la réponse, il en coiffe le serviteur de Dieu. Celui-ci ne fait semblant de rien et poursuit son chemin. Arrivés à la porte Pie, le confrère reprit : Vous voulez donc traverser Rome avec ce ridicule affublement? — Félix lui répondit : Que m'importe? — Et U était tout prcL à aller ainsi travesti jusqu'à son

Qouvenl ; mais son compagnon lui enleva le bouquet, et resta bien édifié du détachement du Saint.

Cette même humilité fit qu'il voulut être appelé , non frère capucin , mais l'àne du couvent. Ainsi , quand, après avoir été mendier par les rues de Rome, il retournait chargé de la besace, s'il venait à rencontrer la foule , il disait : Place , place , pour cet âne qui porte des provisions aux serviteurs de Dieu. — l'ne fois, il tomba sous son faix au milieu de la voie publique, sans avoir la force de se relever. Toujours plein de mépris pour lui-même : Holà ! mon frère, s'écria-t-il, venez relever cette bête à coups de bâton et de fouet. — Avec le roi-prophète, il se comparait à une bête de somme; mais il eût pu ajouter comme lui, en remerciant le Seigneur : ô mon Dieu, vous m'avez glorieusemeut l'elevé. Ut jumentum facLus sum apud te, et cnm gloria suscepisti me. (Ps. 72. 73.) En effet toutes ses humiliations ne faisaient qu'augmenter la vénération des Romains pour sa personne.

*Dans ses rapports avec le prochain, il était ennemi de toute adulation et de toute fausse étiquette ; il usait au contraire de manières simples et sans apprêt, qu'il savait encore tourner au profit de son humilité. Ce n'est pas qu'il fût dépourvu d'esprit et de politesse; il en donna au contraire un spécimen fort gentil dans une circonstance que voici. 11 était allé présenter son hommage à l'avocat Bernardin Biscia, juge primaire de Home, et grand bienfaiteur des capucins. Or, pendant qu'ils causaient ensemble de choses spirituelles, survient le domestique d'un certain al)bé qui avait un procès pendant. Il envoyait au Juge un veau gras avec une lettre. Pendant que Bernardin

prenait lecture de cette lettre, le veau se mit à beugler. Félix, souriant gracieusement, lui dit : Savezvous. Monsieur, ce que dit ce veau? Il vous prie et vous recommande de prononcer la sentence en faveur du donateur. Mais songez qu'elle sera révisée par un tribunal supérieur au vôtre. Que le présent ne fasse donc pas pencber la balance.

C'était en vain que notre Saint voulait, à force de simplicité, se donner pour un homme sans esprit. Sa simplicité charmait les plus grands personnages mieux que ne l'eût fait la civilité la plus étudiée ; elle lui conciliait même leur vénération, parce qu'on n'ignorait pas par quel esprit il se conduisait. Une chose piquante et curieuse , ce sont ses rencontres avec saint Philippe de Neri. Tous les deux rivalisaient de mépris pour la terre; tous les deux brûlaient du désir du martyre. Aussi leur salut ordinaire était celui-ci : Frère Félix, disait Philippe, je voudrais vous voir brûlé vif. — Et moi, répondait Félix, je voudrais vous voir lapidé. — Une fois, s'étant joints en un lieu très-fréguenté de Rome, ils s'embrassèrent étroitement; puis Félix demanda à Philippe, s'il avait soif, et sur sa réponse affirmative, il tira de son sac une bouteille de vin et lui oflrit à boire. Philippe but en présence du peuple. Mais, au lieu des risées et des moqueries qu'attendaient les deux saints, le peuple cria bien haut : C'est un Saint qui donne à boire à un Saint. — Philippe, ayant satisfait sa soif, tira son chapeau et le posa sur la tèle de Félix : Prenez, lui dit-il, ce parc(sol, et circulez ainsi dans Rome. — Je le porterai volontiers, reprit Félix ; mais si on me l'enlève, ce sera pour votre compte. — Ils se mirent à

parcourir ainsi les rues ; les enfants, s'attroupant à leur suite, criaient : Le capucin en chapeau ! Finalement, quand ils furent à Saint-Laurent in Damnso, Philippe reprit son chapeau, et chacun se retira satisfait d'avoir glané çà et là quelque humiliation.

S'il est vrai, comme dit saint François de Sales, et comme on n'en peut douter, que plus on met le monde sous ses pieds, plus on s'élève vers le ciel; qui ne voit à quelle sublime sainteté parvint saint Félix, ce grand contempteur du siècle? Ah I que la générosité de cette grande âme nous fasse goûter cette maxime de saint Grégoire, que pour être vraiment sage, il faut s'éloigner de la fausse prudence et pratiquer une louable simplicité.

P. Daniel Papobroch. S. ^. ex Matthia Salodeiisi et J. B. Perusino. 18 maii. Vila S. Felicis.

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