‹ Les merveilles divines dans les saints du Moyen ÂgeChapitre 31 sur 54 · L AVARICE REND ESCLAVE DU DEMON · texte numérisé non relu

L AVARICE REND ESCLAVE DU DEMON

Araritia, idolorum servitus. Ephes.S,

L'avarice est une idolâtrie.

Celui qui désire savoir combien sont variés les emplois qu'impose le prince des ténèbres à ses satellites, doit lire la vie merveilleuse de saint André Sali. 11 y verra paraître tour à tour le démon de l'orgueil , le démon de la luxure, celui de la paresse, celui de l'envie. Je veux seulement citer l'exemple d'un moine

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tyrannisé par le démon de l'avarice. Constanlinople était plein de la renommée de ses vertus; c'était un homme de prière, de mortification et fort zélé pour toutes les pratiques de la perfection. Un seul défaut infectait une si grande vertu ; il était dominé par l'esprit d'avarice. Ainsi quand les citoyens qui venaient se confesser à lui en grand nombre, lui donnaient quelque aumône , il la mettait de côté, sans en faire part aux pauvres, et puis, il jouissait de voir grossir le monceau , comme s'il s'était fait religieux pour amasser des trésors sur la terre et non pas au ciel.

Le bienheureux André, passant un jour au voisinage, vit ce moine sous une étrange figure. 11 avait au cou, comme collier, un serpent affreux qui lançait une triple sentence contre lui. Il l'accusait d'avarice, d'inhumanité et de folie. En effet, quelle n'était point la folie de ce moine d'entasser de l'argent, sans en faire aucun usage, comme s'il avait dû l'emporter dans l'autre vie? André s'avança pour voir de plus près cet horrible spectacle. Le moine, supposant qu'il venait lui demander l'aumône : Mon frère, lui dit-il, allez en paix, que Dieu vous fasse trouver ailleurs. — Le Saint, à ces mots, lève les yeux au ciel, et y voit écrites en gros caractères ces paroles : L'esprit d'avarice est une source d'iniquités. — Abaissant ensuite ses regards vers le moine, il voit à sa gauche deux jeunes gens d'un aspect très-différent, l'un blanc comme un lis, l'autre noir comme le charbon qui se disputaient la possession du moine. Il est à moi, disait le nègre, parce qu'à mon instigation, il est avare et sans pitié. — Non, reprenait le blanc, il ne peut être à vous, puisqu'il s'applique à la prière, au jeûne, à l'humilité,

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au silence. — A quoi bon cette contestalioa, répliqua le nègre: Que dit le Seigneur? Voyons; a-t-il dit, venez, vous avares et inhumains, possédez le royaume? — Non, ajoute le blanc; mais d'autre part, il a dit : Heureux ceux qui sont, doux, qui pleurent, qui ont soif de la justice. — Continuez, répliqua le démon, et achevez : Heureux les miséricordieux, parce qu'ils obtiendront miséricorde. Le Christ n'a-t-il pas protesté qu'il préfère la miséricorde au sacrifice? Notre moine a peur de ces sentences, car il sait fort bien qu'il manque de charité et qu'il est tenace et dur à l'égard des pauvres. — Puisque notre dispute n'a point de terme, conclut le blanc, appelons-en au juge suprême, et abandonnons la sentence à Jésus-Christ. — Je ne veux pas d'appel, reprit le nègre qui n'était autre qu'un démon; il a trop de partialité et d'indulgence pour ma partie adverse. — Que dis-tu, calomniateur? repartit le blanc qui était un bon ange. Jésus-Christ est également juste et miséricordieux. Tu ne sais donc pas qu'il chérit la justice et repose un regard de complaisance sur l'équité, et qu'il rend à chacun selon ses œuvres?

Enfin tous deux convinrent de porter la cause au tribunal de Jésus-Christ, et là, chacune des deux parties fit valoir ses raisons. La discussion finie, on entendit le Ciel porter la sentence. Prêtres du Seigneur I écoutezla et tremblez. J'ai dit à mes apôtres, recevez le Saint- Esprit, et les péchés seront remis à ceux à qui vous les remettrez. Je ne leur ai point dit, recevez de l'argent en échange, et alors pardonnez aux hommes leurs péchés. Or, celui-ci a reçu de l'argent de ses pénitents, et au lieu de le distribuer aux pauvres, il l'a gardé pour lui; par conséquent, ô mon ange, vous

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n'avez aucun droit sur ce moine. Celui qui viole un point, est coupable de tout. L'esprit céleste inclina la tète, céda le moine à son adversaire, et s'éloigna tout désolé.

Le bienheureux André assista en esprit à ce terrible jugement. 11 en fut consterné, et résolut de prendre le moine en particulier, pour l'avertir. Le démon qui vit son dessein, s'en plaignit à lui-même : A quoi bon attendre mon moine? Ne sais-tu pas que le juge suprême me l'a adjugé? Garde-toi de m'enlever ma proie; sinon, malheur à toi! — Le Saint, sans répliquer ni s'émouvoir, attendit le moine au passage, et le prenant par la main, il lui dit qu'il avait un secret à lui communiquer. Il se mit donc à lui dire d'une voix émne : Comment se fait-il que vous, serviteur de Dieu, vous soyez devenu l'esclave du démon, en vous livrant à l'esprit d'avarice qui vous tient lié par autant de chaînes que vous avez de pièces d'argent cachées sans motif légitime. Est-ce là la profession que tu as embrassée? Renoncer à la fortune, et puis amasser pour ton malheur les aumônes des gens charitables, au lieu d'en faire part aux pauvres? A quoi bon tes oraisons et tes jeûnes, si tu les corromps par l'avarice? Ah I ouvre les yeux, et vois l'affreux serpent qui te serre le cou et veut te percer du triple dard de l'avarice, de la dureté et de la folie I Oh! quel serait ton effroi, si comme moi, tu eusses entendu la sentence prononcée contre toi par le Juge suprême! Il t'a livré aux mains de ton ennemi, en disant que les miséricordieux seuls obtiendraient son royaume.

En entendant un homme qui lisait dans sa conscience, le moine ouvrit les yeux et vit le démon, sous

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un aspect horrible et menaçant, qui sVloignait peu à peu par respect pour le Saint, il se mit donc à crier : Oui, je ne vois que trop bien le démon qui me menace. Ah! serviteur de Dieu, par pitié, secourez-moi, et dites-moi ce que je dois faire pour me délivrer de ses griffes. — Si vous voulez réprimer la fureur du monatre infernal, défaites-vous de l'argent mal acquis, en le donnant aux pauvres, et contentez-vous de la pauvreté monastique. Que la pauvreté serve de base aux trois autres vertus. — Le moine, on le pense bien, promit tout de bon cœur, et à peine eut-il pris sa résolution, qu'on vit venir du ciel une main qui dégagea sa gorge de l'affreux serpent. Le démon qui s'était montré sous la figure d'un nègre, abandonna ie moine à l'ange, et s'évanouit comme l'éclair.

^De retour au monastère, le religieux se hâta de distribuer son argent aux pauvres; il recommença à vivre d'une vie très-pauvre, et se reconnut redevable de son salut au bienheureux André. Celui-ci lui apparut de nouveau en songe et lui montrant un arbuste tout garni de fleurs et de fruits : Votre âme, lui dit-il, est semblable à un arbre planté le long d'un ruisseau, qui donne du fruit au temps convenable, qui reste toujours vert et qui produit avec abondance. Tamquam lignum quoi plantalum est secus decursus aquarum, quod fructiim suum dahil in tempore suo, et foliiim ejus non difluet, et omnia quœciimque faciet, prosperabuntiir. (Ps. 1.3.)

p. Dan. Papebroch. S. J. ex Nicephoro, 28 maii. Vita S. Andreœ Sali.

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SOURCE UlRACULEOSE DE SAI.NT ISIDORE.

Percussit petram, et (lujcernnl u tiœ.

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