‹ Les merveilles divines dans les saints du Moyen ÂgeChapitre 32 sur 54 · PS · texte numérisé non relu

PS

11 a frappé le rocher et les eaux ont jailli.

La divine Providence fit autrefois jaillir une source d'eau vive du rocher, aQn d'apaiser la soif des Israélites dans le désert. Elle a fréquemment renouvelé ce prodige sous la loi nouvelle, et quelquefois avec des circonstances plus merveilleuses. Je mentionnerai un seul de ces faits, qui est dû à saint Isidore, laboureur.

Il travaillait avec ses bœufs aux environs de Madrid. Plus d'une fois, on vit des anges tenir sa charrue, pendant qu'il se tenait à l'écart, plongé dans une oraison sublime. Un jour, après midi, c'était au fort de l'été, don Jean Vargas, propriétaire de cette campagne, s'en alla voir Isidore aux champs. La marche l'ayant fort altéré, il demanda à Isidore s'il avait de l'eau ou s'il n'y avait pas quelque fontaine aux environs. Le Saint, étendant l'index de la main, lui dit : Oui, il y en a là une. Allez sur le penchant de cette colline, et vous trouverez une eau très-fraîche. — Vargas s'y rend et n'y trouve pas une goutte d'eau. Il revient et se plaint, disant qu'il était inconvenant pour un serviteur de se moquer ainsi de son maître. — Je ne me moque pas, reprit Isidore; venez avec

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moi, et vous verrez. — 11 prend raiguillon dont il se servait pour ses bœufs, et s'en va avec son patron. Arrivé à Tendroit désigné, il lève les yeux au ciel : Seigneur, dit-il comme Moïse, ouvrez ici une source d'eau vive. — 11 frappe la terre de son fouet, et soudain il en jaillit un large filet d'eau très-limpide. Vargas, frappé d'étonnement, goûte cette eau ; elle lui semble du. nectar. Ce prodige contribua à lui en faire croire un autre. Le Saint avait une autrefois multiplié le grain qu'on donnait aux colombes, lorsque la campagne était couverte de neige.

Cette fontaine miraculeuse, appelée du nom de Saint-Isidore, se voit auprès de Madrid, en face de deux ponts qui conduisent l'un à Tolède et l'autre à Ségovie. Cette fontaine n'a jamais cessé de couler avec abondance, même pendant que le reste de la Castille était livré aux plus grandes sécberesses et que toutes les autres sources étaient taries. Il n'y eut qu'en I56b, pendant une sécheresse extraordinaire et lorsque tout le monde allait s'approvisionner là, que la source s'arrêta tout d'un coup et cessa de donner son tribal accoutumé. Le motif de la suppression fut que certains agents du fisc voulurent trafiquer de cette eau et en tirer quelque argent, ce qui donna lieu aux plaintes des pauvres. Alors donc la source s'arrêta, comme pour confondre et détester cette abominable spéculation, le Ciel témoignant ainsi son horreur pour l'oppression du pauvre. Aussi le célèbre Mariana engage-t-il les princes à ne point frapper de contributions les objets de première nécessité, dont les pauvres doivent user; mais plutôt ceux qui servent au luxe des riches, comme les draps de soie et d'or,

les aromates précieux, les chiens de chasse, les chevaux de carrosse et autres choses semblables.

Or, les magistrats, ayant été informés de ce qui se passait, interdirent sévèrement aux fiscaux de vendre cette eau que Dieu avait libéralement accordée pour l'utilité publique. Là-dessus, la source se remit à donner, et jamais plus, elle ne fit défaut dans la suite. On n'en usait pas seulement pour le service ordinaire, mais encore pour obtenir des grâces miraculeuses. Souvent elle a guéri diverses maladies, comme la fontaine probatique de l'Evangile. Aussi toute la Castille courait à la fontaine de Saint-Isidore, pour se procurer une eau si salutaire.

L'impératrice Isabelle, femme de Charles-Quint et mère de Philippe II , fit construire un bel ermitage près de celte fontaine, en mémoire du Saint qui rendit un si grand service à sa patrie. Le fouet pastoral dont saint Isidore se servit pour faire jaillir cette eau miraculeuse, fut déposé dans une châsse d'argent, et on le vénère comme l'épée victorieuse du grand roi saint Ferdinand. Ainsi, on peut appliquer à l'Espagne dans cette circonstance, ce que l'Ecriture dit du patriarche Jacob : Elle a eu en honneur et elle a béni le sommet de la verge d'un de ses enfants. Benedixit, et adoravit fasUgium virgœ ejus. (Hebr. 11. 21.)

P. Godefrid. Henschen. S. J. 5 muii. Vita S. Iiidori agricolœ.

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