DIEU RÉVÈLE SES SFXRF.TS AUX CŒURS PURS
Dabo tibi thcsauruj abscunditos et arcana secretorum. Isa. 49. 3.
Je vous découvrirai des ti-ésors cachés et des secrets profonds.
L'œil virginal de saint Jean reconnut le Sauveur sur le bord de la mer de Tibériade, tandis que les autres ne le reconnaissaient pas. C'est le privilège de la pureté de pénétrer les secrets de la divine sagesse et de lire même quelquefois dans les consciences. Entre autres preuves, je citerai le fait de saint Eméric, prince de Hongrie et fils du saint roi Etienne.
Ce prince avait conçu une telle affection pour la virginité qu'il la garda, jusque dans l'état du mariage, de concert avec sa royale épouse, qui était une perle de beauté et de vertu. En retour, Dieu se plut à répandre dans son cœur les lumières de son divin Esprit, au point qu'il pénétrait les secrets des cœurs, grâce qui n'est pas même accordée aux esprits angéliques.
Le roi Etienne venait d'ériger un magnifique monastère de bénédictins. Quand ïes religieux eurent été installés, il désira les visiter, accompagné de sa cour. 11 envoya son fils Eméric , afin qu'il reçût les premiers hommages de ces bons religieux. Ils vinrent en
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effet en belle ordonnance à sa rencontre jusqu'à la porte de l'église. Là, le prince les embrassa tous et les baisa au front , selon l'usage du pays, mais non pas tous également. A tel en effet il donna deux baisers, à tel autre trois, à plusieurs quatre, à d'auti'es cinq ; enfin il y en eut un auquel il en donna sept. Ce dernier était le frère Maur. Le roi étant survenu, fut très-étonné de cette conduite, et comme il la présumait fondée, il voulut s'en éclaircir. La messe finie, il interrogea le prince. Celui-ci, pour obéir à son père, avoua qu'il avait eu égard au degré de pureté et de perfection de chacun, et qu'il avait mesuré son affection aux mérites ; que d'ailleurs il avait cru honorer de sept baisers le plus saint de tous, comme ayant gardé l'innocence baptismale.
L'explication augmenta la surprise du roi. U ne pouvait croire qu'un prince, vivant au milieu du monde, pût recevoir du Ciel le don de pénétrer et de discerner les divers degrés de pureté et les mérites de chacun dans une communauté si nombreuse. Pour mieux s'assurer de la vérité, la nuit suivante, il retourne incognito au monastère avec deux de ses officiers, et s' étant posté convenablement au chœur au moment des matines, il remarqua qu'à la fin de l'office, la plupart se reliraient dans leurs cellules pour se livrer au repos. Toutefois ceux à qui Eméric avait marqué plus d'affection, restaient dans l'église et allaient en divers coins continuer leur oraison.
Etienne alors accosta l'un, puis l'autre, et se faisant connaître, il les saluait avec politesse. Eux de leur cùté, voyant le roi, interrompaient la prière et le silence pour lui rendre le salut. Maur seul fit excep-
lion. Comme il était tout absorbé dans la contemplation, il ne fit aucune attention aux paroles très-bienveillantes que lui adressa le monarque. Quelqu'un l'ayant repris brusquement de cette incivilité, il n'en demeura pas moins en silence et uniquement occupé de la prière.
Etienne admira beaucoup en lui-même une vertu qui tenait peu de compte d'une majesté humaine en présence de la Majesté divine. Cependant, pour la mieux éprouver, il revint le jour suivant au monastère. Là, ayant convoqué le chapitre , il fit semblant d'être mécontent de la conduite du frère Maur, et le reprit en présence de tous ses frères d'affecter des manières inconvenantes dans un religieux, et vraiment blessantes pour le prochain.
Le disciple de Jésus-Christ ne s'émut pas plus de la réprimande que des compliments. Sûr du témoignage de sa conscience, il ne dit pas un mot d'excuse, et se contenta de remettre le soin de son innocence entre les mains de Dieu.
Après cette double épreuve, le roi comprit que c'était par une lumière divine qu'Eméric son fils avait si bien jugé.
Déposant donc toute feinte, il manifesta à la communauté le motif de sa venue et Texpcrience qu'il avait faite. 11 loua beaucoup la conduite du frère Maur, qu'il choisit dans la suite pour évoque des Cinq-Eglises.
Il est donc bien vrai que la divine Sagesse se plaît à révéler ses secrets aux petits et aux àmcs innocentes, de préférence aux sages et aux savants : Confilcor, L:bi, Pater, Domine cœli et Icrrœ, quia abscondisli hœc
a sapientibus et prudentibus, et revelasli ea parvulis. (Matth. 11. 2 o.)
Petrus Ribadeneira, S. J. ex Surio. 20 augusti. Vila S. Emerid.
VOCATION MERVEILLEUSE A l'oRDRE SÉEAPHIQUE.
Non vos me elegistis, sed ego elegi vos. Ce n'est pas vous qui m'avez choisi, mais moi ,qui vous ai appelés. Joan. 15. 15.
Cette parole s'est admirablement vériCée dans la vocation de saint Jean Capistran. A lage de trente ans, il était lieutenant de Ladislas , roi des deux Siciles, à Pérouse, lorsque les habitants de cette ville se révoltèrent contre ce prince. Jean accourut pour les apaiser; mais au lieu d'être reçu en pacificateur, il fut traité en ennemi, et emprisonné dans la tour du château. 11 était là déplorant sa disgrâce, quand le séraphique père François lui apparut soudain et éclaira son cachot de la plus vive lumière. Il lui dit avec autant de bonté que de netteté, qu'après avoir appris à ses dépens la vanité du monde, le meilleur parti qu'il pût prendre, était d'y renoncer et de s'enrôler dans la milice de Jésus-Christ sous la bannière de la pauvreté.
A cette communication, Jean fut en butte à une
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grande anxiété. D'une part, il se sentait obligé d'obéir à Dieu qui l'appelait au port du salut; de l'autre, il lui semblait messéant de violer la promesse de mariage qu'il avait faite. 11 était aussi fort préoccupé des jugements da monde; il s'attendait à le voir dénaturer ses intentions et à être taxé de petitesse d'esprit. Au milieu de ces combats, il se mit à réciter l'oliice de la sainte Vierge. Cependant il fut surpris d'un léger sommeil. A son réveil, sans qu'il pût se rendre compte de rien, il se trouva parfaitement dégagé de sa barbe qui était fort belle et fort bien soignée. Ce n'est pas tout. Sa tète était aussi rasée, en sorte qu'elle ne présentait plus qu'un cercle de cbeveux, à la façon des frères mineurs. Etonné d'une métamorphose si étrange, il se dit à lui-même : Voilà la question tranchée. Saint François l'a résolue. De la prison il faut que je passe au couvent. — 11 dit et tint parole. Délivré par une faveur imprévue, il fit emplette d'un vieux âne, sur lequel il monta, couvert d'un méchant habit, la corde au cou, la tête découverte et rasée, et il parcourut ainsi une ville où il paraissait jadis avec éclat et prétention. 11 se rendit de la sorte au travers des sifflets et des huées au couvent du Mont, et commença par cet acte généreux d'humilité à triompher des vanités du siècle. Arrivé au couvent, il fit les plus humilies instances pour être admis, et donna pour preuve de sa vocation la tonsure miraculeuse qu'il portait. Le supérieur lui donna l'habit le jour même de saint François. Pour sa tonsure, il ne fut plus nécessaire d'y toucher ; elle resta visible tout Je reste de sa vie, sans qu'il y repoussât un seul poil. Peut-être le Ciel voulait-il ainsi S'ignificr sa
fidélité à sa vocation et sa constance dans la vertu. C'est à la persévérance en effet que Dieu a promis la couronne : Esto fidelis usqiie ad mortem, et dabo tibi ioronam vitœ; (Apoc. 2. 10.) ou bien il a voulu marquer de la sorte le détachement des affections terrestres auquel le saint homme s'appliqua si parfaitement. Capilli, dit saint Augustin, superflua corporis videnlur. Quoi qu'il en soit, après une délivrance et une vocation si admirables, Jean put dire avec le prophète : A jamais je bénirai mon Dieu qui a tiré mes jours du danger et qui m'a couronné de miséricorde et d'indulgence. Qui redimit de interitu vitam tuam ; qui coronat te in misericordia et in miseralionibiis. (Ps. 102. 4.)
P. Jac. Bidern. S. J. L. 2. ep. de S. Wilgef. — et J. B. Barberius Rom. Vita S. Joannis Capistrani.