A PIÉTÉ AFFLIGEE PENDANT LA VIE, GLORIFIÉE A LA MORT
Qui seminant in lacrymis , in exultatione mêlent. Ps. 123. 5.
Ceux qui sèment dans les larmes, moissonnolaut dans la Joie.
La divine Providence a coutume de glorifier la mort des Saints qui ont eu beaucoup de tribulations pendant la vie. Saint F.dniond, roi d'Angleterre, eut à
souffrir de graves persécutions sous son règne. U y avait guerre entre l'Angleterre et le Danemarck. Loterie, un des principaux seigneurs Danois, trèspassionné pour la chasse, sortit un matin sur une petite embarcation pour se livrer à son plaisir favori. Mais surpris par la tempête, il fut emporté jusqu'aux rivages de l'Angleterre. Keconnu et saisi, on le conduisit au roi qui, touché de son bel extérieur, le reçut avec bienveillance et le traita avec beaucoup d'égards. Le seigneur Danois répondit à cet accueil, et il parvint à s'insinuer si bien dans la faveur du monarque, que celui-ci le mit au rang de ses plus intimes courtisans et qu'il tint à l'avoir toujours dans sa compagnie, surtout pour la chasse. Loterie était d'une merveilleuse adresse dans cet exercice, et c'est précisément ce qui excita la jalousie du grand vqneur, nommé Bermon. La jalousie enfante souvent des crimes. Bermon, ne pouvant supporter son rival, l'engage un jour à une partie de chasse, et sous ce prétexte, il le conduit dans l'endroit le plus épais de la forêt, et là, nouveau Caïn, il l'égorgé et l'enterre sous un buisson. A son retour, comme on lui demandait des nouvelles de Loterie, il répondit qu'il l'avait laissé à la poursuite d'un sanglier. Le chasseur ne reparaissant pas, le roi commença à soupçonner un accident. Cependant l'heure du repas arrive. Edmond se met à table. Tuut à coup le chien du chasseur survient. On crut que le maître ne tarderait pas. Mais à peine l'animal eut pris quelques bouchées, qu'il disparut. Le lendemain, à la même heure, il revient et recommence le même manège. U fait de même le troisième jour. Le roi, plus incpiiet que jamais, donne ordre à deux serviteurs de le suivre
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pour voir où il allait. Le chien alla se coucher sur la toiiilie de LolL-ric, et là il se mit à ahoyer et à gratter la terre avec ses pattes. Les envoyés surpris creusent à cet endroit et découvrent le corps du malheureux seigneur. Ils n'eurent pas plus tôt rapporté la triste nouvelle, que le roi, se doutant bien qui était le meurtrier, fit emprisonner le grand veneur. On le convainquit du crime, et il lui en eût coûté la tète. Edmond, toujours enclin à la clémence, se contenta de le bannir.
Pour reconnaître celte grâce, le meurtrier s'embarque pour le Danemarck. A peine y a-t-il abordé, qu'il se met à publier qu'Edmond a fait périr injustement Loterie. 11 n'en fallut pas davantage pour allumer la vengeance des deux fils de la victime, Agner et Ubbon, et pour exciter tout le peuple aux armes.
En peu de temps, une formidable armée, sous les ordres du même Agner, descend en Angleterre et y promène partout la désolation et la mort. Edmond, après avoir opposé une résistance vigoureuse qui coûta beaucoup de sang aux deux partis, se retira dans une foiieresse, résolu de ne plus exposer le reste de ses troupes et de s'olfrir plutôt lui-même en victime. Agner, enflé de ses succès , vient mettre le siège devant le fort, l'emporte, fait le roi prisonnier. Ne pouvant obtenir de son captif les conditions indignes qu'il en exigeait, il le fait attacher à un arbre, percer de flèches et enfin décapiter. Il laisse le corps en proie aux bêtes, et emporte la tète. Plus tard, elle fut jetée au milieu de ce buisson là môme sous lequel Loterie avait été enterré.
C'est ici qu'on va voii' comment le Seigneur prit
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suin de gloriûer le saint roi. Agner ayant assouvi sa barbarie, s'éloigna avec ses hordes et laissa le pays tranquille. Aussitôt le bon peuple anglais se mit à la recherche des restes mortels de son roi bien-aimé. Ils ne furent pas longtemps sans le retrouver. 11 était intact, flexible et beau, comme s'il eût encore été en vie. A cette vue, grande fut leur consolation ; mais il y manquait quelque chose, ils étaient tristes de voir la tète séparée du tronc. Ils se partagèrent donc la forêt, et convinrent d'un certain cri , pour s'avertir des lieux qu'ils auraient visités. Or, pendant qu'ils s'en allaient en disant : Où es-tu, tète sacrée? tout à coup du fond d'un buisson sort une voix qui répond : Icil On se hâte, on court. La voix sortait de la lète même, quoique tranchée, La surprise et la joie furent au comble, mais surtout quand ils virent qu'un énorme loup avait été le gardien de cette relique vénérable et son défenseur contre les bêtes féroces.
Ils emportèrent ce précieux trésor et retournèrent processionnelleraent au bruit des hymnes et des cantiques, au lieu où le corps se trouvait. Le loup les suivit, la tête basse, témoignant par là son chagrin de devoir quitter son cher dépôt. La tête ayant été remise sur le tronc, on plaça le corps dans un mausolée provisoire, en attendant qu'on eût construit une éghse et un tombeau dignes du Saint. Plusieurs années furent employées à cette construction. Quand tout fut achevé, on voulut faire la translation solennelle du saint corps. Il s'y trouva grand nombre d*évèques et un peuple innombrable. Quelle ne fut pas la surprise de reconnaître le corps non-seulement entier et sans corruption, mais avec la tète si bien recollée au buste
qu'on n'aurait pu croire qu'elle en eût été séparée, si une ligne , couleur de pourpre , n'avait marqué la trace du glaive , comme pour perpétuer le souvenir du martyre. Ainsi saint Edmond attend les joies de la bienheureuse résurrection, comme une personne vivante. Cependant il ne cesse de s'attirer la vénération des rois et des peuples par ses fréquents miracles. Autant donc il fut abaissé et éprouvé pendant la Vie, autant il est gloriûé et exalté après sa mort.
Laur. Surius, 15octobr. Vita S. Edmundi. — Ranuce. Pic. Specul. princip. p. 2.
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