VOCATION CHANCELANTE AFFERMIE PAR UN PRODIGE
Umisquique, in qua vocatione vocatus est, in hac permuneat. Ephes 7.10.
Que chacun reste dans l'état où il a £tâ appelé.
Si la fidélité à la vocation religieuse attire des grâces spéciales de Dieu, elle est aussi éprouvée par de grandes tentations. Le vénérable Denis le Chartreux nous transmet une histoire frappante à ce propos.
Un jeune seigneur, fort avantageusement pourvu du côté de l'extérieur et de la fortune, entra dans une
chartreuse en Hollande. Il y vécut pendant quelque temps dans une grande ferveur; mais enQn le démon de la tristesse ne cessait de lui remettre devant les yeux les lùchesses, les honneurs et les plaisirs auxquels il avait renoncé; Il lui représentait la délicatesse de sa complexion peu propre à soutenir les austérités des Chartreux. Ne pouvait-il pas d'ailleurs se sauver aussi bien dans un genre de vie moins rude? Et puis, au lieu d'ensevelir ses talents dans un cloître, qui l'empêchait d'en user pour le bien du prochain? Il n'avait à cet égard qu'à suivre l'exemple de ses ancêtres ; comme eux, il se serait rendu digne des récompenses réservées aux grandes vertus; il aurait glorifié sa maison, illustré sa patrie. — C'est par ces suggestions et d'autres semblables que le démon attaquait la constance du jeune homme. Il parvint ainsi à l'ébranler, si bien que le pauvre novice tinit par se déterminer à la fuite.
Comme il avait, du consentement du supérieur, un serin en cage dans sa cellule, et que cet oiseau faisait toute sa récréation par ses chants harmonieux, le démon, pour pousser plus aisément le religieux hors deson cloître, l'engagea à donner d'abord la liberté à son petit prisonnier. Le novice ouvre la cage, et mettant l'oiseau à la fenêtre : Va, lui dit-il, cher petit, jouir du grand air, et vole en pleine liberté, .le te laisse libi-e d'aller où il te plaît. Comme toi, je m'affranchirai de ma prison et je jouirai de ma liberté. — Cela dit, il le lance en l'air. Mais, bien que selon la parole de Job, l'oiseau soit fait pour voler et qu'il souffre avec peine d'être emprisonné, au lieu de prendre le large, notre oiseau ne prétendit pas quitter la cellule, et
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tenta par tous iiuncns de rentrer dans sa cage. Le novice le prend et le porte une seconde t'ois à la lenêLre, pour le tenter par la vue de la verdure. Malgré tout, l'oiseau tint ferme, et voltigeant sans cesse autour de sa cage, il témoignait comme il pouvait, l'envie de rentrer dans sa chère prison.
A ce prodige, permis sans doute par le Ciel pour lui ouvrir les yeux, le novice rentra en lui-même, et se mit à faire ce raisonnement : Ce petit oiseau, dit-il, me reproche mon inconstance. 11 m'avertit hautement de ne pas quitter le cloître. Malheureux que je suis 1 j'ai perdu la raison au point de devoir arpprendre la peroévérance à l'école d'un petit animal? Non, il ne sera pas vrai que mon serin aura été plus constant que moi. Je te rends grâces , cher petit oiseau, de l'excellente leçon que tu me donnes. Oui, oui, je veux demeurer ici, en dépit de toutes les sugg-estions contraires des démons : Ilœc requies rnea in sœcuiian sœcidi; hic habitabo, quoniam elegi eam. (Ps. 131. I4.)
Telles furent ses réflexions. Son parti fut pris, et dans la suite, chaque fois que la tentation revenait, il mavait besoin, pour la dissiper, que de regarder et d'écouter son petit serin. L'oiseau semblait toujours lui dire : Constance, persévérance dans le bien commencé ; car celui-là seul sera sauvé, qui aura persévéré jusqu'à la fin. Qui perseveraverit nsque in finem, hic salviis erit. (Matlh. tO. 22.)
C'est ainsi qu'un oiseau, donné pour délassenTcnt, servit de maître de novices à ce religieux, et fut plus puissant pour l'affermir dans sa vocation que toutes les manœuvres des démons pour l'en détourner. Il persévéra depuis avec une constance si héroïque
qu'il devint un modèle de sainteté. Jamais il ne cessa de remercier Dieu de l'excellent avertissement qu'il en avait reçu par le ministère de son oiseau, selon ce qui est encore dit au livre de Job, que Dieu nous instruit par les oiseaux du ciel. Qui super volucres cœli erudil nos. (Job. 3o. H.)
Dionys. Carthus. Conclus. Exkorl. novilior. — P. Anton. Dauroultius. S. J. Catech. hùior. 7. cap. 86.
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