‹ Les merveilles divines dans les saints du Moyen ÂgeChapitre 37 sur 54 · CAVERNE DE BRIGANDS CONVERTIE EN MAISON DE DIEU · texte numérisé non relu

CAVERNE DE BRIGANDS CONVERTIE EN MAISON DE DIEU

Eratit prava in directa. Isa. 40. C.

Les chemins tortueux seront redressés.

Le Sauveur se plaignait de ce que les Juifs avaient changé le temple de Dieu en une caverne de voleurs. Nous avons sujet de nous réjouir de ce que plus d'une fois ces cavernes de voleurs ont été converties en églises. Saint Cariton , citoyen d'Iconium , et vaillant confesseur de Jésus-Christ, se rendait un jour en pèlerinage à Jérusalem. Chemin faisant, il rencontra une troupe d'assassins qui battaient la campagne, dépouillant les passants, les emprisonnant et souvent même les massacrant. Ils n'eurent pas plus tôt aperçu Cariton qu'ils l'assaillirent, lui enlevèrent tout ce qu'il avait, lui lièrent les mains et le traînèrent, une chaîne

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au cou, comme une bête fauve, dans une vaste et profonde caverne. Là , après l'avoir attaché à un anneau de fer, ils fermèrent la porte et allèrent de nouveau vaquer à leur brigandage. Le Saint, resté seul, accepta son sort, avec résignation; et remerciant Dieu de ce qu'il lui dennait l'occasion de souffrir à son exemple, il le pria en faveur de ses ennemis. Le démon lui apparut alors et se moqua de lui, en se félicitant de l'avoir pris au piège. Ne t'imagine pas, lui répondit le Saint, que tu peux m'empêcber de servir Dieu. Quoique dans les fers, je suis libre, et ta malice ne servira qu'à 'doubler ma couronne, en augmentant mes mérites. Et puis, ne sais-tu pas que je suis ici dans les mains de Dieu, et qu'il peut toujours me délivrer? Ne sais-tu pas qu'heuieux est celui qui espère dans le Seigneur qui rend justice à l'opprimé, rassasie les affamés, brise les chaînes des prisonniers? Cependant une hideuse vipère, sortant d'une fente du rocher, serpente dans la grotte et rencontre une amphore pleine de vin. Elle parvient à extraire le bouchon, pénètre dans le vase, s'y plonge, et en place du vin, y laisse son venin. Les brigands ne tardent pas à rentrer. Fatigués et altérés, ils courent à l'amphore, et se la passent les uns aux autres. Mais le poison, faisant aussitôt sentir sa violence, ils tombent les uns sur les autres et meurent dans d'atroces convulsions. Témoin de cette lugubre scène, le serviteur de Dieu ne peut les secourir, retenu par ses chaînes. Mais le Ciel, après avoir châtié ces bandits, n'abandonna pas" le juste. Tout d'un coup ses chaînes tombent; il est libre. 11 se met à parcourir la caverne, découvre du pain dont il avait grand besoin, puis un

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sac rempli d'or et d'argent. La divine Providence, voulant que ce trésor, amassé par l'injustice, tournât au profit des bonnes œuvres, le faisait tomber entre les mains d'un Saint dispensateur. Celui-ci hésita quelque temps sur l'emploi qu'il en ferait. Enûn il «e sentit porté à le consacrer à Dieu, en convertissant celte infâme caverne en une église et un monastère, qui devint dans la suitfe un sanctuaire très-renommé.

Telle fut cette célèbre Laure, dont le nom seul fait l'éloge, asile d'une multitude de saints moines, ruche mystérieuse où une foule d'âmes privilégiées, semblables à des abeilles industrieuses, se rassemblèrent de tout l'Orient pour y former le miel exquis des vertus, berceau d'un grand nombre d'autres monastères, qui sortirent de là comme autant de saintes colonies pour propager au loin la vie céleste des anachorètes.

Saint Caritoà en fut le premier abbé. Il donna à son monastère des constitutions pleines de sagesse et de suavité ; il régla si parfaitement les différents offices, tant pour ce qui concerne le culte divin que pour ce qui a trait au service du prochain , qu'on y voyait réunis la police des villes et le silence de la solitude. Cette caverne se trouva ainsi avoir vérifié la parole du prophète Isaïe : ExuUabit soliludo et florebit quasi lilium, in cubiUbus in quitus prius habitabant dracones, orietur viror calami; via sancta vocabitur. La solitude tressaillira et fleurira comme le lis ; là où habitaient auparavant des serpents, on verra verdir le jonc; on l'appellera la voie sainte, parce qu'elle en coiiduùa beaucoup au salut éternel.

Liiur. Suriua. iH sejjlembr. Viia S. Charilonis.

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l'innocence ACCUSEE A TORT ET DÉFENDUE lAR UN ECLATANT MIRACLE,

Justiis, ciim ceciderit , non collidctur, qnia Dominus supponit manum suam. Ps. 34. 24.

Le juste ne sera point brisé ilans sa chute, car le Seigneur le soutiendra de sa uiaiu.

C'est avec raison que le prophète-royal a assuré que jamais il n'avait vu le juste abandonné de Dieu; car .s'il permet quelquefois que Tinnocent soit en butte aux calomnies et à l'infortune, toujours il finit par le défendre et le relever.

Nous en trouvons un bel exemple dans la vie de sainte Itta. Cette sainte dame, issue d'une des plus nobles familles des Suèves, avait épousé Errique, comte de Turgovie. Unis par les liens de la plus tendre affection, les deux époux vivaient dans une concorde parfaite. A défaut de postérité , ils avaient adopté les pauvres pour enfants, et ils leur distribuaient avec un amour paternel une bonne partie de leurs richesses qui étaient considérables. Une si sainte union devait déplaire au démon. Il s'efforça de la troubler par la jalousie. Itta, ayant un jour fait tendre au soleil certaines étoffes précieuses et rais au jour un écrin contenant avec d'autres joyaux son anneau nuptial, un corbeau, attiré par l'éclat de cet anneau, s'en empara

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et l'emporta dans son nid. Ce vol devint l'ocpasion d'une rupture mortelle entre les époux. Un chasseur voulant saisir les jeunes qu'il supposait dans ce nid, découvrit l'anneau, et joyeux d'une si heureuse rencontre, il se le mit au doigt et en fit montre partout. Un officier du comte reconnut l'anneau. Ennemi secret de la comtesse , il saisit bien vite l'occasion de se venger d'une personne dont les vertus et la charité lui étaient odieuses. 11 va donc trouver secrètement le comte, et sous prétexte de zèle, il l'avertit malignement que sa femme connaît intimement le chasseur en question, et qu'en signe d'affection pour lui, elle lui avait donné son anneau nuptial.

Le comte, homme d'un caractère soupçonneux et crédule , prêta l'oreille à la calomnie. Il manda le chasseur, et reconnaissant l'anneau , il lui demanda d'un ton de colère de qui il l'avait reçu. Celui-ci ne se doutant de rien : Seigneur, dit-il, c'est une chose vraiment curieuse. J'ai trouvé cet anneau à la chasse dans un nid de corbeau. — Corbeau toi-même, répliqua Errique, d'avoir osé souiller mon honneur! Que penses-tu, scélérat? De me duper par des fables? Je reconnais cet anneau. C'est moi qui l'ai donné à mon épouse, le jour de mon mariage; et toi, tu l'as reçu îu i;age de ton crime. Mais tous deux vous sentirez l'effet de ma vengeance.

A l'instant même, il ordonne de jeter le chasseur dans un cachot, puis il le fait égorger sans pitié. En vain la victime protesta-t-elle avec serment de son innocence et de celle de la comtesse, dont la vertu était universellement connue ; transporté et aveuglé par la colère, le comte ne voulut rien entendre. Il court

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comme un forcené à rappartement de la comtesse , la traite de déloyale et d'infidèle, et la saisissant par le corps, il la précipite dans un abîme profond de quatre cents coudées. Mais le Ciel s'empressa de secourir Tirinocence. Ilta fut retenue dans sa chute par la main des anges. Elle alla tomber sur un buisson d'épines, comme sur un lit de roses, sans la moindre blessure. Loin de se laisser aller aux plaintes, elle se mit aussitôt à bénir Dieu et à prier pour son calomniateur et pour son mari ; puis, se retirant dans l'intérieur du rocher, elle s'y fit une petite cabane avec des branches d'arbre. Elle y vécut de racines et de fruits sauvages. Un sac de feuilles lui servait de lit. Son oraison était continuelle. Dieu la dédommageait par les consolations intérieures de tout ce qu'elle avait à souffrir dans cette pénible situation.

Il y avait seize ans qu'elle vivait de la sorte , inconnue au monde entier, quand il plut à Dieu de manifester son innocence. Un autre chasseur du comte, ayant lancé un lévrier à la poursuite d'une bête fauve, le chien s'avança dans la forêt j usqu'au voisinage de la grotte où vivait Itta. Là, il se mit à abo3er avec tant de persistance que le chasseur voulut voir ce qui se passait. 11 aperçoit une femme, les cheveux épars sur les épaules, qui priait à genoux, les yeux élevés vers le ciel. U la considère attentivement, et croit reconnaître l'épouse de son maître. Il s'approche et s'informe qui elle est. La dame lui raconte ingénument son histoire. 11 ne peut plus douter qu'elle ne soit l'a comtesse Itta, miraculeusement sauvée à cause de son innocence. U court donc avertir Errique, qui avait presque perdu le souvenir de sa femme, la croyant morte depuis

longtemps. Aussi eut-il peine à croire le récit du chasseur. Vaincu cependant 'par le téaioignage si positif de cet homme, il se décide à le suivre pour aller s'assurer de la véiùté. A son approche, Itta qui le reconnut aussitôt, courut à lui : Soyez le bien venu, lui dit-elle, mon cher époux. Itta, votre femme, vous est conservée. Dieu merci, je n'ai fait que prier pour vous depuis notre séparation. — On imagine assez quels furent les sentiments de surprise, de regret, de tendresse du comte. Il saute de cheval, se prosterne aux pieds de son épouse, lui demande pardon avec larmes, confesse qu'il a été le plus insensé des hommes pour avoir traité avec tant de barbarie la plus fidèle des épouses. Itta le relève, l'embrasse et le console, en l'assurant que son erreur avait été permise pour un grand bien par la divine Providence. Elle l'encourage et lui proteste que non-seulement elle lui pardonnait, mais qu'elle le chérissait comme auparavant. EnOn elle l'engage à pardonner à son exemple à celui qui l'avait calomniée.

Fortifié par ces bonnes paroles, Errique la conjura de rentrer avec lui dans la ville et à venir de nouveau partager son palais et sa couche, lui promettant un accueil digne de sa vertu. Mais Itta, se jetant à ses genoux, le supplia avec les plus vives instances de lui permettre de rester dans cette solitude, devenue pour elle un paradis. Si vous désirez, continua-t-elle, me donner un gage d'amitié, au lieu d'un palais, faitesmoi construire ici un ermitage avec une chapelle que nous dédierons à la Mère de Dieu et où je pourrai vaquer à mes dévotions.

Le comte fut contraint, bien malgré lui, d'acquiescer

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à des instances si pressantes. Il bâtit donc pour son épouse un petit ermitage, où elle continua à vivre très-saintement, se contentant d'aumônes pour subsister; car elle refusa toujours les provisions qu'Errique lui envoyait. Le jour, elle se tenait recueillie dans sa cellule; le soir, elle se rendait à une église voisine dépendante d'un monastère de bénédictins , pour assister à roffîce de matines. Elle vécut de la sorte un grand nombre d'années, plus riche de mérites que de jours, et couronna sa carrière par une mort heureuse que Dieu honora de grâces miraculeuses.

N'avons-nous pas sujet de bénir ici la divine Providence d'avoir renouvelé, en faveur de notre héroïne, les merveilles qu'elle fît autrefois pour l'innocent Joseph? Mais d'autre part, apprenons à détester la jalousie toujours si crédule. Après avoir porté Putiphar à sévir contre son fidèle serviteur, que de fois n'a-t-elle pas entraîné à des excès sans nom ceux qui s'en laissent dominer! Saint Jean Chrysostôme l'a dit avec infiniment de raison : Quiconque se laisse envahir par la jalousie, devient semblable à un possédé et perd entièrement le sens. Qui zelotypiœ furore corripiiur, nihilû melim affuilur qunm qui ngitantur a dœmonibus, aut mente capiuntur (Lib. 1. de Vii'g. c. 52.)

P. Petrus Canisius. S. J. sub nomine abbalis Vischiiigensis in vita. r- P. Michael Pexenfelder. S. J. Concion. Hist.p. i. hist. 39,

LXX<- MEUVKILLE.

CELUI QUI FAIT DU TORT AUX SKUVITEURS DE DIEU, SE FAIT DU TORT A LUI-MÊME.

Per qure peccat quis, per hœc et lorquetur. On est puni par où l'on a péché. Sap.11. 17.

Le voyage de saint Corbinien, évèque de Frising, à Rome, fut moins une marche qu'un triomphe, pour me servir du mot de Senèque. 11 emmena avec lui, entre autres présents à offrir au Prince des apôtres, deux magnifiques chevaux qu'il destinait au souverain pontife Grégoire III. A son arrivée à Trente, il y fut reçu par le comte Usingo, qui, informé de ses éminentes vertus, lui fit l'accueil le plus honorable. Ce seigneur, voyant les chevaux, désira extrêmement d'en avoir un , et en offrit un très-grand prix. On lui répondit qu'ils n'étaient point à vendre; mais lui, emporté par sa convoitise, donna secrètement ordre d'enlever celui qu'il voulait et de l'emmener ailleurs. Ce vol fit peine au Saint; toutefois, sans en faire beaucoup de doléances, il çemit le soin de l'affaire à Dieu, et partit pour Pavie. Le roi des Loiul)ards , prince fort pieux, qui l'avait entendu prêcher et l'admirait beaucoup, reçut notre Saint comme un ange de.scendu du ciel. Au départ, il lui donna le préfet pour raccompagner jusqu'au Pô et lui faire passer commodément le fleuve avec sa suite et son bagage. Là, le préfet

conçiil il son tour un vif désir d'acheter Fautre cheval. C.oiiime on lui dit qu'il était destiné au Pape, il s'avisa d'un moyen astucieux pour s'en emparer. 11 commem-a par transporter Tévêque et sa suite de l'autre côté du fleuve, puis ses bagages chargés sur des ânes, l'éservant le cheval pour la fm. Alors sautant tout à coup sur la monture, il la poussa vivement vers une forêt voisine, sous prétexte de poursuivre un voleur. Après avoir parcouru la forêt et mis le cheval en lieu sur, il retourna à l'évêque les mains vides, se lamentant de n'avoir pu joindre le prétendu voleur du cheval. Il n'aurait jamais pu croire, disait-il, à une telle audace. Il avait tout fait pour le découvrir, mais en vain, 11 priait l'évêque de reconnaître sa bonne volonté, L'évêque ne fut pas dupe de ces belles protestations, et sans se montrer fâché, il se contenta de dire que si les hommes n'avaient pu saisir le malfaiteur, la justice divine ne tarderait pas à le joindre,

11 poursuivit donc paisiblement sa route. Arrivés au pied de l'Apennin, ses compagnons, harassés de fatigue et de chaleur, furent conti'aints de skrrêter dans une foiêt pour y prendre du l'epos. C'était un vendredi. L'économe dit au Saint qu'il n'avait pas d'aliments maigres. Le Ciel, lui répondit l'évêque, vous en foui'nira. — Et en effet, levant les yeux ; voyez-vous, lui dit-il, ce grr.nd aigle; il vient nous apporter des provisions. L'aigle se précipitant sur les bords de la mer , en tira un énorme poisson qu'il vint déposer aux pieds de l'économe. Toute la caravane bénit I^ Seigneur de sa providence, et fit bonne chère.

Si l'aigle eut tant d'égards pour le Suiul, il n'en fut

pas de même d'un ours du voisinage. Celui-ci attaqua une des bêles de somme pendant qu'elle paissait. Un gardien le voyant sur le point d'en faire sa pâture, courut en avertir le Saint. Prenez cette verge et allez châtier cet ours, lui dit l'évêque. — Comme le gardien ne paraissait pas d'humeur à s'acquitter de la commission : Allez, vous dis-je, sans aucune crainte, répéta l'évêque, et frappez-le hardiment, et puis, prenez la charge de l'âne et mettez-la-lui sur le dos, pour qu'il la porte à son tour. — Enhardi par ce discours , le gardien va battre l'ours qui se laisse charger et conduire à la suite des équipages jusqu'aux portes de Rome. Là, le saint évêque le congédia avec' sa bénédiction, et il retourna à la forêt.

Ce n'est pas ici le lieu de raconter avec quels sentiments de piété saint Corbinien fit la visite des saints tombeaux des apôtres , ni avec quelle bienveillance il' fut accueilli par le Pontife suprême, ni quels présents ils se firent réciproquement. Je me contente de rapporter les merveilles qui signalèrent son retour.

Aux portes de Pavie, il fut témoin d'un cortège funèbre pompeux, formé des personnages les plus distingués de la cité. A la vue du saint évêque, des cris de surprise se font entendre : Voilà précisément, se disait-on dans la foule, celui à qui le mort a déclaré avoir volé un cheval. — Saint Corbinien fut de nouveau reçu avec courtoisie par le roi des Lombards. 11 daigna le faire asseoir près de lui sur son trône royal. Or, pendant qu'ils causaient ensemble, une grande dame, c'était l'épouse du préfet défunt, se présenta et vint se jeter tout en larmes aux pieds du Saint, en lui disant que son mari, sur le point de

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luomir, avait confessé qu'il était l'auteur du vol commis à son préjudice. Sa mort, disait-elle, a été le châtiment de son crime. C'est précisément le jour anniversaire du vol qu'il a été saisi de la fièvre qui l'a conduit au tombeau. Avant d'expirer, il m'a enjoint de restituer le cheval. Je l'ai fait amener dans la cour du palais. De plus, il a voulu que je vous offrisse en compensation deux cents deniers d'or, vous conjurant de prier pour le repos de son âme. — Elle n'en put dire davantage; les sanglots étouffaient sa voix. Le Saint, touché de compassion, témoigna qu'il pardonnait de bon cœur , et refusa le cheval et l'argent. Mais le roi, se levant de son trône, joignit ses supplications à celles de la veuve, et engagea le Saint à accepter l'un et l'autre, ce à quoi il consentit enfin, en promettant de s'intéresser auprès de Dieu pour l'âme du défunt.

Dans le cours du même voyage, au moment où le Saint allait entrer à Trente , un de ses courriers reconnut dans les prairies l'autre cheval , celui-là même que le comte Usingo s'était approprié , comme nous l'avons dit; mais ce cheval était devenu si maigre et si malade, qu'à peine il était reconnaissahle. Le serviteur le montra à son maître. Celui-ci fit signe à ses compagnons de voyage de garder le silence jusqu'à leur entrée dans la ville. Le comte, apprenant le retour du Saint, vint de nouveau à sa rencontre, et se jetant à ses pieds, lui avoua hautement sa faute ; il lui raconta comment, à peine le rapt commis, le cheval était complètement changé et avait même infecté de son mal quarante-deux de ses meilleurs coursiers. Cette disgrâce lui avait ouvert les yeux.

Il demanda humblement pardon au Saint , et lui offrit en dédommagement les deux plus belles montures qui Un restaient, avec une somme de deux cents écus d'or. 11 le conjura de vouloir bien implorer la clémence divine en sa faveur. CorJjinien lui présenta la main avec un gracieux sourire, en signe de paix et d'amitié. Il refusa ses offres et se contenta de lui faire remarquer que, quand on nuit injustement aux autres, on se nuit encore plus à soi-même.

Laurent. Surius. 8 septembr. Vita S. Corbiniani, episc.

LXXl" MERVEILLE.

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