‹ Les merveilles divines dans les saints du Moyen ÂgeChapitre 38 sur 54 · I REG · texte numérisé non relu

I REG

Je glorifierai celui qui m'aura glorifié.

Il y eut une sorte de lutte entre le Sauveur du monde et saint Venceslas, roi de Bohême, le Saint faisant tout ce qui était en son pouvoir pour honorer Jésus-Christ dans l'Eucharistie , et le Sauveur ne cessant de le combler des grâces les plus précieuses. Venceslas , non content d'assister tous les jours au saint sacriQce, ni de servir en personne à l'autel, ni de visiter les églises la nuit, même au cœur de l'hiver, Venceslas, disons-nous, se faisait encore un devoir de préparer de ses propres mains le pain et le

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vin du sacrifice. 11 ne croyait pas abaisser la majesté royale ni dégrader le sceptre, pour labourer, semer, et recueillir le blé, pour le réduire en farine, le cuire et en former la matière de l'Eucharistie. Humilité vraiment digne d'un diadème de gloire ! Qui ne conviendra que les mains d'un tel prince méritaient de porter le sceptre du monde?

Comparés à cette héroïque humilité , les autres témoignages de piété que Venceslas donnait au trèssaint Sacrement s'effacent en quelque sorte. A notre avis, cette humilité l'emporte sur la dévotion d'un Sébastien, roi de Portugal, qui accompagnait le Viatique porté aux infirmes, un cierge à la main, à travers des rues fangeuses. Elle l'emporte sur celle d'un Pierre, roi d'Aragon, qui, appelé à Rome, pour recevoir des mains du Pape un diadème orné de pierreries, voulut être couronné d'épis, parce que c'est avec le froment qu'on prépare les espèces sacraïuentelles sous lesquelles réside le Roi de gloire.

Mais voyons comment le Seigneur récompensa la piété de Venceslas. Pendant que ce prince si religieux s'occupait, comme nous disions, l'empereur Othon I, surnommé le Grand, à cause de ses hauts faits, l'envoya convoquer à la diète impériale qui devait se tenir à Worms pour les affaires de l'empire. Venceslas s'y rendit sans délai. Mais le jour de la séance, il se fît attendre un peu, ayant voulu selon sa coutume assister d'abord à la messe qui dura plus qu'il n'avait prévu. Les autres princes, impatients du retard, s'imaginèrent qu'il ne différait son entrée qu'afin de la rendre plus solennelle. Ils résolurent donc de ne se point déranger de leurs sièges et de le laisser à la dernière

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place. Us engagèrent même Tempereur à lui exprimer du mécontentement.

Mais les choses se passèrent tout différemment. Venceslas , à son entrée dans la salle , était accompagné de deux anges éclatants de lumière. Leur vue frappa aussitôt l'empereur. Saisi de respect, il se lève de son trône, va au devant de Venceslas, s'incline profondément devant lui, et le prenant par hi main, il le conduit avec le plus grand respect au siège le plus voisin du trône. Les princes qui étaient dans rassemblée, voyant cette conduite, sans pouvoir s'en rendre compte, se lèvent aussi par un mouvement spontané, mais qui exprime leur surprise. 11 fallait expliquer cette énigme. L'empereur le Gt : Il leur demanda s'ils n'avaient pas vu comme lui cette grande lumière qui environnait les anges. L'archevêque de Mayence répondit que non, mais qu'il n'avait pu se défendre d'un certain saisissement religieux, à l'apparition de Vencesîas.

Dès ce moment, Othon conçut tant de bienveillance et de vénération pour lui, qu'il le supplia de lui demander toutes les faveurs en son pouvoir, l'assurant qu'il serait heureux d'accéder à ses désirs. Mais le prince se contenta de demander quelques reliques de saint Vite et de saint Sigismond de Bourgogne. L'empereur les lui accorda volontiers et y joignit d'autres présents dignes de la majesté impériale. Il lui d(''cerna le titre de roi de Bohême, avec faculté déporter dans son blason un aigle noir sur champ de blanc, privilège qu'il réserva au seul Vencesîas.

Voilà comment le Seigneur se plut à exalter l'humble et profonde piété du prince envers l'Eucharistie.

Il lui rendit gloire pour gloire, selon sa promesse : Gbrificantes se glurifunt, et in sanctoritm suoruin honoribus honoratur.

Luurent. Surius. 28 scptembr. Viia S. Venceslai, Reg. el martyr .

MÉPRIS DES GRANDEURS DU MONDE PAR L'iIUlIILITli CHRETIENNE.

Quanta magnas es. hiiiniliute in omnibus. Plus vous êtes grand, plus vous devez ét/e humble. EccLi. 3. 20.

Je ne sais si les annales ecclésiastiques nous offrent un plus éclatant exemple de magnanimité et de détachement que celui qui fut donné au monde par l'une des dynasties royales de l'Ecosse. On y vit jusqu'à cinq princes , héritiers de la couronne , renoncer successivement au trône de leurs ancêtres. Le premier, laissant derrière lui toutes les grandeurs humaines, se déguisa en pèlerin et alla visiter la Terre-Sainte. Le second, déjà gouverneur d'un comté, alla se réfugier dans un humble ermitage. Le troisième, élevé à la dignité d'archevêque , échangea la mitre pour la cucuUe de moine de Citeaux. Le quatrième, nommé Alexandre, que son père avait déjà associé au gouvernement, bien qu'il n'eût que seize ans, abdiqua de même par le conseil de sa sœur Mathilde, princesse

d'une piété éininente, en qui la prudence avait devanctles années. Il suffît que cette bonne sœur lui adressât les questions que voici : Mon cher Alexandre, quel état dévie pensez-vous embrasser? Déjà vous commencez à prendre les rênes de l'administration, et Dieu sait dans quelles vues chrétiennes vous le faites. Vos frères ont dit adieu aux grandeurs du siècle, afin de s'assurer le royaume du ciel. Ils vous ont laissé un sceptre qui n'est pas sans danger pour le salut , outre que le diadème a plus d'épines que de fleurs. Xe serait-il pas plus sage de les imiter et de nous attacher au service d'un Dieu dont les récompenses sont éternelles que de commander aux hommes pendant un court espace de temps? — Ces réflexions sortaient d'un cœur pénétré. Elles firent la plus grande impression sur le prince. Attendri jusqu'aux larmes, il répondit : Quel parti faut-il donc que je prenne? Ahl ma bonne sœur, soyez l'interprète de la volonté divine à mon égard. Me voici entre vos mains, prêt à suivre vos avis. — Cne réponse si généreuse combla la princesse de joie. Après une fervente prière pour demander à Dieu de les assister, ils résoliirent de se travestir en pèlerins, et de partir le lendemain, sans dire adieu à leurs parents, pour se rendre en France. Là, ils allèrent s'abriter dans la chaumière d'un berger. Alexandre, voulant baser sur l'humihté l'édifice de sa perfection, apprit à faire des fromages, métier dans lequel il excella bientôt. Alors la Sainte trouva moyen de le faire admettre comme servant dans un monastère de Cisterciens. Il y remplit si bien son emploi qu'on finit par l'agréer en qualité de frère convers et qu'on lui confia le soin du bercail.

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Il arriva alors uu l'ait qui mérite d'être raconté. Ilugon de Birmène, grand seigneur des environs, étant allé un jour à la chasse, fit lever un énorme sanglier et le poursuivit si longtemps que l'animal, épuisé de la course, alla se blottir contre un chêne, d'où il se défendit avec acharnement contre le chasseur. Hugon descend de cheval, tire l'épée et s'avance pour le percer; mais voyant l'animal se dresser contre lui, il se retire effrayé. Alexandre était au voisinage à garder son troupeau. Il avait tout observé. 1! court vers le chasseur, lui demande son épée et en trois coups il abat ranimai. Hugon, admirant son adresse, l'embrasse en lui disant qu'il était sans doute d'une condition supérieure à celle qu'indiquaient ses vêtements et son occupation. Votre valeur, lui dit-il, témoigne de la noblesse de votre origine. — Alexandre, se dérobant sous le manteau de l'humilité, se borna à lui dire qu'il était un pauvre frère lai du monastère voisin. Quoi qu'il fit pour se cacher, il trahit plusieurs fois de la sorte le sang dont il était issu ; mais c'était comme à son insu et sans déliliération.

Pour Mathilde, sa sœur, elle s'était retirée dans un modeste ermitage peu éloigné, d'où elle pouvait aisément communiquer avec son frère. Ses entretiens avec lui n'avaient d'autre but que de l'affermir dans sa sainte entreprise. Lors donc qu'elle le vit bien établi dans son état, elle lui tint ce langage : 0 mon frère! quelle magniûque récompense nous avons à attendre du Seigneur, lui qui a promis le centuple à quiconque abandonne pour son amour son père, sa mère, sa patrie, comme nous avons fait. Mais notre récompense sera bien plus grande encore, si à ce sacrifice nous

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joignons encore celui de nous séparer et de renoncer à la consolation de nous revoir sur la terre. Oh I nos cœurs seront d'autant plus unis à Dieu que nous serons ' plus dégagés de toute satisfaction humaine. Réservons donc pour la patrie céleste le bonheur de nous revoir. 11 m'en coûte beaucoup , mon cher frère , de vous proposer ce divorce ; mais à quoi ne doit-on pas se résoudre pour l'amour de Dieu?

Cette proposition fit couler les larmes d'Alexandre ; il faillit s'évanouir à cette pensée ; ma;is reprenant ses esprits , il protesta que cette nouvelle séparation lui était plus sensible que l'abandon de son père, de sa mère, de sa patrie et de son trône; qu'elle lui arrachait pour ainsi dire le cœur; mais que pourtant il voulait à tout prix se vaincre lui-même et s'offrir en holocauste parfait à l'amour divin.

Ils se séparèrent donc pour ne plus se revoir ici-bas. Mathilde se retira auprès d'une campagne nommé Lapione. Là, s'étant construit une petite cabane, elle mena la vie d'ermite, gagnant sa subsistance au prix du travail de ses mains. Elle ne mendiait pas ; elle n'allait point glaner, parce qu'elle voulait vivre de son travail. Du reste, peu de chose suffisait à ses besoins, car ses jeûnes étaient continuels. Son lit était la terre recouverte de quelques branchages. Elle ne prenait sa réfection qu'à genoux. Dieu récompensait ses austérités par des délices spirituelles qu'elle n'aurait pas changées pour tous les plaisirs du monde. Souvent dans son oraison elle était ravie en extase et transportée hors d'elle-même, au point qu'elle ne voyait pas les éclairs et n'entendait pas le tonnerre grondant dans son voisinage; toute sa conversation était au ciel.

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Alexandre de son côté persévéra dans riuuuble état de vie qu'il avait embrassé , toujours occupé aux emplois les plus has, car il demeura inconnu à ses confrères jusqu'à sa mort. Avant toutefois d'expirer, son abbé lui ayant ordonné, en vertu de la sainte obéissance, de raconter son histoire, il confessa qu'il était Gis du roi d'Ecosse et frère de trois princes et de la princesse Mathilde.

Cela dit, sa sainte âme, pressée de fuir la vaine gloire, s'échappa à l'instant du corps. On l'inhuma avec tout le respect dû à un Saint, et son tombeau fut honoré par des miracles. Un moine de Citeaux qui avait un aposthème au sein, l'ayant invoqué, il lui apparut plus resplendissant que le soleil, ayant deux couz'onnes très-précieuses, l'une au front, l'autre à la main. Le moine lui ayant demandé ce que signifiaient ces deux couronnes : Celle que j'ai 'à la main, répondit-il, est la récompense de cette couronne royale que j'ai quittée pour Dieu ; celle que j'ai sur la tête est celle qui est accordée communément aux bienheureux. Regarde combien elles sont brillantes, et sache que ce n'est point une illusion. Pour preuve, tu vas être guéri incontinent de ton mal. — A ces mots, il disparut, et le religieux se trouva parfaitement guéri. Ce ne fut pas le seul miracle dont le Seigneur ait voulu glorifier la sainteté de son serviteur.

De tout ce qui vient d'être dit, concluons (jue celui qui préfère l'humilité de Jésus-Christ aux grandeurs du siècle sera glorifié selon la grâce. Qiianlo magnus es, humilia te in omnibus et coram Deo invenies graliam. (Eccli. 3. 10.)

Thomas. Cantiprat. Ord. prœdic. L. 2. ap. 10. p. 3. u.à 11. 29

VŒU CONÇU AVEC GRANDE FERVEUR ET ACCOMPLI AVEC UNE ADMIRABLE CONSTANCE.

Voi'ete et reddite Domino Dco vestro.

Faites des vœux au Seigneur votre Dieu , mais surtout accomplissez-les. Ps. 73. 12.

Le lecteur sait sans doute quelle fut la merveilleuse vocation d'Alexandre de Halès à Tordre de Saint-François ; mais on ne connaît pas généralement les circonstances mémorables dont elle fut accompagnée.

Ce grand homme était Anglais de nation. Doué d'un génie transcendant, il avait mérité par ses vastes connaissances d'occuper la première chaire de l'Université de Paris , oii il enseignait la théologie. A l'enseignement des sciences, il joignit une dévotion extrêmement affectueuse envers la Reine du ciel, en l'honneur de qui il avait fait vœu de ne jamais rien refuser, autant que possible, de ce qui lui serait demandé en son nom.

Ce vœu étant venu à la connaissance d'une dame très-pieuse et très-zélée, elle crut qu'il serait de la gloire de Dieu d'enrichir un ordre religieux quelconque d'un sujet si distingué. Dans cette pensée, elle va trouver le supérieur d'un monastère de Cisterciens et lui fait part de son idée ; c'était d'envoyer prier Alexandre au nom de la sainte Vierge d'embrasser

leur institut. Les bons pères pensaient bien ♦ju'nn tel homme n'acquiescei'ait pas facilement à celte demande; toutefois, poussés par les conseils de cette dame, ils résolurent de tenter la démarche. Alexandre les accueille avec une grande civilité. La conversation s'engage sur quelques textes des livres saints, et par une disposition de la Providence, il se fait que les bons religieux oublient ou bien n'osent pas entamer l'objet de leur visite. La dame, informée de la chose, s'imagina qu'on n'avait pas cru à sa parole. Klle prit donc le parti de s'adresser aux Dominicains, leur Qt connaître le* vœu de Halès, et les- assura que, s'ils voulaient lui en faire la demande, ils obtiendraient sûrement ce trésor. II n'en fallut pas plus pour les persuader. Les deux pères principaux de la maison se rendirent sans délai chez le Docteur, sous prétexte de rendre leurs respects à un personnage si distingué, et au fond pour épier le moment d'en venir à leur requête.

Pendant que l'entretien se prolonge sur des matières de théologie , un pauvre frère lai de Saint-François se présente pour quêter. 11 s'incline profondément devant la société, et sans autre préambule, soit qu'il fût inspiré ou qu'il eût connaissance du vœu, il b'adres.se au Docteur, et lui dit naïvement : Seigneur, quel bien vous feriez et quelle gloire vous donneriez à Dieu, si, après avoir consumé tant de temps au service du monde, vous consacriez le reste de votre vie au service de Dieu. Je vous prie donc et vous conjure pour l'amour delà divine Mère, de vous enrôler dans l'ordre de saint François. — La surprise des Pères Dominicains fut extrême. Ils se regardaient l'un l'autre eu

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silence. Alexandre fut bien plus frappé encore d'une pareille demande. Mais la grâce parlant à son cœur : Mon frère, répondit-il généreusement, retournez au couvent; je vous suivrai de près. Disposez vos supérieurs à mon admission. Je veux embrasser la règle de saint François pour l'amour de la Vierge. — Il tint parole, à la plus grande édiQcation de l'université et de la ville entière de Paris. Tous furent touchés de voir ce grand homme, à la fleur de Tàge, et si plein d'avenir, mépriser les applaudissements et les honneurs pour embrasser l'humilité et les rigueurs de la croix dans un ordre si austère.

Il est vrai qu'il eut beaucoup à souffrir dans le principe, surtout de la rudesse du vêtement. Peu s'en fallut même qu'il ne reculât. Mais saint François lui apparut en songe, chargé d'une lourde croix qu'il s'efforçait de porter au sommet d'une colline. A celte vue, Alexandre, touché de compassion, courut lui offrir de l'assistance. Mais François, le regardant d'un œil sévère : Tu es bien trop délicat, lui dit-il; l'habit te fait mal; comment porterais-tu cette croix ? — Le reproche flt son effet. Le novice comprit qu'il devait s'animer à la persévérance. 11 fit donc joyeusement la profession, et continua depuis de se .distinguer par la vertu comme par la science. Aussi attira-t-il à son exemple des cardinaux, des évèques et des docteurs. L'université de Paris rendit hommage à sa doctrine, en lui décernant le titre de docteur irréfragable. Qu'il nous suffise de dire qu'il eut pour élèves saint Thomas d'Aquin et saint Bonaventurc.

C'est ainsi que l'homme qui alla se cacher dans un humble institut, fut élevé sur le chandelier de l'Eglise

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pour l'éclairer des plus vives lumières, et que celui qui, par amour pour la Reine du- ciel, s'était fait pauvre selon le monde, fut enrichi des célestes trésors.

P. Marc. abUIyssipon. Chron. Minor. p. 2. l. I. cap. 13-

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