‹ Les merveilles divines dans les saints du Moyen ÂgeChapitre 45 sur 54 · LXXXIII* MER VF.ILI. F · texte numérisé non relu

LXXXIII* MER VF.ILI. F

Que ue peut la prière simple et fidèle d'une âme innocente? [>e Fils et la Mère condescendirent à cette pieuse simplicité. Us levèrent la main, lui donnèrent la bénédiction, et même posèrent leurs mains sur la tête de l'enfant. Celle-ci, pleine de joie, se remit au lit. Elle était guérie de corps et d'âme.

11 serait long de rapporter les autres faveurs qu'elle reçut de la sainte imago. Je n'en citerai plus qu'une seule. Elle avait élevé un jeune étourneau, et lui avait appris à prononcer les doux noms de Jésus et de Marie. L'oiseau, les répétant souvent, lui servait de réveil, et l'excitait à louer et à bénir la sainte Mère et son divin Fils. Or, un matin, elle le trouva mort de je ne sais quel accident, ce qui lui causa un chagrin très-sensible. Elle prend le pauvre petit et va le porter devant l'image. Là, se plaignant avec une simplicité enfantine : Mon aimable Jésus, dit-elle, voilà que j'ai perdu celui qui m'excitait à vous louer et à vous aimer. Je suis exposée à vous oublier , si vous ne faites ici un miracle de bonté. — Elle avait à peine proféré ces mots, que l'étourneau se ranime, étend les ailes et salue l'image bénie, en prononçant joyeux les saints noms de Jésus et de Marie. A la vue d'un tel prodige, la pieuse enfant éclata en actes de tendresse et de reconnaissance, et son cœur fut comme embrasé d'amour.

Ce sentiment s'accrut dans la suite sans mesure, lorsque la Reine du ciel, non contente de la favoriser par le moyen de son image, daigna l'honorer de sa présence réelle. Elle lui apparut en effet un matin qu'elle était en prière , plus brillante que le soleil , environnée d'une gloire éclatante : Grandis, ma fille ,

lui dit la Vierge; je veux te donner mon fils pour époux, si tu me promets de l'aimer. — Ah ! je voudrais avoir mille cœurs pour les lui donner, répondit la fillette. 0 tendre Mère, ajouta-t-elle, je vous demande une seule grâce, c'est que vous vouliez bien nie faire voir un jour sa face divine. — Alors la Vierge dt'couvrit son divin Fils qui se tenait caché sur son sein. A cette vue, la jeune fille faillit mourir de joie. Ayant repris ses esprits , elle s'écria tout étonnée : Mais qu'il est encore petit, votre Fils et mon époux! — Il grandira, reprit la Mère, à mesure que vous grandirez vous-même. Mais il s'agit de grandir^, non pas en âge seulement, mais en vertu. — A ces mots, la fille exhala son cœur en actes de charité les plus fervents, et elle vit que l'enfant Jésus était déjà sensiblement grandi. Cette vision la laissa si embrasée de l'amour divin, qu'elle n'avait plus de pensées, de soupirs, de désirs que pour Jésus.

Quand elle eut remarqué qu'à la fête de Pâques, les jeunes filles s'approchaient avec leurs mères de la sainte table, elle s'imagina dans sa simplicité qu'en communiant, elles avaient le bonheur de voir le céleste époux. Aussi leur portait-elle une sainte envie, et se consumait-elle du désir de jouir aussi de, la même grâce. Mais comme la faiblesse de l'âge lui interdisait la communion, elle se retira dans un coin de l'église, et là fondit en larmes de ce qu'elle était privée d'une telle faveur. Ses larmes touchèrent le Sauveur. Il lui apparut plein de beauté et de gloire : Pourquoi pleures-tu, mon épouse? lui dit-il. Tes compagnes ne jouissent pas de ma vue dans la communion, comme tu le supposes ; mais elles me reçoivent sous les espèces

sacramentelles. — Elles sont d'antant plus dignes d'envie, répliqua l'enfant. Quel bonheur pour elles de s'unir ainsi cœur à cœur avec leur Dieu, et quel malheur pour moi d'être privée d'un si grand bien ! Oh ! quand est-ce que je pourrai goûter ces délices ! Je crains bien de mourir de désir. — Ainsi parla la fillette. Pour la consoler, Jésus ajouta : Eh bien ! puisque tu es trop jeune pour communier, je veux te donner un avant-goût des douceurs que la sainte Communion peut procurer. — Cela dit, il ouvrit sa poitrine, lui monti^a son côté percé, et exprimant de sa plaie sacrée une goutte de sang sur les lèvres de Dominique, il la combla d'une si grande suavité qu'elle fut comme ravie hors d'elle-même. 11 lui en resta dans l'âme je ne sais quelle impression qui l'excitait toujours à l'amour divin, et cette impression ne dura pas seulement, pendant qu'elle vécut sous le toit paternel, mais encore quand elle fut entrée au couvent. Cette âme bénie eut donc le droit de dire avec l'épouse des sacrés cantiques : In odorem unguentorum tuorum currimus; adolescentulce dilexerunt te nimis. (Gant. 1.2.)

P. Dominic. Maria Marcliesius. In Suer. Diar. Dominic, 5 augusti. In Vita Dominicœ à Paradhu.

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l'innocence accusée a tort et justifiée avec gloire.

Liberabil ur innocens de manu ulloris.

L'innocent sera délivré des mains de son persécuteur. NUMER. 35. 25.

Le bienheureux Junipère, cet homme d'une admirable simpHcité, avait remporté tant de victoires sur l'esprit d'orgueil, qu'il était devenu la terreur des démons. Son nom seul les faisait trembler et fuir. Aussi chaque fois que saint François avait à conjurer uu éuergumène et qu'il voulait en bannir le démon, il avait coutume de le menacer d'appeler le frère Junipère pour le chasser. L'enfer conçut donc une telle rage contre le serviteur de Dieu, qu'il résolut de le perdre et de le faire périr d'une mort infâme. Il ne tarda pas à mettre son plan à exécution.

Les habitants de Viterbe et Nicolas, châtelain de Fermo, se faisaient à cette époque une guerre acharnée et se poursuivaient à outrance. Le démon prit de là occasion de tramer la perte du frère. Il attendit que celui-ci se mît un matin en quête dans la direction du château de Fermo. Alors, se déguisant en courrier, il se hâta d'aller au château et prévint le châtelain que les Viterbiens avaient machiné sa perte; qu'il allait venir un homme, en habit de mendiant, vêtu de bure rapiècetée, pour faire le coup. Cet homme, lui

dit-il, est muni de tout ce qu'il faut pour cela. Faites le fouiller; vous trouverez dans ses vêtements un poignard, une mèche, une pierre à feu, pour vous tuer et mettre le feu au château. Nicolas était un homme d'un caractère farouche et soupçonneux. 11 prêta facilement l'oreille à la dénonciation, et plein d'indignation, il manda aussitôt près de lui le chef chargé de la garde des portes : Si vous tenez à ma vie, lui dit-il, soyez sur vos gardes. Bientôt passera à la porte un brigand déchaussé, vêtir de bure. Ari'êtez-lo et conduisez-le au juge criminel, pour qu'on l'interî'o^.

Cependant le frère Junipère poursuivait sa route, ne se doutant de rien. Chemin faisant, il rencontra une troupe d'enfants insolents qui, le voyant si mal vêtu, et peut-être aussi à l'instigation des démons, l'assaillirent, et pour s'amuser, lui arrachèrent la tunique du dos, lui enlevèrent le capuchon et le laissèrent tout en lambeaux. Cet accident ne l'empêcha pas de continuer son voyage. Arrivé à la porte du château, les gardes lui mirent la main au collet, et sans mot dire, le menèrent au juge. Celui-ci, avant de commencer l'enquête, Gt d'abord fouiller sa besace, selon l'ordre qu'il en avait reçu. Il se trouvait précisément dans une des poches une alêne dont il se servait pour raccommoder les sandales des frères, une pierre à feu et une mèche, pour s'éclairer pendant la nuit.

Il n'en fallut pas davantage pour le convaincre de mauvais desseins. Il fut donc condamné à la question. On lui demanda s'il était traître. — Je ne le suis que trop, répondit le saint homme, pensant à ses péchés. — On lui demanda s'il n'avait pas machiné la moit

de son seigneur et l'incendie du château. 11 avoua qu'il aurait fait pis, si Dieu l'avait permis, tant sa malice était grande. Tous ces aveux faits par lui dans un bon sens, mais mal interprétés par le juge, furent aussitôt rapportés à Nicolas qui, regardant le coupable convaincu de trahison, commanda qu'il fût lié à la queue d'un cheval, traîné par les rues de la ville et attaché à la potence. En entendant cette sentence, Junipère ne se troubla pas; mais il mit toute son espérance en Dieu, sans faire d'autre disposition pour bien mourir, ni demander môme les Sacrements ; il montra au contraire de la joie et un grand mépris de la mort.

A cette vue, un bon soldat, désireux de sauver l'âme du malheureux condamné, courut au couvent des frères et informa le gardien qu'il y avait un condamné à mort qui ne paraissait pas se soucier de se confesser, ni de se préparer à ce terrible passage d'où dépend l'éternité. Il le pria de venir en personne ou d'envoyer par charité quelque religieux pour encourager et assister ce malheureux dans un moment si critique. Le gardien qui était fort zélé, fit aussitôt diligence. 11 voit et reconnaît le frère Junipère, les fers aux pieds et aux mains, mais impassible, serein et les yeux attachés au ciel. Etonné d'un tel spectacle, il soupire et pleure. 11 témoigne sa surprise aux gardes et les supplie de surseoir au supplice jusqu'à ce qu'il ait pu aller conférer avec le seigneur du château. 11 les assure qu'ils n'ont rien à craindre et qu'il répond de tout.

Il va donc trouver le châtelain, et lui dit d'un ton de pitié et d'admii'alion : L'homme que vous avez

condamaé est l'innocence même; c'est le frère Junipère, ce grand serviteur de Dieu, qui s'est voué au mépris du siècle pour l'amour de Dieu. Tous les environs le connaissent et révèrent sa sainteté. "Au seul nom de Junipère, dont il avait ouï dire des merveilles, le châtelain reste interdit. Aussitôt il quitte son palais et va en toute hâte à la prison. Là il appelle les ministres de la justice et leur ordonne de mettre le saint homme en liberté. Non content de cela, il se jette à ses genoux et lui demande humblement pardon de son erreur, fruit non de la malice, mais d'une excessive crédulité. Mais le serviteur de Dieu, l'embrassant avec un doux sourire, lai répondit qu'il avait plutôt à le remercier, parce qu'il lui avait donné une belle occasion de mérite.

C'est ainsi que les artifices mêmes employés par les démons pour le diffamer et le perdre, servirent dans les mains de Dieu à accroître le crédit et la réputation de son serviteur. Les peuples conçurent dès lors pour lui une estime beaucoup plus grande et lui donnèrent des marques plus multipliées de respect et d'amour; mais ces témoignages d'honneur furent plus pénibles au bon frère que ne l'avaient été les affronts et les outrages. Voilà donc comment on peut lui appliquer ce qui a été dit de saint Pierre et de saint Paul, que les instruments de leur supplice sont devenus les trophées de leur gloire.

P. Matthaeus Raderus. S. .1. In virid Sattclor. cap. 2. de contemplu sui ex chronic. Minor.

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